DIEU ET JOB. XXXYIII-XLI
Dieu intervient soudain, et parle du milieu d’un nuage avec toute la majeste qui lui convient. II s’adresse directement a Job, sans faire aucune mention d’Eliu qui avait parle le dernier, parce que c’est Job
* 49. "yisnN’bi litteralement, non instruemus , sous-entendu ptja discours, exprime avec le meme verbexxxn, 14.
* 22. Plusieurs commentateurs ont traauit par soleil ou,
comme le soleil ne vient pas du Nord, par nuage dore, mais c’est bien de 1’or qu’il s’agit. Nous savons d’ou vient For, dit Eliu, nous le tirons du septentrion, mais Dieu, nousne savons pas ce qu’il est, parce que ses splendeurs sont inaccessibles.
qui l’avait appele en jugement. C’est done devant lui qu’il doit se disculper, mais se disculper en Dieu, non pas en rendant compte de ses decrets, maisen montrant qu’ils sont impenetrables. II fait un tableau magnifique et abrege des merveilles de la creation, pour opposer sa sagesse toute puissante h l’ignorance et h la faiblesse de l’homme. AinsiJobest aneanti. Mais apres l’avoir humilie, il le justifie en condamnant ses amis, par un jugement dont l’ecrivain sacre n’a pas rapporte les propres paroles, se contentant de la forme historique, comme plus convenable lit ou les discours poetiques et les grandes images devaient cesser.
Dieu parle deux fois en cet endroit, et ses deux discours commencent de la meme maniere, ce qui a fait, penser it quelques-uns, que le second discours n’est qu’une interpolation plus recente. On pourrait croire, en effet, au premier abord, qu’il eut ete plus conformed la majeste de Dieu, de ne lui mettre a la bouche qu’un seul discours, vu surtout que ce premier discours a suffi pour porter Job h s’humilier et a se condamner en sa presence. Mais pour peu qu’on ait reflechisur l’ensemble de cette composition poetique, on reconnaitra qu’il est dans le genie de l’auteur, de faire parler plusieurs fois ses personnages, quelquefois meme sans interlocuteur intermediaire, pour inculquer un meme fonds d’idees par des images differentes. Qu’on se rappelle surtout les quatre discours successifs d’Eliu, qui se ressemblent beaucoup aussi pour le debut, et Ton verra que ce double discours de Dieu est tout & fait dans le genre du poete.
11 n’eut pasete naturel que Dieu prononcat un si long discours sans s’interrompre quelquefois, pour en inculquer la consequence, et rappeler ou meme faire exprimer a Job, les sentiments d’humiliation et de penitence qu’il voulut exister en lui. D’ailleurs cette serie de descriptions, malgre leurs bautes incomparables aurait pu devenir monotone sans ces interruptions. Elies sont done tout a lait conformes aux convenances et aux regies de l’art.
N est-il pas meme dans le genie du peuple pour lequel ce livre a ete ecrit, et n’est-ce pas une sorte de parallelisme ? le peuple d’une imagination vive et forte ne cioyait avoir exprime qu’a moitie sa pensee, fou plutot un sentiment profond qui le frappait, s’il n’avait eu recours a ce redoublementd’images, & ces repetitions qui nous etonnent.
Du reste, le second discours est si beau, et continue si heureusement le premier, il ressemble tant pour la couleur du style, et le choix meme des expressions h, tout I ensemble du livre, qu’il n’y a pas lieu d’ examiner s i! est d un auire auteur, meme independamment de 1 auforibaxkvine qui nous en constate l’inspiration.
TRADUCTION
XXXVIII, 1 Et Jehova repondant k Job d’un tourbillon , lui dit :
2 Quel est cet homme qui obscurcit la sagesse Par des paroles insensees ?
3 Ceins tes reins, commeun brave;
Je t’interrogerai, reponds-moi.
4 Oil etais-tu, quand je fondais la terre?
Dis-le, si tu as 1’ intelligence.
5 Qui en a determine les dimensions? Tu le sais bien !
Qui a etendu sur elle le cordeau?
