‹ Le livre de familleChapitre 24 sur 197 · LES TAPEURS · texte numérisé non relu

LES TAPEURS

M. DE VERTEUIL , PAULINE, sa fille.

PAULINE. — Mon papa, voulez-vous me permettre de monter sur cette banquette, près de la croisée? Je n'ouvrirai pas la fenêtre; je ne veux que regarder dans la rue a travers les vitres.

M. DE VERTEUIL. — Je le vcux bicu , Pauline. Viens , je vais te poser moi-même sur la banquette. Tu peux maintenant voir passer les voitures et les belles dames qui sont dedans, comme si la fenêtre était ouverte.

PAULINE. — Il est vrai, mon papa.

(Après un moment de silence.) Mais, qu'est-ce donc? je ne vois plus rien à travers la vitre. Elle était si claire il n'y a qu'un moment ! D'où cela vient-il , je vous prie?

M. DE VERTEUIL. — Cela vieut de ce que tul'asobscurciepar tonlialeine. Viens

devant cet autre carreau. Ne vois-tu pas bien clair au travers?

PAULINE. — Oui, mon papa.

M. DE VERTEUIL. — Ouvic maintenant à demi la bouche en avançant les lèvres , et pousse ton haleine contre ce même carreau qui est encore si clair.

Vois-tu comme il a été tout de suite obscurci par la vapeur sortie de ta bouche?

PAULINE. — Il est vrai.

M. DE VERTEUIL. — Et sais-tu cc quc c'est que celte vapeur?

PAULINE. — Oh ! non, du tout.

M. DE VERTEUIL. — C'cst de l'cau chaude sortie de ta bouche avec l'air que tu as soufflé au-dehors. Tiens , je vais le faire moi-même, pour que lu voies mieux. Lorsque je pousse mon haleine contre celle vitre , elle se couvre d'une certaine quantité de vapeur. Si je souffle encore plus

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fort OU plus long-temps , celte vapeur devient de plus en plus épaisse , jusqu'à ce qu'elle redevienne de l'eau. Tiens , je vais recommencer. Vois-tu? Déjà il se forme de petites gouttes; déjà elles commencent à couler le long de la vitre. Les voilà toutes descendues; il ne reste plus de vapeur, et tu peux voir encore à travers cette même vitre, qui était tout a l'heure si trouble.

PAULINE. — 11 est vrai, mon papa.

M. DE vERTEuiL. — Te voilà douc sûre, par tes yeux , qu'une vapeur est proprement de l'eau. Lorsque cette vapeur est légère, elle reste quelque temps dans cet état, comme tu peux le voir sur cette vitre qui est devant toi; et alors il n'est pas possible de distinguer par tes yeux si c'est de l'eau. Mais touche-la du bout du doigt, tu sentiras bien qu'elle est humide. Si cette vapeur vient à s'épaissir, alors elle devient de l'eau ; et lorsque cette eau coule, il ne reste plus de vapeur. Regarde encore. (// recommence l'opération. )

PAULINE. — Tout cela est vrai , mon papa.

M, DE VERTEUIL. — Vcux-tu quc je te le fasse voir plus clairement encore avec une tasse d'eau bouillante?

PAULINE. — Oh I voyons , je vous prie. {M. de Verteuil va chercher une tasse

avec vue soucoupe; il verse de l'eau bouillante dans la tasse.)

M. DE VERTEUIL. — Vois combicn il sort de vapeur de cette eau.

PAULixNE. — Oui, mon papa, il en sort beaucoup.

M. DE VERTEUIL. — TicDS la main audessus , tu sentiras que cette vapeur est chaude, et en même temps humide.

PAULINE , présentant ta main à la vapeur. — Oui, cela est vrai.

M. DE VERTEUIL. ■ — Tu vois quc Cette soucoupe est bien sèche ; touche-s-y toimême. Eh bien, je vais l'exposer un moment à la vapeur. Vois-tu comme elle est devenue promptement humide? Maintenant je vais la tenir exposée plus longtemps. Regarde, la vapeur commence à s'épaissir au fond de la soucoupe. La voilà qui se forme déjà en petites gouttes. Ces gouttes se rassemblent autour du bord.

En voici une près de tomber ; reçois-la sur ta main. Cette goutte est justement de l'eau , comme il y en a dans la tasse.

PAULINE. — Oui, c'est la même chose.

M. DE VERTEUIL. — Si tu sais retenir ce que je viens de te montrer , tu seras en état de comprendre des choses plus intéressantes, que je veux l'expliquer un autre jour.

PAULINE. — 0 mon papa ! je suis impatiente de les apprendre.

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