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https://archive.org/details/lelivredejobOOIehi
INTRODUCTION
Nous pensons que le public lettre n’a pas encore oublie M. Le Hir, modeste savant qui, tout en demeurant aussi cache que possible, admire de ses nombreux eleves au seminaire de Saint-Sulpice, et de quelques savants qui avaient su le decouvrir, a jete, quelques annees avant sa mort, un vif eclat, par divers travaux de critique sacree. Nous savons du moins qu’un bon nombre d’esprits d’ elite en ont conserve le souvenir ; n’en eussions-nous d’autres preuves que les instances qui nous ont ete faites pour nous presser de reprendre la publication de ses manuscrits.
Un an apres sa mort arrivee le 13 janvier 1868, nous avons edite en deux volumes, sous le titre d 'Etudes bibliques, les articles de critique sacree (1 ) qui avaient ete publies dans quelques journaux ou revues, surtout dans les Etudes religieuses, etc., des RR. PP. de la Gompagnie de Jesus, et nous y avons
(4) Quelques personnes auraient mieux aim6 le titre A' Etudes critiques. Nous serious de leur avis, si nous n’avions eu en vue un litre g6n6ral, qui convient k toutes les oeuvres de M. Le Hir.
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joint quelques pages inedites qui entraient dans ce cadre.
Un facheux concours de circonstances nous a empeche de continuer et de presenter au public lestravaux manuscrits que nous avions entre les mains. Notre intention etait de nous attacher d’abord aux travaux relatifs a la poesie de la Bible. Or nous avions besoin pour cela du manuscrit sur les Psaumes, manuscrit que M. LeHir avait prete et qui s’est trouve perdu. Nous ne sommes pas en mesure d’apprecier cette perte, car nous ignorons quel etait le contenu du manuscrit. Si ce n’ etait que celui d’une copie que nous avons pu nous procurer, nous n’aurions pas a regretter de l’avoir tant clierche, mais d’avoir retarde par la de publier le volume que nous offrons aujourd’hui; car cette copie n’est qu’un commentaire tres-precis, a la verite, mais trescourt, et sans traduction, de sorte que nous ne croyons pas devoir le donner au public, du moins en ce moment.
Arrete au debut par la raison que nous venons de dire, nous 1’ avons ete ensuite d’une maniere bien autrement facheuse par les tristes evenements que la France vient de traverser. Nous esperons et surtout nous desirons arriver desormais, sans interruption, a terminer notre travail de publication.
Commengons par faire connaitre, en quelques mots, la matiere du present volume. Tout le monde sait que M. Le Hir avait pris, dans la critique sacree, une position si victorieuse, et (pour nous servir de
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i’expression d’un savant anglais) si triomphante, que parmi les adversaires qu’il a refutes, il ne s’en est pas trouve un seul qui ait replique. Mais ses eleves savent que le trait le plus saillant, peut-Otre, de cette intelligence vaste, vigoureuse, souple et penetrante, etait le talent d’entrer dans les sens les plus profonds de la sainte Ecriture, de prendre corps a corps les plus grandes difficultes, d’assouplir les phrases les plus rebelles, et de faire passer les textes sacres avec leurs beautes les plus originales, dans la langue franchise, si docile elle-meme entre ses mains, qu’elle se plie a la traduction sans rien perdre de sa purete, de sa nettete, de son elegance, de sa force, de ses plus libres allures.
Or, Foeuvre de predilection de M. Le Hir etait peutetre son travail sur le livre de Job, dont, ses eleves ont tant sollicite pres de lui la publication. G’est la partie principale de ce volume. Elle consiste dans une traduction de l’hebreu aussi brillante que litterale, precedee d'une introduction et accompagnee d’un savant commentaire. Ce travail date de plus de vingt ans; et la traduction a ete tellement retouchee a diverses reprises, qu’un grand nombre de pages etaient devenues presque illisibles. Cependant, constant dans sa repugnance a ecrire et dans son habitude de n’ ecrire que les choses principales ou les plus difficiles, il n’avait traduit ni le prologue ni l’epilogue, et n’avait pas meme ecrit la fin de son commentaire. Un de ses eleves de predilection qui Fa remplace au seminaire de Saint-Sulpice a comble
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ces petites lacunes. M. Le Hir, attentif aux travaux serieux ou hasardes de l’erudition allemande , attendait je ne sais quel travail de ce pays, probablement des objections a resoudre, pour mettre la dernieremain a son ouvrage et le donner au public.
