‹ Le livre de guerre ou instruction elementaire sur les differentes parties de l'art de la guerre... par. A. M. PerrotChapitre 8 sur 26 · FABRICATION · texte numérisé non relu

FABRICATION

de la Poudre de guerre.

Nous donnons ici une instruction, nonseulement pour composer et confectionner la poudre à tirer, mais encore pour préparer les matières premières qui entrent dans cette composition.

Dans un cas urgent de défense, la recherche et l'extraction du salpêtre est déjà d'une grande utilité, et comme cette matière est la plus difficile à se procurer, nous nous sommes étendus sur la manière d’y parvenir, celle de la préparer et de la rendre propre à faire de la poudre.

Les poudreries de l’état sont distribuées convenablement à leur destination et munies de tous les instrumens et outils utiles

à la fabrication des poudres; mais dans des ateliers patriotiques, improvisés, il est bien difficile de se procurer tous les objets nécessaires. L’intelligence, le zèle, guideront pour remplacer les choses importantes par celles qui se trouveront sous la main, et pourmodifier suivant les temps et les lieux, les méthodes que nous indiquons.

Des fabriques , des manufactures et d’autres établissemens d’industrie , peuvent être momentanément convertis en poudreries, et on peut adopter le mieux qu’il se pourra leurs machines, manèges, outils, etc., à la confection delà poudre.

Le nombre des bras et l’activité peuvent suppléer à ce qui manquera.

Les matières qui servent à la confection de la poudre , sont :

Le salpêtre.

Le charbon.

Le soufre.

Le salpêtre , ou sel de nitre, ou encore nitrate de potasse , se trouve dans les vieux.

murs , les pierres et platras , les terres légères, etc. Souvent il se présente sous la - formie de petites aiguilles , à la surface des vieilles maçonneries, des terres, du sol des bâtimens abandonnés. On peut, dans ce cas, le recueillir en balayant.

La formation du salpêtre a lieu par la décomposition des matières animales et végétales, la présence des pierres calcaires, le contact d’un air stagnant un peu humide et à l’abri des pluies»

C’est une production naturelle des terres dans les climats chauds.

En France, on le trouve dans les terres du sol des écuries, des étables, granges j caves, remises, etc., dans les décombres provenant des démolitions des parties basses des vieilles maisons , des anciens murs, etc. «

Nous ne parlerons pas ici du salpêtre artificiel. Sa formation est longue, difficile, et les essais qui ont été faits en France n’out pas été heureux. i

Pour s’assurer que les matériaux salpê-

très contiennent une assez grande quantité de salpêtre pour être employés avec avantage , on en casse en petits morceaux une partie, et on y applique la langue. Si la saveur est âcre, salée et amère, et qu’elle soit suivie d’une fraîcheur sensible, on peut les exploiter.

Pour lessiver les matériaux salpêtrés , et en extraire le salpêtre, on doit d’abord réduire tous ces matériaux, de manière que toutes les parties puissent être pénétrées par l’eau , et que tous les atomes de sel puissent être dissous.

On fait passer les platras ou terres à travers une claie, et on jette le tout daDS des cuviers ou tonneaux, pour le lessiver.

Letrou de chaque cuvier doit être environné d’un bouchon de paille et de quelques pierres ou tuileaux, qui empêchent la terre et les plairas concassés de le boucher. On y met quelquefois un double fond percé de trous, ou des menus bois.,

« Pour faire le lessivage , on remplit

tous ces tonneaux des terres, ou autres matériaux salpêtrés, qu’on a passés à la claie , ayant soin de ne pas les tasser pour ne pas arrêter la filtration de Peau ; toutes ces terres doivent être lessivées plusieurs fois, pour en extraire tout le salpêtre qu’elles contiennent. »

On verse dans les cuviers de l’eau, jus- ^ qu’à environ a pouces au-dessus de B la terre. Ces cuves peuvent être rongées sur trois rangs. Celles du premier rang seront remplies de terres qui n’ont pas encore été lessivées; celles du second , de terres déjà lessivées une fois ; celles du troisième, de terres lessivées deux fois.

On verse de l’eau dans les cuves ou tonnes du troisième rang, jusqu’à ce qu’il y en ait 2 pouces au-dessus de la terre ; quand elle y a été pendant deux heures, on la fait couler, et on la porte dans les tonnes du second rang ; deuxheures après, on la verse sur celles du premier rang, où elle doit séjourner pendant vingt -quatre heures afin qu’elle aille temps de pénétrer

da r.s l’intérieur des terres, et de dissoudre tous les sels solubles.

Les eaux qui n’ont fait que passer par les tonnes du troisième rang, c’est-à-dire sur les terres qui ont été lessivées deux fois, se nomment lavages; lorsqu’elles ont repassé sur les cuviers de la deuxième bande, c’est -à-dire sur les terres qui n’ont été lessivées qu’une fois, elles deviennent ce qu’on appelle petites eaux; 'quand les petites eaux ont passé par les cuves du premier rang, elles deviennent eaux fortes ; si les eaux fortes ne-sont pas encore assez riches pour être évaporées avec “avantage, on les fait passer une quatrième fois sur une nouvelle bande de cuves, remplies de terres, elles deviennent alors ce qu’on appelle eaux de cuite , prêtes à être évaporées.

Si les matériaux salpêtres que l’on lessive sont très-pauvres, on peut faire passer les eaux fortes sur de nouveaux cuviers de terresneuves.

Si l’on a trois rangs de cuves, après une opération on enlève les terres qui ont été

lavées trois fois», et on les remplace par des terres neuves , alors le troisième rang devient le premier.

On peut, quand on a peu de terres et un petit emplacement, avoir seulement trois cuves, qui représentent chacune un des rangs ci-dessus.

Les eaux de lessivage, outre le salpêtre, contiennent encore tous les nitrates terreux qui se trouvaient dans les matériaux.

Ces nitrates peuvent être changés en nitrate de potasse ou salpêtre, et augmenter beaucoup la proportion de celui qui existe naturellement dans ces eaux; il suffit, pour cela, de connaître la quantité terreuse contenue dans les eaux de lessivage, et la quantité de potasse nécessaire pour opérer la saturation.

