‹ Le livre de familleChapitre 84 sur 197 · SCÈNE IV · texte numérisé non relu

SCÈNE IV

THIBAUT, MARGUERITE

THIBAUT , cachant sa tête dans ses mains. — Il m'a trompé, lui queje croyais mon plus fidèle ami ! Était-ce de sa part que je devais l'attendre ?

MARGUERITE , s'approcliant de lui. — Allons , mon cher homme ! C'est mon tour de te donner un peu de courage.

THIBAUT. — Ah ! Marguerite , j'en ai contre toutes les pertes de la richesse , mais non contre celles de l'amitié.

MARGUERITE. — CoUSole - toi. NoUS

trouverons des amis plus sûrs. Tiens , voici le riche Robert. Il a peut-être quelque chose de bon à te proposer.

SCÈ>iE V.

THIBAUT , MARGUERITE , ROBERT

ROBERT. — Bonjour, Thibaut! Eh bien !

comment cela va-t-il ?

THIBAUT. — Fort mal j Robert. Tu dois certainement savoir que je suis ruiné.

ROBERT. — Oui , l'on vient de me le dire ; et c'est pour cela que je suis venu te voir.

THIBAUT. — Je n'ai plus rien.

ROBERT. — Comment donc? tu as encore un beau champ de blé, dont tu peux faire de plus beaux écus. Si tu veux le vendre, je suis ton homme. Je te l'achète sur pied, tel qu'il est, argent comptant. Qu'en dis-tu?

THIBAUT. — Est-ce que tu en aurais envie? Tant mieux. Monseigneur doit venir ce matin. Tu pourras t'arranger avec lui. Je n'irai pas sur ton marché.

ROBERT. — Je n'ai rien a voii- avec monseigneur. C'est ton blé.

THIBAUT. — 11 m'appartenait il y a quelques jours. 11 n'est plus à moi maintenant.

ROBERT , avec surprise. — Comment!

est-ce que tu le lui aurais vendu?

THIBAUT. — Non ; mais depuis que j'ai vu mourir mes bestiaux , je suis hors d'état de le payer. Je lui abandonne tout ce queje possède.

ROBERT. — Es-tu fou, Thibaut? Tant qu'il ne s'est pas pourvu en justice pour se faire adjuger ton grain par forme de nantissement , il t'appartient; et tu peux en faire ce qu'il te plaira. Tu as déjà trop perdu , pour perdre encore le reste. Demande a Marguerite ce qu'elle en pense.

MARGUERITE. — Je pense qu'il nous faut d'abord payer ce que nous devons , à quelque prix que se soit. Si nous n'avons plus notre bétail, monseigneur n'en a pas profité. Cette perte nous regarde , et non pas lui.

ROBERT. — Mais cela ne va pas jusqu'à se mettre sans pain. 11 faut garder quelque chose pour remonter au-dessus de ses affaires.

THIBAUT , le reganlant d^un air sévère.

— Et cela aux dépens de notre bon seigneur?

ROBERT, — Il est si riche ! Tout ce qui lui reviendrait de votre abandon serait pour lui moins qu'un écu pour vous.

THIBAUT. — II pourrait s'en passer, je le crois; mais est-ce à moi de le prendre? Cela te paraît-il juste?

ROBERT. — Comme si tu ne savais pas que c'est un homme compatissant et généreux !

THIBAUT. — C'est pour cela même qu'on est obligé d'en user plus honnêtement envers lui.

MARGUERITE. — Parcc qu'il traite bien les autres . vous verrez qu'il faudrait \e maltraiter !

BIBLIOTHEQUE DES VILLAGES

Allons, Robert, ce serait

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