‹ Le livre de JobChapitre 14 sur 31 · U ÉTUDE SUR LE POEME DE JOB · texte numérisé non relu

U ÉTUDE SUR LE POEME DE JOB

c*est là une attention fort simple et qui ne suppose pas, à beaucoup près, le degré de raffinement littéraire qu'exigerait un poëme entier composé dans un ordre d'idées différent de celui de l'auteur. Ajoutons que la couleur forte , vive» énergique du poème de Job, sa physionomie austère et grandiose excluent l'idée d'un pastiche. Une exception doit être faite pour le discours d'Élihou ; mais cette exception elle-même établit très-fortement notre principe ; car la différence de ton entre ce discours et le reste du poëme frappe à la première vue le lecteur le moins attentif.

Si le poëme de Job est une œuvre sincère, s'il exprime bien les idées du temps et du pays où il fut composé, sans arrière-pensée d'imitation, à quelle époque et à quelle école faut-il le rattacher? Une opinion fort ancienne et fort accréditée a tranché hardiment la question. Selon cette opinion, le poëme de Job serait le plus ancien ouvrage de la littérature hébraïque. Gomme on n'y trouve aucune trace des

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institutions mosaïques, on en a conclu que le livre était antérieur à Moïse * et remontait, par sa composition, à Tâge patriarcal. Mais pour se soustraire à de graves difficultés, on s'exposait ainsi à des objections bien plus graves encore. La langue du livn de Job, dans l'hypothèse en question, devrait avoii quelque chose d'archaïque et de primitif; or cette langue est au contraire singulièrement artificielle et travaillée. Si on ne suivait que les indices tirés de la grammaire, on serait tenté de rapporter le livre qui nous, occupe aux derniers temps de la littérature hébraïque. L'induction qui menait les anciens exégètes à cette opinion singulière reposait d'ailleurs sur une base ruineuse. On s'étonnait de ne trouver dans le livre de Job aucune trace des prescriptions mosaïques. Mais on n'en trouve pas davantage dans le livre des Proverbes ^ dans l'histoire des Juges et

«L'hypothèse, toute gratuite, d'après laquelle Moïse lui-même serait Fauteur du livre de Job mérite à peine d'être mentionnée.

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des premiers Rois, et en général dans les écrivains antérieurs â la dernière époque du royaume de Juda. L'idée que la loi mosaïque, telle que nous la possédons, remonte dans sa totalité à Moïse ne saurait plus guère être soutenue *. 11 est certain que Moïse donna des lois au peuple dont il fut le libérateur; il est certain aussi que des parties du code qui lui est attribué lui appartiennent en réalité ; mais, soit que ses prescriptions ne fussent pas de nature à pénétrer bien profondément la vie, soit aue le peuple d'Israël y ait été d'abord peU fidèle, on ne voit pas que jusqu'à la période de réformes et de piétisme dont le règne de JosîaS fut le moment décisif, l'histoire d'Israël ait été dominée par le corps complet des institutions dont le Pentateuque nous offre le tableau. Or,

' Ne pouvant développer ici ce sujet important, je me contente de renvoyer le lecteur au très-bon résumé que M. Munk a donné de la question, dans sa Palestine (p. 133 et suiv.).

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la nature de ces institutions était telle que leur empreinte ne pouvait manquer de se faire sentir dans toute Thistoire du peuple; et, en effet, depuis l'époque de réforme dont nous venons de parler, on les trouve présentes, si j'ose le dire, à chaque pas-

De ce que le livre de Job est conçu en dehors des idées que Ton désigne, avec plus ou moins de raison, du nom de mosaïques^ on ne saurait donc conclure que ce livre soit antérieur à Moïse. Une branche entière de la littérature hébraïque est dans le môme cas, je veux parler de toute cette littérature de philosophie morale, dont le livre des Proverbes, un grand nombre de Psaumes, le Cantique des Canti* ques^ auqiiel nous croyons devoir attribuer une assez baule ancienneté^ sont d'indignes monuments. Cette littérature, en général groupée autour de Salomon, n'est pas spécialement juive; elle est, comme le livre qui nous occupe, purement sémitique. Salomon, qui la cultiva avec tant de succèSi

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