‹ Le livre de familleChapitre 20 sur 197 · TOUT UN PAYS REFORMÉ PAR QUATRE ENFANS · texte numérisé non relu

TOUT UN PAYS REFORMÉ PAR QUATRE ENFANS

Sur le peucliantd'une colline qui s'élève à quelque dislance de Paris, on aperçoit de loin un village dont la situation paraît si riante que les voyageurs les plus pressés descendent ordinairement de leur voiture pour aller y jouir de la perspective d'une contrée délicieuse. Vous allez croire que les enfans de ce village doivent s'y trouver fort heureux. Sans doute ils le sont aujourd'hui. Mais autrefois combien ils étaient à plaindre ! D'où venait donc leur malheur? me direz-vous. Etaient-ils souvent malades? Au contraire, l'air quils respiraient depuis le berceau était le plus favorable pour la santé. Leurs parens

étalent-ils pauvres ? Vraimentils n'étaient pas riches ; mais ne peut-on pas vivre tranquille et satisfait sans de grandes richesses ?

D'où venait donc leur malheur ? demandez-vous encore. Eh bien ! s'il faut vous le dire , c'est de la mauvaise éducation que quelques-uns d'entre eus avaient reçue , et des mauvais exemples qu'ils donnaient aux autres. Ils avaient surtout ledéfaut d'être hargneux et turbniens. Dès qu'il s'en trouvait seulement deux ensemble , il y avait bientôt une querelle établie.

Ah ! te voilà , Colin? Oh ! quelle sotte mine te donne ton habit neuf! — C'est

LE LIVKE Dli FAMILLK.

apparemment qu'il fait lioiUe a les guenilles. — Bon ! c'est bien d'un habit neuf que je me soucie, vi aiment! — Mais ta fais le fler, je crois , avec ta veste rouge et tes bas bleus. Je ne sais qui me tient que je ne te jettedans cette mare, pour te mettre toutentier de la môme couleur.

Voila une légère idée des complimens qu'ils avaient coutume de se faire en s'abordant. Des paroles , ils en venaient bientôtà des suites plus tristes, Ussedonnaient des gourmades, s'arrachaient les cheveux et se traînaient dans la boue , jusqu'à ce que leurs parens vinssent les séparer h coups de bâton.

Aussitôt qu'il paraissait un étranger dans le village, ils disputaient aux cliiens le privilège de courir après lui et de le tracasser.

A l'école , ils se disaient des injures , ou se donnaient des coups de pied entre les bancs. Il fallait bien que leur maîlre à la lin s'en aperçût, et vînt leur donner sur les oreilles. Il y en avait tous les jours cinq à six de sévèrement punis. Aussi n'allaient-ils qu'à regret à l'école; et lorsqu'ils y étaient envoyés de force par leurs pères , ils prenaient le chemin le plus long, arrivaient tard, faisaient mal leurs devoirs et recevaient une punition nouvelle.

Ils n'étaient pas plus heureux hors du temps de l'étude ; car ils ne pouvaient aller tour à tour les uns chez les autres pour s'amuser ensemble , attendu qu'ils ne savaient s'accorder qu'à faire du mal , et que leurs parens étaient excédés de leurs criailleries.

Us passaient ainsi toutes leurs journées à se quereller et à se battre dans les rues, à être réprimandés ou punis à l'école , et à recevoir de sévères reproches de leurs pères lorsqu'ils rentraient au logis.

Voilà exactement le tableau de la vie qu'ils menaient autrefois. 11 vous larde

sans doute d'ap[jrendre connnent s'opéra le changement que je vous ai annoncé, lui voici l'histoire fidèle.

Au bout du village, il y avait une belle maison qu'un homme riche de la ville, nommé I\l. de Guercy, venait d'acheter à dessein d'y établir son séjour. On l'attendait de moment en moment avec sa famille.

Les deux voitures qui ramenaient, lui, sa femme , ses enfans et ses domestiques ;, parurent enfm sur la grande roule. Au bruit qui s'en répandit , tous les enfans du village s'assemblèrent pour le voir passer. Mais au lieu de les saluer poliment et de les recevoir avec des marques de joie et d'amitié, ils ne firent que pousser des éclats de rire moqueurs , et les suivre avec des huées.

Les enfans de M. de Guercy avaient remarqué cette vilaine conduite, et s'en élaient parlé tout bas les uns aux autres. Ils ne concevaient pas comment des enfans pouvaient être si grossiers. Ils apprirent bientôt à les mieux connaître.

Ils allèrent dès le lendemain faire une petite course dans les environs , pour reconnaître le pays. 11 fallait traverser le village. Le premier qui les aperçut courut en avertir ses camarades, qui sortirent aussilôl par essaims de leurs cabanes. Les plus sauvages ne s'avançaient que jusqu'au seuil , et lorsqu'ils les voyaient prêts à passer , ils rentraient précipitamment en leur fermant la porte au nez; les autres les regardaient insolemment sans leur rendre leur salut, ou n'y répondaient que par des grimaces et des révérences moqueuses.

