‹ Le livre de JobChapitre 13 sur 31 · XVI ÉTUDE SUR LE POEME DE JOB · texte numérisé non relu

XVI ÉTUDE SUR LE POEME DE JOB

patriarcale : Job est le prêtre de sa famille; il a des rites à lui, qui ne se rattachent à aucun des usages particuliers de la religion d'Israël ; pas une allusion n'est faite aux usages mosaïques ni aux croyances particulières des Juifs. Cette réunion de circonstances a donné lieu à une opinion depuis longtemps répandue et adoptée par d'habiles critiques, d'après laquelle le livre de Job ne serait pas d'origine hébraïque. Une telle opinion est certainement insoutenable, si l'on entend par là que la langue du livre de Job n'est pas l'hébreu pur, ou bien que le texte hébreu qui est entre nos mains serait la traduction d'un ouvrage écrit dans un autre dialecte sémitique. Mais elle renferme une grande part de vérité si l'on veut dire seulement que l'atmosphère où ce curieux livre nous transporte n'est pas plus spécialement hébraïque j qu'iduméenne ou ismaélite, et que le fond d'i- j dées qu'on y trouve est celui qui appartient en ' commun à la branche nomade de la race semi- '

Digiti

ÉTUDE SUR LE POEMÎE DE JOB. xvii

tique, sons aucun des traits qui assignent au peuple juif, dans le sein de cette famille, une position si caractérisée.

Qu'on réfléchisse aux conséquences qui sortent de ce fait important, et on verra que deux hypothèses seulement peuvent être proposées pour l'expliquer. Si, d'une part, le poème de Job a été écrit en hébreu par un Hébreu (nul doute, je crois, ne reste plus sur ce point dans l'opinion d'aucun exégète) ; si, d'une autre part, le fond des idées du livre de Job n'a rien de spécialem^ent hébraïque, il faut supposer ou bien que la composition du livre est antérieure à l'époque où les institutions religieuses des Hébreux prirent leur forme définitive par la législation mosaïque, ou bien que l'auteur juif qui l'a écrit, voulant nous donner un spécimen de sagesse Ihémanite, à peu près comme Platon nous donne dans le Timée un essai de philosophie pythagoricienne et dans le Parménide un essai de philosophie éléatique, a eu assez de raffinement lilléraire

tviu ËTUDE SUR LE POEME DE JOB.

pour ne prêter à ses personnages que des pensées et un langage compatibles avec Tépoque et le pays où il plaçait les événements de son poème. J'avoue que le phénomène littéraire que nous offrirait le livre de Job, dans cette seconde hypothèse, me parait en dehors de toute vraisemblance. L'antiquité n'avait pas Tidée de ce que nous appelons couleur locale» L'auteur alexandrin du livre de la Sagesse et même, à quelques égards, Fauteur du livre YEcclésiaste, font parler Salomon comme s'il eût été de leur temps ; le livre de Daniel, qui est de l'époque des Macchabées, commet sur l'^)oque assyrienne des fautes de représentation très*graves. Jésus^ fils de Sirach, Philon, Josèphe surtout, parient des anciens patriarches avec un sentiment historique aussi faible que l'est celui de Tite-Live quand il s'agit des temps antiques de Rome. Je ne puis donc admettre qu'un Hébreu d'une époque reculée (nous démontreroBS bientôt qu'on ne peut faire desoeodre le livre de Job jplus bas que le vir ^(M av#at

Digiti

ÉTUDE SUR LE POEME DE JOB. xix

notre ère) ait eu l'idée singulière de composer m poème patriarcal, et ait porté assez de suite dans ce. dessein pour que son œuvre ne détonne pas upe seule fois et ne trahisse pas par quelque endroit la. système artificiel qui aurait présidé à Sji composition.

On peut dire, il est vrai, que les Hébreux conservèrent longtemps un sentiment très-distinct de la vie patriarcale, et que cette vie était pour en% une sorte d'idéal où ils aimaient à placer leurs fictions, à peu ; près comme faisaient les Grecs pour l'époque hé- ^ roïque. On peut ajouter qu'une intention de Aouleur locale semble se montrer dans cette circonstaoce remarquable que l'auteur, parlant ^» .son propre nom dans les parties en prose, appelle pieu Jéhovah^ tandis que, toutes les fois qu'il fait parj^ les Iduméens, il ne met dans leur bouche que ]^s mmis monothéistes û^Ehab, Bl, SchMé^iùlAm^ ouU*e qu'il n'est pas Absolument certain ^pe ^ prpjk)g^e el; l'épilo^oe soient de la J^^ême maiu que le poëa]^«

Digiti

Page 1