‹ Le livre de guerre ou instruction elementaire sur les differentes parties de l'art de la guerre... par. A. M. PerrotChapitre 13 sur 26 · RECONNAISSANCES MILITAIRES · texte numérisé non relu

RECONNAISSANCES MILITAIRES

Levé à vue, statistique.

Une reconnaissance militaire peut avoir un objet général ou particulier.

L)ans le premier cas elle doit servir aux grandes operations de la guerre, et comprendre des notions sur tous les avantages et tous les obstacles que présente une contrée, faire connaître toutes les ressources d’un pays, en hommes, animaux, vivres, comme

la nature du sol, ses accidens, les bois et forêts, l’état des routes, etc. etc. Ces opérations importantes sont confiées aux officiers d’état-major , aux géographes , aux ingénieurs qui ont reçu une instruction spéciale à cet effet.

Les reconnaissances particulières qui n’ont rapport qu’à une petite surface de terrain, rentrent dans le service des officiers de toutes armes et de tous grades, elles font seules le sujet de cet article.

Un officier peut être envoyé en avantgarde , pour s’emparer d’un défilé,, pour reconnaître et préparer le passage d’une rivière, pour s’emparer d’une position ou la défendre, pour établir un cantonnement; il devra faire un rapport sur sa mission , et c’est une reconnaissance militaire qui le mettra à même de le rédiger avec exactitude et utilité. .

Celte reconnaissance peut, dans bêtfticoup de cas , lui est être d’un intérêt particulier, et le mettre à même de conserver ou de défendre le poste qui lui a été assigné ou

d’en tirer le meilleur parti possible pour la sûreté et l’existence des troupes sous ses ordres.

Une reconnaissance doit se composer d’une carte, ou plan détaillé, et d’un mémoire. Le plan s’obtient par un levé d vuè.

Nous supposerons toujours qu’un officier n’a aucun instrument à sa disposition, et qu’il doit opérer avec les seuls moyens qui se rencontrent partout.

ïl est indispensable de savoir mesurer exactement au pas, c’est-à-dire de régler sa marche de manière à ce que chaque pas marque un mètre sur le terrain et puisse déterminer ainsi exactement des longueurs d’une grande étendue.

Un officier qui veut s’occuper utilement de la théorie de son métier doit être muni d’une carte générale du pays sur lequel il opère , cette carte lui servira de canevas pour les reconnaissances, comme nous le dirons bientôt.

Nous nous occuperons d’abord de quelques opérations graphiques du levé à vue,

en donnant des exemples généraux qui pourront être facilement appliqués à beaucoup d’autres cas.

1“ Si l’on, a besoin de déterminer, entre deux points donnés, A et B, fig. i,pl. 20, les sinuosités que forme un cours d’eau , on imaginera une ligne droite tirée de A en B, et partant du point A , on mesurera la distance A-a ; aa' étant perpendiculaire sur A-B et a' indiquant un de points des plus prononcés de la rivière.

On mesurera la distance a-a'. et on aura le premier point , on opérera toujours de même, pour les points b-b', c-c', d-d', etc.

et les longueurs de toutes les perpendiculaires à A. B. détermineront assez de points pour être joints à vue sans de grandes erreurs.

Pour tracer les contours d’un chemin, en partant d’un point connu A., fig. 2, pl. 20, on se dirige vers un autre point B., d’un coude du chemin , on mesure la distance A. B. , et l’on figure approximativement les différences qui s?o trouvent entre le tracé du chemin et celui delà droite A. B,

Du. point B. on prend une nouvelle di-* reclion B.C., en estimant l’angle A.B.C., et on opère comme pour la ligne A. B.

et ainsi de suite pour les lignes C.D. , D.E. etc.

Si ce chemin est en plaine, et qu’on ne rencontre pas d’obstacles, on peut vérifier les angles en mesurant des diagonales y comme C.À., par exemple.

Quand le chemin que l’on doit tracer traverse un bois, un verger ou autre terrain planté, on éprouve des difficultés, et on est obligé de déterminer les angles à vue, sans vérification; mais, quand cela est possible 9 on se servira avec avantage de l’ombre des arbres pour mesurer approximativement l’ouverture de ces angles.

La lisière des bois se déterminera de la même manière que le cours des rivières, c’est-à-dire que l’on joindra les points saillans de leurs contours par des droites A.B.C. et fig. 5, pl. üo; que, sur ees droites , on mesurera les distances des points a. b. c. d. e. f., etc., et les perpendiculaires à ces points.

Pour mesurer la distance d’un point accessible à un point qui ne l’est pas, la largeur d’une rivière, par exemple, on pourra, si le terrain est plat et découvert, employer le moyen suivant :

Se placer sur le bord de la rivière, le corps droit et les yeux dirigés de manière que le bord de la visière du schakos ou du chapeau, réponde à la rive opposée B., fig. 4 > pl* 20 , faire un demi-tour', sans déranger sa tête ni ses yeux de leur première direction, remarquer le point C. sur le terrain , et mesurer la distance A , C. , qui sera égale à la largeur cherchée.