Je sens , mes chers amis , combien ces détails doivent vous paraître pénibles.

Mais qui de vous pourra deviner comment les enfans de M. de Guercy se conduisirent envers ces polissons? Leur rendirentils leurs insultes , ou s'en vengèrent-ils^ i par des coups? ;

LK I.IVIîE DE l'AMIl LE.

AS

Non, non. Ils liront l)i(>n miiMix. — Et coiiinienl donc? — Le voici:

Ils ponisui virent Irancjnillenienl lenr chemin , non-senlenient sans témoigner le moindre ressentiment, mais encore sans paraître remarqner rien de ce qni se passait antoiir d'eux. Mais à peine furentils entrés dans un petit bosquet à l'extrémité du village, qu'ils eurent ensemble l'entretien que je vais vous rapporter, après vous avoir fait connaîtreleurs noms. Louis, Auguste, Charles et Frédéric, c'est ainsi qu'ils s'appelaient par ordre d'âge et de taille, en commençant par l'ainé. Je me fais un devoir de vous les désigner bien clairement, afin que vous puissiez juger vous-mêmes à qui appartient l'avis le plus raisonnable dans la délibéralion qu'ils vont prendre sous vos yeux.

J'ai bien connu de méchans petits garçons dans ma vie, dit Frédéric ; mais j'avoue que je n'ai pas encore vu d'aussi mauvais sujets que ces petits paysans. J'élais tenté d'eu choisir un de ma taille , pour lui apprendre à vivre, Savez-vous ce qu'il faut faire? Nous n'avons qu'à couper ici chacun notre bâton, et en repassant dans -Je village , nous en distribuerons des volées , a tous ceux qui s'aviseront de nous insulter. Voilà, je crois, le meilleur parti que nous ayons à prendre.

Je pense comme Frédé-ric , s'écria Charles. 11 faut savoir nous faire respecter dans le pays. Louis, ne penses-tu pas commes nous ?

LOUIS. — Non, je vous assure; et je me garderai bien de tremper dans un pareil complot.

AUGUSTE. — Louis a raison: ce seraient de belles affaires que nous ferions à notre famille, pour sa bien -venue dans le village!

Lours. — Et s'il nous arrivait un malheur, et que l'un de nous fût rapporte couvert de blessures à nos parens, pensez-vous quel serait leur chagrin , et ne

seriez- vous pas inconsolables de les avoir si cruellement affligés?

FRtSnÉRic. — Effectivement; je ne songeais pas à cela.

CHARLES. — Eh bien, Louis, toi qui es l'aîné, tu dois penser plus sagement que les autres; dis-nous ce que nous avons à faire.

LOUIS. — Ce que nous avons à faire, mes chers amis? c'est de ne rien faire du tout. En reprochant à ces petits garçons leur grossièreté , ne serait-il pas ridicule de nous montrer plus grossiers qu'euxmêmes ?

FRÉDÉRIC. — 11 est vrai.

LOUIS. — Ce n'est pas tout encore.

Si, au lieu d'aller leur faire une querelle, nous pouvions les guérir de la manie d'être si querelleurs , ne serait-ce pas tout ensemble un grand plaisir et une grande gloire pour nous ?

CHAULES. — Oui; mais comment en venir à bout?

LOUIS. — Vraiment, c'est ici la difficulté. Cependant on pourrait Oui , il

me vient une idée. Écoutez.

AUGUSTE, CHARLES et FRÉDÉRIC. —

Oh, voyons, voyons , voyons.

LOUIS. — Vous souvenez-vous du jour où l'on nous amena notre grand chien Castor, pour le mettre à l'a! tache dans la cour? Vous souvenez- vous combien il était sauvage et grondeur? Te rappelles-tu, Frédéric , qu'il débuta par le déchirer à belles dents le pan de ton habit?

FRÉDÉRIC. — Oh, oui! je m'en souviens.

Il m'aurait mis en pièce, si je ne m'étais sauvé.

LOUIS. — Notre papa nous donna à ce sujet un fort bon conseil. Mes en fan s , nous dit-il, gardez-vous bien d'aller agacer Castor. Au lieu de lui lancer des pierres, jetez-lui de temps en temps un morceau de pain, et vous verrez, au bout de quelques jours , que son caractère se sera peu à peu adouci , et qu'il prendra même de

l'attachement pour vous. Je vous garantis que de cette manière vous pourrez bientôt jouer avec lui sans péril.

AUGUSTE. — Eu effet , cela ne tarda pas long-temps à arriver. Loin de chercher a nous mordre , il fut le premier a nous faire des caresses.

FRÉuÉRic. — Je lui monte aujourd'hui sur le dos , et je lui mets le poing dans la gueule sans qu'il me fasse de mal.

