‹ Le livre de JobChapitre 28 sur 31 · JOE · texte numérisé non relu

JOE

Qu^il Ta ménagé' et ne Ta point rejeté^

Qu'il Fa savouré lentement au milieu de son palds ;

Sa nourriture se changera en poison dans ses entrsdlles, Elle deviendra dans son sein le fiel des vipères.

Il a englouti des richesses, il les vomira ; Dieu lui-même les tirera de son ventre.

n a sucé le venin des vipères, La langue de l'aspic le tuera.

Qu'il ne voie jamais couler autour de lui Des ruisseaux de miel et de lait.

n rendra ce qu'il a pris et ne se gorgera plus ;

Ses restitutions égaleront ses richesses, il n'en jouira plus.

Car il a maltraité les pauvres et les a dépouillés. Il a saccagé des maisons et ne les a pas reb&ties.

< Gomme un bonbon qu'on laisse fondre dans la bouche»

Digiti

Les appétits de son ventre n'ont pas connu le repos; Il ne sauvera pas ce qu'il avait de plus cher.

Rien n*éôhâppâit à sa gloutonnerie ; Aussi son bonheur ne durera pas.

En pleine abondance, il tombé dans la gébe ; Tous les coups du malheur fôftdent sur luL

Attendez, voici de quoi lui remplir le ventre : Dieu lui enverra le feu de sa colère, Elle pleuvra sur lui en guise de pain.

Il fuit devant les armes de fer, L'arc d'airain le transperce.

Il arrache le trait àfè son corps, L'acier étincelant lui a percé le foie ; Les terreurs de la mort l'assiègent.

Ses trésors sont destinés à périr ;

Le feu les dévorera sans que personne Tattise,

El consumera les restes de sa tenie.

Digiti

Les cieux révéleront son iniquité, Et la terre se lèvera contre lui.

Les revenus de sa maison seront dispersés, Ils fondront au jour de la colère divine.

Telle est la part que Dieu réserve à Thomme méchàbt ; Tel est Théritage que le Très-Haut lui assigne.

Digiti

8d joa

Alors Job prit la parole^ et dit :

Écoutez, écoutez mes paroles, Accordez-moi du moins cette consolation.

Permettez-moi de parler à mon toa^

Et quand j'aurai parlé, vous continuerez vos moqueries.

Est-ce d'un homme que je me plains ?

Comment ne perdrais-je point toute patience?

Regardez-moi et soyez stupéfaits.

Et posez la main sur voire bouche.

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Quand j'y pense, je frémis, Et ma chair en est saisie d'horreur.

Comment se fait-il que les méchants vivent, Qu'ils vieillissent, qu'ils croissent en force ?

Leur famille prospère autour d'eux ;

Leurs rejetons se multiplient sous leurs yeux.

Leur maison est à l'abri de la crainte, La verge de Dieu ne les touche pas.

Leurs taureaux ne perdent rien de leur féconditét Leurs génisses conçoivent et n'avortent pas.

Leur famille se répand comme un troupeau, Leurs enfants dansent autour d'eux.

Ils jouent du tambourin et de la guitare.

Ils se divertissent au son du hautbois.

Digiti

Ils passent leurs jours dans ie bonheur ; Ils descendent en un instant aux enfers*.

Et pourtant ils ont dit à Dieu : € Ya^'en loin de nous;' Nous ne tenons pas à connatlre tes voies.

Qu'est-ce que le Tout-Puissant pour que nous le servions? Que gagnerons-nous à le prier? »

Leur bonheur n'est-il pas assuré dans leur main ? (Que le conseil de l'impie soit loin de moi t )

Voit-on souvent s'éteindre la lampe des méchants, Tomber sur eux le châtiment qu'ils méritent *, Et Dieu leur départir un lot de colère ?

Les voit-on comme la paille emportée par le vent, Comme la pellicule de blé chassée par le tourbillon?

> Une ïiïOTt dnbite était envisagée comme un bonheur. * Job reprend presque textuellement, pour les repousser, les images que ses amis avaient employées pour montrer que les méchants sont toujours punis.

Digiti

« Dieu, me dites-vous, fêâerve léui* châtiment pour lèufs fils ; » Mais il devrait les punir de manière à cê (îu'ils s*en aperçussent.

