TROISIEME DISCOURS
XXXVI-XXXVII. Apres avoir ditqu’il veut reprendre les choses de plus haut, Eliu pose en these que Dieu est juste. Si quelquefois il humilie les puissants,
c’est pour leur amendement. Que s’ils profftent de la correction, il les en releve ; sinon il les perd sans ressource pour leur opini&trete. Que Job ne refuse done pas de s’abaisser sous la main du Tout-Puissant. Pour l’y engager plus efficacement, Eliu termine son discours, par une brillante description de sa puissance, telle qu’elle eclate dans les pluies, les tonnerres, les vents, les frimats et toutes les vicissitudes de l’atmosphere.
On voit qu’il suppose toujours que Job est coupable et qu’il a abuse de sa prosperity, mais sans lui imputer les abus grossiers et les crimes enormes dont ses trois premiers amis l’avaient charge.
TRADUCTION
XXXII, \ Ces trois hommes cesserent de repondre k Job, parce qu’il etait juste a sespropres yeux. % Mais l’indignation d’Eliu, fils de Barachel, busite de la race de Ram, s’alluma soudain ; elle s’alluma contre Job parce qu’il se pretendait plus
3 juste que Dieu ; et contre ses trois amis, parce qu’ils
1’avaient condamne sans pouvoir lui repondre.
4 Comme ils etaient plus &ges que lui, il attendit que
Job eut parle. Mais voyant que ses trois amis ne
5 repliquaient rien, sa colere s’enflamma. Alors lui, G Eliu, fils de Barachel, busite, reprit la parole, et
dit :
Je suis jeune, et vous etes d’un age avance,
Cela m’a rendu timide et m’a fait craindre D’etaler ma science devant vous.
7 Je disais : lesannees parleront,
Le grand age decouvrira la sagesse.
8 Mais c’est l’Esprit d’en liaut,
Et le souffle du Tout-Puissant qui donne ^ l’homme l’intelligence.
9 Les anciens ne sont pas les plus sages,
Ni les vieillards ceux qui jugent le mieux.
1 0 Je dis done : ecoutez-moi ;
Moi aussi je vais faire connaitre ce que je sais.
1 1 J’ai attendu tant que vous parliez,
J’ai prete l’oreille a vos raisons,
Jusqu’ci la fin de vos debats.
12 Je vous ai ecoutes en silence,
Et voila que nul d’entre vous n’a convaincu Job,
Et ne repond ases paroles.
1 3 Ne dites pas : nous avons trouvd la sagesse,
C’est Dieu qui le frappe, et non pas l’homme.
1 4 Quant k moi, il ne m’a point adresse la parole,
Et je ne lui repondrai pas par vos discours amers.
15 Ils sont interdits, ils ne repondent rien,
Et la parole leur manque.
16 J’ai attendu qu’ils cessassent de parler,
Qu’ils restassent muets et sans reponse.
17 C’est k mon tour de parler & present,
Et de declarer mon avis.
18 Car je suis plein de paroles,
Et 1’esprit qui est en moi me presse.
19 Mon coeur est comme un vin prived’air,
Comme des vaisseaux neufs pres d’eclater.
20 Quc je parle done, afin de respirer ;
Et que mes levres s’ouvrent pour repondre.
21 Jeneferai point acception de personne,
Je ne flatterai aucun homme.
22 Gar je ne sais pas l’art des adulations ;
Autrement, mon createur m’aurait bien vite rejete.
XXX1II,1 Mais non ; Job, ecoute mes paroles, Prete l’oreille htous mes discours.
2 Sij’ouvre la bouche,
En tout ce que ma langue va proferer,
3 Mes paroles partiront d’un cceur droit,
Et mes levres ne diront rien que d’ assure.
4 C’est resprit de Dieu qui m’a fait,
Et le souffle du Tout-Puissant qui me donne la vie.
5 Si tu le peux, reponds-moi ;
Apprete ta defense, et soisferme.
G Je ne suis pas plus que toi devant Dieu,
Forme delameme poussiere.
7 Je ne t’inspirerai pas une frayeur qui te trouble,
Et le poids de ma majeste ne t’accablera pas.
* 21. Sk est le ne prohibitif des latins : ne jaciam. Quant a nj, on l’emploie plutot pour exciter que pour adoucir. Le mot
queeso par lequel on le traduit ordinairement ne rend pas toute sa force.
* 3. -ma participe pahoul qui s’emploie commeadjectif dans
le sens de pur, chaste. II est employd ici adverbialement.
* 7- '’SDNTi XeYotievov, d’apres quelques-uns pouring, lxx,
■n x£ip La plupart des modernes traduisent par poids
8 Void tout ce que tu as dit & mes oreilles,
Etj’ai bien entendu tes paroles :
9 a Je suis pur, exempt de faute ;
« Je suis net et sans tache.
10« Pourtant Dieu trouve en moi des sujets de colere ; a II me considere en ennemi.
11 all serre mes pieds dans des entraves ;
« II observe tous mes pas. »
12 Eh bien! en cela meme tu n’es plus juste, te di-
rai-je;
Car Dieu est plus grand que l’homme.