On évapore donc à siccité un échantillon des eaux de lessivage ; on lave le résidu avec de l’eau saturée de salpêtre pur; on filtre, et ce qui reste sur le filtre est la quantité de salpêtre existant dans l’échantillon sur lequel on a opéré.

On prend un second échantillon égal en poids au premier, on y verse une dissolution de la potasse dont on doit se servir jusqu’à cessation de précipité; on filtre, on évapore la liqueur filtrée jusqu’à siccité ; on lave le résidu à l’eau saturée de salpêtre pur; l’on filtre de nouveau, et ce qui reste sur le filtre est la quantité de salpêtre existante avant la saturation réunie à celle produite par la saturation : retranchant la première de ces deux quantités de leur somme, on obtient la seconde.

Connaissant la quantité de salpêtre que la saturation produit, il ne reste plus<à déterminer que la quantité de potasse nécessaire à cette saturation ; pour cela, on prend un échantillon de la potasse dont on doit seserrir, on le fait dissoudre, on y verse du nitrate de chaux jusqu’à cessation de précipité ; on filtre, on évapore, on lave le résidu à l’eau saturée , et on obtient la quantité de salpêtre que peut produire l’échantillon de potasse employé.

On connaît doue, d’une part, la quan-

tité de salpêtre que peut fournir la saturation d’une quantité déterminée d’eau de lessivage ; d’autre part, la quantité de potasse nécessaire à la production de cette quantité de salpêtre.

« Il est utile de saturer complètement les nitrates avant l’évaporation des eaux de lessivage, parce que, sans cela, ces nitrates restent dans les eaux surnageantes, les rendent plus épaisses, nuisent à la cristallisation, le salpêtre brut est plus impur; on est dans la nécessité d’étendce d’eau les eaux-mères provenant de la cuite des eaux surnageantes, pour pouvoir les saturer, et par conséquent, on se constitue dans la nécessité d’évaporer une plus grande quantité d’eau ; d’uti autre côté, il est à craindre qu’on outrepasse, dans la saturation, la quantité de potasse à employer; ce serait en consommer une partie en pure perte.

U est donc nécessaire de faire, é chaque saturation d’eau de lessivage et d’eau surnageante, l’analyse décrite ci-dessus; et comme elle est un peu laborieuse, il faut

attendre, pour faire des saturations, qu’on ait de grandes quantités d’eau*.

Ainsi pour saturer avec la potasse , on mélange dans une cuve une dissolution de potasse, et la quantité d’eau de lessivage que l’on juge pouvoir être saturée par la potasse dissoute. On brasse, on agite la liqueur, on la laisse éclaircir, puis on décaftte sans toucher au précipité.

On peut employer le sulfate de potasse, en le concassant , y ajoutant des cendres ( s’il est avec excès d’acide) ensuite on le lessive , et lorsque la liqueur qu’on a retirée, marque de 19 à 20 degrés, on la fait servir à la saturation des eaux salpêtrées, en les mélangeant dans une cuve.

Le procédé par la potasse pure est plus prompt et plus en usage.

Pourla cuite des lessives et l’évaporation des eaux, ij faut être muni d’une grande chaudière en cuivre montée sur un fourneau; d’une écumoire en cuivre rouge, avec un long manche, servant à écumer la cuite pendant sa concentration, et ù enle-

ver le sti marin qui se précipite au fond de la chaudière, à mesure que l’eau qui le tenait en dissolution s’évapore;

D’une grande cuiller ou puisoir en cuivre rouge, avec un long manche pour puiser la liqueur.

11 faut encore des bassines en cuivre pour transporter la liqueur dans les bassins où se fait la cristallisation : des bassins ou cristallisoirs de cuivre où l’on dépose la liqueur pour faire cristalliser le salpêtre ; des nattes de paille ou paillassons pour couvrir les bassins; des recettes pour mettre égoutter le salpêtre cristallisé dans les bassins.

Lorsque les eaux de lessivage sonl salurées,on les met dans la chaudière surld feu, afin de les concentrer. Quand la liqueur esten ébullition, on enlève av.ee soin toutes les écumes qui, viennent à sa surface ; comme les bouillons scqportent des parois vers le centre, ety entraînent les substances terreuses qui troublent la lessive, et tendent après à se déposer au fond de la chau-

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dière, suspend à l’aide d’une poulie»

au milieu de la cuite, un chaudron qui recueille les terres qui se précipitent.

Lorsqu’ensuite la liqueur vient à se concentrer, le sel marin qu’elle tenait en dissolution commence à sc précipiter aussi au fond de la chaudière , parce que ce sel , qui n’est guère plus soluble à chaud qu’à froid, ne trouve plus alors qfue trois parties d’eau pour une de sel , nécessaires à sa solution. La cuite étant arrivée à ce point , on retire le chaudron, et avec une écumoire on enlève le sel marin ; on le jette à mesure dans une manne d’osier, placée au-dessus de la chaudière, dans laquelle coule la liqueur qu’il pourrait retenir.

Quand les terres, les écumes et le sel marin sont retirés, et qu’en laissant toïnber quelques gouttes de la liqueur sur un corps froid, elle donne des cristaux de salpêtre en assez grande quantité ; qu’en même temps la cuite marque de 44 45

degrés à l’aréomètre pour le nitre, elle est arrivée au point obnvenablc pour la cris-^

lut

làüisation;on la transporte alors de la chaudière dans les bassins de cuivre, où le salpêtre cristallise par refroidissement, et se dispose en une masse -grenue et solide, couverte de cristaux plus réguliers, dont la forme ordinaire est un prisme à 6 pans, terminé par des sommets dihêdres. Les bassins doivent être couverts avec des • paillassons ou nattes de paille , afin de ralentir le refroidissement de la liqueur , ce qui favorise l’arrangement des parties du salpêtrequise cristallise sur leurs parois intérieures.

Cette dernière opération dure quatre 4 cinq jours . suivant la température de l’atmosphère, après quoi on enlève l’eau surnageante à la cristallisation du salpêtre, et on le met égoutter, en plaçant les bassines attachées, deux à deux, sur des baquets qui sont , à cet effet , enterrés de manière que les bords affleurent ld sol de l’atelier.

