M. DE VERVILLE , THIBAUT , MARGUE- RITE , JEANNETTE , LOUISON
LOUisoN , portant un bouquet énorme de roses, de chèvrefeuille et de jasmin, s'avance vers M. deVerville, lui fait une révérence, et luidil: — Monseigneur voudrait-il me permettre de le mettre à sa boutonnière?
M. DE VERVILLE. — Grand merci , ma chère Louison ( // l'embrasse ) : mais il est aussi gros que toi. Je parie que tu n'en auras pas laissé pour tous tes parens. Allons , je vais partager. Je n'ai rien à moi seul aujourd'hui. Tiens, Marguerite; tiens, Thibaut ; tiens, Jeannette ; tiens, Louison. (// leur distribue des fleurs. )
THIBAUT. — ■ Ce sera donc comme un jour de noces, chacun son bouquet?
JEANNETTE. — Ou prendrait monseigneur pour la mariée. Il donne le repas et les fleurs.
UIP.L10THKQUE DES VILLAGES.
THIBAUT. — Fort bieu ! voilà ma Jeannetle en pointe de gaîté.
M. DEVERviLLE. — Cette petite saillie lui vaudra un trousseau pour le jour de son mariage.
THIBAUT. — Oui-dà, monseigneur! il n'y aurait qua vous laisser faire, et rester les bras croisés. Son trousseau, il faut qu'elle le gagne elle-même.
LouisoN. — Et si j'ai plus tôt gagné le mien ?
THIBAUT. — Voyez-moi cette petite fille ! il vous sied bien d'avoir de ces choses en tête ! Allons, allons , il ne faut songer qu'à dîner. De la joie , de la joie !
M. DE VER VILLE. — Je vcux attendre que tes garçons soient de retour. Je ne dînerai point que je n'aie tout mon troupeau rassemblé autour de moi.
MARGUERITE. — Qucl dommage, monseigneur , que vous n'ayez pas d'enfans ! Vous paraissez tant les aimer !
M. DE vERviLLE. — Ail! Marguerite, quelle plaie tu rouvres dans mon cœur!
le ciel m'avait donné un fils. . .
MARGUERITE. — Uu fils unique? et il est mort? c'est bien cruel!,
M. DE VERVILLE. — S'il est mort , je l'ignore; mais il n'en est pas moins perdu pour moi.
THIBAUT. — C'est qu'il est peut-être dans une terre étrangère , et que vous ne recevez pas de ses nouvelles. ( Voyant des larmes prêles à couler des ijeux de M. de Verville, il prend sa viain et la serre.) Ne vous affligez pas , mon bon seigneur, je vous en prie. Sil vit encore, vous le reverrez sûrement. Quoi ! vous soulageriez les peines des malheureux, et vous seriez malheureux vous-même! Non, non, le ciel est trop juste. Voyez comme il me traite pour n'avoir fait que mon devoir; et vous qui allez si loin par-delà, il vous abandonnerait ! Cela n'est pas possible. Allons, égayez-vous un peu. Gardons-nous de rien perdre de ce grand jour de plaisir.
M. DE VERVILLE { esswfanl SCS ijeux.) — Oui , mon cher Thibaut, je me reprocherais d'empoisonner ta joie.
THIBAUT. — Vous me le devez : ce serait gâter votre ouvrage. Pourquoi mes fils sont-ils si lents à rentrer aujourd'hui? ( Use levé de table et va regarder par la fenêtre. ) Je vais voir s'ils viennent. Bon' je vois George qui s'avance. (// lui fait signe de la main de se hâter. )
MARGUERITE.— Quoi ! Georgetout seul?
Est-ce qu'il n'amène pas Valentin ? Il doit savoir que c'est l'heure du dîner. Mille pardons , monseigneur, de vous faire attendre.
M. DE VERVILLE. — Nous aurous le temps , Marguerite; je ne m'ennuie pas dans une si douce compagnie. Une heure plus tôt, une heure plus tard , cela ne me dérange point. Les jours sont longs; et pourvu quej'arrive à la ville avant la nuit, ma femme ne sera pas inquiète.
MARGUERITE.— Voici Gcorge, toujours.