On a voulu conclure de ce verset que ne designe pas
l’aigle, parce que cet oiseau ne se nourrit pas de cadavres. . L’objection porte a faux, parce qu’il y a une espbce d’aigles qui mange les cadavres. Ue plus, tous les aigles se nourrissent des corps morts avant qu’ils aient commence a se corrompre.
Celui qui accuse Dieu veut-il r6pondre?
3 Et Job repondit & Jehova, et dit :
4 Homme chetif, que repondrai-je?
Je mets la main sur ma bouche.
5 J’ai parle une fois, c’est assez ;
Deux fois, je n’ajouterai plus rien.
G Et Jehova s’adressant encore a Job d’un nuage lui dit :
7 Ceins tes reins, comme un brave,
Je t’interrogerai, reponds-moi.
8 Est-ce que tu pretends infirmer mes jugements,
Et me condamner moi-meme pour te justifier ?
9 As-tu le bras semblable k Dieu ,
Et ta voix est-elie comme son tonnerre ?
10 Pare-toi de grandeur et de magnificence; Revets-toi de gloire et de majeste !
1 1 Repands ta colere comme un torrent,
Et d’un regard abaisse tous les superbes.
1 21 Fais plier tous les orgueilleux k ton aspect,
Et ecrase les impies sur la place.
1 3 Fais-les tous rentrer dans la poussiere, Enchaine-les dans un obscur cachot.
14 Et alors je te donnerai cette louange Que ta droite est capable de te sauver.
15 Vois behemoth, que j’ai cree aussi bien que toi ;
* v. 45. ryifcniii pluriel de majeste, pour signifier la grande
11 se nourrit d’herbe, comme le boeuf.
1 6 Quelle force dans ses reins,
Quelle vigueur dans les muscles de ses flancs.
17 II dresse sa queue comme un cedre.
Les nerfs de ses genitoires sont durs comme un faisceau ;
1 8 Ses os sont des tubes d’airain,
Ou des barres de fer.
1 9 G’est le chef-d’oeuvre des mains de Dieu ;
bete. Ce mot est hebreu, mais il a ete vraisemblablement clioisi a cause de sa ressemblance avec le mot egyptien Pehemout , l’hippopotame, litteralement le boeuf d’eau, compose de p, article, ehe boeuf, et mout eau. 11 se nourrit d’herbe comme le boeuf. V. Cuvier, dans l’edition de Buffon, t. XVII, p. 347. Ce trait est releve parce qu’il est surprenant dans un animal qui vit dans l’eau. C’est parce qu’il est herbivore que cet animal est malfaisant. II ravage pendant la nuit les recoltes sur les bords du Nil.
* v. 16. Plusieurs commentateurs ont cru reconnaitre l’elephant dans Behemoth. Le trait que nous avons ici : quelle vigueur clans les muscles de son ventre convient parfaitement a l’hippopotame, mais non point h l’elephant dont la peau du ventre est assez tendre. 1 Macc. VI, 46, Eleazar lue un elephant en lui perqant le ventre.
* v. 17. La queue de l’hippopotame est petite, mais forte. Hippopotami cauda , dit Bochart, Ilieroz. p. 2, 1. V, chap, xiv, t. Ill, col. 767, potuit cum cedro conferri ratione glabritici , rotunditatis , spissitudinis et firmitatis.
* 18. Les os de l’hippopotame sont d’une extreme durete quoi qu’ils soient minces comme doivent l’etre ceux d’une bete destinee h nager.
* 19. xin- Tous les commentateurs reconnaissent aujourd’hui dans ce glaive les dents de l’hippopotame. « Avec ses
LE LlVRE DE JOB.
Mais son crcateur dirige son glaive.
20 En effet, l’herbe des montagnes suffit a sa pature ; Et tous les animaux des champs se jouent autour
de lui.
21 II se couche k l’ombre des lotus,
Dans I’epaisseur des roseaux, dans les marecages.