0 Sur quoi ses fondements sont-ils assis,
Ou qui en a pose la pierre angulaire,
7 Aux acclamations unanimes des astres du matin, Parmi les jubilations de tous les enfants de Dieu?
8 Et qui a enferme la mer dans ses digues, Lorsqu’elle sortait impetueuse du sein maternel (
9 Quand je lui donnai les nuages pour vetements,
Et pour langes d’epais brouillards;
10 Quand je lui imposai ma loi,
Que je l’entourai de portes et de verroux ;
11 Que je lui dis : tu viendras jusqu’ici, et tu nTras
pas plus loin ;
Ici se brisera l’orgueil de tes Hots.
12 As-tu, depuis que tu existes, comraande au Matin Et assigne sa place & l’Aurore,
1 3 Pour lui faire tenir les extremites de la terre,
* 7. On plaqait la pierre angulaire d’un edilice au milieu des
chants de joie. Zach. iv, 7 ; 1 Esd. in, JO-
* 13. Alin que l’aurore saisisse les deux ailes de la terre c’est-a-dire ses extremites, comme on saisit les deux bor s d’un manteauou d’un tapis pour le secouer. Les mechants, qui agissent dans les tenebres, se cacbent d&s que 1 aurore
parait.
Et en secouer les pervers ;
14 Donner a la terre une forme comme a l’argile sous
le cachet ,
La parer du jour comme d’un manteau,
15 Pour qu’alors les mechants soient prives de leur lu-
miere,
Et que les bras orgueilleux soient brises.
16 Es-tu descendu jusqu’aux sources de la mer?
As-tu penetr£ dans les profondeurs de l’ocean?
1 7 As-tu vu s’ouvrir devant toi les portes de la mort? As-tu apergu l’entree du noir abime?
1 8 As-tu embrasse la largeur de la terre ;
Dis-en la mesure, si tu es si savant ?
19 Quelle route conduit au sejour de la lumiere,
Et les tenebres, quelle est leur demeure ?
20 Sans doute tu les conduis a leur tcrme,
Tu connais les senders de leur retraite !
21 Oui, car tu etais avant elles,
Et le nombre dentes jours est immense !
22 Es-tu entre dans les tresors de la neige?
As-tu vu les reservoirs de la grele ,
23 Que jc tiens prets pour les jours du desastre,
Pour les jours de la guerre, et du combat?
* \ 4. La terre prend une forme quand l’aurore parail, comme l’argile sous le sceau, parce que c’est la lumifere qui rend cette forme visible, et les objets qu’elle nous revile, les arbres, les plantes, etc. sonl comme le vetementdela terre. — LesOrientaux se servent encore aujourd’hui en guise de cire d’une argile particuli^re, ^ (mji.avTpl? Herod, ii, 38.
24 Quelle est la voie par ou se repand la lumiere,
Et le vent se disperse sur la terre?
25 Qui a trace des conduits aux eaux,
Et fraye une route aux feux du tonnerre ?
26 Pour faire pleuvoir sur une terre deserte,
Sur des solitudes inhabitees,
27 Pour rafraichir des plaines arides,
Et y faire germer l’herbe verte?
28 La pluie a-t-elle un pere,
Ou qui a engendre les gouttes de rosee?
29 De quel sein la glace est-elle sortie ,
Et les frimas, qui les a enfantes ?
30 Les eaux disparaissent changees en pierres,
Et la surface de Pabime se durcit.
31 Est-ce toi qui rapproches legroupe des Pleiades, Ou qui ecartes les etoiles d’Orion ?
32 Fais-tu lever les constellations en leur temps, Diriges-tu dans son cours l’Ourse avec ses petits?
33 Connais-tu les lois des corps celestes?
Regles-tu Ieurs influences sur la terre?
34 Eleveras-tu la voix jusque dans les nues ,
Et des torrents d’eau viendront-ils t’envelopper?
35 A ton commandement, les eclairs partiront-ils, Et te diront-ils : « Nous voici? »
36 Qui a mis la sagesse dans Forage,
Ou qui a donn6 l’intelligence aux meteores?