SI faudrait qu'ils vissent de leurs yeux leur ruine, Qu'ils bussent eux-mêmes la colère du Tout-Puissant.

Que leur importe, en effet, leur maison après eux, Une fois que le nombre de leurs mois est accompli ?

Ose-t-on prétendre enseigner à Dieu la sagesse. Lui qui juge les êtres les plus élevéâ?

Un homme meurt au sein de sa prospérité»

Parfaitement tranquille et heureux.

Les parcs de ses troupeaux regorgent de lait, La moelle de ses os est richement humectée.

Jn autre meurt dans l'amertume de son âme, El sans avoir goûté du bonheur.

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Tous deux ils se couchent dans la poussière»

Et les vers les couvrent tous deux.

Ah I je connais bien vos pensées, Et les opinions qui me font tort dans votre esprit.

Vous dites, en effet : « Où est la maison du tyran ? Qu'est devenue la tente où demeuraient les impies 7 »

Que n*interrogez-vous ceux qui passent sur la route ^ ? Ils vous citeraient des faits irrécusables.

€ Au jour fatal, vous diraient-ils, le méchant est épargné; Au jour de la colère divine, il est soustrait au châtiment.

Qui lui reproche en face sa conduite?

Qui lui rend la pareille pour tout ce qu'il a fait?

> Les voyageurs étaient censés avoir une expérience plus complète du gouvernement du monde, ayant vu comment les choses se passaient dans les différents pays.

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On le porte honorablement au tombeau»

Il semble veiller sur son mausolée ^

Les glèbes de la vallée lui sont légères * ;

Il entraine le monde entier à sa suite,

Et des foules innombrables Tout déjà précédé'. »

Que signifient donc vos vaines consolations?

Au fond de toutes vos réponses il n'y a que méchanceté.

* C'est-à-dire il repose dans un mausolée, sunnontô de sa statue, selon la coatome égyptienne. Peut-être aussi y a-t-il là quelque allusion à des inscriptions comminatoires contre les profanateurs, analogues à celles qu'on lit sur le sarcophage du roi de Sidon, Eschmunazar,

* Les lieux habituels de sépulture étaient dans les vallées voisines des villes. ^ L'exemple de l'impie mourant dans la prospérité engage la foule à le

suivre dans la voie où il n'a déjà eu que trop de devanciers.

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Alors Eliphaz de Théman prit la parole^ et dit :

L*homme peut-il être utile à Dieu?

Non ; c*est à lui seul que le sage est utile.

Qu'importe au Tout-Puissant que tu sois juste? Que gagne-t-il à ce que ta conduite soit parfaiO?

Crois-tu que c'est par crainte qu'il te punit. Et qu'il entre en jugement avec toi?

Ta méchanceté n'est-elle pas infinie?

Tes iniquités ne sont-elles pas innombrables?

« Tu prenais des gages à tes frères sans motif;

Tu saisissais les vêtements des bus*

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JOP

Tu ne donnais point à boire à Thomme épuisé; A. l'affamé tu refusais le pain.

La terre tombait aux mains de Thomme mUnU L'homme redouté en devenait le maître ^

Tu renvoyais les veuves les mains vides, Et les bras des orphelins étaient brisés.

Voilà pourquoi tu es entouré de pièges, Et troublé par des terreurs subites,

Environné de ténèbres qui t'empêchent de voir, Et submergé par le déluge des eaux.

Dieu n'habite-Ml pas dans les hauteurs 4es cieu^T Regarde le front des étoiles ; comme il est élQvé I

* Ces malheurs, dans la pensée d'Eliphaz, arrivaient par la faute de Job* Job, en effet, étaut juge, avait pour devoir de les empêcher.

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96 joa

Et tu disais : « Qu'en saura Dieu?

Fourra-t-il juger à travers la nuit sombre?

Les nuées le cachent et Tempêchent de voir.

Il se promène sur la spbëre du ciel S i>

Tu veux donc garder les errements antiques Que suivirent ces hommes d'iniquité,

Qui furent emportés violemment,

Et dont les fondements furent arrachés par les eaux ^ :

Qui disaient à Dieu : « Ya-fen loin de nous ; »

Qui se demandaient ce que pouvait leur faire le Tout-Puissant.

C'était lui pourtant qui avait rempli leurs maisons de biens. Que le conseil des impies soit loin de moil

> G*est-à-dire : U ne songe pas à ce qui se passe sur la terre. ^ AUusion au déluge ou à quelque légende du même genre.