LOUIS. — Vous voyez donc , mes amis, ce que l'on peut gagner par la douceur.

CHARLES. — Oui ; mais où veux-tu en venir avec ton chien?

LOUIS. — A une chose toute simple.

C'est que des créatures douées de raison ne doivent pas être, sans doute, plus intraitables que des chiens. Ainsi donc, si nous sommes parvenus par de bons traitemens à adoucir le caractère sauvage de Castor , nous avons la plus belle espérance de réformer aussi de la même manière l'humeur querelleuse deces petits paysans. Oui, mes frères; j'ose vous promettre qu'avec de la patience et de la modération, nous viendrons à bout de les changer , et de nous concilier peut-être leur plus tendre attachement.

Ces paroles, prononcées avec beaucoup de grâce , firent une impression si vive sur la petite troupe , qu'il fut résolu tout d'une voix de suivre le plan proposé par Louis. Ses trois frères venaient a peine de lui donner leur consentement , qu'un bruit soudain se fit entendre dans les broussailles. Ils tournèrent les yeux de ce côté. Quelle fut leur surprise en croyant apercevoir leur papa ! C'était lui-même en effet qui les avait suivis dans leur promenade. Ayant remarqué la veille , aussi bien qu'eux-mêmes, la grossièreté des petits garçons du village , il avait craint qu'ils ne se portassent à quelque insulte envers ses enfans , et il avait voulu observer la manière dont ceux-ci sauraient . se conduire.

Son premier mouvement fut de prendre Louis dans ses bras , et de le serrer tendrement contre son sein. Tu viens de me donner une grande joie , mon cher ùis , lui dit-il , en détournant ces petits fanfarons de la belle expédition qu'ils méditaient. Je te sais bon gré aussi , mon cher Auguste, d'avoir si bien secondé ton frère. Pour vous , messieurs , je devrais vous punir d'avoir voulu user de violence ; mais je vous pardonne , parce que vous n'avez pas encore assez d'expérience et de réflexion pour pressentir les suites fâcheuses auxquelles vous étiez prêts a vous exposer , et surtout parce que vous vous êtes rendus sans résistance aux sages conseils de vos aînés.

A ces mots , les enfans de ?il. de Guercy se jetèrent tous dans ses bras, et, après l'avoir accablé de caresses , ils lui promirent de rester fidèles à la résolution qu'ils venaient de prendre.

Ce n'est pas de votre bonne volonté que je me défie , leur répondit M. de Guercy ; mais je crains....

LES ENFANS. — Eh quoi donc , mon papa?

M. DE GUERCY. — Combien croyezvous qu'il vous faudra de temps pour faire réussir complètement votre projet?

FRÉUÉRIC. — Je ne demande pas plus de quinze jours.

CHARLES. — Oui , un mois tout au plus.

AUGUSTE. — Ah , mes frères ! comme vous allez vite en besogne !

M. DE GUERCY. — Et toi, qu'cu peuscstu , Louis ?

LOUIS. — Je ne saurais vous dire le temps bien juste , mon papa ; mais je crois que nous serons fort heureux si cette opération ne nous coûte qu'une seule année.

M. DE GUERCY. Je suis exactement de ton avis , et voilà ce qui cause mon inquiétude. Je crains, mes chers amis, que

LE LlVnE DK FAMILLE.

votre constance ne puisse se soutenir aussi long-temps. 11 n'a fallu qu'un instant à Charles et a Frédéric pour cire frappés des sages conseils de leurs frères. Mais considérez , mes enfans , que depuis le moment où votre raison s'est développée, je me suis attaché sans cesse à vous inspirer de bons sentimens et de bons principes. Je viens même de quitter le séjour de la ville pour me consacrer tout entier h votre Instruction. 11 n'en est pas ainsi des petits garçons du village. Abandonnés à eux-mêmes en quittant le sein de leur mère, où prendraient-ils des idées d'honneur et de générosité ? Leurs parens , occupés dès le point du jour d'un travail opiniâtre , n'ont pas le loisir de les instruire.

11 n'y a que le maître d'école et le curé qui puissent leur donner , en général et de temps en temps , quelques leçons de conduite, tandis qu'il faudrait suivre chacun d'eux en particulier à chaque instant de la journée. Vous ne devez donc pas être surpris que ces enfans, entraînés l'un par l'autre , prennent de mauvaises habitudes et s'y fortifient. Vous savez , d'après votre propre expérience , que ce n'est pas une petite affaire que de les déraciner. Ainsi, pour venir a bout de votre entreprise , il vous faudra vaincre bien <les difûcullés. Je ne dis pas cela dans la vue de vous détourner d'un si noble dessein ; c'est au contraire pour vous encourager à le faire réussir. Vous aurez bien plus que de la gloire à gagner à son succès. Ce n'est pas par vos discours , c'est par vos exemples que vous parviendrez a l'obtenir. Vous ne pouvez corriger vos élèves sans vous perfectionner vous-mêmes , et par conséquent sans me donner la plus grande joie que puisse goûter un cœur paternel.