Ce salpêtre égoutté est le salpêtre brut que livrent lessalpétriersdansles raffineries.

Les écumes et les dépôts terreux , retirés de la cuite, contiennent encore du salpêtre qu’il est important de conserver; on délaye donc le tout dans une chaudière d’eau, sur le feu , on l’amène à la température de 60 degrés du thermomètre de Réaumur, on enlève les écumes légères, et , lorsque la liqueur est claire, on la décante pour la faire servir à alimenter les cuites.

Les écumes légères et les dépôts ter* reux sont jetés sur les terrés, pour être lessivés avec elles.

Le sel marin est encore uni à une certaine quantité de salpêtre ; pour l’extraire, on doit laver ce sel dans de l’eau élevée à la température de-6o degrés au moins : tout celui que retenait le sel marin s’y dissout , et ses eaux de lavage sont jointes ensuite aux eaux de cuite.

Les eaux-mères, ou eaux surnageantes à la cristallisation du salpêtre, contiennent, avec le salpêtre en dissolution, ^des nitrates de chaux et de magnésie, des mu*

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riates de soude et de chaux. Pour çn tirer parti il faut les saturer , afin d’en obtenir tout le nitrate de potasse qu’elles peuvent produire ; pour cela, on les étend d’eau, jusqu’à ce qu’elles soient parvenues à i5 degrés de l’aréomètre, ce qui exige ordinairement près de quatre fois leur volume d’eau , et on les sature comme il a été dit plus haut.

La liqueur qu’on en retire est jointe aux eaux d’une cuite, ou bien l’on eh fait une particulière de ces eaux-mères; le précipité qui est formé par cette saturation est rejeté sur les terres, pour être lessivé avec elle.

Épreuve du salpêtre.

L’eau saturée de salpêtre a la pro priété de ne pouvoir (à la même température) dissoudre de nouvelles parties de ce sel; mais elle dissout les autres sels, lors même qu’ils se trouvent ünis au salpêtre.

On peut donc prendre un échantillon de salpêtre "broyé , on en pèse 400 grammes ( i3 onces, o Br , 4'-* ? 86) que l’on met

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dans un bocal ; od y ve.rse ensuite 1 demilitre (0.393 pintes ) d’eau saturée avec du nitrate de potasse, et on agite bien tout ee que contient le bocal, pour faciliter la dissolution des sels étrangers.

Un quart d’heure après , on verse sur un filtre la liqueur surnageante, on la remplace par un quart de litre (0. 199 pintes) de nouvelle eau saturée; on agite bien encore pendant un quart d’heure, puis on verse tout ce que contient le bocal dans le filtre où l’on a déjà versé la liqueur surnageante, et on laisse égoutter. Quand la liqueur a cessé de couler, on ôte le filtre de l’entonnoir, on l’étend sur un papier gris posé dans une caisse qui renferme des cendres, ou toute autre matière absorbante : on étale sur le filtre le salpêtre qui y était resté; quand il est privé d’humidité, on le met dans un bocal, et on le dessèche au bain de sable; lorsqu’il est sec, on le pèse, et ce qui manque des ^00 grammes, divisé par 4»

donne ce qu’il perd pour cent.

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Il faut augmenter de a pourcent le déchet du salpêtre, à cause des matières insolubles qui ne peuvent passer à travers des filtres.

Si le salpêtre brut, pris pour échantillon, a perdu 100 grammes parles deux lavages, il perd a5 pour 100; en ajoutant a pour les matières insolubles, on a 27 pour 100 pour le déchet du salpêtre brut qu’on a essayé.

Il faut toujours faire l’épreuve double, afin d’être sûr qu’on ne s’est pas trompé.

Il est important de bien préparer l’eau saturée. A cet effet, on met de l’eau dans une bassine de cuivre, à une température plus élevée de 5 à 6 degrés que celle de l’atmosphère; on y verse du salpêtre pur, et on l’agite dans l’eau jusqu’à ce qu’elle soit ramenée à la température de l’air environnapt. L’eau retenant alors tout le salpêtre qu’elle peut dissoudre à cette température, se trouve entièrement saturée de ce sel.

Si on y plonge le thermomètre de Réau-

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mur, et qu’il marque 10 degrés, l'aréomètre en marque 19; si le thermomètre marquait 12 à i 5 degrés, l'aréomètre en marquerait 21 à 22; c’est-à-dire qu’il y a toujours 9 degrés de différence entre ceux du thermomètre de Réaumur et ceux de l’aréomètre.

B affinage du salpêtre bmt.

Le salpêtre brut est impur, et ne peut être employé à la fabrication de la poudre; le nitrate de' potasse s’y trouve ordinairement mêlé avec du nitrate de soude (sel marin), du nitrate de chaux, du muriate de chaux qui forme l’eau mère, et des terres calcaires et magnésiennes unies à l’acide carbonique.

Le premier de ces sels s’y démontre par la saveur salée , et la décrépit^tion sur les charbons allumés, les seconds s’y annoncent par la couleur jaune, le tact gras . et la déliquescence ; on y reconnaît la présence des terres, parce qu’elles restent

après avoir dissous tous les sels dans une suffisante quantité d’eau.

Il y a différens moyens de débarrasser le salpêtre brut de ces substances étrangères; c’est l’objet du raffinage.’

Autrefois on raffinait en pains, en mettant 2000 livres de salpêtre brut dans une chaudière de cuivre adaptée à un fourneau , et en y ajoutant 1600 livres d’eau.

Les écumes produites par la chaleur étant entièrement enlevées, on jetait ensuite dans la chaudière J 2 onces de colleforte, dissoute dans 1 0 pintes d’eau bouil- . lante, et mêlée avec quatre seaux d’eau froide.

La lessive se trouvait ainsi refroidie, on l’agitait beaucoup, et lorsqu’elle avait repris son bouillon, on l’écumait de nouveau avec soin, on ajoutait de l’eau froide à plus'eurs reprises pour favoriser la formation et la séparation des écumes; on séparait ensuite, à l’aide d’une grande cuiller percée, le sel marin qui se cristallisait à la surface, et on le mettait égoutterdans

une mnnne ou panier, placé au-dessus de

la chaudière.