22 Les lotus le couvrent de leur ombre,
dents, dit Wood, Natural History , t. 1, p. 762, l’hippopotame peut couper l’herbe aussi reguliferement qu’avec une faux. <r Un curieux passage de Nicander, Theriac. v. 566, semblerait indiquer que n* *in etait specialement employe pour designer les dents de cet animal :
"II iTTTTT c'J tov NeiX&? UTtsp 2aN ai9 aXoeaaav
Bocicei, apcupyiatv <5i xa xyjv eTuSaXXsTat apmnv
Aut fluvialis equi Nilus quern pascit adustam
Trans Sain, alque Harpen damnosam immitlit in agros.
Sur quoi le Scholiaste dit : Harpe quidern falcem significat. Nunc autem ( hippopotami ) dentes sic vocat , docens hoc animal seyetes pcnitiis absumere. Ap. Bochart, Opera , t. Ill, col. 761. Ges dents, dit 1’abbePrevot, Histoire des voyages , t. Ill, p. 328, « sont plus dures et plus blanches que l’ivoire. » Aussi les emploie-t-on de preference comme dents artificielles.
* 20. Un animal aquatique, a-t-on dit, ne va point sur les montagnes. On pourrait ne pas prendre a la lettre le mot in
qui ne signifie pas toujours une montagne, par exemple, Ezech. xliii, 15,oii il designe l’autel des holocaustes sous le nom de mont de Dieu, mais il est certain que l’hippopotame va paitre sur les collines qui bordent le Nil dans l’Egypte superieure.
Tous les animaux des champs se jouent autour de lui. Comme il est herbivore et non carnivore, les autres animaux n’orit point a le redouter.
Les saules du torrent 1’ environ nent.
23 Qu’un fleuve le submerge, il ne craint point ;
II serait tranquille, quand le Jourdain se deborderait par dessus sa tete.
24 Gependant on le prend en face,
On lui perce les narines pour le brider.
25 Prendras-tu le leviathan avec un hamegon,
Et lui passeras-tu une corde sur la langue?
26 Lui mettras-tu un jonc dans les naseaux,
* 23. Allusion aux crues du Nil. designe, non le Jourdain, maisle Nil. lop, ior, comme nousl’avons vu xxvm, 4 0, signifie canal. Peut-etre ce mot est-il uni ici a p, juge, pour
designer le cours principal, fleuve-juge, fleuve-chef, grand fleuve, ou bien p-yi vient-il de avec la terminaison j, si-
gnifiant tout courant rapide. Cf. le Rhin, autrefois Rin de rinnen, courir.
* 25. jryqb est moins un nom special qu’un nom generique.
Etymologiquement, il signifie une chose qui se replie en guirlande, un serpent, de nib plicavit, flezit. Ici il est applique
TT
au crocodile. Le verbe -pan par lequel commence la description parait jouer sur le nom copte du crocodile eucAe, ucA2, emsah, msah [ex ovo, animal eclos d’un oeuf). De 1& le
nom arabe de cet animal timsah , quasi prcefixo aril-
culo t, dit Peyron, Lex. copt., p. 4 07.
* 26. pJK. dontla racine ^1 signifie fermenter et etre corrompu, (d’ou qjn, marais) signifie chaudi^re en ebullition et
jonc. C’est dans ce dernier sens qu’il est employe ici pour designer une corde faite de cette matiere. Cf. o^oTvov, jonc et corde. « Junco grcecos ad funes usos, nomini credamus, quo herbam
Et lui perceras -tu la machoire avec un anneau ?
27 T’adressera-t-il d’instantes prieres
Et des paroles capables de t’attendrir?
28 Fera-t-il une alliance avec toi,
• Le recevras-tu a ton service pour toujours?
29 Joueras-tu avec lui coinme avec un passereau,
Et Tattacheras-tu pour 1’ amusement de tes filles?
30 Les pecheurs ligues ensemble le prendront-ils dans
leurs embuches,
Le partageront-ils entre les marcbands?
earn appellant. Pline, H. N., xix, 2. Un passage du Voyage a la recherche des sources du Nil , de J. Bruce, nous donne un excellent commentairede ce verset. Ce voyageur raconte que les pSclieurs des bords du Nil, quand ils prennent un poisson le tirent h terre, lui passent un anneau de fer dans les branchies et le rejettent dans le lleuve apres avoir fait passer dans l’anneau une corde qui est solidement attachee au rivage. « Geux qui desirent du poisson l’achetent ainsi vivant. Nous en achetames deux et le pecheur nous en montra dix ou douze autres qui etaient ainsi prisonniers dans l’eau. » Ap. Rosenmiiller, Alter thumkunde, t. IV, part. 2 p. 245.
