DU DÉFILEMENT
Le défilement a pour objet de régler le relief des fortifications, de telle sorte qu’elles couvrent les défenseurs et les mettent é l’abri des coups qui, tirés de plein fouet, les atteindraient entre les limites fixées pour l’intérieur des ouvrages.
lit
Un coup tiré de plein fouet a une direction déterminée par une droite passant par le centre du boulet et le point contre lequel il est dirigé. Les points qui ns sont pas dans cette direction ne peuvent être atteints, en supposant toutefois que le mouvement des projectiles se fait en ligne droite. Cependant ils décrivent en réalité des courbes plus ou moins prononcées; mais il n’en est pas moins vrai que l’on ne peut battre, de but en blanc, ni avec justesse, des points qu’on ne voit pas.
On doit observer d’abord l’espace extérieur d’où partent les coups, la masse des parapets et des traverses qui doivent les intercepter, et l’espace intérieur qu’occupent les défenseurs, et dans lequel ils ne doivent point être vus.
On peut atteindre ce but en prenant pour terre-plein d’un ouvrage le plan, qui , passant par un point donné ou par une ligne donnée, laisse au-dessous de Lui tous les points du terrain environnans^
et fait, avec l’horizon, le plus petit angle possible. Ainsi, l’on prend A-B, fig. 1, pl . 16, pour terre-plein, il sera défilé si aucun des points de sa surface ne peut être vu du point C, ce qui aura lieu par la construction du parapet D.
La première opération du défilement a pour objet de déterminer la distance , et de mesurer l’espace extérieur aux parapets, et l’espace intérieur qui doit être couvert. •
Les limites de l’espace extérieur en projection horizontale sont déterminées par la portée des armes à feu avec lesquelles l’ouvrage peut être attaqué. Cet espace s’étend, pour la mousqueterie , à 3 oo mètres; pour l’artillerie de campagne, à 700 mètres.
Il est limité en hauteur, au-dessus du terrain, à a. 5 o pour la mousqueterie, et à i. 5 o pour l’artillerie.
On doit mettre 700 mètres de l’espace intérieur hors de la vue des assaillans , et par conséquent donner aux ouvrages le
relief nécessaire pour obtenir cet avantageux résultat. En rase campagne, on peut facilement remplir cette condition, mais si l’on est dominé, on réduit à 3oo“ l’espace intérieur, et à a.oo la hauteur couverte.
Dans les ouvrages fermés, l’aspace intérieur est limité par les projections des crêtes : les ouvrages ouverts sont ordinairement défilés jusqu’à ao mètres en arrière de la gorge; les courtines des lignes à redans et des lignes baslionnées jusqu’à la même distance de leurs crêtes.
Il faut que d’aucun point de l’attaque, on ne puisse voir le talus intérieur du parapet; s’il l’était, il faudrait élever des traverses.
Les ouvrages ouverts doivent être soutenus par des troupes placées en arrière, ou bien il faut que des obstacles naturels ou artificiels empêchent qu’ils ne soient tournés.
Il faut, dans le premier cas, défiler, non-seulement l’ouvrage, mais encore le
terrain que le9 troupes doivent occuper en arrière, ainsi que celui qu’elles ont à parcourir, pour se porter au secours de l’ouvrage attaqué. Il est souvent très-difficile d’obtenir ces conditions.
Si les ouvrages sont appuyés à des obstacles, ils couvrent le plus souvent un défilé qui assure la retraite des troupes. La ligne par laquelle cette retraite s’effectue doit encore être défilée.
On doit fermer entièrement un ouvrage que l’ennemi peut attaquer sur tous les points; mais si cet ouvrage n’occupe pas une position dominante, il est presque impossible de le tracer de manière que les conditions relatives au défilement soient complètement remplies; mais cette fâcheuse position est assez rare.
Avant de tracer les ouvrages, il faut donc bien reconnaître le terrain environnant.
Le défilement des lignes ou des ouvrages continus consiste à couvrir l’espace intérieur aux vues des hauteurs dominan-
tesj.^çe quç-.Ton obtient par le relief des parapets, l’enfoncement des terre-pleins, la construction de traverses,. de parado s et de bonnettes.
L’espace où les défenseurs sont à couvert doit être le plus grand possible, les troupes devant manœuvrer sans être inquiétées. On doit donc apporter un grand soin dans le choix des positions.
Comme il n’est pas possible de mettre dans un même plan de défdement les crêtes de plusieurs ouvrages d’une ligne fortifiée, on divise cette ligne en plusieurs parties. séparées par des traverses. On doit mettre une grande attention à observer comment chaque partie est vue de front, d’enfilade, à revers, afin d’appliquer dans chaque cas les procédés de défilement les plus convenables, surtout pour les parties saillantes.