On versait alors de temps en temps un peu de liqueur sur une surface froide, et lorsque le salpêtre y cristallisait convenablement, on l’enlevait, avec unpuisoir, de la chaudière, pour le déposer dans des bassins de cuivre de forme de cône tronqué, et fermés avec des couvercles de bois, dont le pourtour bien étoupé empêchait le contact de l’air, et on laissait ainsi refroidir la liqueur pendant quatre ou cinq jours.

Le salpêtre se rassemblait d’abord en cristaux contre les parois des cristalii- ' soirs* se serrait et se formait enfin en pains creux, dont l’intérieur était rempli de cristaux en aiguilles , et renfermait les eaux mères surnageantes ô la cristallisation.

Après avoir décanté les eaux surnageantes, et fait égoutter les pains, on obtient le salpêtre dit de seconde cuite. Il contenait *. enoore trop de sel marin, et on lui faisait

log

subir un second raffinage ou une troisième c.uite, avec moins d’eau et de colle que la première. Lorsque la liqueur se** trouvait de nouveau dans lescristallisoirs, ' les cristaux s’y formaient alors beaucoup plus blancs; les eaux surnageantes n’étaient plus colorées.

Au bout decinq jours, on décantait; on mettait égoutter le salpêtre, et les pains retirés de leurs moules étaient rangés dans un magasin pour sécher lentement à l’air.

Il fallait près de trois mois pour compléter la dessication; le salpêtre étaitalors sous la forme de pains solides et d’une blancheur éclatante, et il n’y avait plus qu’à le- pulvériser pour qu’il fût propre à la fabrication delà poudre.

On emploie aujourd’hui une méthode plus expéditive, c’est le raffinage en poudre. Nous le traiterons avec plus de détails, d’après l’instruction rédigée par M. le chef de bataillon Renaud.

« La veille du jour où le raffinage doit avoir lieu, on charge la chaudière qui y est

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destinée, de 600 kilogram. (1200 livres) ^ environ d’eau ordinaire, et 1 200 kilogram. (2400 livres) environ de salpêtre de première cuite. On ne fait alors sous cette chaudière que le feu suffisant pour opérer, pendant la nuit, la fonte de cette première mise de salpêtre. Le lendemain matin, on augmente le feu, et on charge la chaudière à plusieurs reprises de nouveau salpêtre, jusqu’à ce qu’elle en contienne 3ooo kilogram. (6000 livres) environ.

L’eau étant mise en ébullition dissout à cette température tout le salpêtre brut, et se salure de sel marin. Pendant que dure l’opération , on a soin de bien remuer et d’enlever les écumes à mesure qu’elles se présentent à la surface de la liqueur.

Lorsqu’elle a été quelque temps en ébullition, et que la dissolution du salpêtre a dû être complètement opérée, on retire du fond de la chaudière le muriate de soude (sel marin) non dissous, qui a pu se précipiter. On fait quelques lavages à l’eau froide , afin de faciliter la précipitation de

celui que la chaleur aurait pu maintenir en suspension dans la liqueur. Lorsqu’on s’est bien assuré qu’il ne s’en'déposeplus, on verse dans la chaudière une dissolution d’un kilogram. (2 livres) de colle de Flandre, dans une suffisante quantité d’eau pour éclaircir la liqueur. On divise celle dissolution en trois parties, on les jette l’une après l’autre, à une demi-heure d’intervalle , dans la chaudière, ayant soin de faire plusieurs lavages d’eau froide entre chacun des trois collages, et d’enlever les écumes à mesure qu’elles se forment.

Lorsqu’il ne se produit plus d’écumes, on retire le feu de dessous la chaudière, on n'en laisse quece qui est jugé nécessaire pour entretenir, jusqu’au lendemain matin , la liqueur à la température d’environ 50 degrés : elle marque alors 67 ou 68 degrés à l’aréomètre ordinaire, pour le nitre.

Il faut un jour et demi pour ces diffé rentes opérations.

De la Décantation.

La liqueur ramenée à la température de 70 degrés, étant devenue parfaitement claire, on la puise en prenant toutes les précautions nécessaires pour ne pas la troubler; on. la porte à mesure dans le cristallisoir, qui est un grand bassitî de cuivre, à portée de la chaudière; lu, on l’agite en y promenant des rabots de bois, qui facilitent le dégagementdu calorique, à mesure que la précipitation du salpêtre cristallisé s’opère : on le ramène avec des rateaux de bois, à dents très-serrées, le long des bords du cristallisoir, en l’y amoncelant de manière qu’il puisse s’égoutter très-promptement; on enlève avec dès écumoirs, les parties les plus élevées, dès qu’elles commencent à blanchir- sensiblement , pour les porter dans les caisses de lavages.

Au bout de six à sept heures, tout le salpêtre que la liqueur est susceptible de produire est obtenu en poudre asseï fine;

la liqueur, surnageante A la cristallisation, se trouvant totalement réunie à l’une des extrémités du cristallisoir , au moyen de la double pente donnée à son fond, on l’enlève avec des puisoirs ; en l’éprouvant, on trouve qu’elle marque de 45 à 4$ degrés à l’aréomètre, pour le nitre.

Il faut un jour pour la décantation de la cristallisation.

Du Lavage.

Le salpêtre retiré du cristallisoir est aussitôt déposé dans des caisses de bois, faites en forme de trémies, et â double fond, pour y être lavé. Le fond supérieur, élevé de 5 centimètres (2 pouces) au-dessus de l’autre, est porté sur des liteaux de bois, et percé de petits trous par où la liqueur peut s’écouler; elle s’échappe ensuite par des trous percés dans la caisse, au niveau du second fond , de 16 en 16 centimètres (6 en 6 pouces), garnis de chevilles ou brochettes de bois, et va se rendre, par des chênaux de bois doublés

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en plomb, à des recettes enfoncées dans la terre.

Le lavage a pour but d’enlever au salpêtre toute l’eau surnageante à la cristallisation, qu’il a pu retenir, et le peu de sel marin qui y reste encore uni; il est fondé sur ce qu’on sait que l’eau froide a la faculté de dissoudre le sel marin , et d’entraîner les sels déliquescens et le principe colorant. On y emploie, selon le degré de pureté du salpêtre , environ a5 pour cent d’eau, qu’on divise en trois parties, pour trois lavages différens.

