‹ Le livre de familleChapitre 60 sur 197 · HT · texte numérisé non relu

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proches avaient mis hors de lui-même, lui lépoudit par quelques paroles vives, qui enflammèrent tellement contre lui la fureur de Marcel , qu'il l'accabla d'outraiics et de coups.

Cette querelle avait attiré la plupart des habitans du village. Tous étaient indignés des violences de Marcel. Quelques-uns coururent en instruire le juge, qui envoya aussitôt des archers pour l'arrêter.

Du fond de sa prison, Marcel attaqua Bertrand en justice, pour le faire condamner comme un assassin. Il disait dans son accusation que Bertrand avait enfoncé sa fenêtre pour venir l'égorger dans son lit ; et qu'il n'avait sans doute été détourné de ce dessein que par quelque bruit qu'il avait entendu dans les environs. L'affaire commençait à devenir sérieuse , et l'on était prêt à s'assurer de Bertrand, lorsque heureusement^ on découvrit que ce n'était pas lui , mais un ivrogne, qui avait enfoncé la fenêtre de Marcel. Des habilans d'un hameau voisin. qui traversaient le village pendant la nuit , pour aller porter des fruits à la ville voisine , avaient été témoins de l'action de cet ivrogne , et l'avaient même reconduit chez lui pour le remettre entre les mains de sa femme, à qui par bonlieur ils avaient raconté le dommaj'e

que son mari, dans l'ivresse, venait de causer à Marcel. Celui-ci , en apprenant celte découverte, fut au désespoir. Dans les premiers momens, il aurait donné tout au monde pour que Bertrand eût été coupable. Mais enfin revenu à lui-même , après les plus violentes agitations , Ah ! s'écria-t-il, où m"a conduit ma maudite colère! Mon cher Berirand, mon ancien ami , c'est moi qui t'ai battu , c'est moi qui t'ai poursuivi comme un assassin, c'est moi qui voulais te faire punir d'une mort infamante!

Consumé de regrets et déchiré de remords, il envoya un des enfans du geôlier chez Bertrand , pour le prier de venir le voir ; et aussitôt que Bertrand fut entré dans sa prison , il se jeta à ses pieds et lui demanda pardon avec les prières les plus touchantes,

Bertrand, en le voyant si désolé, n'eut pas de peine à lui pardonner. Il aurait même voulu lui ouvrir dès ce moment les portes de sa prison ; mais le juge , qui devait être plus sévère, ne voulut pas céder aux instances de sa générosité.

Marcel fut obligé de rester encore quelques jours dans la geôle , pour servir d'exemple de la juste punition que les lois infligent à ceux qui se laissent emporter aux mouvemens aveugles de leurs passions.

LE PROCÈS ENYRB VOlSlHS.

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