‹ Le livre de familleChapitre 122 sur 197 · L'HOMME BISNFÂISÂNT, MEME APRES SA MORT · texte numérisé non relu

L'HOMME BISNFÂISÂNT, MEME APRES SA MORT

Nous allions à Delphes , Lycas et moi , porter notre offrande à Apollon. Déjà nous apercevions la colline sur laquelle le temple , orné de colonnes d'une blancheur éclatante, s'élève du sein d'un bois de lauriers, vers la voûte azurée des cieux. Plus loin , nos yeux se perdaient sur la î)laine immense des mers. 1! était midi;

le saMe brûlait nos pieds, et à chaque pas que nous faisions, il s'élevait une poussière enflammée, qui nous brûlait les yeux et se collait sur nos lèvres desséchées. .\ous gravissions ainsi , accablés de langueur ; mais bientôt nous hâtâmes le pas, lorsque nous aperçûmes devant nous , sur le bord même du chemin , quelques^

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arbres bauls et touffus. Leur ombrage était aussi sombre que la nuit. Saisis d'un trémissement religieux , nous entrâmes dans le bocage , où l'on respirait la plus douce fraîcheur. Ce lieu de délices offrait à la fois tout ce qui pouvait récréer nos sens. Ces arbres touffus entouraient un parterre de gazon arrosé par une source de l'eau la plus fraîche. Des branches chargées de poires et de pommes dorées s'inclinaient vers le bassin , et les troncs des arbres étaient entrelacés de fertiles buissons, de réglantier, de la groseille et du mûrier sauvage. La fontaine sortait en bouillonnant, du pied d'un tombeau entouré de chèvrefeuille, de saules et de lierre rampant. 0 Dieux! m'écriai-je, quel charme on respire en ce lieu ! Mon cœur bénit celui dont la main bienfaisante a planté ces doux ombrages. C'est ici peut-être que reposent ses cendres.

Voici , me dit Lycas , voici quelques caractères que j'aperçois entre ces rameaux de chèvrefeuille, sur le bord du tombeau. Peut-être nous apprendront-ils quel est celui qui daigna pourvoir au soulagement du voyageur fatigué. Il souleva les rameaux avec son bâton , et lut ces mots :

(( Ici reposent les cendres d'Amyntas.

Sa vie entière ne fut qu'une chaîne de bienfaits. Voulant encore faire du bien long-temps après sa mort , il conduisit cette source en ce lieu , et il y planta ces arbres. »

Que ta cendre soit bénie , homme généreux ! que tous les tiens , que tous ceux que tu laissas après toi, soient bénis à jamais ! En disant ces mots, je vis de loin, sous les arbres , quelqu'un s'avancer vers nous. C'était une femme jeune et belle , qui venait à la fontaine avec un vase de terre sous sou bras. Je vous salue , nous dit-elle d'une voix gracieuse. Vous êtes étrangers , et vous êtes accablés sans doute du long chemin que vous avez fait durant la chaleur du jour. Dites-moi , au-

riez-vous besoin de quelques rafraîchissemens que vous n'ayez pas trouvés ici? Nous te remercions, lui répondis-je , nous te remercions , femme aimable et bienfaisante. Que pourrions -nous désirer encore? L'eau de cette fontaine est si pure ! ces fruits si délicieux ! ces ombrages si frais ! nous sommes pénétrés de vénération pour l'homme de bien dont la cendre repose ici. Sa bienfaisance a prévenu tous les besoins du voyageur. Tu parais être de cette contrée, tu l'as connu sans doute? Ah! dis-nous, tandis que nous reposons à la fraîcheur de l'ombre , dis-nous quel fut cet homme vertueux?

Alors elle s'assit, posa son vase déterre à son côté , et s'appuyant dessus , elle reprit avec un sourire gracieux.

Amyntas était le nom de cet homme de bien. Honorer les dieux, être utile aux hommes , c'était pour lui le bonheur le plus doux. Dans toute cette contrée, il n'est pas un berger qui ne révère sa mémoire , avec la reconnaissance la plus tendre. 11 n'en est pas un qui ne raconte, en versant des larmes de joie, quelques traits de sa droiture ou de sa bonté. Dans ses derniers jours, il venait souvent s'asseoir ici sur le bord du chemin. D'un air affable et doux , il saluait les passans, et offrait diS rafraîchissemens au voyageur fatigué. Eh quoi! dit-il un jour, si je plantais ici quelques arbres fruitiers ; si , sous leur ombrage, je conduisais une source fraîche et limpide. L'eau et l'ombre sont loin de ces lieux ; je soulagerais encore long-temps après moi , et l'homme fatigué, et celui qui languit aux ardeurs du midi. Ce dessein fut promptcment exécuté. De ses mains débiles il conduisit ici la source la plus pure , et "a l'eutour il planta ces arbres fertiles , dont les fruits mûrissent en différentes saisons. 11 n'a pu voir ces arbres dans toute leur vigueur , éteudre au loin leurs branches touffues, cl l'extrémité de leurs rameaux cédant au

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poids des fruits mûrs, se courber jusque sur le gazon fleuri ; mais il leur a vu prendre leurs premiers accroissemens ; il s'est promené sous leur ombre naissante. Lorsque les dieux, pour se hâter sans doute de récompenser sa bienfaisance , ont rappelé son ame dans leur sein , nous avons enseveli sa dépouille mortelle dans ces lieux , afin que tous ceux qui reposeront sous cet ombrage, bénissent sa cendre.

A ce récit , pénétrés de respect , nous bénîmes la cendre de l'homme de bien , et nous dîmes à la bergère : Cette source nous a paru bien douce , la fraîcheur de cette ombre nous a récréés ; mais bien plus encore le récit que tu viens de nous faire. Que les dieux bénissent tous les instans de ta vie! » Et pleins d'un sentiment religieux , nous portâmes nos pas au temple d'Apollon.

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