Le premier se fait au moyen d’arrosoirs, avec de l’eau saturée de salpêtre, qui a déjà servi à laver le salpêtre des raffinages précédens; les deux autres se font avec de l’eau pure. Pour qu’elle puisse pénétrer la masse du salpêtre, on bouche avec les chevilles les trous pratiqués dans le fond de la caisse, et on ne la laisse écouler que lorsqu’on veut faire un autre lavage.

Les eaux de chaque lavage doivent séjourner deux ou trois heures sur le salpê-

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tre, et on les laisse égoutter quatre ou cinq heures, avant de faire le lavage suivant.

La liqueur du premier lavage étant déjà saturée de salpêtre, ne peut plus attaquer celui des caisses, elle ne peut que dissou dre le sel marin, et l’entraîner avec les sels déliquescens. Gomme elle est trèschargée de substances étrangères en sortant des caisses, on la met à part avec la moitié de celle du second lavage, pour être évaporée avec les eaux surnageantes.

La seconde ‘moitié de la liqueur du second lavage, et toute celle du troisième, ne contenant en presque totatité que du salpêtre , sont réservées pour les lavages suivans. Les deux premiers arrosages sont ordinairement de i 5 arrosoirs de 10 pintes (9 litres 5 décalitres) chacun, et le troisième seulement de 6.

On reconnaît que le salpêtre a été suffisamment lavé, et est entièrement débarrassé des sels, marin et déliquescens, lorsque la liqueur qui s’écoule du troisième lavage, marque à l’aréomètre pour le nitre.

le degré de saturation du salpêtre, correspondant exactement à celui de la température du lieu, au thermomètre de Réaumur, ce n’est qu’à ce terme qui indique de la manière la plus certaine, que l’eau de lavage ne se charge plus que de salpêtre , qu’il convient de s’arrêter. Ces trois lavages durent ordinairement deux jours. ■

De la dessication du salpêtre.

Après que l’eau du dernier lavage du salpêtre, dans les caisses, est entièrement écoulée, on porte le salpêtre dans le séchoir. Ce séchoir est un bassin plat de cuivre , chauffé par la fumée de la chaudière, près de laquelle il se trouve placé; avantage qu’on obtient au moyen d’un serpenteau, qui fait différentes révolutions sous ce séchoir, et d’oùjl résulte qu’il n’y a rien de perdu du combustible employé à faire bouillir la chaudière. On charge le bassin de 3 oo kilogrammes (600 livres) de salpêtre à la fois : on a soin de le remuer presque continuellement avec de

fortes pelles de bois, afin d’éviter qu’il n’adhère au fond du bassin , qu’il ne se forme on mottes, et pour que la chaleur en pénètre plus également la masse. Au bout de six heures , il est entièrement sec.

On le reconnaît aisément lorsqu’en le remuant, il ne s’attache plus à la pelle, et qu’en le pressant fortement avec la main, il ne se pelotonne plus. Il est alors parfaitement blanc, pulvérulent et propre à la fabrication de la poudre. On l’enferme de suite dans des sacs, futailles ou barils, pour en faire l’envoi dans les poudreries.

Ce second procédé paraît réunir beaucoup d’avantages sur le premier.

i° Il consomme beaucoup moins de combustible, puisqu’au lieu de deux longues dissolutions, il n’est plus question que de porter l’eau d’une chaudière au degré de l’ébullition, pour y dissoudre le salpêtre ;

2* Il exige moins de temps , car six jours suffisent pour porter le salpêtre à l’état de pureté et de dessication nécessai-

res, pour l’employer à la fabrication de la poudre, tandis qu’il fallait environ trois mois par l’ancien procédé ;

3° Il occasione moins de perte en salpêtre, car il a été reconnu que, dans l’ancien procédé, il se faisait, par la seule évaporation, une déperdition de 7 pour cent de salpêtre, déperdition qui est presque nulle par le nouveau, la liqueur séjournant beaucoup moins dans la chaudière.

Résidus du raffinage .

Les résidus du raffinage sont les eaux surnageantes à la cristallisation du salpêtre, les écumes, le sel marin, et de plus, dans le procédé du raffinage en poudre, les eaux de lavage du salpêtre dans les caisses. Ces résidus contiennent encore beaucoup de salpêtre, qu’il faut en extraire.

Cuite des eaux surnageantes et de lavage.

Les eaux surnageantes et de lavage,

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sont entièrement saturées de. salpêtre , et

tiennent de plus en dissolution des muriates de soude et de ehaux et des nitrates terreux. Pour en extraire le salpêtre, on les réunit dans une chaudière, sur le feu, afin de les concentrer, et on a soin d’enlever les écumes i\ mesure qu’elles se forment. Quand la liqueur a bouilli quelque temps dans la chaudière, il se précipite du sel marin, qui s’attache fortement au fond. Il faut avoir l’attention de détacher ces croûtes; car, sans cette précaution, le feu agirait sur le fond de la chaudière , qui, n’étant plus en contact avec la liqueur, s’oxiderait très-promptement.

Lorsqu’au bout de sept à huit jours, la liqueur marque de 5a à 54 degrés à l’aréomètre de Baumé, on fait un collage, et quand elle est convenablement clarifiée, on fait un lavage à l’eau froide, pour faciliter la précipitation du sel marin qu’elle tient en suspension, on retire avec soin celui qui s’est précipité; on verse alors dans la liqueur une dissolution de la quan-

tité de potasse qu’on a jugée nécessaire à la sàturation des nitrates terreux qu’elle contient. L’ébullition s’arrête, on brasse bien ; on retire une partie du feu de dessous la chaudière , et on laisse reposer une douzaine d’heures, pour là formation complète du précipité. La densité de la liqueur doit être alors d’environ 65 degrés, et son degré de chaleur , au thermomètre de Réaumur, de 68 degrés. On‘ la décante dans le cristallisoir , jusqu’à la surface du précipité, avec. les précautions convenables pour ne pas la troubler, et on la traite de la même manière que la liqueur du raffinage.

Quant au précipité qui s’est formé, on le porte dans des mannes d’osier, garnies de toile, on jette deux ou trois seaux d’eau dans chacune. La liqueur qui en découle est jointe aux eaux surnageantes.

