DE LA
POESIE DE LA BIBLE
DE LA POESIE EN GENERAL
Tout ce qu’un esprit peut connaitre se reduit a des etres concrets ou a des idees abstraites. Telle est, par consequent, la condition de l’esprit humain. II arrive a la connaissance des etres concrets, ou bien simplement par des faits, des sensations, des sentiments, ou bien par des faits auxquels se joignent d^s idees abstraites. II connait de la premiere maniereTes etres qui tombent sous les sens ; et de la seconde, ceux qui leur sont inaccessibles , principalement Dieu. Les faits constates par les sens, se divisent eomme ceuxci, en internes et en externes. Les idees sont le produit de F esprit encore servi par les sens. Tous les phenomenes de l’univers sont done pour l’homme un grand theatre d’ observations ; etla suite de ces faits, de ces phenomenes et de ces observation compose la double partie materielle et formelle de l’his-
INTRODUCTION
Loire, prise dans sa plus vaste etendue, tandis que les idees plus ou moins degagees de Felement empirique, sont le domaine de la philosophic, et a parler plus strictement, de la metaphysique.
Mais quelle est la sphere de la poesie? Le poete observe la nature comme tout le monde, mais il en eprouve des impressions plus vives et plus profondes. 11 se preoccupe des faits qui interessent l’humanite et qu’etudie l’historien; mais il glisse rapidement sur une foule de details, tandis qu’il demeure saisi et domine par d;autres. Il a, comme le philosophe, des idees abstraites ; mais il les congoit etles traite d’une maniere bien differente.
Ces manieres particulieres de sentir, de penser, et par la meme d’ exprimer au-deliors les sensations, les sentiments et les pensees, forment le caractere propre de la poesie. L’essence de la poesie est done dans la puissance de Fame, dont ces differentes manieres d’etre et d’agir sont des effets, ou, si Ton aime mieux, des modes.
Or, eette puissance n’est ni le sens, ni la raison, mais elle participe de Fun et de F autre et reagit sur les etats et sur les actes de Fun et de l’autre. Elle a une partie passive qui tient du sens, et une partie active qui participe a la raison. Elle sent vivement les phenomenes de la nature, elle y pergoit, elle en embrasse des harmonies qui 6chappent aux sens du vulgaire. AFegard de Fhistoire, elle en contemple les faits, mais au lieu d’y chercher Fexactitude comme Fhistorien, elle en detache, et reunit quelquefois de
DE LA POfiSIE EN GMRAL.
loin, les details qui la frappent, soit par leurs caracteres isoles, soit par leur ressemblance on leurs contrastes. Et ces faits de la nature ou de l’histoire, elle les feconde en elle-meme, et produit au dehors une oeuvre ou poeme anime. Elle pense comme l’esprit philosophique; mais tandis que celui-ci s’attache a depouiller ses pensees de tout alliage, elle les revet de fortes couleurs.
La puissance dont nous venons de parler est Pimagination.
C’est, sans doute, en partie, du moins, parce que la poesie est si differente de la philosophic, que Ton a bien de la peine a la definir. Yoici, selon Hugues Blair, « la meilleure definition peut-etre que l’on « puisse en donner. G’est le langage de la passion « ou de l’imagination vive et animee, langage forme « et assujetti communement a une mesure regu- « here (1). » Un litterateur fran^ais, dans un ouvrage que nous citerons plus has, dit que la poesie « est essentiellement caracterisee par le sentiment, « l’imagination et le langage figure (2). » Cette definition a sur celle de Blair, d’etre plus courte et plus claire, et de ne pas confondre la poesie elle-meme avec son langage. D’ailleurs, le mot sentiment convient peut-etre mieux que celui d e passion. Les deux definitions distinguent le sentiment ou la passion de l’imagination, dans laquelle par consequent elles ne
(1) Abrege du cours complet de rhet., p. 245, trad, franc.. 1825.
(2) J.-B. Salgues, De la litt. des Heb., ch. ill, p. 28.