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Les justes verront leur ruine el s'en réjouiront; Les innocents se moqueront d'eux :

« Voilà, diront-ils, nos adversaires anéantis I Le feu a dévoré leurs richesses. »

Réconcilie-toi avec Dieu, et tu seras sauvé»

Et le bonheur reviendra vers toi.

Reçois renseignement de sa bouche, Et place ses paroles dans ton cœur^

Tu te relèveras, si tu reviens vers le Tout-Puissant, Si tu éloignes l'iniquité de ta tente.

Jette les lingots d'or dans la poussière,

Le métal d'Ophir parmi les cailloux des torrents.

Et le Tout-Puissant sera ton or,

Dieu sera pour toi un monceau d'argent.

Digiti

98 iOB>

Alors tu seras en paix avec le Tout-Puissanti

Et tu élèveras sans crainte ta face vejrs lui.

Tu le prieras et il f exaucera;

Tu t'acquitteras de tous tes vœux*.

Ce que tu entreprendras te réussira, La lumière brillera sur tes sentiers.

Humilié, tu reprendras le dessus ;

Car Dieu aide celui dont les yeux sont baissés.

Le coupable même sera sauvé,

Sauvé, dis-je, par la pureté de tes mains ^.

^ C'est-à-dire : Dieu t'exaucera toujoarB. Damnabit H quoque v&iis. Virg., Egl. V, SO.

* C'est-à-dire : Grâce à tes mérites et par égard pour toi. Voir ci-dessoos, p. 190.

Digiti

iOB.

Alors Job prit la parole et dît :

Encore une tm ma {dainte est appdée révolte, Et pourtant mes gémi^mentg n'égalent palmes souffrances.

Oh I si je savais où lb trouver, Si je pouvais arriver jusqu'à son trône I

J'exposerais ma cause devant lui» Je remplirais ma bouche d'arguments.

Je saurais les raison gu'|I peut fà*o]^m> Je verrais ce qu'il me répondrait.

Qu'au lieu de me eomb^tre avec l'appareil de sa force, Il voulût bien me prêter un peu d'attentioni

Digiti

Il reconnattrait que c*est un juste qui se défend contre lui, Et je serais pour toiyours à Tabri des poursuites de mon juge.

Mais si je vais à Torient, il n*y est pas ; ^

Si je me tourne vers Toccident, je ne Fy trouve pas.

Exerce-t-il son pouvoir dans le nordf je ne le vois pas ; S'enfonce-t-il dans les profondeurs du sud? je ne Taperçois pas.

Ah ! c*est qu'il connaît ma conscience^ ; Qu*il m'éprouve» je sortirai pur comme Tor*

Mon pied a toujours marché sur ses traces; Je me suis tenu dans sa voie sans dévier.

Je ne me suis point écarté des préceptes de ses lèvres. J'ai gardé dans mon sein les paroles de sa boucbeV

t Job feint qae Dieu, résolu à le perdre, se cache pour ne pas entendre les preaves de son innocence, preuves tellement convaincantes que, s'il voulait le»> écouter, U serait obligé de s> rendre»

Digiti

Mais il a un parti pris : qui peut le faire revenir? Ce que son âme a une fois résolu, il le fait.

Il accomplira donc ce qu*il a décrété contre moi. Et peut-^tre roule-t-il en lui-même d'autres desseins.

C'est pourquoi je m'enfuis troublé de devant sa face , Quand j'y pense, je me cache effrayé devant lui.

Dieu a rendu mon cœur sans force, Le Tout-Puissant m'a consterné;

Car il ne m'a pas enlevé avant les jours sombres, n ne m'a pas préservé des ténèbres.

Pourquoi l'Étemel ne dispose-t-il pas les temps De sorte que ses serviteurs voient le jour de sa justice?

Les impies cepeûdant déplacent les bornes des champs %

Font pattre le troupeau qu'ils ont volé.

Ils chassent devant eux Tâne des orphelins»

Ils prennent en gage le bœuf de la veuve.

Ils forcent les pauvres à se détourner du chemin,

Les faibles du pays sont réduits à se cacher devant eux.

Leurs victimes sont comme des onagres dans la solitude : Elles sortent dès le matin pour chercher leur nourriture; Le désert leur fournit le pain de leurs enfants.

