‹ Le livre de familleChapitre 130 sur 197 · SCÈNE DERNIÈRE · texte numérisé non relu

SCÈNE DERNIÈRE

M. et MADAME DORMEL , SOPHIE , DOR- MEL l'nîiié, le comte DE SAINT-BON, DORMEL le cadet , un domestique du comte portant quelques provisions.

LE COMTE DE SAINT-BON. — OÙ SOnt-

ils, ces pauvres malheureux? Comment ont-ils pu se cacher si long-temps à mes yeux?

DORMEL le cadet. — Les voila, monsieur. . . c'est mon père. . . c'est ma mère. . . Ils meurent de faim.

m""" DORMEL, au comte. — Hélas!

monsieur, que votre générosité est touchante ! Nous en sentons tout le prix : mais comment en pourrions-nous jouir, tandis que ce cher enfant, le mortel le plus respectable... est près d'expirer?... Ah ! si vous saviez.

LE PETIT DORMEL. — Mou clicr frère, comme vous voila ! (// court à son frère.)

LE cOxMTE , à Dorfnel l'aîné. — Comment ! vous aurait-on maltraité?

DORMEL fils, d'une voix faible et interrompue.— Non, monsieur : je n'ai pu supporter l'état où se trouve réduite ma malheureuse famille. Je suis sorti ce matin , le désespoir dans l'ame , déterminé à leur trouver du secours, ou k mourir.

Je rencontre un de mes amis , aussi pauvre, aussi malheureux que moi. Mon air désespéré l'effraie. — Où vas-tu , me ditil , que t'est-il arrivé? — Ah , mon cher ! ils n'ont pas mangé depuis hier au soir. . . mon père... ma mère! Je ne sais où je vais.... où je suis... ils vont mourir... — Tiens, mon ami, me dit cet homme vertueux, en me donnant une pièce de deux sols; voilà tout ce que je possède. Si tu voulais gagner de l'argent , je sais un moyen. — Ah! dis-je , je ferai tout; il est honnête sans doute? — Eh bien ! me dit ce généreux ami , il y a un particulier qui demeure auprès de l'école de chirurgie ; il apprend à saigner, et il donne de l'argent à ceux qui... J'entends, ai-je interrompu. Je le quitte à l'instant, je vole chez ce particulier. 11 me saigne et me donne de l'argent. Je vais chez un autre , on m'en fait autant. Je viens avec ces pains , et je me meurs. Heureux si ma mort retarde de quelques instans celle des infortunés à qui je dois le jour !

LE COMTE. — Ah ! mon ami , vous êtes un prodige de vertu ! Mais vous avez un frère qui se montre votre digne émule... Ce petit malheureux ( en montrant le petit Dormel) est tombé en défaillance h ma porte; je l'ai fait transporter chez moi. Quelques gouttes de liqueur lui ont fait reprendre ses sens. 11 meurt d'inanition , dit un médecin qui était alors à la maison , et sur-le-champ je lui fais présenter quelque nourriture. Il la refuse constamment. — C'est mon père.... c'est ma mère qu'il faut secourir. Pourrais-je manger tandis qu'ils meurent de faim !

M. DORMEL, attendri. — Abîmes enfans , vous méritiez un meilleur sort !

LE COMTE. — Que leur sort ne vous inquiète plus , j'en fais actuellement mon affaire. Je bénirai chaque jour l'heureux instant oùj'ai pu secourir des malheureux aussi peu faits pour l'être. Votre fils n'est heureusement qu'affaibli. A son âge, fort

CHOrX DE LECTURES.

comme il le paraît , il se tirera aisément (Vaffaire. ( lljelteuneboursesurlatable. ) Voila pour aider h sa guérison et à votre subsistance pendant quelques jours. Dans peu vous aurez de mes nouvelles. Je vais de ce pas... (retenant M. Dorniel et sa famille qui veulent se jeter à ses pieds.) Point de remercîmens , mes chers enfans;

ce que je fais m'est bien doux. J'en ai déjà reçu la récompense au fond démon cœur.

( A 31. et madame Dormel. ] Je ne puis me lasser d'admirer l'effet de l'éducation et des bons exemples que vous avez donnés h vos enfaus. Ils me donnent une haute idée de vos sentimens ; car , dit le proverbe , bon sang ne peut j amais mentir.

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