Cuite des premières eaux-mères.

On appelle premières eaux-mères, les eaux surnageantes à la cristallisation du

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salpêtre, provenant des eaux surnageante»

au raffinage.

Le procédé que l’on suit pour la cuite de ces premières eaux-mères, s’applique également à celle des secondes et troisièmes eaux-mères.

Pour faire une cuite des premières eauxmères, on les met dans une chaudière; on enlève les écumes à mesure qu’elles se forment, ainsi que le sel marin, et les croûtes qui s’attachent au fond. Quand la liqueur marque de 5o à 52 degrés, on fait un collage; on brasse, on écume, et on fait ensuite un lavage à l’eau froide, pour précipiter le sel marin tenu en suspension; on l’enlève avec soin, puis on retire le feu. Après cinq à six heures de repos, on décante la liqueur dans des bassins de cuivre ; au bout de six ou sept jours, on met égoutter le salpêtre qui en provient , et on le mêle avec le salpêtre brut à raffiner.

Quant aux quatrièmes eaux-mères, on s’assure si elles contiennent assez de nitrates calcaires pour mériter une seconde sa-

turation. Autrement elles sont abandonnées.

Traitement des écumes.

Pour retirer le salpêtre contenu dans les écumes de raffinage , et dans celles obtenues de la cuite des eaux surnageantes lorsqu’elle a marqué de 36 à 4o degrés, on les met dans une chaudière, et on les délaie dans environ moitié de leur poids d’eau ; on chauffe faiblement , et quand tout est bien dissous, on enlève les écumes légères, et on laisse reposer; lorsque la liqueur est devenue claire, on la décante sans toucher au précipité, afin de la traiter comme celle de raffinage.

Quant au précipité qui s’est formé, on le laisse dans la chaudière, on y joint celui qu’on a obtenu par la saturation de la cuite des eaux surnageantes , et de celles des premières, secondes et troisièmes eauxmères; on entretient un feu modéré; lorsque tout est bien dissous, on enlève les écumes surnageantes, on laisse reposer,

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on décante la liqueur quand elle est bien claire; alors on la fait servir à alimenter les cuites des eaux surnageantes; on continue à laver les précipités et les écumes légères, jusqu’à ce que les eaux de lavage ne marquent plus que 1 à 2 degrés, et on met les précipités égoutter dans des mannes d’osier.

Toutes ces eaux de lavages faits à froid servent, après avoir été étendues d’eau pure, à faire des fontes, ou des premiers lavages d’écumes.

Purification du sel marin.

Le sel marin qu’on retire du raffinage est jeté dans la cuite des eaux surnageantes, où il se dépouille d’une partie du salpêtre qu’il pouvait retenir. Quand il a été bien lavé, on le met égoutter dans une manne d’osier; on le lave ensuite dans de l’eau froide, et dans une chaudière à moitié pleine d’eau, qu’on tient à la température de 5 o à 60 degrés; on lave dans la même chaudière le sel marin provenant

des cuites des eaux surnageantes, et de celles des premières, secondes et troisièmes eaux-mères : on change cette eau lorsqu’elle marque de 36 à degrés ; elle est jointe aux premières eaux-mères; l’eau du lavage du sel marin de raffinage est mêlée avec les eaux surnageantes.

Le sel marin pur qu’on retire par ce procédé, doit être au moins de i5 pour cent ( 1 ).

Du Soufre .

Le soufre qui est employé pour les arts et l’industrie , est tiré des pyrites ou sulfures de fer et de cuivre; il est en grande partie importé de la Solfatara, et arrive brut à Marseille, où il est raffiné avec soin.

Nous croyops inutilè d’indiquer ici les procédés usités pour obtenir le soufre brut, mais nous parlerons de sa purification qu’il peut être nécessaire d’opérer pour la fabrication de la poudre.

(i) Voyez', au vocabulaire qui termine, le mot Potasse , utile au complément de cet article.

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Qn le fait fondre sur un feu très-doux, dans une chaudière de fer. Lorsque les parties métalliques et terreuses sont précipitées, on verse le soufre dans une autre chaudière de cuivre, où on laisse encore se former un dépôt, et on le coule dans des moules cylindriques de bois; il est appelé ainsi soufre en canon .

Mais comme cette purification n’est pas assez complète on lui préfère la sublimation.

On renferme le soufre brut dans une chaudière de fonte, recouverte d’une voûte, et communiquant, par une ouverture, dans une chambre voisine; cette chambre a une autre ouverture ou orifice d’un quart de mètre carré environ, qui est fermé par une soupape s’ouvrant de dedans en dehors ; la porte pour y entrer ferme hermétiquement. ,

• Lors de l’opération , on allume le fourneau sous la chaudière; le soufre se fond, ' se convertit en vapeur, passe dans la

chambre, échauffe son atmosphère ; celle-

ci se dilate, ouvre la soupape, se répand au-dehors; la soupape se referme par son poids, le soufre continue de s’introduire dans la chambre, se répand sur ses parois, où il se condense, retombe en pluie sur le sol, et y forme un étang de soufre liquide. On continue cette opération pendant six à sept jours; on laisse ensuite tomber le feu, la chambre se refroidit, et l’étang se fige. Lorsqu’on veut profiter de la fusion du soufre pour le modeler, on pratique, dans le mur de la chambre, un canal à l’extrémité duquel est un robinet qui sert à faire couler le soufre liquide dans les moules.

Trois ou quatre jours après la fonte, le soufre est solidifié; on ouvre la chambre, on casse le soufre avec des masses.

Le résidu de la sublimation n’est que de la cendre qui n’est propre à aucun usage.

Le meilleur soufre est clair, d’un jaune pur, ni dur ni compact; il est poreux, et friable quand il a été bien purifié. Il a

peu de pesanteur, et brûle entièrement * «ans laisser que très-peu de résidu.

Avant d’être employé à la confection de la poudre, le soufre doit être pulvérisé très-fin sous des meules de marbre, et passé au blutoir d’étamine.

Dü CHARBON.

Le charbon propre à la fabrication de la poudre doit être léger sans être mou , sonore, homogène, cassant net, lisse, d’un noir màt, et sans croûte luisante.

