SCENE PREMIERE
MARGUERITE
MARGUERITE, dcboiit lievaul la table, cmpe deux morceaux de pain, et y étend du beune. — Après avoir Iravaillé pendant la plus belle moitié de notre vie.
tomber dans la paiivrelé! A quoi nous sert de n'avoir pas un seul instant ménagé nos peines , pour élever nos enfans avec honneur? Encore, s'ils étaient tous en étatdejîaiïner leur pain ! mes cbers enfans, ce n'est pas sur moi, c'est sur vous que je pleure : en perdant notre pauvre
BIBLIOTHEQUE DES VILLAGES
bétail, nous avons tout perdu. Ce qui nous reste est bien loin de pouvoir suffire à payer monseigneur. Qu'allons-nous devenir? Si mon digne mari ne soutenait mon courage , je serais bientôt réduite à mourir de chagrin. Mais le brave Thibaut , oh , quel homme ! comme il paraît tranquille à travers nos malheurs! Si je n'étais sûre qu'il me cache , par amitié , la moitié de ses peines, de peur de m'affliger, il faudrait le croire insensible.
« Pourquoi pleurer, Marguerite? me ditil quand je n'ai plus la force de retenir mes larmes. Nous avons perdu notre bétail ; eh bien ! qui sait ce que le ciel fera pour nous? il n'abandonne jamais les honnêtes gens dans leurs afflictions. Je compte sur lui ! » Hélas ! sans être riche, il n'a jamais abandonné lui-même les malheureux. Combien de familles dans le village il a sauvées de la misère par ses conseils et par ses secours ! Non , il n'est pas de meilleur homme sur la terre. Je possède encore ce qui manque à beaucoup de femmes dans la richesse, un bon mari, et des enfans qui nous aiment , qui se conduisent de manière à remplir notre cœur de joie. Lorsque je pense à toutes ces bénédictiohs de la Providence, je sens qu'elle veille sur nous ; et mon chagrin m'en devient cent fois plus léger. Allons , un peu de courage , Marguerite. N'as-tu pas conservé ce qui pourrait te consoler de tous les malheurs? ( Elle se retourne, avance de quelques pas vers la porte de la cabane, et appelle) : Jeannette ! Jeannette !