* 29. Dans l’Egypte superieure, au rapport d’Hasselquist, Voy. en Palestine, p. 347, les crocodiles devorent tres-souvent les femmes qui viennent puiser de l’eau dans le Nil, el les enfants qui jouent sur le bord du fleuve.
* 30. les associes, les pecheurs qui s’unissent en-
semble pour la peclie. — ni’rti dimidiavit , divisit , mettre en
parcelles. Arabe partager. La signification primitive est couper, scindere , d’ou ce qui coupe, yn> la flfeche, ayj'C* *, eclat
de bois et quelquefois fleche. — Quoique le crocodile fut sacre dans quelques parties de l’figypte, ii Elephantine et a Apollinopolis, on le salait et on le vendait par morceaux, mais on ne pouvait le faire souvent, parce que comme l’indique lever-
31 Transperceras-tu sa peau avec des dards,
Lui enfonceras-tu le harpon dans la tete?
32 Mets sur lui la main...
Garde le souvenir de ee combat et n’y reviens plus.
XLI, 1 Voyez comme son esperance est frustree.
Quoi ! le seul aspect du monstre l’a terrasse !
2 Nul n’est assez hardi pour l’attaquer.
Et qui est-ce done qui soutiendra ma presence?
3 Qui m’a prevenu d’une grace, pour que je lui sois
redevable ?
Tout ce qui est sous les cieux est a moi.
4 Je ne tairai point la structure de ses membres, Leur vigueur et leur juste proportion.
5 Qui soulevera le coin de son armure,
Quipenetrera dans sagueule, defendue par un double frein,
G Qui ouvrira ses machoires?
set 31, il etait tres-difficile de le prendre. — Les Chananeens on Pheniciens etaient des marchands si fameux que leur nom etait devenu synonyme de marchands.
* 31. Harponnait-on deji le crocodile au temps de Job? Ce verset semble prouver le contraire, ou au moins l’inefficacite du procede. D'ailleurs encore aujourd’hui le harpon est generalement sans resultat, a moins qu’il ne frappe l’animal juste entre le cou et la tete ou dans le ventre. Les balles glissent sur ses ecailles sans les entamer.
* 6. Della Valle raconte qu’un crocodile qui n’avait cependant que 23 palmes de long, coupa en deux une pelle de fer qu’on lui mit dans la m&choire. Cite par Rosenmiiller, Handbuck der biblisch. Alter thumskunde. t. IV, 2C part., p. 248.
Le tour de ses dents repan d la terreur.
7 Son dos est semblable aux lames d'un bouclier, Rccouvert d’ecailles etroitement serrees.
8 Elies se tiennent l’une a l’autre,
Et pas un souffle ne peut passer entre elles.
9 Elles adherent ensemble ,
Tellement unies qu’on ne peut les disjoindre.
1 0 Ses eternuements font jaillir la lumiere;
Ses yeux sont les paupieres de l’aurore ;
\ \ Sa gueule vomit la flamme,
Elle lance des tisons embrasds.
\% Ses naseaux repandent la fumde,
Gomme un bassin qui bouillonne sur un brasier.
* 10. Hac in parte, dit Bochart, Opera, t. II, col. 781, minis fuit Upo* *r5aj/.(i<xT6uv Mgyptiorum cum sacro rate consensus. Illi enim apud Horum hieroglyphicor. lib. I, cap. 65 : « Auroram a significantes, oculos crocodili pingunt, propterea quod ante « totum corpus animalis, oculi ex fundo apparent, » c’est-Adire que les yeux du crocodile sont le signe hieroglyphique qui designe l’aurore, etd'u? ewacpooco, traduisent les lxx.