INTRODUCTION
reconnaissent point les deux parties passive et active que nous y avons renferm£es. Un auteur hollandais qui a tres-bien traite cette matiere, indique deux caracteres du talent poetique, dont le premier consiste en ce que le poete est penetre et mis en mouvement par le spectacle des harmonies de la nature (1) ; et le second consiste dans la « maniere dont le poete « exprime au dehors ses emotions, et dans quatre « fonctions principales : creer , peindre , toucher et « plaire (1).» Or creer, dans le sens propre du mot, n’appartient qu’a Dieu ; et dans un sens large, creer, inventer est le propre du genie en tous genres ; mais il est vrai que dans un sens moyen, il convient plus particulierement au genie poetique et aux fictions qu’il cree. Plaire et toucher est 1’effet commun de tous les beaux- arts et s’etend encore au-dela. Il reste done la fonction de peindre comme attribut non exclusif mais eminent du poete : « Ut pictura poesis. » Et ainsi, comme la puissance de creer des fictions et de les embellir par des couleurs poetiques est inlierente a l’imagination, on est conduit a donner a cette faculte les trois notes caracteristiques de la poesie : saisir ou sentir , ordonner et animer, rendre et peindre.
(1) Ran, De V excell, et de la perf. du gin. poit. consid. dans les trois poet, du prem. ordre : Job , Homere , Ossian, trad. fran?. (4 la suite de la trad, de l’ouv. de Lowth a De sacra poesi Hebrseorum l. 11, 1812), » p. 14. — L’auteur ne parait pas douter de l’authenticil6 du poeme d’Ossian ; mais on sait que la part de Macpherson y a dt6 si considerable qu’on pourrait bien la regarder comme principale.
DE LA POESIE EN GENERAL
Ces trois notes sont vivantes. On peutles appeler des fonctions ou operations. Et elles ne sont pas sans analogies avec la conception, la gestation et l’enfantement.
I. La premiere est de s’assimiler, de saisir, de sentir, de percevoir d’une certaine facon. Or cela peut se faire de trois manieres. On peut saisir ou percevoir la nature, comme un miroir vivant dans lequel elle se reflete , comme une eponge qui en s’y plongeant s’en penetre, ou comme une abeille, qui choisit sur les fleurs, les sues propres a etre distilles en mi el. La premiere maniere pour un poete, manquerait de profondeur, la seconde de discernement, et la troisieme, d’ampleur. La vue, la connaissance de la nature ne suffit pas au poete : il lui en faut le sentiment; mais ce sentiment doit etre autre chose qu’une sensation grossiere qui ebranle les sens corporels : il faut qu’il reside surtout dans fame, et la mette en mouvement :
« Spiritus intus alit (I). »
Enfin, si le poete accueille beau coup de choses, il ne doit pas toutes les recueillir, il lui faut le discernement de fhomme libre, de l’etre moral, de fesprit sup£rieur, qui rejette les unes, et accepte les autres,
(1) Virg., tneid, liv. VI.
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au point de vue du beau, lequel n’est vrai que quand il s’accorde avec le bien.
C’est, d’apres ces principes, elementaires, ce nous semble, que Ton peut utilement aborder et examiner, l’idee que des liommes eminents ont donnee de cette premiere fonction du poete, representee, d’ailleurs, comme principale. En pareille matiere Goethe a incontestablement le droit d’etre entendu. II se depeint trop au vif dans les paroles que nous allons citer, pour ne pas y representer des traits saillants du poete : « La resolution quej’avais « prise de laisser une libre action a ma nature inte- « rieure, et de me soumettre aux influences diverses « de la nature exterieure, me plongea dans 1’ele- « ment etrange (en verite!) oil Werther a ete pense « et ecrit. Je tachai de m' affranchir interieure-
« ment de tout element etranger, de considerer avec
<t amour les objets exterieurs, et de laisser agir sur « moi, chacun a sa maniere tous les etres, depuis « l’homme jusqu’aux plus intimes creatures que Ton « puisse concevoir. Dela resultapour moi une mer- « veilleuse parente avec les differents objets de la « nature, une harmonie intime avec ce qui se passait « en elle, et une sympathie avec l’ensemble, telle que « chaque changement de lieu, chaque variation du « jour et de l’annee, et tout accident quelconque « m’impressionnaient profondement. Le point de vue « pittoresque sejoignit au point de vue poetique ; un « beau paysage anime par un fleuve agreable, accrut « mon penchant a la solitude, et favorisa mes re-
DE LA POESIE EN GENERAL
« flexions secretes qui se repandaient dans tous les « sens(l). » Voila un etat d’esprit qui est, assurement, bien depeint; mais ce n’est pas celui d’un roi de la creation qui contemple son domaine. G’est celui d’un adorateur qui se plonge dans la nature comme les fanatiques de l’lnde se precipitent dans le fleuve sacre : c’est I’eponge qui s’impregne de tout ce qui l’environne.
