‹ Le livre de familleChapitre 111 sur 197 · M. DE VERVILLE , THIBAUT , MAR- GUERITE , JEANNETTE, LOUISON GEORGE · texte numérisé non relu

M. DE VERVILLE , THIBAUT , MAR- GUERITE , JEANNETTE, LOUISON GEORGE

( George ôte son chapeau et s'incline en voyant M. de Verville. )

THIBAUT , courant le prendre par la main. — Viens, mon fils , regarde ce digne homme. Après le ciel et les parens, c'est à lui que tu dois avoir pour la vie les plus grandes obligations. Considère-le bien. C'est notre bon seigneur, à qui nous devions donner tout ce que nous possédons sur la terre , et qui nous l'a rendu.

MARGUERITE. — Et qui donue de plus à tes sœurs un joli troupeau. Aussi longtemps que tu vivras , mon fils , il faut que tu le bénisses chaque jour dans ton cœur. Nous t'en donnerons l'exemple pendant notre vie ; tu le suivras après notre mort, n'est-ce pas ? Me le promets-tu ?

niiîMOTii!;yiiK r)Es villages.

GEORGE. — Comment pourrais-je y manquer, puisqu'il a lanl de bonté pour nous? IMais mon père disait iiierque nous allions quitter la ferme : est-ce que nons y restons ?

THIBAUT. — Oui, mon enfant, toujours, toujours. Jespère bien y voir naître mes arrière-petits-tHs.

GEORGE, dans tin transport de jo'ic, courant vers Marguerite. — 0 ma mère!

c'est pour vous quej'en suis le plus joyeux. Je puis maintenant vous le dire. Toute cette nuit vous m'avez fait pleurer de chagrin.

M. DE vERViLLE. — Et pourquoi donc, mon ami ?

GEORGE, prenant M. de VervUle par la main, et le conduisant vers la fenêtre. Venez , monseigneur , je vais vous l'apprendre. Voyez-vous là-bas près de la haie , ce vieux pommier presque sans feuilles ? Ma mère disait ce printemps , qu'elle était bien chagrine de ce que la gelée l'avaitsi fort maltraité , parce qu'elle n'avait mangé de si bonnes pommes de sa vie , et que l'arbre était en danger de périr. Le lendemain, avant qu'elle se fût levée, j'allai, avec mon frère, choisir sur ce pommier les bourgeons les plus vigoureux, pour les enter sur d'autres arbres qui sont dans le verger , afin que celui-ci venant à se perdre, ma mère eût toujours de ces bonnes pommes. Si nous avions quittéla ferme , c'était bien triste; un autre y serait venu, qui, avec le temps , aurait mangé le fruit de nos entes.

M. DE VERVILLE. — Ricu n'était plus facile que de les enlever en partant.

Personne n'aurait proflté de ton travail.

GEORGE. — Pourquoi l'aurais-je fait?

je n'y trouvais aucun profit. Et quand j'y en aurais trouvé , je sais trop bien qu'on ne doit pas cherchera faire son avantage au préjudice de ses semblables. Au contraire, j'aurais désiré qu'ils eussent cueilli de bon fruit sur nos arbres.

M. DE VERVILLE. — Mais tu disals tout à l'heure que c'était bien tristequ'un autre eût mangé le fruit de vos entes ?

GEORGE. — Sûrement, c'était triste pour moi que ma mère en fût privée; car quoique je souhaite de bonnes pommes aux autres, je les souhaite bien plus à ma mère.

M. DE VERVILLE , lui sBrraut la main.

— Tu es un brave garçon. (Voyant que Marguerite meurt d'envie d'embrasser son fils, mais qu'elle se contient par respect. ) Tiens , Marguerite , je te le livre. ( Pendant qu'elle l'embrasse.) Mon cher Thibaut , je suis de plus en plus émerveillé de tes en fans. C'est entre vous un combat 'a qui s'aimera davantage.

THIBAUT. — Eh I monseigneur , il n'est dans les familles que de vivre de bonne amitié. Quand je possédais mon père et ma mère , je rêvais aussi le jour et la nuit comment je pourrais leur faire le plus de plaisir. Je les aurais portés sur mes bras pendant leur vieillesse. J'en suis richement payé. Je vois par expérience que tout ce que vous faites pour vos parens, vos enfans le font pour vous.

MARGUERITE , à Gcorge. — Mais où est donc Valentin? d'où vient qu'il n'est pas avec toi ?

GEORGE. — H ne viendra pas dîner.

THIBAUT. — Et pourquoi donc';'

GEORGE. — C'est qu'il s'est mis dans la tête de finir son défrichement avant la nuit. Je Tai pressé de me suivre en lui promettant de l'aider de toutes mes forces cet après-midi. Il n'a pas voulu m'en-tendre. J'ai du pain de reste, m'a-t-il dit, en me montrant la moitié de son déjeuner. Je ferai mon dîner avec cela.

THIBAUT, avec émotion. — Le brave enfant ! parce que je ne suis pas allé aux champs ce matin , il se charge de ma besogne. Il nous a vu la tête prête à se courber sous la misère , et il vent nous la redresser par son économie et par son

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travail. George , va le retrouver , je l'en prie. Dis-lui que nous lui commandons de venir , et que nous ne mangerons pas qu'il ne soit à table. (En se tournant vers M. de Verville. ) Ah ! monseigneur , si vous le connaissiez, vous l'aimeriez comme nous de tout votre cœur.

JEANNETTE. — Mon père, veux-tu que j'aille le chercher avec ma sœur et George?

LOuisoN. — Je me charge de le faire bientôt venir , moi.

THIBAUT. — A la bonne heure ; mais ne vous amusez pas en chemin.

LouisoN. — Va! ne crains rien , nous reviendrons en courant.

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