13 Pourquoi disputer contrelui,
Puisqu’il ne doit aucune reponse ?
1 i Si Dieu daigne parler une fois,
A la seconde on ne le voit plus.
dans le sens d' autorite, en rapprochant ce mot des langues
congendes } \ clitellce, sarcina. Cf. aussiProv.
16, 26. — Saint-Jdome a traduit par elocjuentia mea ♦ II a decompose le mot en lg q# et a pris n?, la bouche comme
designant metaphoriquement l’eloquence.
* 8. qn, litteralement frotte, tersus. Job n’avait pas employe
ce mot, Eliu se contente de reproduire le sens de ces paroles.
* 10. Voir X, 13-17 ; XIII, 24 ; XIX, 11 ; XXX, 21.
* 11. Reproduction litterale des paroles de Job xm, 27.
* 12. iyr est un accusatif employe adverbialement : voili, quant k cela.
* 14. C’est de cette maniere que les anciennes versions ont entendu ce passage. Plusieurs modernes traduisent: Dieu nous parle de plusieurs manieres, mais nous n’y prenons point garde.
1 5 En songe, dans une vision de la nuit,
Quandun profond sommeil assoupit les hommes, Quand ils reposent sur leur lit.
1 G Alors il leur ouvre 1’oreille,
Et marque d’un seeau les avertissements qu’il leur donne.
17 Pour retirer l’homme de ses ceuvres,
Le purifier de son orgueil;
1 8 Pour preserver son fime de la mort,
Sa vie du tranchant du glaive :
19 II est chatie par lasouffrance sur sa couche,
Et ses os s’agitent avec violence.
50 Les aliments lui sont a degout,
Les mets les plus exquis le soulevent.
51 Son corps s’evanouit comme un fantome,
Et ses membres amaigris, ne paraissent presquc plus.
SS Son ame est aux portes de la mort,
Sa vie au pouvoir de l’ange du trepas ;
* 4 8. nbtlg litteralement ce qu’on lance, dard. Gf. missile de mitto.
* 19. D’apres le Keri, qui lit le sens est: il est cluitie par la douleur sur sa couche, lui et la puissante multitude de ses os, c’est-&-dire, avec ses os jusqu’alors puissants ; ou bicn, pendant que la multitude de ses os, tons ses os, sont encore puissants. Mais le chetib est preferable, ^"l, discussion, pro-
ces, le contraire de la paix, est une image saisissante
de la destruction de l’equilibre des forces , qui luttent entre elles. Comme dans la maladie, rharmonie du corps est brisee, les membres semblent en guerre. Cf. agonie (combat).
23 S’il trouve pour intercesseur Un ange d’entremille Quiluifasse connaitre ses devoirs,
24 Qui, touche de compassion dise & Dieu :
Delivre-le de lamort,
J’ai trouve une expiation de ses crimes.
25 Aussitot sa chair reprend la fraicheur de ses ten-
dres annees,
II revient comme aux jours de sa jeunesse.
2G II invoque Dieu, et Dieu se rend propice & sa priere ; II se presente devant Dieu avec des chants d’allegresse ,
Et Dieu lui rend sa justice.
27 Alors il chante devant les hommes :
« J’avais peche, je m’etais ecarte de la voie droite, « Et Dieune m’a pas rendu ses ceuvres,
28 « II a preserve mon ame de lapointe du trait,
« Etje jouirai encore de lalumiere. »
29 Dieu fait tout cela pour I’homme,
Deux fois, trois foismeme,
30 Pour le retirer de la ruine,
Pour qu’il voie la lumiere des vivants.
31 Prcte l’oreille Job, ecoute-moi :
Garde le silence, et je parlerai.
32 Ou si tu as quelque chose a dire, reponds-moi, Parle, car je voudraiste trouver juste.
* 27, Dieu ne m'a pas rendu ses ceuvres, no m’a pas puni comme je le meritais. litteralement, non cequatum est mihi.
33 Sinon , c’est a toi de m’ecouter,
Fais silence, etje t’enseignerai la sagesse.
XXXIV, 1 Eliu continua, et dit :
2 « Ecoutez, sages, mes paroles ;
Hommes intelligents, pretez-moi 1’oreille.
3 Gar roreille juge des discours,
Comme le palais discerne entre les mets.
4 Discutons la cause entre nous;
Voyons entre nous ce qui est juste.
5 Job a dit : d Je suis juste,
a Et Dieu meconnait mon droit.
6 cc Malgre mon innocence, je suis trouve menteur, « Ma plaie s’envenime sans que j’aie peche. j>
7 Quel homme, ainsi que Job,
Boit le sarcasme comme l’eau.
8 II s’associe aux artisans de mensonge,
II marche avec les hommes pervers,
9 Lui qui dit : « II ne sert de rien 4 l’homme « De rechercher la faveur de Dieu. j>
I 0 0 vous, hommes intelligents, ccoutez-moi,
Loin de Dieu Finiquite,
Et du Tout-Puissant l’injustice.
II II rend a 1’ homme, selon ses merites,
Et il le traite selon ses voies.
* 5. Verset xm, 18.