Elles cueillent leur pâture dans les champs, Elles maraudent dans la vigne de leur oppresseur.

Elles passent la nuit sans vêtement,

Biles n*ont pas de couverture contre le froid.

^ Vu des crimes que cc»nmettaient les hommes puissants était de déplacer leé pierres qui senraient de bornes aa détriment de leurs voisins faibles, qui n'osaient réclamer.

Digiti

iOÈ. 103

Elles sont transpercées par la pldié des montagnes ; Sans asile» elles embftt$sent le rocher ^

Les scélérats I ils enlèvent Torpliellil dtt ^n de ta ttiëh^ Us prennent des gages sur le pauvre^

Ceux qu*ils ont réduits à la àiikèfe s'en vont tout nus, Et portent affamés les gerbes de leur mitftre.

Us expriment rhuila dans les celliers de leur spoliateur, En foulant le pressoir, ils ont soif.

On entend s'élever des villes le gémissement des mourants;

L*àme des blessés crie vengeance;

Et Dieu ne prend pas garde à ces indignitést

* Afin de couvrir aa moins quelque partie de ienr «orp».

Digiti

n en est d'autres qui haïssent la lumière \ Ne connaissent pas les voies qu'elle éclaire. Ne se tiennent pas dans ses sentiers.

L'assassin se lève au point du jour,

n tue le faible et le pauvre,

n rdde de nuit comme un voleur.

L*œil de l'adultère épie le crépuscule du soir ; « Personne ne me verra, » dit-il, Et il met un voile sur sa figure.

D'autres forcent les maisons dans les ténèbres,

Le jour ils se tiennent renfermés.

Ils ne savent pas ce que c'est que la lumière.

Car le matin est pour eux comme Vombre de la mort *:

Dès qu'ils le voient poindre, ils éprouvent les terreurs de la mort.

* Après avoir décrit, la vie des brigands qui commettent leurs crimes en plein jour, Job passe à une autre catégorie de scélérats, ceux qui n'aiment que la nuit pour commettre leurs méfaits.

» Parce que le matin los fait déçoqvrîr*

Digiti

Ils sont comrtte un corps léger sur la surface de Teau,

Leur héritage est maudit sur la terre,

Ds ne prennent jamais le chemin des vignes ^

La sécheresse et la chaleur absorbent les eaux de la neige ; Ainsi, je le sais, le tombeau dévore ceux qui pèchent'.

Le sein qui les porta les oublie ; Ds font les délices des vers; Personne ne se souvient plus d'eux ; Ils sont brisés comme un arbre,

Ces hommes violents qui dévorent la femme stérile ', Qui n'ont pas fait de bien à la veuve.

*■ C'est-à-dire, ils ne mènent Jamais la vie heureuse des populations qui ont passé de l*état du bédouin pillard à Tétat des tribus agricoles et sédentaires.

2 Job concède à ses amis que les méchants périssent à leur tour. Mais il ne peut voir en cela un châtiment de Dieu ; car c'est le sort commun des hommes, et loin que la fin des méchants soit triste et prématurée, il semble au contraire que Dieu prolonge leurs Jours et; rende leur mort aussi douce qu'il est possible.

< La femme stérile, n'ayant pas de fils pour la défendre, est prise pour type de la faiblesse.

Digiti

100 WB.

Mais Dieu ne les a pas moins soutenus par sa puissance ;

Ils se sont relevés quand ils ne comptaient plus sur la rie.

Dieu leur avait donné la sécurité et la confiance, Ses yeux veillaient sur leurs voies.

ns disparaisseni, ibais au milieu de leur prospérité;

ns tombent» mais comme tombent tous les êtres ;

Ils sont coupés en leur temps, c6mme la iête de Vépi mûr.

S'il n*en est pas ainsi, qui me convaincra de mensonge Et saura réduire h néant mon discours?

Digiti

iOh 107

Alors Bildad de Suah prit la parole et dît

La puissance et la terreur lui appartiennent *; Il fait la paix dans ses hauts lieux '.

Qui peut compter ses légions?

Sur qui ne se lève pas sa lumière?

Comment donc Fhomme serait-il juste devant Dieu? Comment le fils de la femme serait-il pur?