Herder, ami de Goethe, a mieux sauvegarde la superiorite de l’homme sur le monde exterieur, et le role eleve de la poesie. « L ame, dit-il, per^oit les « images des objets exterieurs, la sensation leur « imprime son cachet et cherche a les exprimer « par des gestes, des sons et des signes. L’univers « avec ses formes etses mouvements , est pour Vhomme « quile regarde, une immense table d’images oiitoutes « les figures agissent et vivent. Place ainsi au milieu « d'un ocean de vagues vivantes, la source de vie « qu'il porte en lui , jaillit au-devant de ces vagues et « agit avec elles. Tout ce qui coule ainsi vers lui, la « maniere dont il le sent et la maniere dont il « exprime ce qu’il sent, voila ce qui fait le genie de « la poesie, dans son origine (2). »
On voit ici le miroir vivant de la nature. Le poete est spectateur, et il est acteur. Il ecoute la nature et lui repond, il ne se noie pas dans les
(1) Goethe; ses memoires etsn vie, par Richelot, liv. XII, t.I, p. 528 (6d. 1863).
(2) Hist, de la podsie des Hehreux, traduite par Mme Carlowilz, 2e p., ch. ier, n 1, p. 264.
sensations, mais il s’en sert pour exciter son admiration, son enthousiasme.
Herder continue : « On peut appeler ce genie « divin ou humain ; car il est l’un et 1’autre. C’est « Dieu qui a cree dans l’homme la source des sensa- « tions, qui l’entoure des vagues vivantes de l’uni- « vers, les fait couler vers lui et les mele a la source « de sensations qu’il porte dans son sein. G’est « ainsi qu’il lui a donne des facultes et un langage « poetique(l). »
Toutefois, comme nous l’avons deja dit, [emot sensation est peut-etre trop grossier, celui de sentiment serait plus pur et plus eleve. Et puis, Dieu a bien, sans doute, sa place necessaire a la source de la poesie, mais il l’a aussi, et par la meme a son terme, ou plutot il l’a dans toute 1’etendue et toute la profondeur des choses, et par consequent dans tout le domaine de la poesie, et en particulier dans le spectacle de TUnivers que le poete contemple, et dont il se fait comme un resume vivant dans son ame.
C’est ce qui a ete tres-bien remarque par un habile critique litteraire qui a fort approfondi cette matiere. «Le Tres-Haut, dit-il, ayant imprime profon- « dement dans son ouvrage, une beaute parfaite, et , « au milieu d’une variete inexprimable, un ordre « merveilleux, une tendance de toutes les parties « vers le m^me but, qu’on peut appeler harmonie, « ayant ainsi presente, comme en un miroir, une
(1) Histoire de la poesie des Hebreux, traduite par madame Carlowitz, 2e p., ch. \ er, n. I, p. 264.
DE LA POESIE EN GfiNflRAL.
« ombre, une image de sa perfection, ne voulut pas « que le genre humain restat temoin oisif et stupide <r d’un si admirable spectacje. II dona done cer- « tains esprits de la faculte non-seulement d’aperce- « voir et d’observer cette perfection de son once vrage, mais encore de la sentir et d’y corres- « pondre par un mouvement et une affection parlies culiere de leur ame (1 ). »
Notre auteur va plus loin, il ne fait pas seulement entrer dans fharmonieux spectacle decouvert au poete, les phenomenes de la nature physique et du monde present ; mais « bien mieux encore : tout ce (( qui concerne la direction du genre humain, ainsi « que cliacun des evenements operes par la divine cf providence, et dont elle a voulu rendre les hommes « temoins. » Et, passant du spectacle au poete, il marque, avec soin, la difference qui le distingue du philosophe. L’admiration que fait naitre cette vue (des phenomenes de la nature et des evenements de l’histoire,) excite le « philosophe a rechercher « les causes de ces phenomenes, a sonder les forces « de la nature, a comparer les objets entre eux, et « a deduire de cette comparaison, des consequences « a l’aide desquelles il puisse rendre raison et juger « de ce qui arrive. La tache du poete est differente « et bien auguste. Lorsque dans un objet quelconque « il apergoit de la beaute, de la grandeur, de la va- « riete, de la simplicity, lorsqu’il y reconnalt les
(1) Rau, p. 4.
