RÉFLEXIONS
Sur les trois histoires précédentes.
Dans les trois histoires précédentes que vous venez de lire, mes chers amis , vous avez vu les malheurs où une obstination aveugle précipite les hommes. Avez-vous connu des gens plus insensés que ces personnages dont je vous ai peint la folie? Non , sans doute , répondez-vous ; et a leur place, nous nous serions bien gardés de faire comme eux. Oui , vous le croyez, parce que vous êtes maintenant de sangfroid. Mais qui peut vous garantir que vous auriez été plus sensés ? Les deux premiers étaient frères et avaient été liés ensemble dès le berceau. Les seconds étaient bons amis depuis plusieurs années ; et ils trouvaient leur intérêt , autant que leur plaisir, à vivre dans cette parfaite intimité. Les derniers, enfin, étaient unis par des nœuds qui peut-être devaient leur être plus sacrés encore, puisque l'un était lié par les bienfaits et l'autre par sa reconnaissance. Combien de raisons pour
les détourner de leursquerelles honteuses! Et cependant vous voyez que des raisons si puissantes n'ont pu les soutenir contre d'indignes passions. Avec quel soin devezvous donc vous défier de vous-mêmes 1 Qu'il me soit permis ici de vous dénoncer trois de vos plus grands ennemis : le fol entêtement , qui ne vous laisse rien entendre de tout ce qui peut contrarier une idée que vous avez conçue, quelque extravagante qu'elle soit; la basse envie, qui vous rend jaloux de la moindre prospérité de vos égauXj et qui vous fait croire tout permis contre ceux que leur habileté ou l'économie de leurs pères ont rendus plus riches que vous ; enfin , le vil intérêt , qui vous ferait tout enfreindre pour le gain le plus sordide. Ce dernier surtout est le plus dangereux , parce qu'il tend à étouffer les sentimens de justice naturelle que le Ciel a mis au fond de nos cœurs. i:n est-il beaucoup parmi vous qui eussent écouté ces sentimens , comme le jeune enfant dont je vais vous raconter Vhis-r toire ?