* 36. nirra? de la racine nlia* couvrir, est tr^s-diversement
interprete. Les uns iraduisent renes, parce que c’est le sens de ce mot Ps. li (selon l’hebreu), 8 ; les autres, par nuage, parce
37 Qui eompte les nuees dans sa sagesse,
Et qui verse les urnes des cieux,
38 Quand ia poussiere se forme en masse compacte, Et que les glebes adherent ensemble ?
39 Est-ce toi qui fournis sa pature k la Iionnc,
Et qui rassasies ses lionceaux,
40 Qnand ils se tapissent dans leurs repaires,
Qu’ils se tiennent en embuscade dans le buisson?
41 Qui prepare au corbeau sa pature ,
Quand ses petits orient vers Dieu,
Et qu’ils errent ca et 1 k, sans nourriture?
XXXIX, \ Sais-tu le temps ou mettent bas les chevres sauvages?
As-tu observe l’enfantement de la biche?
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que c’estle sens de ce mot enarabe, jldr-k. La signification de spur, omaX, Xs^o^evov, est egalement douteuse. Selon la Vulgate,
le second Targum et plusieurs rabbins, c’est le coq : Qui a donne au coq l’instinct pour chanter k certaines heures1' Selon Gesenius, suivant en cela le premier Targum, Kimchi, Aben Esra, etc., c’est le cceur. Enfin selon Rosenmiiller etun grand nombre de commentateurs modernes, cemot designe lesphenom6nes atmospheriques, les meteores. Cf. roitr, chald.
voir, d’oii ce qui est vu, tpouvo^evov. Ce n’est qu’en adoptant le sens de nuage pour ryims ceiui de meteores pour vpiy que
ce verset se trouve h sa place. Les autres significations qu’on donne & ces mots ne conviennent pas au contexte.
* 1. srbD-ibjrfi litteralement grimpeurs de rochers, chevre
sauvage, bouquelin, sorte de chamois semblable ti celui de la Suisse et des Alpes Tyroliennes, qui habite les endroits les plus escarpes.
2 As-tu compte les raois oil elle est pleine,
Et sais-tu le temps de sa delivrance ?
3 Elle se courbe, et de son sein dechire,
Met au jour ses petits.
4 Ils deviennent vigoureux et grandissent dans la
campagne.
Ils s’eloignent et ne reviennent plus a leur mere.
5 Qui fait errer l’onagre en liberte,
Et qui l’a affranchi de tout lien?
6 Lui a qui j’ai donne le d4sert pour sa tente,
Les plaines incultes pour sa demeure.
7 II se rit du tumulte des villes ;
II n’entend point les cris d’un maitre exigeant.
8 II guette sa pature dans les montagnes,
II cherche l’herbe verte partout.
9 Le buffle consentira-t-il a te servir?
Passera-t-il la nuit dans tes etables ?
* 3. « Non hie agitur de otiosd et mere speculative i cognitione , sed de ed cognitione quee Deo propria est , quee res omnes non soliim novit sed et dirigit atque gubernat. » Bochart.
* 5. est le nom hebreu, fny lenomarameen del’onagre.
Get animal est tres-celebre en Orient a cause de la rapidite de
sa course et e’est de cette qualite qu’il parait tirer son double
nom, * *03, cito currere, fug ere * On assure qu’aucun ca-
valier ne peut l’atteindre. Les poetes orientaux comparent h un troupeau d’onagres un escadron de cavaliers qui passent avec la rapidite de l’eclair. C’estun animal tr6s-sauvage, d’un roux cendre, k longues oreilles, qui vit en troupes dans les deserts.
9 n>n, lxx : (iovwcgpio?, Licorne ; Aquila et Vulgate : rhinoceros ; Bochart, Rosenmiiller, oryx, espece d’antilope; Schultens,
\ 0 L’attacheras-tu d’une corde dans tes sillons? Trainera-t-il la herse derriere toi ?
1 1 Te reposeras-tu sur lui, parce qu’il est fort,
Et lui confieras-tu tes travaux?
1 2 Lui laisseras-tu le soin de recolter tes moissons, Et d’amasser le grain de ton aire ?
13 Et l’autruche aux ailes bruyantes ! . . .
Elle n’a ni la tendresse ni le vol de l’oiseau.