On obtiendra plus de précision par l’opération suivante : À deux mètres du bord de la rivière, et parallèlement à son cours, déterminer une ligne droite À-B, pl. 20, fig. 5 , de dix mètres : de longueur du point A, et à l’aide d’un bâton ou jalon, on tracera, dans la direction du point C, que l’on remarquera sur la rive opposée, une ligne A-G , et on fera de môme sur le B.

Du point A, on marquera î mètre sur la ligne A-C en a, î mètre sur la ligne

XÿO

A-B en b : du point B, on marquera de même B-c de 1 mètre et B-d aussi de 1 mètre ; on mesurera les distances a-b et c-d, qui donneront l'ouverture des angles; construisant, sur du papier, la figure de ce triangle , sur une échelle métrique, 1 centimètre pour 1 mètre : par exemple, on trouvera, au compas, la distance C-D, en déduisant les 2 mètres qui séparent la ligne A-B du rivage; le reste sera la largeur de la rivière.

On peut encore qui suit :

On remarque, sur la rive opposée, un point O., flg. 6 , pl. 21 ; on se place sur le bord de l’eau , vis-à-vis ce point et perpendiculairement au cours de la rivière; en A, par exemple, où l’oil plante un piquet : on place, à une distance arbitraire, un autre piquet en B, dans l’alignement de A-O.

Du point A , on prend une autre direction aussi arbitraire, et l’on placera les piquets C-D de manière que A-C soit égal à C-D.

employer la méthode

Keconnaifsances Jâh/aêr&r. P/ 21.

On prend une troisième direction B-E, passant par C, et l’on a C-E la longueur de B-C.

Se portant maintenant dans l’alignement de D-E et de O-C, on aura le point F, et la distance F-D sera la largeur de la rivière, puisqu’elle sera égale à A-O.

On pourra , de la même manière, déterminer la distance d’un point donné à un point inaccessible.

Pour trouver la distance entre deux points inaccessibles, on détermine, avec des piquets,dans une direction quelconque, deux distances C-D et C-D' égales, fig. 7.

On trace de même B-D , que l’on pro longe , puis E-E' , passant par C., de manière que D-E égale D-E 1 .

On tire B-C et E'-D\ on aura ainsi le point B, qui se trouvera rapporté en B'; on rapporte de même le point A, et on obtiendra A'-B' égale à A-B. Si donc A et B sont les deux points inaccessibles, on mesurera en A', B', la distance qui les sépare.

Pour mesurer approximativement la hauteur d'une montagne, on plantera en terre un piquet B. de 5o centira. de hauteur, fig. 8, pl. 21 : entre ce piquet et la montagne, on fera promener un jalon de 2 à 5 mètres de haut, jusqu’à ce que le rayon qui passe par l’extrémité du piquet et du jalon passe aussi par le sommet O.

de la montagne. On se porte plusen avant, et on répète la même opération avec un piquet D. et un jalon E., semblables aux premiers.

On aura F. B. C. égale à G. D. E. et

A-B : A-D C-F : S-O, d’où ' V B ’ X - C - •

sera la hauteur de la montagne. Ainsi , supposant que A. B. soit de 1 1 mèt. et C.F. de 3 mèt., le produit sera 33, qui, divisés par A. B. de 5 mèt., donneront , pour la hauteur cherchée, 6.5o.

Pour déterminer la pente de la montagne, il faudra connaître S-T, maisT.S est égal à A-S, moins A. T,. A-T peut se mesurer A. S égale, d’après les mêmes trian- A-C,-4-A.D. ....

<vl /A f

Les opérations que nous venons d’indiquer peuvent être réunies, et concourir ù la rédaction de la carie d’un canton. Pour en avoir le canevas, on se servira de ia carie générale du pays. Supposons qu’un canton soit indiqué sur cette carte, comme le représente la fig. 9, pl. 22, et que l’on doive faire son plan sur une échelle cinq fois plus grande, on joindra par des droites les positions qui s’y trouvent, et on aura ainsi des triangles que l’on construira cinq fois plus grands, fig. 10, pl. 22. A l’aide d’un compas et des échelles de la carte générale et du plan , on rapportera tous les points qui se trouvent sur les côtés de ces triangles, et on aura ainsi une copie en grand de la carte générale.

Avec ce Canevas On se portera sur le terrain ,’ et on ajoutera tous les détails des chemins, ruisseaux, bois, etc., d’après les moyens que nous avons donnés précédemment (i).

{1) Pour le dessin au net, le lavis, etc., voyez

L'échelle la plus convenable pour les levées militaires est celle d’un mètre pour 10,000 mètres.