Pendant ce discours , M. de Guercy avait eu le plaisir de lire dans les yeux et sur le front de ses enfans tous les senti-

mens propres à flatter ses espérances.

Après avoir enflammé leur zèle par des motifs d'honneur, il leur fit sentir lahonlo qu'il y aurait pour eux à le laisser lâchement éteindre. Le sort de ce village, leur dit-il, est entre vos mains. Songez que si, après avoir d'abord aidé ces enfans à sortir de leurs vices, vous les y laissez ensuite re tomber ,vous ne ferez que les rendre plus coupables , puisque vous leur aurez fait perdre l'excuse qu'ils avaient au moins dans leur ignorance. Quels reproches affieux n'auriez-vous pas alors à vous faire à vous-mêmes !

Non , non , mon papa , s'écrièrent a la fois tous les enfans , ne craignez point de nous voir perdre courage. Nous vous aimons trop pour vous donner jamais ce chagrin.

La nuit , prête à s'avancer du bout de l'horizon , vint les interrompre dans les douces effusions de tendresse qui suivirent ce transport. Ils sortirent du bocage en se tenant tous par la main. L'entretien continua de rouler sur le même sujet , à leur retour et pendant le reste de la soirée. Après quelques instructions générales , M. de Guercy dit a ses enfans qu'il leur abandonnait le maniement de toute cette affaire , et qu'il ne ferait que les aider de ses conseils, s'ils croyaient en avoir besoin pour la conduite de leur plan.

Ils ne tardèrent pas à le mettre à exécution. Leur première idée fut de se montrer souvent dans le village , pour familiariser les petits paysans avec leur présence. Il y eut bien d'abord quelques sourdes huées , dont il n'aurait tenu qu'à eux de faire des sujets d'escarmouche ; mais ils ne firent pas semblant de les entendre. Plus les petits garçons se montraient grossiers et sauvages , plus les quatre frères se piquaient de politesse envers eux. Qu'est-ce donc que cela ? disaient ceux-ci ; est-ce que les enfans de la ville n'ont point de courage ? Ah ! ils en

monlraient bien plus sans cloute dans une pareille modération, qu'il n'en aurait fallu pour se battre , puisqu'ils savaient triompher de la violente démangeaison qu'ils sentaient quelquefois, surlout Charles et Frédéric, de se retourner brusquement pour faire le coup de poing.

Celte conduite ue pouvait manquer de leur réussir. Au bout de quelques jours les petits paysans , lassés de les houspiller en vain , les laissèrent passer à leur côté sans y faire la moindre attention. Ils ue furent plus remarqués que des gens raisonnables, qui, s'étonnantde les voir si doux et si réservés , les saluaient à leur passage avec un air de bienveillance. Les enfans de M. de Guercy profitèrent de celte disposition pour lier connaissance avec quelques-uns d'entre eux. Ils leur firent adroitement des questions , aûn de connaître les pauvres veuves et les vieillards infirmes qui avaient besoin de secours. Comme leur père avait pour principe qu'ils eussent toujours de l'argent à leur disposition , ils résolurent de consacrer leurs petites économies à subvenir aux nécessités des plus malheureux. Leur plus douce récréation était daller euxmêmes les voir, et de leur porter des soulagemens. L'espérance et la consolation entraient à leur suite dans ces misérables chaumières , qui ne retentissaient avant leur arrivée , que des soupirs de la douleur , et souvent des cris du désespoir.

Le récit de leur bienfaisance avait déjà couru de cabane en cabane , dans toute l'étendue du village. Les petits paysans étaient tout étonnés d'entendre leurs parens ne parler qu'avec des expressions de respect de ces mêmes enfans qu'ils se donnaient les airs de mépriser. Ils n'en auraient peut-être pas voulu croire la renommée sur parole. Il fallut bientôt , en dépit d'eux-mêmes , que leur propre expérience servît a les faire revenir de leur injuste opinion.

Un petit garçon avait perdu une pièce de douze sous, que sa mère lui avait donnée pour aller acheter du pain. Il se désolait, dans la crainte d'être battu s'il ne la retrouvait pas. Un des enfans de M. de Guercy vint à passer près de lui, s'informa du sujet de sa peine , l'aida dans ses recherches, et, les voyant inutiles, il donna de sa poche la pelite somme qu'il avait perdue.

Un autre, en jouant imprudemment près d'un fossé , s'était laissé tomber dans l'eau jusqu'au menton , et ne pouvait regagner le bord. Un des enfans de M. de Guercy entendit ses cris de la prairie voisine , accourut à son secours , et , au risque de se noyer lui-môme , il parvint h le retirer de la fange verdâtre oîi il barbotait.

