‹ Le livre de familleChapitre 31 sur 197 · L'AME DES BETES · texte numérisé non relu

L'AME DES BETES

IMad. DE VERTEUIL

sa fille.

FAULIME ,

PAULINE. — Voyez, voyez, mamau :

voila uu petit oiseau qui est couché à terre et qui dort.

M™* DE vERTEuir-. — Cet oiseau ne dort part , ma fille. Les oiseaux ue s'étendent jamais ainsi à terre pour dormir. Lorsqu'ils sentent venir le sommeil , ils vont se percher sur une branche , où ils se tiennent fortement accrochés avec les pattes; et la tête cachée sous l'uue de leurs ailes , ils ferment les yeux et s'endorment.

PAULINE. — Que fait donc cet oiseau, maman ?

j^me pg vERTEUiL. — Yq Ic rauiasser , et je te le dirai.

PAULINE. — Mais, maman, si j'approche, l'oiseau va s'envoler.

M""" DE vERTEuiL. — Nou , uoii , Pauline, il ne s'euvolera pas, je t'en réponds. (Pauline va ramasser l'oiseau.)

PAULINE. — Oh! voyez, maman, il ne sait plus soutenir sa tête branlante, et ses yeux sont fermés.

m"'^ DE VEIITEUIL. — TicUS , tOUChc

son corps ; la pauvre bête est encore toute

LE LiVIîE DE FAMILLE.

chaude. Ses petites pattes et ses ailes n'ont pas encore perdu leur souplesse.

PAULINE. — Mais, maman, pourquoi ne s'envole-t-il pas?

M""" DE vEKTEuiL. — Te rappcllcs-tu , Pauline, que je te disais l'autre jour que les oiseaux , le chat et tous les animaux, sont vivans et animés , parce qu'ils peuvent se mouvoir d'eux-mêmes , et qu'ils sont capables de voir, d'ouïr et de sentir, mais que la poupée n'est point vivante et animée , parce qu'elle ne peut rien faire de tout cela?

PAULINE. — Oui, maman, je me le rappelle.

^rae pg vERTEuiL. — Eli bien ! ma fille, cet oiseau a été vivant et animé , parce qu'il a pu se mouvoir de lui-même, et qu'il était capable d'ouïr , de voir et de sentir aussi bien que les autres oiseaux ; mais à présent il n'est plus vivant et animé , parce qu'il ne peut plus se mouvoir de lui-même , et qu'il n'est plus capable d'ouïr, de voir ni de sentir. Regarde, je vais le piquer avec une épingle.

PAULINE. — 0 roaman! si vous alliez lui faire du mal!

M™" DE VERTEUIL. — Ne craius rien , ma fille, je ne lui en ferai pas. (Elle pique L'oiseau en divers endroits avec une épingle.) Tiens , vois s'il bouge. Il ne sent pas plus que je le pique, que ta poupée le sentirait. Si cet oiseau était encore vivant et animé , et que je le piquasse comme je fais maintenant, ou que tu frappasses dans tes mains , ou que tu fisses mine de le chasser avec ton mouchoir , alors il sentirait la piqûre , ou il entendrait le bruit de tes mains , ou il verrait le mouvement de ton mouchoir , et aussitôt il s'envolerait; ou bien si je le tenais par le bec, comme je le tiens à présent, nous le verrions se débattre pour chercher h s'échapper : mais que je le pique de mille coups d'épingle, que tu frappes dans les mains, ou que tu le menaces de ton

mouchoir tant qu'il te plaira, le pauvre oiseau n'en saura rien : il ne peut plus ni voir, ni ouïr, ni sentir.

PAULINE. — Quand est-ce donc qu'il pourra faire encore tout cela , maman ?

m""^ de VERTEUIL. — Il uc Ic pourra jamais. Pauline. Lorsqu'un animal cesse d'être une fois vivant et animé, il n'est plus capable de le redevenir. 11 ne pourra plus ni chanter, ni manger, ni boire, ni voltiger avec les autres oiseaux.

PAULINE. — Mais, maman, qu'est-ce qui l'en empêche ?

M™* DE VERTEUIL. — C'cst qu'il CSt

mort.

PAULINE. — Et qu'est-ce que c'est que d'être mort ?

M™e yg VERTEUIL. — Jc xio sais , Pauline, si je pourrai venir à bout de te l'expliquer. Tu vois bien que cet oiseau ne paraît plus être comme dans le temps où il était en vie. 11 n'a plus sa tête, son bec, ses pattes et ses ailes comme les autres oiseaux qui voltigent autour de nous.

PAULINE. — Cela est vrai , maman.

U""^ DE VERTEUIL. — Tu pCUX doUC

concevoir par-là , Pauline , que dans le corps d'un oiseau vivant il doit y avoir quelque chose qui ne se trouve plus dans le corps d'un oiseau mort ; et comme c'est ce qui fait qu'un oiseau vivant peut se mouvoir de lui-même , cela fait aussi qu'un oiseau mort est incapable d'avoir de lui-même aucun mouvement.

PAULINE. — Et cette chose , maman , quelle est-elle?

m""' de VERTEUIL. — Ce qui fait qu'un oiseau vivant peut se mouvoir de luimême , et qu'il est aussi capable d'ouïr , de voir et de sentir , est ce que l'on nomme l'ame d'un oiseau. Aussi longtemps que cette ame est dans le corps d'un oiseau , aussi long-temps cet oiseau est vivant et animé , capable de se mouvoir de lui-même, aussi bien que d'ouïr, de voir et de sentir ; mais dès l'inslaut

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