14 Elle abandonne ses ceufs sur la terre,
Elle les laisse eclore sur la poussiere.
1 5 Elle ne songe pas qu’ils vont etre foules aux pieds, Ecrases par les betes des champs.
Gesenius, etc. : buffle. Les questions qui se rapportent au crn
9-12, et l’opposition qui est etablie entre cet animal et le bceuf domestique prouvent qu’il s’agit du boeuf sauvage ou du buffle.
* 1 3. Litteralement : L’aile de l’autruche bat avec allegresse ; est-ce l’aile pieuse (de la cigogne, qu’on appelle pieuse a cause de sa tendresse pour ses petits? Non); Est-ce l’aile prenant l’essor (ou l’aile de l’epervier)? Non, car elle ne vole pas.
* 14. Les naturalistes et les vovageurs rapportent sur ce point des choses contradictoires. Si l’autruclie ne neglige pas entierement ses oeufs, il parait du moins certain qu’elle en prend peu de soin, surtout dans les jours qui suivent la ponte, et qu’elle les abandonne toujours quand elle est poursuivie par les chasseurs. V. English Cyclopedia, Natural history , t. IV, col. 939.
* 1 5. L’autruche fait son nid dans un trou qu’elle creuse dans le sable. Les ceufs mal enterres ou disperses sont souvent la proie des cbacals et des hyenes.
1 6 Elle est dure envers ses petits commc s’ils n’etaient pas siens ;
Que son fruit perisse, elle ne s’alarme point,
1 7 Car Dieu l’a privee d’instinct,
Et ne lui a point departi l’intelligence.
1 8 Cependant , si elle prend son essor,
Elle se rit du cheval et du cavalier.
1 9 Est-ce toi qui donnes la vigueur au cheval,
Et qui revets son cou du tonnerre ?
20 Qui le fais bondir comme la sauterelle?
La fierte de son souffle repand la terreur.
21 II creuse du pied la terre,
11 s’elance avec audace, il court au-devant des armes.
22 11 se rit de la peur; rien ne Feffraie;
11 ne recule pas devant le glaive.
23 Sur lui resonne le carquois,
Le fer de la lance et du javelot.
* 47. Plus sot qu’une autruche, dit un proverbe arabe.
* 4 8. « La course des autruches est tres-rapide. Les levriers les plus agiles ne peuvent les atteindre. L’Arabe lui-meme, monte sur son cheval, est oblige de recourir h la ruse pour les prendre, en leur ietant adroitement un baton dans les jambes. Dans leur fuite, elles lancent derriere elles des cailloux comme des traits contre ceux qui les poursuivent. » Engl. Cyclop. Nat. Hist., t. IV, col. 938.
* 48. najn* * tonnerre. C’est le sens donne k ce mot par plu-
sieurs traducteurs anciens et modernes. Symmaque, xXaypiv; Theodotion, xp*p-«wj«)v ; Vulgate, hinnitum. Cf. plus bas, f 25, □y-i, voix tonnante.
24 II s’emeut, il bouillonne, il devore la terre ;
II ne se contient plus, aux accents du clairon ;
25 Des qu’il sonne la charge, il dit : vah;
De loin il pressent le combat,
Le bruit tonnant des chefs, et les cris de carnage.
26 Est-ce ta sagesse qui fait prendre son vol h l’eper-
vier,
Et etendre ses ailes vers le midi?
27 Est-ce h ta voix que l’aigle plane,
Et batit son nid sur les hauteurs?
28 II s’etablit sur le rocher, et y fixe sa demeure,
Sur une pointe de rocher, en un lieu inaccessible.
29 De lei il observe sa proie,
Son regard perce au loin ;
30 Ses aiglons s’abreuvent de sang;
Et partout ou se trouvent des cadavres, il y est.
XL, \ Et puis Jehova dit a Job :
2 Ge censeur du Tres-IIaut plaidera-t-il contre lui ?
* 26. Etendre ses ailes vers le Midi. Ce mot fait allusion a l’habitude qu’a le yj d’emigrer. Le sens de ce mot n’est pas
certain, mais il designe incontestablement un oiseau de passage.