‹ Le livre de familleChapitre 23 sur 197 · LA PLUIE · texte numérisé non relu

LA PLUIE

Mad. DE VERTSUIL, PAULINE,

sa nile.

PAULINE. — Ah, ma chère maman!

comme je voudrais qu'il vînt à pleuvoir!

m'"^ DE VERTEUiL. — Pourquoi donc, Pauline?

PAULINE. — C'est que le jardinier vient de me dire qu'il faudrait qu'il tombât de l'eau pour faire mûrir les groseilles.

M™* DE VERTEUIL. — Cependant tu te plains quelquefois delà pluie, lorsqu'elle t'empêche d'aller à la promenade.

PAULINE. — Oh! je ne m'en plaindrai plus. Qu'il pleuve , qu'il pleuve, maman.

M™*^ DE VERTEUIL. — Je le voudrals bien aussi, ma fille; mais ni toi , ni moi, personne enfin sur la terre ne peut faire tomber la pluie a son commandement : il faut attendre qu'elle tombe d'elle-même.

PAULINE. — Mais , maman , la pluie nous vient des nuages. Si nous pouvions monter dans les nuages, ne pourrions-nous pas faire pleuvoir ?

jjme pg yERXEUIL. NOU , ma fillc.

Il est très-facile d'aller dans les nuages ; mais en faire tomber de la pluie, c'est ce qui ne dépend pas de nous.

PAULINE. — Il est facile d'aller dans les nuages? Et comment cela? Il me

semble qu'il faudrait avoirdes ailes comme un oiseau.

M'"'' DE VERTEUIL. — Lcs ailcs Seraient un excellent moyen pour cet effet ; mais, hélas ! nous n'en avons point. Nous avons des jambes, et nos jambes peuvent y suffire.

PAULINE. — Des jambes pour aller dans les nuages ?

m"* DE VERTEUIL. Oui, saus doutc .

Pauline ; et tu vas bientôt convenir toimême qu'il n'est rien de si aisé à comprendre.

PAULINE — Oh! voyons, je vous prie, maman.

M™" DE VERTEUIL. — Tu sauras d'abord qu'il y a des pays où l'on voit s'élever des montagnes , c'est-à-dire de grands monceaux de terre, de sable et de pierre, qui sont trente ou quarante fois plus hautes que les tours de Notre-Dame , |)lus hautes encore que le mont Valérien , que je t'ai fait voir du haut de l'étoile de Chaillot.

PAULINE. — Eh bien, maman, ces montagnes?

m"'^ d,e VERTEUIL. — Lorsquc l'on est grimpé sur leur sommet, on est aussi

l.Ii LIVUE DE l'AMlLLIÎ.

haut (|ue les imagos, cl quelquefois plus haut ; alors ou les voit de la sous ses pieds, comme nous les voyons d'ici sur nos têles.

PAULINE. — Et comment paraissent-ils être laits?

M™" DE VERTEUIL. Tu peux mêle dire, Pauline.

PAULINE. — Moi , maman ? Je n'ai pas grimpé sur les montagnes, qu'il m'en souvienne.

jime pg vEKTEUiL, — 11 cst vrai. Mais il t'est cependant arrivé de te promener au milieu d'une espèce de nuage.

PAULINE. — Et quand donc, maman?

M™*' DE VERTEUIL. — L'iiivcr dernier.

Ne te souviens-tu pas de cet épais brouillard qui nous surprit un jour, lorsque nous revenions de chez ton oncle ?

PAULINE. — Oui, vraiment, je m'en souviens encore.

m"" de VERTEUIL. — Eli bien, Pauline, ce brouillard était une espèce de nuage ; et Ton voitsous ses pieds les nuages comme un brouillard , lorsque l'on est au sommet d'une haute montagne.

PAULINE. — Voilà qui est singulier.

M™*^ DE VERTEUIL. QuoiqUC UOUS

fussions alors au millieu du brouillard, il nous fut impossible de le faire tomber en pluie. Il nous serait donc aussi impossible de faire tomber les nuages en pluie , quand nous serions au milieu des nuages.

PAULINE. — Comment vient donc la pluie , maman ?

m""" de VERTEUIL. — Ton papa m'a promis de te l'expliquer.

PAULINE. — Oh! c'est bon ; je saurai bien le faire souvenir de sa promesse.

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