* 11-12. Lorsque le crocodile, apres un long sejour dans l’eau, reparait & la surface, « turn spiritus diu pressus sic effervescit et erumpit tam violenter, ut flammas ore et naribus videatur evomere. » Bochart, loc. cit., col. 782. Bartratn ra^ conte dans ses Voyages ( Travels through Nord and South Carolina, Philadelphie, 1791, p. 116), que pendant qu’il remontait BAlatamaha dans la Floride occidentale, cherchant un soir i terre un endroit commode pour prendre son repas, il aper<jut un crocodile qui sortait avec bruit du milieu des roseaux pour se jeter dans un petit lac. « II enfla son corps monstrueux et agitasa queue dans les airs. Une epaisse fumee s’elanga de ses naseaux largement ouverts avec un bruit qui fit presque trembler la terre. » Et plus loin : « D’abord il nage
1 3 Son souffle allume des charbons,
Et des feux s’echappent de sa gueule.
14 Sa majeste reside dans son cou,
Et l’epouvante marche comme un geant devant lui.
1 5 Les muscles de sa partie inferieure sont solides et
inflexibles
Comme de l’airain fondu.
1 (5 Son cceur est dur comme la pierre,
Comme la meule inferieure qui broie le grain.
17 A son aspect imposant les forts tremblent,
L’effroi les fait defaillir.
1 8 Qu’on l’attaque avec Tepee, elle ne resiste pas :
De meme la lance, le javelot et la cuirasse.
avec la rapidite de l’eclair, maisil ralentit peu & peu sa marche, jusqu’ii ce qu’il atteigne le milieu du fleuve. La il s’arretc, et aspirant tout a la fois Pair et l’eau par sa large gueule, son corps devient enorme et pendant un moment on entend un grand bruit dans son gosier. Puis tout d’un coup, il fait rejaillir avec fracas de sa bouche et de son nez une vapeur qui produit comme un nuage de fumee. »
* 18 et suiv. « La nature a pourvu a la surete des crocodiles enles revetant d’une armure presque impenetrable; tout leur corps est couvert d’ecailles, excepte le sommet de la tete, oil la peau est collee immediatement sur l’os... Ces ecailles carrees ont une tres-grande durete et une flexibilite qui les empeche d’etre cassantes; le milieu de ces lames presente une sorte de ciAte dure qui ajoute|& leur solidile. » Lacepede, OEuvres, 1832, t. II, p.187-9. Thevenot, a cause de ces pointes, compare le dos du crocodile h une porte qui serait toute garnie de clous de fer et si dure qu’aucune lance ne pourrait la percer. « Les ecailles du crocodile sont h l’epreuve de la balle, h moins que le coup ne soit tire de tres-pr6s ou le fusil
1 9 II tient le fer pour de la paille,
Et l’airain pour un bois vermoulu.
20 Le fils de fare ne le fait pas fuir,
Et les pierres lancees par la fronde ne sont pour lui qu’un brin de paille.
21 II regarde la massue comme un chaume ;
II se rit du sifflement des dards.
22 Sous lui sont des tets aigus,
II se couche sur des pierres tranchantes comme sur la fange.
23 II fait bouillonner l’abime comme une chaudiere,
La mer ecume comme un vase de parfums.
24 II trace derriere lui un sillon lumineux,
On dirait la chevelure blanche d’un vieillard.
23 II n’a point son egal sur la terre,
II a ete fait pour ne rien craindre.
26 II regarde en face tout ce qui est haut ;
11 est le roi de tous les enfants d’orgueil.
tres-charge. Les n£gres s’en font des bonnets, ou plutot des casques, qui resistent k la haehe. » Labat, Nonv. Pielat. de I'Afrique, t. II, p. 347.
* 23. Plusieurs voyageurs affirment que le crocodile communique aux eaux qu’il liabite une forte odeur de muse, et quelques commentateurs pensent que e’est pour ce motif que le fleuve dans lequel il nage est compare ici & un vase de parfums en ebullition. Le crocodile, dit Ruppell, a quatre glandes a muse. Elies communiquent a sa chair une odeur desagreable qui a empeche beaucoup d’Europeens qui font goutee d’en manger. Les Berberes se servent de ce muse comme pommade pour les cheveux. Rosenmuller, Alterthumh ., t. IV, part. 2 p. 252.
REPONSE l)E JOB.