Les bois légers sont les plus propres à remplir ces conditions; le saule, le coudrier, le sanguin, le peuplier, etc., doivent être préférés.

Le charbon de bourdaine est le plus généralement employé pour la poudre.

Comme le charbon nouvellement fait est préférable, il est bon de savoir le fabriquer au moment du besoin.

Le bois peut être carbonisé dans une fosse ou dans un four.

Les fosses creusées dan3 un terrain sec

doivent avoir 1,10 de profondeur, 3 in, de long; et de large , le fond et les côtés * sont revêtus de murs en briques pour contenir les terres.

Les bois écorces sont disposés dans la fosse en forme de voûte; on ménage une ouverture, par où l’on porte le feu dans la partie inférieure. Lorsque tout est bien embrasé, et que la voûte s’écroule, on nourrit le feu par l’addition d’une nouvelle quantité de bois. On entretient la combustion jusqu’à ce que la fosse soit remplie de charbon. On a soin de soulever et remuer le combustible, pour que la combustion soit égale, et que toute la fosse se remplisse.

Quand elle est comblée, on prend par les coins une couverture bietf mouillée, et on la traîne sur la fosse pour la recouvrir; dans le même moment, des hommes armés de pelles, et placés sur les côtés, jettent de la terre sur tous les points de la surface de la couverture ; d’autres pressent avec les pieds et foulent cette terre, pour

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ne laisser aucun Yide entre la couverture et le charbon. Lorsqu’on n’aperçoit plus de fumée, on suspend l’opération, et on se retire.

La couverture peut être remplacée par un couvercle de bois doublé de tôle.

Trois ou quatre jours après, on enlève avec précaution la couverture de la fosse, on la vide entièrement, et on fait la séparation du bon charbon de celui qui n’est pas suffisamment fait et qui doit être brûlé de nouveau.

Celte méthode, qui est la plus facile dans les cas pressés et dans des localités qui ne sont pas appropriées à la fabrication de la poudre, a l’inconvénient de ne pas produire de charbon bien égal. La carbonisation au four doit être préférée quand cela est possible.

Le. four a la forme d’une arche, dont les ouvertures sont closes par des murs, percés chacun d’une porte, l’une d’un mètre de large 6ur 65 centimètres de haut.

l’autre de 3a centimètres de large sur 48 centimètres de haut.

On jette dans l’intérieur des fagots bien tassés, et on y met le feu. La grande reste ouverte, l’autre est seulement enlr’ouverte, pour établir un courant d’air.

Lorsque la combustion est bien établie dans tous les points, on ferme la petite porte, on soulève le bois avec des fourches de fer, et dès qu’il est entièrement réduit en charbon, on ferme le four. On le laisse ainsi environ trois quarts d’heure, puis, par la petite ouverture, on retire le charbon pour le mettre dans des étouffoirs, ou grands cylindres de tôle, fermés par un couvercle. Ces étouffoirs ne sont rouverts que sept ou huit jours après, et le charbon est parfait.

Le charbon fait doit être trié avec le plus grand soin , et purgé des fumerons et graviers qui pourraient y être mêlés. Ensuite, on les pulvérise sous des meules , qui servent aussi pour le soufre; on les passe aussi au blutoir d’étamine.

Composition de la poudre.

r 5 parties de salpêtre raffiné.

la 1/2 parties de charbon.

12 1/2 parties de soufre.

Ces substances doivent être bien sèches, afin qu’il n’y ait point d’erreur dans le dosage.

Le salpêtre , le charbon et le soufre étant réduits séparément en poudre trèsfine , on fera le dosage , de manière à préparer 60 kilogrammes de poudre à tirer, c’est-à-dire

45 kil. de salpêtre.

7 1/2 de charbon.

7 1/2 de soufre.

On les réunit d’abord dans une maye et on les arrose de 4 kilogrammes d’eau ; on les mêle bien avec une spatule.

On passe le mélange dans un premier crible, en écrasant les mottes avec un rouleau. On la fait passer ensuite par un second crible, mais sans rouleau.

Ayant ainsi trituré 200 ou 240 kilogrammes de matière,' on la divise en 20 parties , qui sont jetées dans des mortiers séparés, qui doivent être placés sur les pilons de la batterie.

On verse dans chaque mortier 5 hectogrammes d’eau, ce qui fait pour 24? 12 kilogrammes d’eau.

La matière doit être bien pétrie dans les mortiers.

Le mélange de toutes les parties a lieu au moyen du battage.

On peut pilonner séparément chaque mortier, mais pour opérer en grand, et pour obtenir plus de perfection, on se sert de mortiers pratiqués dans une pile de bois de chêne dur, e( creusés de manière à favoriser le plu3 possible le mélange.

Leur forme ovoïde est telle que la matière, soumise auxçoups de pilon, remonte, par l’effet du choc, le long des parois, et retombe aussitôt vers le centre, où elle éprouve incessamment une nouvelle percussion ; la profondeur de ces mortiers est

àe o.38 , ainsi que leur longueur, au plus grand diamètre transversal.

Pour obvier à la déformation du fond des mortiers , qui ne pourrait manquer d’arriver promptement par la violence des coups du pilon , on en tamponne le fond avec un culot concave du même bois, de o.i3 de hauteur sur o. i6 de diamètre. Ce tampon est placé debout dans le mortier, afin d’opposer le fil du bois aux coups des pilons.

La pile dans laquelle sont creusés les mortiers a l’épaisseur suffisante pour qu’il reste 0.14 de bois au-dessous des tampons, et est reliée, de trois en trois mortiers, par des brides de fer, afin d’empêcher qu’elle ne fende.

Les pilons sont des pièces de bois verticales, armées d’une boite de bronze en forme de poire , battant Chacun la composition d’un mortier.

La vitesse qu’on donne à la roue hydraulique qui les met en mouvement se règle de manière que les pilons s’élèvent et rc-

tombent chacun cinquante-quatre fois par minute, de 0.40 de hauteur dans son mortier ; le poids de chaque arbre est d’environ 20 kil. , et celui de la boite aussi de 20 kil. ; ainsi le poids total du pilon est de 4o kilogrammes.

