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où rauio sort du corps de l'oiseau , l'oiseau cesse de respirer , et alors il est mort , c'est-a-dire incapable d'ouïr , de voir , de sentir et de se mouvoir de luimême.
PAULINE. — Mais, maman, lorsque Tame sort du corps de l'oiseau , que devient-elle ?
M™" DE VERTEUIL. — Je n'en sais rien, mais je dois penser qu'elle n'est plus dans le corps d'un oiseau . lorsque cet oiseau ne peut plus se mouvoir, et qu'il est incapable d'ouïr, de voir et de sentir.
Tiens . regarde , je vais ouvrir les yeux de celui-ci. Passe et repasse ta main pardevant. Si le pauvre animal vivait encore, il verrait ta main , et chercherait à s'enfuir ; mais à présent qu'il est mort , il ne voit rien , quoique ses yeux soient ouverts et tournés vers toi. Si j'avais ici une chandelle allumée , tu pourrais lavoir reluire dans les yeux de l'oiseau , et malgré cela l'oiseau ne la verrait point. 11 faut donc que dans le corps de cet oiseau , lorsqu'il vivait encore, il y ait eu quelque chose qui faisait qu'il voyait par ses yeux; et cette chose que nous appelons lame de l'oiseau, n'étant plus en lui, il ne peut plus voir.
PACLi.NE. — Ah ! je commence à comprendre , maman .
m'"*' de VERTEUIL. — VcUX-tU qUC J'CS-
saie de te rendre encore cela plus sensible par une comparaison ?
PAULixE. — Si je le veux , maman !
vous ne sauriez me faire plus de plaisir.
jjme pg VERTEUIL. — C'cSt COmmC
lorsque tu es dans ta chambre , la fenêtre ouverte , et que tu regardes dans le jardin ; aussi long-temps que tu es dans ta chambre et devant la fenêtre , tu peux voir dans le jardin tout ce qui s'y passe ;
mais si tu sors de hi chambre , pourrastu voir long-temps par la fenêtre ?
PAULi.xE. — Non, sans doute, maman.
jjme pj^ VERTEUIL. — Eh bien , ma fille , il en est de même de l'ame de l'oiseau. Aussi long-temps que l'ame est dans le corps de l'oiseau, elle voit par les yeux de l'animal tout ce qui se passe autour de lui , comme tu vois par la fenêtre de ta chambre tout ce qui se passe audehors ; mais aussitôt que l'ame de l'oiseau n'est plus dans son corps , alors il ne sert de rien que ses yeux soient ouverts, comme il ne sert de rien que la fenêtre de ta chambre soit ouverte lorsque tu n'es plus dans ta chambre. Les yeux , ainsi que la fenêtre , sont bien ouverts , mais il n'y a plus rien qui regarde.
PAULINE. — il est vrai, maman : mais si je rentre dans ma chambre, je puis bien voir encore par la fenêtre?
m™*'de VERTEUIL. — Oui, saus doute, ma fllle ; et l'ame de l'oiseau pourrait encore voir de nouveau par ses yeux , si elle rentrait dans le corps avant qu'U tombât en corruption. Mais voici la différence : tu peux toujours rentrer dans ta chambre lorsque tu veux ; mais lorsque l'ame de l'oiseau est une fois sortie de son corps , elle n'y rentre plus ; et c'est pour cela qu'un oiseau mort ne peut plus rieu voir , ni se servir d'aucun autre de ses sens , non plus que se mouvoir de luimême.
PAULINE. — En est-il de même de nous lorsque nous mourons ?
M™^ DE VERTEUIL. — Hélas oui ! ma fille. Mais ce sujet nous conduirait maintenant trop loin. Il faut , d'ailleurs, le réserver pour un temps où tu seras plus eu état de comprendre ce que j'aurai à te dire là-dessus.