SCÈNE X et DERNIÈRE
Mad. DE PREVAL, JULIE , LÉONOR, MAH- GUERITE , MARIETTE , JEANNETON.
M""* DE PREVAL. — N'cst-ce pas , ma chère fille , que tu es enchantée de revoir la nourrice et ta sœur?
LÉONOR, d'un air de joie affecté. — Oui , sans doute, maman.
M*"* DE PREVAL. — Àh ! je Ic pcusais bien ! Ma Léonor porte un cœur délicat et sensible. {En se tournant vers Marguerite.) Mais qu'as -tu donc là dans ton tablier? Est-ce que ma fille t'a fait quelque cadeau? Je lui sais gré de son attention et de sa reconnaissance.
MARGUERITE. — Nc soycz pas fâchée, madame ; mais ce n'est pas mademoiselle Léonor, c'est Julie qui m'a donné tout ceci , et qui a fait aussi des présens à mes filles. Voyez.
M*"^ DE PREVAL , avec surprise. — Julie I Elle ne m'en a rien dit.
JULIE. — Je ne croyais pas que cela en valût la peine , maman.
m"'^ de PREVAL. — Et Léonor?
MARGUERITE. — Oh ! madame ! Nous
ne sommes pas dignes d'approcher d'elle, et de lui parler. Elle est trop grande demoiselle pour nous. Elle n'est pas faite pour s'abaisser jusqu'à de pauvres gens comme nous le sommes.
jjme jjg PREVAL, uvec indignation. — Comment donc !
LÉONOR, confuse. — N'en croyez rien, maman , je vous prie.
jjme jjg PREVAL. — N'cD croirai-jc pas ce que je vois et ce que j'entends? Otezvous de devant mes yeux. Dupe que j'étais de ma folle tendresse! Pauvre Julie! Que n'ai-je connu plus tôt ton bon cœur ! Mais va, je te dédommagerai de mon injustice.
JULIE. — Moi, maman, vous m'avez toujours traitée avec plus de bonté que je ne mérite. Mais donnez-m'ea un nouveau témoignage, en faisant grâce à Léonor. (Elle court vers sa sœur, et prend sa main qu'elle cherche à lui dérober. )
MARGUERITE. — 0 l'excellente enfant!
Que je suis fièrc de l'avoir nourrie !
JULIE. — Allons, ma chère maman, faites grâce, je vous en conjure, a ma pauvre sœur. Il faut bien pardonner quelque chose à notre âge.
m""^ DE PREVAL. — Je puis pardonner à votre âge l'étourderie et la légèreté, mais non l'orgueil et l'ingratitude. Sortez de ma présence , mademoiselle ; vous ne méritez plus mon amour. Pourquoi craindrais-je de vous traiter durement, lorsque vous n'avez pas craint de traiter avec dureté ceux que vous deviez tant chérir? Que dois-je attendre pour moi-même de votre cœur , lorsque je le vois fermé à votre seconde mère? L'enfant qui peut cesser d'aimer sa nourrice, ne pourra jamais aimer ses parens.