HEUREUX LE PERE D'UN SI SON FILS
Myrtil ayant ramené des champs son troupeau, était allé, un soir, se promener dans la prairie voisine. Le calme profond des campagnes éclairées par la douce lumière de la lune, le souffle d'un vci.! frais, et les tendres accens du rossignol , le retinrent 1-mg-temps plongé dans une rêverie délicieuse. Il revint enfin vers sa cabane; et comme il passait sous un berceau de pampres verts qui en décoraient l'entrée, il trouva son père qui sommeillait paisiblement au clair de la lune. Le vieillard était couché sur le gazon, tenant sa tête blanchissante appuyée sur une de ses mains. Myrtil s'arrêta devant lui, les bras croisés contre sa piiitrine.
Sa vue restait constamment attachée sur son père. Seulement il regardait de tetiips en temps le ciel à travers le feuillage, et des larmes de joie coulaient de ses yeux.
0 mon père, dit-il ! toi que j'honore le plus après les dieux , comme tu reposes doucement! Que le sommeil du juste est tranquille! Tu as sans doute porté tes pas chancelans hors de ta cabane pour célébrer le soir par de saints cantiques, et le sommeil t'aura surpris après ta prière. Tu auras aussi prié pour moi.
Ah I que je suis heureux ! Les dieux t'écoufent d'une oreille favorable ; car , autrement , pourquoi notre cabane serait-
CHOIX UE I.l.CTUHES.
elle ombragée par des arbres courbés sous le poids de leurs fruits? Pourquoi la bénédiction du ciel serait-elle sur nos troupeaux et sur les productions de nos champs? Lorsque, satisfait de mes faibles soins pour le repos de ta vieillesse, tu verses des larmes de joie; lorsque, tournant tes regards vers le ciel, tu me donnes ta bénédiction d'un air content , de quels doux sentimens je suis pénétré ! Encore aujourd'hui, quittant mes bras pour aller te ranimer à la chaleur du soleil : Mon fils, disais-tu, que le ciel, pour te récompenser, te fasse vivre à jamais heureux dans ces campagnes chéries ! Mes regards aflaiblis n'ont pas en-
core long-temps à les parcourir. Bientôt je les quitterai pour dautres campagnes
].lus heureuses Ah, mon père! Ah,
mon meilleur ami ! je vais donc bientôt le perdre.... II se tut un moment, et regarda le bon vieillard avec des yeux mouillés de larmes. Mais non, reprit-il, ta vieillesse est encore robuste. Les dieux te laisseront encore sur la terre pour faire le bien, pour m'apprendre à le faire, quand tu ne seras plus. Il dit, et craignant pour son père les vents frais du soiret la rosée humide, il lui baise le front pour réveiller doucement, et le conduit dans sa cabane pour lui procurer un sommeil plus commode.
LA SAIGNEE.
PERSONNAGES
M. DORMEL.
Madame DORMEL.
DORMEL rainé, Dis, âgé de 20 ans.
SOPfflE, fille de M. DORMEL , âgée de 18 ans
La scène est à Paris, dans la maison de M. Dorme).
DORMEL le cadet, âgé de 6 ans.
Le comte de SAINT-BON.
Un laquais du comte , personnage muet.