On trouvera en -premier lieu et avant le livre de Job, un essai qui, par son objet, devait avoir le premier rang dans une publication a laquelle nous donnons le titre general de Poesie de la Bible. II a pour titre : Du rhythme chez les Juifs , et ramene sous un nouveau jour, la question fameuse des vers de la Bible, question qui n’en est plus une pour la foule des hebraisants, tant la solution negative parait definitivement acquise. La solution de M. LeHir est une sorte de moyen terme qui merite d’attirer l’attention. Notre auteur cependant a eu des doutes sur sa these, comme nous le dirons plus bas et comme on le verra par une note sur les vers a nombre impair de syllabes. Ge travail date aussi de plus de vingt ans.
On ne pent pas fixer la date du travail sur le cantique de Debora, qui suit le livre de Job et qui est la bien a sa place comme un chant de victoire apres les epreuves. Le Psaume GIX, celebrant le triomphe definite de Jesus-Ghrist sur ses ennemis, vient clore tresheureusement cet ensemble qui, comme on le voit, forme un tout poetique commengant par un essai bistorique sur les vers hebreux, se continuant par le livre poetique le plus considerable de la Bible, et se
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terminant par le cantique de Debora, le plus beau morceau lyrique des livres saints et par le Psaume CIX, Pun des plus difficiles mais tout a la fois des plus eleves et des plus consolants.
Ces deux dernieres pieces se composent d’une traduction et d’un commentaire.
Telle est, en gros, la partie principale de ce volume. Ce qui precede est une introduction que nous avons cru utile d’aj outer.
M. Le Hir n’a pas donne un mot d’introduction au cantique de Debora ni au psaume CIX, et il est entre en matiere sur le rhythme, sans faire assez connaitre pour la plupart des lecteurs, l’etat historique de la question, c’est-a-dire ce qu’il y a eu de principal dans les travaux auxquels elle a donne lieu, dans les idees qu’elle a fait naitre, dans les solutions qu’elle a regues. Nous avons voulu prendre la question de plus loin (1 ). II nous a paru aussi qu’une introduction au cantique de Debora etait necessaire a raison de son caractere poetique et des faits historiques auxquels il est mele. Et enfin, quant au livre de Job, nous avons pense que Introduction de M. Le Ilir ne pouvait suffire, car, outre qu’elle est tres-ancienne, elle ne touche pas ou du moins pas assez a deux points d’une grande importance : 1’examen du grand probleme de la divine Providence ou de la conduite de Dieu a l’egard des hommes, probleme si dramatique-
(1) Et c’est dans celte vue qu’avant d’aborder cette question, nous avons cru devoir toucher a la podsie en gdndral, et en particulier ct la poesie biblique et sacr£e.
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ment debattu et resolu dans le livre de Job; et F etude de ce poeme considere dans sa forme artistique. Nous avons tache de suppleer a cette double omission.
Notre introduction generale se deroulera done dans cet ordre ; 1 0 De la poesie en general ; 2° De la poesie sacree ; 3° Du rhythme chez les Hebreux ; 4° Du livre de Job; 5° Du cantique de Debora; G° Du Psaume CIX, dont nous ne dirons que quelques mots.
Le volume qui suivra de pres roulera sur la doctrine mystique de la Bible, dans le livre si difficile de FEcclesiaste et dans le Cantique des cantiques dont le sens vrai, si pur, peut sembler mysterieux parce qu’il est allegorique. A la suite de ces deux livres, nous placerons une analyse de la doctrine de l’Evangile. Le travail pour la publication de ce volume est a peu pres termine, et nous aurons peu a faire pour preparer ensuite la publication des manussrits de M. Le Hir sur les Prophetes et sur V Apocalypse.