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« traces du Tres-Haut, ce li’est plus seulement l’ad- « miration qui est excitee dans son ame, mais bien « plutot cette faculte singuliere dont nous venons de « parler, de se mettre en rapport avec la nature « etc. (1). »
Enfin, sous la plume de notre profond critique, l’idee de la poesie, dans sa premiere fonction, se complete par la manifestation de son but. « L’homme destine aux choses « grandes et d’une eternelle duct ree, dont par consequent, la science etroite des « objets sensibles et passagers de cette vie, ne sauce rait embrasser toute 1’ excellence, s’eleve sous cc l’influence de cet art divin, et degage de ces chai- « nes, il parcourt les immenses regions de l’imagi- « nation qui forment son empire. CTest ainsi que le « mepris des choses presentes, l’oubli des maux, « de plus genereuses emotions, des voluptes ineffacc bles, l’espoir et le sentiment d’un bonheur a venir « qui n’aura point de terme, sont enfantes et nour- « ris dans le coeur de l’homme, par la poesie (2). »
II. La seconde operation du poete qui consiste a ordonner, creer, animer, est aussi tres-bien sentie et bien exprimee par le meme auteur. « Bientot des « mouvements plus nobles s’elevent dans son sein, « son imagination bouillonne. Des limites etroites « des objets individuels qui frappent ses sens, il
(1) P. 5 et 0.
(2) P. 6 et 7.
DE LA POfiSIE EN GMRAL.
« s’elance jusqu’a Tuniversalite de l’etre ; il agrandit « ceux qui sont places sous ses yeux, il les pare, il « les developpe par des procedes aussi varies que « merveilleux. Il les enlre-mele et les coordonne, « creant ainsi un monde auquel il communique « Taction et la vie (1). A sa volonte naissent les « monstres, les heros, les dieux. G’est ainsi que les « fictions se melant aux realites composent un monde a nouveau, ou les objets vils et vulgaires prennent « des formes plus nobles et oil les objets les plus « sublimes s’abaissent, pour ainsi dire, jusqu’a la « portee et a la capacite de Intelligence liumaine. « Bientot cette reunion d’etres crees par Timagina- * tion, recoit d’elle Taction et la vie. Semblable a « une divinite, elle attribue a ses propres creations, « telle faculte qu’il lui plait, et assigne a chacune, « le rang et le sort que dans sa prevoyance elle a « su determiner. A ses ordres, tout respire, tout se « meut, tout concourt par son action particuliere a « Tensemble qu’a congu sa pensee(l). »
Dans sa premiere fonction, le poete exerce sa sensibilite, ou si Ton veut la partie passive de Timagination ; la seconde est le role de la partie active, du genie createur, ordonnateur, inspirateur. Le poete est remue et agite par la profondeur et la vivacite de ses impressions, dans la premiere operation ; mais dans la seconde il reagit sur ces impressions, il les examine, les domine, les discerne, pour accep-
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ter les unes et rejeter les autres, les compare, les combine, les feconde par la puissance de Fidee, et en fait sortir, comme par enchantement , un tout harmonieux et anime. G’est ici le principal role du poete, ici qu’on le saisit au vif, que l’on voit en mouvement l’inspiration disciplinee, Fenthousiasme regie par le gout et dirige par la morale (I). Goethe en etudiant la nature, s’est livre a toutes les impressionsqu’il en recevaitsans lui opposer les reserves de la morale. Mais ici il n’a point manque de faire, parmi ses impressions, lediscernement prescrit parle gout et par le besoin de l’unite, tout en negligeant encore les exigences plus imperieuses de la vertu. II y a dans ses oeuvres, comme en lui, l’artiste eminent, et le paien, le pantheiste sensuel, egoiste et sceptique; il est bon poete; et poete mauvais, immoral.