Tous les objets que comprendra le pays, ainsi que ses formes, seront exprimés sur la carte minute, et déterminés de figure et de positiou. Toutes les crêtes et sommités, tous les replis et ressauts remarquables sur la pente des coteaux, ou sur les flancs des hauteurs, le pied des rampes ou la ligne suivant laquelle elles se raccordent avec le terrain horisontal , les fonds des vallées ou thalwegs.

On doit étudier et exprimer la forme et les dimensions des contreforts , des mamelons, des cols, des gorges et de tous les accidens remarquables dans la configuration du terrain. On exprimera de même les inégalités, tels que les chemins creux, chemins eu remblais, les ravins, les carrières, les encaissemeus de rivières

l’article qui traite du dessin de la topographie , et celui du figure du terrain.

et ruisseaux, l’esoarpemcnt de leurs rives , etc.

Le mémoire qui fait partie de la reconnaissance militaire a pour objet : i° la description physique ; 2 ° la statistique ; 3° les communications; 4° les considérations militaires; mais, comme nous Pavons dit plus haut , quand ces documens ont rapport à une grande contrée , on en charge des officiers de l’un des corps spéciaux; mais ici cela ne doit comprendre qu’une petite étendue de terrain, dont la défense ou. l’occupation peut être confiée à un officier des troupes de ligne.

t La description physique comprendra la désignation du bassin dont le terrain levé fait partie, la configuration générale de ce terrain. On fera connaître s’il est découvert et d’un accès facile, coupé de haies, de fossés, de murs de clôture, couvert de bruyères, sec ou marécageux. La description comprendra aussi la direction des montagnes, de leurs rameaux ou contreforts, celle des vallées ou vallons, des ri-

vières , canaux ou ruisseaux qui les arrosent, l’étendue des plaines, la hauteur des montagnes et des coteaux, la largeur et la profondeur des vallées , étangs, marais, flaques d’eau , etc. , le volume , l’encaissement, la pente des rivières et des ruisseaux, les variations qu’ils éprouventdans les différentes saisons de l’année ; la nature du sol sur les hauteurs, sur les flancs et dans les lieux bas; l’essence des forêts , les propriétés de l’air et des eaux relativement à la santé des hommes et des animaux; les espèces et qualités des matériaux qu’on peut trouver sur les lieux pour constructions, tels que pierres, bois, métaux, etc.

Les notes statistiques auront pour objet les relations cantonales, communales et paroissiales, la population et le nombre des feux de chaque commune, hameau; les occupations de leurs habitans aux diverses époques de l’année; l’étendue et les limites du territoire de chaque commune; sa division en terres labourables, prés,

vignes, etc. ; les produits de l’agriculture, l’espece et le nombre des voitures et des bêtes de somme ; le nombre des bestiaux de toutes espèces; les usines, fabriques, manufactures ; le nombre de leurs ouvriers; les procédés qu’on y emploie ; la nature, la qualité, la quantité et la valeur de leurs produits.

On recueillera sur les communications des renseignemens sur les grandes routes, chemins communaux pavés, ferré|ou en terrain naturel ; sur la facilité ou les obstacles qu’on y trouvé pour les charrois dans les différentes saisons; sur les canaux, sur les rivières et les ruisseaux, considérés sous le rapport de la navigation ; sur les points les plus propres à l’établissement des ponts et autres moyens de passage; la situation des ponts existant et la nature -de leur construction; les bacs, la durée de leur traversée; le nombre d’hommes, de chevaux et voitures qu’ils peuvent transporter; les gués, leur direction, les inoyensde les rompre; enfintouteslescom-

indications existantes et possibles , les moyens de les établir et de les améliorer.

Les considérations militaires comprendront lespositions tant pour l’offensive que pour la défensive, les moyens d’en augmenter la valeur par des ouvrages de campagne, des abalis ou des inondations; le nombre d’hommes , de chevaux , etc. , que les communes peuvent loger et nourrir; les lieux propres à mettre en sûreté un convoi *>u une escorte; le parti qu’on peut tirer des villes, villages, châteaux, églises, cimetières, etc., pour y établir des postes de sûreté et de protection , pour former des dépôts ou étabîissemens militaires ; la longueur et la largeur des défilés; enfin quelques détails sur les faits militaires dont le terrain levé ou les terrains contigifs ont été le théâtre (i).

On conçoit facilement que ce pro-

(*) Instruction pour le levé à vue, à l’usage des élèves de l’éeole d’application du corps royal d’étatmajor. *

gramme peut être modifié, raccourci* etc.

selon la nature et l’étendue du terrain.

Souvent une reconnaissance militaire n'a rapport qu’à un seul objet, comme le passage d’une rivière ou d’un défilé , le campement d’un corps, l’établissement d’un poste, la défense d’un village, etc.

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