Chaque pilon peut s’arrêter séparément et à volonté, en le suspendant au-dessus de son mortier par le moyen d’une cheville (1).

Ce battement opère bientôt une compacité parfaite ; on diminue la vitesse des pilons, afin d’observer si l’opération se fait bien.

On réchange , c’est-à-dire qu’on fait passer, avec une cuiller de cuivre , la matière d’un mortier dans un autre, et l’on recommence le battage. Cette opération se fait d’heure en heure et pendant quatorze heures ; vers la fin , .on ralentit la vitesse des ,

pilons, pour que la matière puisse prendre plus de corps.

(1) Instruction sur la fabrication de la poudre, par L. Renaud.

On fait, pendant ce temps, trois arrosages de deux ou trois pour cent : l’un , après huit ou neuf heures de battage, et l’autre, après la onzième ou douzième heure; en hiver, un seul arrosage suffit.

Quand le battage est fini, on arrête les pilons, on recouvre les mortiers avec des toiles, pour éviter qu’il n’y tombe de corps étrangers, et on retire successivement la matière du mortier, pour la déposer dans des tines et la transporter au grénoir.

Nota. On peut remplacer le moulin et la batterie de pilons par un procédé dit Révolutionnaire, qui consiste à introduire les trois matières dans des tonneaux avec des boules de cuivre ; ces tonneaux , tournant sur un axe , opèrent le mélange. Lorsque les matières sont parfaitement triturées , on en fait une pâte en y versant cinq ou six pour cent d’eau.

Granulation .

Lorsque la matière sortant des mortiers a été deux ou trois jours dans les tines , et a perdu son humidité surabondante, on La porle au grénoir qui est pourvu de mayes

solides, de 0,98 cent, de hauteur sur lé devant : i. 3 a sur le derrière; 0.40 à 0.48 de profondeur.

Les ouvriers sé placent pour le travail, le long de ces mayes ; elles sont garnies, à cet effet, d’autant de barres carrées, transversales, qu’il y a d’ouvriers. Ces barres portent une arête et présentent en dehors l’arête opposée , afin que les ouvriers puis- . sent plus facilement faire glisser et mouvoir leur tamis dessus, et que la largeur de la barre ne s’oppose point à la sortie de la poudre.qui doit s’échapper en dessous.

La granulation de la poudre s’exécute de la manière suivante : lorsque les faux culs sont gros et durs, on les rompt avec un maillet de bois, ou avec une main, le premier ouvrier fait passer ensuite la matière brute , telle qu’elle sort de la buterie, par un crible de peau appelé Guillaume , dont les trous ont de 4 A 6 millimètres de diamètre, cette opération se fait à l’aide d’un plateau de bois, de forme lenticulaire, de o. 16 à aa cent, de diamètre, et de o.o6<

cent, d’épaisseur, qu’on place sur la poudre; ce rouleau, par le mouvement que l’ouvrier imprime au crible, acquiert luimême un tel mouvement de rotation, qu’il force la matière à passer à travers les trous du tamis, et qu’il écrase même ses parties les plus solides.

La charge du Guillaume doit être de i 5 à 18 kilogrammes de matière; elle passe, dans une minute et demie, environ.

La poudre ayantpassé par son Guillaume , l’ouvrier suivant donne au grain la grosseur qu'il doit avoir; pour cela, il la fait passer encore au moyen d’un rouleau , par un second crible de peau , qui porte particulièrement le nom de Grénoir, et dont les trous sont de la grosseur précise du grain fixé pour la poudre .de guerre : leur diamètre est exactement de 2 millimètres. La charge du grenoir est de 5 à 6 kilogrammes, elle passe aussi dans une minute et demie.

La poudre étant grenée, il est nécessaire de la tamiser encore pour la débarrasser du poussier, du grain fin, et des ra-

mandeaux ou gros grains qu’elle contient.

Trois ouvriers sont employés à ces différentes opérations. Ils se placent à côté l’un de l’autre et tamisent successivement toute la poudre grenée.

Les tamis des deux premiers sont, de crin , parce qu’ils n’ont pour objet que de dégager le poussier. Le premier ouvrier ne fait qu’éclaircir un peu le grain, et le verse dans le tamis du second. Celui-ci s’occupe en tamisant, de rompre les égalisures, d’éparpiller de temps en temps la matière avec la main, et de détruire les petites agrégations de grains qui se forment tant qu’il y a du poussier.

Le troisième ouvrier doit d’abord débarrasser la poudre du grain fin, il emploie pour cet objet un fin grenoir de peau, qui prend le nom d 'ègalisoir en fine, et qui sert à retirer, par une seule opération, le poussier qui reste, et le grain fin. Cet ouvrier, pour achever de faire disparaître les égalisures ou gros graius, et pour finir la poudre entièrement, la verse dans un crible de

peau, qu’on nomme égalisoir , et dont les trous sont exactement les mêmes que ceux du grenoir qui a servi à la grener ; comme on ne met pas de rouleau dans cet ègalisoir s ce tamis ne laisse passer que les bons grains, et retient les égalisuresque le rouleau avait fait passer de face dans le grenoir. Après cette dernière opération, le grain doit être suffisamment perfectionné, on juge qu’il est arrivé à ce point, lorsqu’il s’échappe de la main comme du sable.

La poudre est alors débarrassée du gros et du fin grain, qu’on fait repasser au moulin avec les poussiers; le grain qui reste est de forme anguleuse irrégulière, de grosseur moyenne et parfaitement égal.

On met enfin la poudre au séchoir , qui doit être un lieu écarté, bien sec, et exposé tous les jours aux rayons du soleil ; des toiles serrées sont étendues sur des tables, on y pose la poudre de telle sorte que son épaisseur soit de 4 à 6 millimètres; on la retourne d’heure en

heure avec un rateau qui sert aussi à l’étendre sur les toiles.

En été, la poudre est sèche dans une journée, on la porte enfin au blutoir, pour la débarrasser du poussier produit par l’action du soleil.

Nous ne parlerons pas ici du séchage de la poudre dans les étuves, ce procédé exige des constructions et des machines qui ne peuvent être faites assez promptement ni assez facilement pour répondre au but que nous nous proposons.

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