Or , devinez , parmi les quatre frères, ceux qui avaient fait ces deux bonnes actions? C'est Frédéric qui avait fait la première, et Charles la seconde. Leurs noms demandent à être cités avec d'autant plus d'exactitude, qu'après vous les avoir montrés prêts à se battre avec les petits paysans, vous auriez été tentés peut-être de les soupçonner de méchanceté, ce qui assurément n'était pas dans leur caractère : ils étaient courageux , sans en être moins sensibles.

D'un autre côté , Louis et Auguste , dont la prudence aurait pu paraître à vos yeux un défaut de bravoure , eurent bientôt occasion de signaler cette vertu. Un loup s'était jeté au milieu d'un troupeau, et, après avoir massacré plusieurs brebis, il en avait pris une h la gorge , et la rejetant sur son dos , il l'emportait en la fouettant de sa queue. Le petit berger , qui était pourtant l'un des plus hargneux du village, avait pris lâchement la fuite h la première approche du loup. Louis et Auguste rencontrèrent dans un chemin étroit l'animal ravisseur. Celui-ci , content de sa proie , enfilait fièrement sa

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roule sans s'embarrasser des deux frères, dont la taille ne lui inspirait pas beaucoup de frayeur. Cette rencontre eut cependant pour lui des suites plus fâcheuses qu'il ne semblait l'imaginer. Louis avait un bâton noueux , dont il déchargea un coup si fort sur lajambe gauche du loup, tandis qu'Auguste lui donnait du sien sur la tête , que l'animal féroce , devenu tout h coup plus timide que la brebis déchirée entre ses dents, la laissa tomber de sa gueule sanglante, et s'enfuit en hurlant comme un désespéré, sans avoir remporté d'autre avantage sur les deux jeunes champions, que le prix de la course qui lui resta, malgré leur poursuite, quoiqu'il ne fût en état d'aller que sur trois jambes seulement.

Je vous laisse h penser combien cet événement, dont le petit berger alla tout de suite raconter l'histoire dans le village , bouleversa les idées de ses compagnons.

Ils avaient repoussé les enfans de M. de Guercy par dédain; ils n'osaient plus en approcher par respect. Une circonstance heureuse parvint enfin à les réunir.

Les quatre bons frères jouaient ensemble dans la grande cour delà maison. La balle s'écartant de son but, passa par-dessus la muraille, et alla tomber sur le grand chemin , au milieu d'une foule de petits paysans qui revenaient de l'école. Quelques jours plus tôt, cette balle aurait été siirement une pomme de discorde : les petits garçons n'auraient pas voulu la rendre , et Charles et Frédéric n'étaient pas d'humeur a la laisser sans combat entre leurs mains. Il en arriva tout autrement ce jour-là. Celui qui l'avait ramassée, s'empressa de la rapporter à Louis qui venait la chercher; il la lui présenta même avec tant de grâce, que Louis l'invita, ainsi que ses camarades, à venir être témoins de la partie. Ce fut pour eux la première occasion d'apprendre combien le plaisir gagne à être goûté sans

T. ni.

trouble et sans allercalion. Malgré leur extrême vivacité , les enfans de I\I. de Guercy ne s'emportaient point les uns contre les autres. Ils ne se faisaient point de mauvaises chicanes dans les cas douteux ; chacun était le premier à se condamner lui-même quand il avait tort ; le vainqueur avait aussi peu d'orgueil, que le vaincu de jalousie; et la partie s'acheva sans qu'on eût pu deviner, l'instant d'après , à aucun mouvement d'insolence ou de dépit , qui l'avait gagnée ou perdue.

Le temps permettait d'en jouer encore une autre avant l'iieure du dîner. On engagea les petits paysans à prendre part à celle-ci. Louis et Frédéric d'un côté , Auguste et Charles de l'autre, se partagèrent la petite troupe avec autant d'égalité qu'il fut possible. Et, qui le croirait ? cette seconde partie ne produisit pas plus de disputes que la première, tant les enfans de M. de Guercy avaient déjà pris d'ascendant par la force de leur exemple.

Ils eurent le plaisir de remarquer, le soir même, le bon effet de cette première leçon. En traversant le village, ils entendirent prononcer leurs noms avec des applaudissemens. Ilss'approchèrent émus de joie. Il venait de s'élever une discussion entre les joueurs , et l'un d'eux s'étant écrié qu'il fallait jouer sans querelle, comme ils l'avaient fait le matin avec les enfans de M. de Guercy , ils avaient tous battu des mains à cette proposition.

Depuis ce momeijt, les enfansde M. de Guercy commencèrent à goûter les jouissances les plus flatteuses. En fréquentant de plus en plus leurs jeunes instituteurs, les petits paysans s'attachèrent à les prendre pour modèles ; et ceux-ci , de leur côté , auraient rougi de leur donner l'exemple de quelque défaut. De là naissait entre eux une vive émulation à qui se distinguerait par la conduite la plus sensée.