III. La troisiemc fonction de la poesie est d’exprimer au dehors ce que le poete congoit au dedans, et de Fexprimer, autant que possible, en le representant aux yeux, c’est-a-dire a l’imagi nation, comme une scene ou tout est en action : « Ut pictura poesis. » « Il est evident, dit le docteur Lowlli que ce fut « pour exprimer les emotions vehementes de Fame « qu’on inventa le langage poetique... Le poete,
(1) » La premiere et principale qualite du poele est la rectitude a du sentiment, c’est-a-dire qu’il doit savoir saisir dans les objets * ce qui est grand, beau, digne d’admiralion, propre k frapper le « coeur de Uhomme » (Rau, p. 18) et a le porter au bien. (Voir p. 27.) « Poete... interprfete de la nature..., de la vertu. » (P. 14.)
DE LA POESIE EN GENERAL
« dans cet etat d’enthousiasme.. . a besoin d’un style « et d’un langage analogue a la nature meme de ces « emotions... Ses pensees Tagitent et se pressent en « tumulte dans son esprit. De la ces exclamations « soudaines, ces frequentes interrogations, ces apos- « trophes aux objets les plus insensibles ; car quand « xous etes xiolemment agite, toute la nature semble « prendre part a vos transports... Souvent pour « peindre avec plus deverite... on a supplee ala « faiblesse des expressions du langage, par le chant « etla danse (1). »
L’impulsion dont nous venons de parler est d’autant plus vive et plus forte, qu’apres le discernement fait par le poete, ses impressions ou emotions sont plus concen trees.
Pour nous borner ici au langage poetique, et n’y toucher qu’en quelques mots, nous y distinguerons trois principaux caracteres : les licences dans le choix ou la composition des mots, la hardiesse des figures et les laborieux mais puissants artifices de la mesure ou du rythme.
Le poete se dedommage de la gene imposee a son langage plus eleve, par la liberte qu’il prend d’ailonger ou de raccourcir les mots du langage usuel, de forcer quelquefois ies exigences trop severes de la grammaire, de ranimer des formes vieillies, ou d’ennoblir les formes vulgaires, de mettre a contribution les dialectes et les langues voisines.
('!) Lowih, De sacra poesi 11 eb. Prael ,, n. 46, p. 68 et 69, t. Ier; id., Goetling, 1770. — Voir aussi Rau, p. 4.
INTRODUCTION
Comme un des roles de la poesie est de peindre, elle donne du relief et du mouvement a son style, par des images saisissantes empruntees a la nature ou a l’liistoire, par des comparaisons frappantes, des metaphores hardies mais justes, des allegories ingenieuses et saisissantes, des hyperboles plus autorisees ici que dans la prose, etc., etc.
La versification qui, par la contraint.e, donne du ressort a la pensee et aux sentiments, et de l’eclat aux images, est de differentes especes par la combinaison de ces trois elements : le nombre des syllabes, leur quantite qui les divise en longues et en breves, et la rime. Nous nefaisons ici qu’indiquer ces choses, parce que nous serons forces d’y revenir plus en detail, a propos du Rhythme chez les Hebreux.
DE LA POESIE SACREE
Ce que nous avons dit de la poesie en general, peut paraitre un peu long. Mais nous avons trouve dans les auteurs tant de vague sur cette matiere, que, pour en ecarter l’obscurite et la confusion, nous avons cru devoir entrer dans une analyse detaillee. 11 est vrai que nous aurions pu dissimuler la longueur de ces generalites en les dispersant dans ce que nous avons a dire de la poesie sacree en particulier. Mais nous nous serions prive par la de ce degre de clarte qui rejaillit naturellement, sur un ensemble, du rapprochement des parties qui le composent ; et nous n’aurions rien gague en brievete ; car il nous est aise de ne rien repeter dans les applications qui nous restent a faire de la poesie en general a la poesie sacree.
On trouve dans cette poesie, sainte et par son objet et par son origine, les trois operations dont nous avons parle :