‹ Le livre de familleChapitre 137 sur 197 · SCÈNE II · texte numérisé non relu

SCÈNE II

LE VIEILLARD, saus voir Babet; BÂBET ,

toujours à part.

LE VIEILLARD. — C'cst le pain de mes enfans que ce fagot. Il devrait me paraître fort léger, et je ne saurais le porter. (// jette à terre son fagot. )

BABET. — Il aime les enfans , il ne me fera pas de mal.

LE VIEILLARD. — Ah! vicillessc !

vieillesse! tu pèses plus que lui sur mes épaules. — L'amilié m« donne du courage. A quoi sert le courage? Les ans m'ôtent la force. . . . Pauvres enfans ! vous trouvez que je tarde trop long-temps, vous pleurez, mais vous ne m'accusez pas, j'en suis sûr.... Vous sBvez.... j'ai bien fait de ne pas vous croire, j'ai bien fait. — Si je l'avais emporte, le reste du pain, je n'aurais pas faim à présent. — Mais vous?

BABET. — Il a faim, j'ai bien faim aussi.

LE VIEILLARD. — Hélas ! pcut-êtrc l'au- I ont-ils mangé trop tôt. (// regarde le soleil. ) Il y a bien six heures que je suis parti : oui , il y a au moins six heures que je les ai quittés. S'ils l'ont mangé tout de suite , ils sont à présent comme ces petits oiseaux que j'ai vus tantôt dans leur nid. — Ils m'ont fait grande pitié , ces petits oiseaux. — Quelqu'un aiira-t-il pitié de mes petits à moi ?

BABET. — Oh ! moi j'en aurais pitié , si je les voyais.

LE VIEILLARD. — Si je laissais la mou fagot, je marcherais plus vite, j'arrive-

rais , au moins je les tirerais d'inquiétude. — Malheureux vieillard , comme lu te trompes! Sais-tu ta roule ? te voilà perdu dans le plus épais du bois ; pas un sentier.

BABET. — Si j'osais l'aborder , je lui dirais bien par où il faut prendre.

LE VIEILLARD. - Le solcil baisse ; j'ai vu ici autour des bestiaux; on viendra les chercher avant la nuit; j'entendrai les cornemuses des bergers , ils me remettront dans mon chemin, restons. — Mais la faim ! la faim! ce n'est pas la mienne qui me tourmente le plus. .. Si je pouvais dormir ! ( // se couche sur son fagot et s'endort. )

BABET. — Il dort déjà. — Oh ! non , il n'est qu'assoupi : c'est la fatigue... Vraiment si' fait, il dort. Mais il a faim, le pauvre homme ! Au moins il faut le laisser dormir; peut-être

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