Admis librement dans la maison de M. de Guercy , le-s petits garçons du vil-

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lage voyaient ses enfaiis se livrer gaiement à l'étude , et remplir leurs devoirs avec autant dardeur qu'ils en mettaient à se divertir ; ils en devinrent à leur tour plus studieux et plus appliqués, surtout ceux dont les quatre frères payaient les mois d'éco'e, et qui cherchaient à témoigner une douce reconnaissance a leurs bienfaiteurs, par l'hommage des fruits mêmes de leurs bienfaits.

En voyant les enfans de M. de Guercy vivre entre euxdansla plus intime union, et ne disputer ensemble que de complaisance et de soins délicats , les petits garçons du village résolurent de quitter leur ancienne habitude de se chamailler sur les plus frivoles sujets. Bientôt on nentendit plus parler de querelles, encore moins de batteries ; et s'il s'élevait de loin en loin quelques petits démêlés, ils étaient bientôt terminés par lesprit de justice des quatre jeunes frères, que l'on ne manquait jamais de prendre pour arbitres du différend.

Les enfans de M. de Guercy continuèrent toujours d'employer l'argent de leurs plaisirs à soulager les besoins des pauvres. Les petits garçons du village auraient bien voulu pouvoir les imiter sur ce point ; mais comme leur bourse était fort mal garnie . ils cherchèrent du moins 'a y suppléer d'une autre manière: ils partageaient leur pain avec les enfans qui n'en avaient pas; ils aidaient les vieillards à marcher dans les chemins difflciles ; ils se chargeaient de leurs commissions, et leur rendaient avec empressement tous les bons offices qui étaient a leur portée.

Les voyageurs qui avaient traversé quelques mois auparavant ce village , ne le reconnaissaient plus. Au lieu des insultes qu'ils avaient essuyées à chaque pas, ils ne recevaient plus que des secours obligeans. C'était à qui prendrait soin de leurs chevaux , à qui les conduirait a l'auierge. a qui leur indiquerait le chemin

ou les personnes qu'ils demandaient ; en un mot , à qui leur marquerait le plus d'e'gards et de bienveillance.

Les pères de ces enfans , dont l'humeur autrefois était continuellement aigrie par les chagrins que ceux-ci leur faisaient continuellement essuver , connurent enfin le plaisir si doux de s'abandonner aux mouvemens de la tendresse paternelle.

Sensibles à ces caresses , les enfans en devinrent encore meilleurs pour plaire aux auteurs de leurs jours. Plus de divisions entre les voisins pour les misérables querelles de leurs enfans. La paix qui régnait dans chaque ménage avait amené un traité d'alliance entre toutes les chaumières.

Ce n'est pas tout. Comme il se tenait souvent des marchés dans le village , les habitans des hameaux des environs avaient fréquemment occasion d'y venir faire leurs emplettes. Us furent bientôt frappés du changement qui s'y était opéré, et plus surpris encore d'en apprendre la cause.

Oh ! comme ils auraient voulu avoir aussi M. de Guercy et ses enfans au milieu de leurs habitations ! Ces vœux furent bientôt exaucés en quelque manière.

Le printemps qui venait de rendre à la nature sa couronne de fleurs, voyait fleurir pour la première fois dans ce canton des vertus qui lui avaient été jusqu'alors bien étrangères. L'innocence et la joie paraient de nouveaux charmes ces riantes campagnes. Les enfans , répandus par bandes sur la prairie, y jouaient en paix comme des troupes de frères. Quelques-uns étaient couchés sur le gazon , cl le rouge enflammé de leurs joues formait un contraste charmant avec sa douce verdure. L"éclat de leurs yeux n'était plus terni par les larmes; la candeur de leurs fronts n'était plus voilée par de sombres projets de méchanceté ; le sourire régnait sur leurs lèvres, et la propreté sur leurs vôtemens. Les oiseaux, dont ils avaient cessé de troubler les amours . voltigeaient

».!; KlVKli DE lA.MILl.E.

avec coiiOaiice sur leurs têtes, veiiaieut sans effroi ramasser autour d'eux les miettes édiappées de leur bouche, et semblaient à renvi thorclier à les payer de la liberté qu'ils laissaient à leurs petits, par des chants d'allégresse et de reconnaissauce.

Les paysans , qui n'avaient jamais joui d'un si doux spectacle , ne pouvaient contenir l'excès de leur surprise et de leur satisfaction. Mais parmi tous ces pères, quel était celui dont les transports pussent égaler le ravissement de M. de Guercy?