« On se représente ordinairement une .fortification , dominée comme une position où les défenseurs sont de toutes parts en butte aux coups de l’ennemi. Dans ce
cas, elle ne serait pas tenable; mais lîi supposition est inexacte. L’inconvénierit d’être commandé par des hauteurs n’oblige pas même toujours à une augmentation de relief. En effet, on conçoit que remplacement de l’ouvrage projeté peut être tel que le plan de site naturel étant prolongé laisse au-dessous de lui toutes les hauteurs. Cependant une position dominée a moins de valeur que celle qui ne l’est pas; il faut plus de temps pour la Fortifier, quelquefois même il est impossible de remédier ii ses défauts.. On doit éviter sans doute d’occuper une semblable position; mais on est quelquefois maîtrisé par les circonstances et les localités. Dans le cas, par exemple , où une rivière sert de frontière, on peut se trouver dans l’obligatioti de fortifier celui des deux bords qui est dominé par l’autre.
» Malgré le désavantage de la fortification dominée, lorsqu’on a eu le temps d’appliquer à sa construction les règles -du défilement, l’ennemi ne peut plonger
dans l’intérieur des ouvragés? les défenseurs ne peuvent être vus ni en flancs, nh à dos; ils trouvent dans les ouvrages, construits en terrains accidentés, la même sécurité. que dans ceux qui sont construits en terrain uni (1). «
Pour tracer la projection de la crête de Pouvrage, sur le terrain , en plantant des piquets aux sommets des angles du tracé, on clouera des lattes cotitrc ces piquets ; on fera la même opération aux points dominans de la partie du terrain de laquelle on doit se défiler. On peut fixer à deux mètres la limite en hauteur de l’espace extérieur; ainsi , tous les jalons devront avoir cette longueur hors de la terre.
Si l’on ne peut aller poser des jalons sur le terrain, parce qu’il serait occupé par Pcnnemi, on déterminera les plans de site et non les plans de défilement.
(1) Instruction sur le défilement des ouvrages de campagne à l'usage de l’École d’application du corps royal d'état-major.
On établira^neuite les terres-pleins à o, 5 o au-dessus des plans de site, i -• -
Les procédés pratiques que l’on peut employer pour défiler un ouvrage sont -z pour une lunette A. B. C. D. E.
pl. 16, il faut d’abord déterminer le re*lief des points projetés en A et E, de manière que, dans le plan vertical , dont la trace est la ligne A-E prolongée, de» point A masque le poibt E aux vues de revers de l’espace intérieur, et réciproquement*
Lorsque la ligne de site est peu élevée au-dessus du terrain , i’observateur est obligé de se courber; souvent les rayons visuels sont interceptés par les objets qui se trouvent à la surface du sol ; pour éviter cet inconvénient , dans la détermination du plan de site, on relève d’une égale quantité la ligne et les points dominans : il suffit de tenir compte de ce relèvement dans la suite des opérations.
* On peut procéder à la détermination du plan de site, ou de défilement, de trois manières.
Au moyen de petits cordeagx, soient pt. 16, fig. 2. A E, la trace du plan vertical passant par la gorge m. n. ? la trace d’un plan parallèle au premier, et passant en arrière de la gorge, on plantera deux jalons aux points projetés in et n.; supposons qu’on rabatte les deux plans verticaux autour de leurs traces, et soient a. s. et e. t. les hauteurs de la crête aux points A et E, on tendra un cordeau du point s. au point t., ou du point x. au point y., si les points s et t sont un peu éloignés l’un de l’autre ; soient E. f. et H-h les jalons plantés aux points projetés en m et n, on tend entre ces jalons un autre cordeau f. h. , et on le fait mouvoir le long des jalons parallèlement au premier, jusqu’à ce que l’on trouve une position dans laquelle le plan déterminé par les deux cordeaux laisse, au-dessous de lui, tous les points de l’espace extérieur. Le plan qui satisfait à cette condition est le plan de défilement. On détermine les hauteurs auxquelles il coupe les lattes appartenant
aux cinq points A. B. C. D. E. du tracé, et on scie les lattes ù ces hauteurs.
