VARIÉTÉS
Un étranger ayant vendu a une impératrice romaine de fausses pierreries , elle en demanda à son époux une justice éclatante. L'empereur , plein de clémence et de bonté , mais ne pouvant la calmer , condamna , pour la satisfaire , le joaillier a être exposé dans l'arène. L'impératrice s'y rendit avec toute sa cour , pour jouir de sa vengeance. Au lieu d'une bête féroce , il ne sortit contre le malheureux qui s'attendait a périr qu'un agneau qui vint le caresser. L'impératrice, outrée de se voir jouer, s'en plaignit amèrement a l'empereur : « Madame, répondit-il , j'ai puni le criminel suivant la loi du talion ; il vous a trompée, il a été trompé à son tour. »
M . D . . . . d'un mérite rare par ses vertus et ses talens militaires , était petit , mal fait, et d'une figure peu avantageuse.
Ayant été nommé gouverneur du Canada, les Iroquois lui envoyèrent des députés pour renouveler leur alliance avec les Français. Arrivés a Québec, ils furent introduits chez le gouverneur. Le chef de l'ambassade avait préparé un discours, dans lequel il employait tout ce que sa langue avait de plus riche et de plus pompeux pour faire l'éloge de la force du corps, de la hauteur de la taille, et de la bonne mine du général : qualités que ces sauvages estiment de préférence. Surpris de voir tout autre chose que ce qu'il avait imaginé, il sentit que sa harangue ne cadrait point au personnage. Sans se déconcerter , il s'en lira par cette apostrophe
un peu agreste à la vérité, mais qui n'est pas sans énergie : « 11 faut que tu aies une grande ame, lui dit-il , puisque le grand roi des Français t'envoie ici avec un si petit corps ! »
Spencer, fameux poète anglais, s'introduisit un jour dans la maison du lord Sidney , dont il n'était point connu, tenant à la main une copie d'un de ses poèmes. On porte la copie au lord. Il la prend, la lit, et, frappé de la beauté des vers , ce seigneur fait paraître le transport le plus vif à la découverte d'un génie si neuf et si rare. Il lit passionnément quelques stances, et se tournant vers son intendant : Donnez , lui dit-il , 501iv. sterling à l'auteur de ces vers. • — Il poursuit la lecture; et, plus frappé encore d'une nouvellestance, s'écrie: Doublezlasomrae.
— L'intendant étonné , différait d'exécuter l'ordre de son maître. Sidney continue de lire ; la libéralité s'accroît avec son admiration : « Je donne , dit-il , 200 liv.; et poussant son intendant par l'épaule : Vite, vite, et sur-le-champ; car sijelisdavantage, je serai tenté de donner tout mon bien .
Un grand seigneur ignorant, voyant un jour Descartes qui faisait bonne chère, lui dit : Eh quoi! les philosophes usentils de ces friandises? — Et pourquoi non? lui répondit-il. Vous imaginez- vous que la nature n'ait produit les bonnes choses que pour les ignorans ?
Le prince d'Orange s'étant mis en marche pour une entreprise secrète , un
CHOIX DE LECTURES
colonel , trop curieux , osa lui faire des questions. Mais, lui dit le prince, si vous connaissiez mes desseins , ne les communiqueriez-vous à personne? Non, assuré-
ment , reprit le colonel. — Le Ciel, répliqua le prince d'Orange, m'a aussi accordé le don de savoir garder un secret. »