Je vois donc enfin régner autour de moi le bonheur, se disait-il, et ce bonheur général est l'ouvrage de mes enfans ! Ah ! leur vie entière sera heureuse , puisqu'ils connaissent de si bonne heure le charme de la bienfaisance, la plus douce des vertus. 0 mes bons fils! combien je dois vous chérir! Les vieillards vous bénissent, les femmes vous caressent, les petits sautent de joie autour de vous; tout le monde ici me dispute le plaisir de vous aimer.

Le terme d'une année, que Louis avait demandé pour donner un plein succès à l'entreprise qu'il venait d'exécuter avec ses frères, devait arriver le dimanche suivant. M. de Guercy, qui en avait pris exactement la date sur ses tablettes, voulut solenniser ce jour par une fête brillante qui en éternisât la mémoire dans le village. Pour mieux jouir de la surprise de ses enfans, il les mena la veille, des le malin, faire une longue promenade, tandis que tous ses domestiques restaient 'a la cuisine, occupés de mille préparatifs. Jamais le four de la maison n'avait été si bien chauffé que ce jour-là.

Le lendemain , lorsque le service divin fut fini , M. de Guercy sortit le premier de l'église, et ayant rassemblé les paysans devant la porte, il les engagea tous, pères et enfans, à le suivre vers sa maison. L'intérieur de la cour était garni de labiés proprement dressées, autour desquelles

il les invita à s'asseoir. Étant ensuite monté sur le perron, avec ses quatre fils : « Mes amis, dit-il, je vous présente mes » enfans. Ils viennent de travailler une » année entière à faire le bonheur des vô- » très. Je vois avec la plus vive satisfac- » tiou qu'ils n'ont pas trop mal réussi » dans leur ouvrage. Profitons, vous et » moi, de l'utile leçon quïls nous ont don- » née. Mettons dans nos affaires une aussi » bonne intelligence que vos enfans et les » miens en mettent dans leurs plaisirs. » Je suis riche, et vous avez besoin de ») ma fortune. Vous êtes laborieux, et j'ai » besoin de vos travaux. Je me propose « d'acheter la terre d'où dépend ce vil- » lage ; et mon premier acte de possession " sera de vous remettre tous mes droits. « 11 n'en faut pas consacrer d'autres que ') celui de l'égalité naturelle entre tous les » hommes. Je prévois qu'il ne tardera pas » long-temps à s'établir dans toute la » France. Peut-être ailleurs coûtera-t-il >) du sang ; qu'il ne nous coûte à nous que « des larmes d'attendrissement et de plai- ') sir ! Rappelons-nous toujours que nous )) sommes frères. Vivons unis par les » mêmes nœuds que ces enfans. Je vous » donne les miens à aimer autant que je » veux aimer les vôtres. Que cette heu- « reuse contrée ne soit plus habitée que » d'une seule famille, où tous, sans dis- » tiuction , travaillent de concert h sa » prospérité! »

11 avait à peine achevé ce discours, que les paysans s'élançant de leurs sièges.

vinrent se précipiter à genoux devant lui sur les marches du perron. Les hommes baisaient ses habits, les femmes se jetaient dans ses bras ; on se passait de main en main ses enfans , en les accablant de caresses. M. de Guercy, trop vivement ému par cette scène touchante, pour la pouvoir soutenir plus long-temps , donna ordre à ses domestiques de servir les ra- Iraîchissemens qu'il avait fait préparer.

LK LlVftK DE l'AMILLE.

Ce petit banquet fut suivi de chants et de danses , où l'on vit éclater la joie qui régnait dans tous les cœurs; et chacun, en se retirant , remplit les airs du nom de M. de Guercy , de celui de ses enfans , et des vœux les plus tendres pour leur félicité.

M. de Guercy ne tarda pas long-temps a s'occuper des moyens de réaliser le projet qui remplissait son cœur généreux. De bons écrivains , se disait-il , ont appris aux hommes le grand intérêt qu'ils ont a se servir mutuellement et à s'aimer. Des gens corrompus ont traité ces idées de chimères ; j'en avais cru moimême l'exécution plus difficile. Que je rends grâce a mes enfans de m'avoir désaljusé ! L'exemple que j'en ai reçu, je le dois aux autres. Sans resserrer mes senlimens de bienveillance pour tous les hommes , il faut en renfermer l'exercice dans l'étendue du terrain que je veux acquérir. Ah ! si l'image du bonheur que j'y vais répandre pouvait engager mes voisins a vouloir en goûter le fruit comme moi! Qu'importe de perdre des vassaux, dès que l'on y gagne des frères et des amis ! Il se prépare une révolution dans les idées. De vains titres ne distingueront plus les hommes. Cherchons d'avance une distinction plus douce dans la bienfaisance envers nos semblables ; ou plutôt, que ce sentiment se répande si également dans tous les cœurs, que l'exercice en devienne aussi naturel que celui de la liberté.