v Si , pour exécuter l’opération qui vient d’être décrite , il fallait tendre les cordeaux à une trop grande hauteur, on déterminerait le plan de tête, à l'aide du cordeau s' t', tendu à 2 mètres au-dessous du cordeau s t. »
« Au moyen d'un triangle d e f , pt. 16, fig. 3 , construit avec des lattes d’un mètre de longueur environ , on établit le côté de, sur la ligne s t de la fig, 12, et l’on lait tourner autour de ce côté le triangle, jusqu’à ce que le plan, déterminé par les 4 faces supérieures ou inférieures des lattes, laisse au-dessous de lui les têtes de tous les jalons qui ont été plantés aux points dominans. »
« II faut assembler les trois lattes de manière que le dessus et le dessous présentent deux plans exactement parallèles. On peut bornoyer (1) , suivant l’un ou l’autre
(») « OV peut employer, pour le même objet , deux
de ces plans, ou suivant tous les deux à la fois. On fait moyvoir le triangle, soit à la main, soit é l’aide d’une ficelle, le long de trois jalons placés aux trois angles. En employant le dernier moyen , on opère avec plus de précision. » '
* Si l’on n’avait le relief que du point de l’ouvrage projeté en O , fig. 3 , on établirait le sommet f dn triangle sur la verticale de ce point, à la hauteur déterminée; si le relief d’aucun point de l’ouvrage n’était positivement fixé , on établirait le sommet f du triangle sous la verticale d’un point quelconque z. »
«Au moyen de jalons, soient pl. 1 6 , fig.
4, M RT M% les projections des points dominons , O O' O', les projections des points situés en arrière de la gorge , sur l’alignement des points projetés en M M' M' et du saillant C. En observateur se place en l’un de ces points, au point projeté en O, par exemple, un aide marche, avec un
bouis de ficelle tendus dans un mêraç plan, sur uu. triangle formé avec des lattes non dégauchies..
jalon, sur la direction E A et s’arrête au point P , où se coupent les traces des deux plans Yerticaux, passant par les lignes E A., O M : il élève ensuite la tête de son jalon , jusqu’à ce qu’elle se trouve dans la direction de s t , fig. a ; ce qu’annonce un autre observateur, placé au point projeté en E. Celui qui est placé au point projeté en O, imagine un rayon visuel, par la tête du jalon du point projeté en P et par la tête du jalon du point projeté en M. Puis il fait marquer sur la perche, jplacée au milieu du saillant, le point où elle est coupée par le rayon. »
« En répétant cette opération , on obtiendra un plan de défilement pour chacun des points dominans , projetés en M. M. M'. Parmi ces plans, on choisit celui qui passe à la plus grande hauteur audessus du saillant. On détermine les hauteurs des points projetés en B et D, qui sont situés dans ce plan. Ces hauteurs et celle du point projeté en C , doivent être moindres de 3.5o.
•> Si, / ig . 5. M. M'. M', projetions des points dominans dont la position et la hauteur sont telles, qu’on ne peut pas mettre les cinq points de la crête projetée en A, lî, C, D, E, dans un même plan de défilement, soit C F, la projection de la crête de la traverse qui est nécessaire, l’ouvrage sera divisé en deux parties A. B. C. F. et F. C. D. E, dont chacune aura son plan de défilement particulier, que l’on déterminera en employant ou des cordeaux parallèles, ou le triangle, ou les jalons, selon les moyens que Ton aura à sa dispo,sition. » Quant à la traverse, soit h, la projection d’un point de la crête dont on veut connaître le relief. On déterminera sur l’alignement des points projetés en M' M* M'' M" et du point projeté en h, les points projetés en P. P'. P*. P"'., sur le tracé de la projection de la crête. Un aide se placera au point projeté en h, avec une perche; on élèvera, aux points projetés en P.
P'., des jalons, jusqu’à ce que leurs têtes dépassent de o,5o la hauteur de la crête
en ces points. Un observateur se transportera successivement aux points projetés eu.
o. o'. o'. o". sur l’alignement des points doininans et du point projeté en b., et fera passer ses rayons visuels par les têtes des jalons des points projetés en P. P' P' P", M. M.' M' et M". L’aide marquera les quatre hauteurs où son jalon est coupé par les quatre rayons visuels; là plus grande est celle que doit avoir* lé point de la traverse projeté en h. On opérera de la même manière pour avoir la hauteur de la tra-r verse au point projeté en h'.»
* Il nous paraît inutile d’entrer dans le détail dés opérations qu’il serait nécessaire d’èxécuter sur le terrain pour déterminer la position de la traverse par la condition que là crête se trouvât à l’intersection des plans de défilement à revers. Il nous suffira de dire que ce problème exige deux observateurs qui opèrent simultanément:
Pun aux points projetés en O et O'; l’autre aux points projetés en o' et o''.
» Nous avons supposé , dans tout ce qui.
précède , qu’on déterminait les pkns du défilement ; mais on trouvera, en général, plus de facilité pour déterminer les plans de site. On ne sera pas obligé de planter des jalons ou points dominans, ni de s’élever, à l’aide de petites échelles, pour bornoyer! (1) »