Animé de cette espérance , M. de Guercy, au prix de tous les sacriflces que lui permettait sa grande fortune , s'empressa d'acquérir cette terre dont il ne voulait plus sortir. 11 n'attendit point que le terme nécessaire a la solidité de son ac quisition fût expiré pour commencer l'ouvrage qu'il méditait. Il fit aussitôt construire une école publique, y appela des maîtres intelligens, leur fournit tous les livres d'instruclion nécessaires , et en fil

ouvrir gratuitement l'entrée aux enfans du village. Il établit aussi des ateliers de charité pour occuper les pauvres dans la mauvaise saison , et fonda un asile destiné a recevoir les infirmes et les vieillards. 11 donnait à une pauvre famille un petit coin de terre , avec des instrumens pour la cultiver; à une autre, une vache ou des chèvres , qui la nourrissaient de leur lait ; à celle-ci un rouet , des aiguilles et des outils de différens métiers. 11 en était payé largement par leur reconnaissance et par mille bénédictions. On peut, disait-il quelquefois, racheter cette terre, mais les doux fruits que mon cœur en a déj'a recueillis , le rachat ne saurait me les enlever.

Heureusement sa possession ne fut point troublée. L'année s'acheva, et le lendemain , qui aurait pu encore amener pour lui la perte de toutes les dépenses qu'il avait faites , ne fit que lui montrer combien il en avait déjà profité. L'aisance régnait dans toute l'étendue de sa terre. Il n'y avait pas un seul bras qui restât dans l'inaction , pas un seul quartier de terre qui fût demeuré sans culture. L'année suivante fut encore plus heureuse. Comme tous les paysans s'étaient partagé le plaisir de travailler ses vignobles et ses sillons, et qu'ils n'y avaient pas épargné leurs sueurs, l'abondance des fruits qu'il recueillit, jointe à leur bonne qualité, le remboursa d'une partie des sommes qu'il avait prodiguées pour ses charités particulières et ses établisscmcns. Les habitans du village n'y gagnèrent pas moins que lui. Leur marché attirait de préférence les acheteurs. La certitude de le trouver toujours bien garni des meilleures denrées ; la facilité de s'y pourvoir en même temps , a bon compte, de toute espèce d'ouvrages fabriqués dans les ateliers de charité; le plaisir de n'avoir à traiter qu'avec d'honnêtes gens : tous ces avantages réunis faisaient qu'on croyait

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gaguei ù se détourner tl'uue lieue ou deux pour venii- faire eu cet endroit ses provisions. Ciiaquejour il s'y formait de nouveaux élablissemens. Les seigneurs du voisinage, voyant leurs marchés et leurs terres se dépeupler, sentirent bientôt que , pour leur intérêt même, ils devaient suivre l'exemple de M. de Guercy. Ils s'empressèrent de venir lui demander le secours de ses lumières. 11 les renvoya à ses enfans. C'est à eux , dit-il , que je dois les principes que j'ai pratiqués. Après m'avoir inspiré l'idée du bien que j'ai pu faire, ils le soutiennent chaque jour par leur zèle et leur intelligence. Il ne manquera plus rien à mon bonheur, si le vôtre devient encore leur ouvrage.

Les enfans consultés retracèrent naïvement la route qu'ils avaient suivie. On ne rougit point de se diriger par leurs instructions , et l'on n'eut point à s'en repentir. Les hameaux d'alentour devinrent d'abord heureux et florissans. Ce cercle étroit s'étendit ensuite de tous côtés. Il en revenait sans cesse des actions de grâces à M. de Guercy. Quelle joie pour ce bon père, de voir la première influence de bonheur sortir du sein de sa jeune famille, pour se répandre par degrés sur toute la contrée , comme le parfum exhalé.

au lever de l'aurore, du calice d'albâtre d'un jeune lis, embaume insensiblement toute la vaste étendue d'un jardin !

Le premier jour où M. de Guercy s'était vu irrévocablement possesseur de sa terre, après avoir, suivant sa promesse , fait à ses vassaux le généreux abandon de tous ses droits, il avait couru renverser de sa propre main les trois poteaux, triste monument élevé , sous le nom de la justice, à la tyrannie féodale. Le lendemain les paysans allèrent planter à leur place quatre jeunes arbres, qu'ils appelèrent Louis , Auguste , Charles et Frédéric. Ces arbres , cultivés avec soin, grandirent à vue d'oeil, et font aujourd'hui, comme leurs parrains, le plus bel ornement de la contrée. L'ombre même qu'ils répandent sert encore à l'utilité publique pour tous les âges. Les vieillards assis aleurspieds y terminentles petits différends prèsde diviser les familles; les hommes d'un âge mûr viennent s'y délasser de leurs travaux ; les jeunes gens y font leurs noces , et les enfans interrompent leurs jeux sous ces feuillages, pour entendre raconter à leurs parens l'histoire des quatre bons frères, et pour apprendre par leur exemple, que les enfans même peuvent contribuer au bonheur de leur pays.

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