^ Bildad, désespérant de vaincre l'impiété obstinée de Job, et pour montrer combien sa prétention d'arriver Jusqu'au trône de Dieu est insensée, cesse de le prendre à partie et se borne à exalter d'une manière générale la puissance divine.

* C'est-à-dire dans le ciel, entre les puissances célestes.

Digiti

La lune elle-même n'est pas claire, Les étoiles ne sont pas pures à ses yeux;

Combien plus l'homme qui n*est qu'un ver, Le fils de l'homme qui n'est que pourriture I

Digiti

JOP J109

Alors Job prit la parole et dît :

Comme tu sais bien soutenir la faiblesse. Et prêter secours au bras eans force 1

Comme tu sais conseiller Tignorance, Et faire couler des flots de sagesse I

A qui 8*adressent tes paroles

Quel esprit a parlé par ta bouche* T

i Après ce début ironique, Job, pour démontrer à Bildad que ses leçons étaient déplacées, entame à son tour une brillante exposition des splendeurs diylnes. Ces sortes de développements sur Dieu étaient en quelque sorte le lieu commun babitael de l'éloquence parabolique. Chacun à son tour cherchait à s'y exercer.

Digiti

Les géants tremblent Sons les eaux et leurs habitants *•

L'enfer est à nu devant lui ; Devant lui l'abîme est sans voile.

n étend le septentrion sur le vide.

Il suspend la terre sur le néant.

Il renferme les eaux dans les nuages,

Et les nues ne se déchirent point sous eilosi

Il voile la face de son trône En répandant devant lui sa nuée.

U a décrit un cercle sur les eaux,

Au point où la lumière confine aux ténèbres*.

^ Allusion à quelque légende analogue à celle du lac Asphaltite, d'aprèa laquelle des géants révoltés contre Dieu auraient été ensevelis sous les eaux. ' On se représentait Thorizon de la terre comme entouré d'eau.

Digiti

Les colonnes du ciel tressaillent Et s'étonnent à sa menace.

Par sa force il fait trembler la mer.

Par sa sagesse il écrase le Dragon K

Son souffle rend le ciel pur,

Sa main a créé le Serpent fugitif *.

Voilà l'abrégé de ses €Mi?re8 :

A peine un Ug&t hmA im est-H Yean jusqia^b nous :

Qui donc pourra entendre le tonnerre de sa puissance?

* Voir dhdeMus, p. 38.

* La constellation du Dragon. Voir ci-dô88ill|| p. i%

Digiti

Job reprit encore sa parabole ' et dit :

J'en jure par Dieu, qui me dénie la justice, Par le Tout-Puissant qui remplit mon ftme d'amertume!

Tandis que mon soufiOe vivra en moi,

Et que Fesprit de Dieu * sera dans mes narines,

Mes lèvres ne diront point d'injustice.

Ha langue ne prononcera pas de mensonge.

i Ce mot désigne ici les discours sententieox et rbythmiqnes en général, Jobt après avoir réponda aux attaqnes de chacun de ses amis «^ les avoir réduits au silencOf leur adresse à tous un discours coUectil.

» Souffle divin, universellement répandu, qui fait la vie de tous K» âtres.

Digiti

Loin de moi la pensée de vous donner raison I Jusqu'à ce que j*expire, je maintiendrai mon innocence.

J*ai entrepns ma justification, je n'y renoncerai pas; Mon cœur ne me reproche pas un seul de mes joui*s.

Que mes ennemis soient traités comme le méchant; Mes adversaires comme le coupable ^

Quel sera Tespoir de Timpie quand Dieu coupera. Quand Dieu tirera à lui le fil de sa vie?

Dieu pr6te-t-il Foreille h ses gémissements.

Au jour où l'angoisse tombe sur lui?

^ Job tourne contre ses adversaires les principes qu'ils ont invoqués contre lui-même. U admet que Dieu est sévère pour le méchant ; mais le méchant, ce n'est pas lui, ce sont ses faux amis. Lui, U espère (voir ci-dessus, p. 82) | mais ses amis n'ont rien à espérer,

Digiti

lU JOB.

Pense-t-il avec bonheur au Tout-Puissant?

Invoque-t-il Dieu avec confiance en tout temps?

Je vais vous expliquer la conduite de Dieu,

Je vais vous dévoiler les conseils du Tout-Puissant.

Vous-mêmes avez tout vu de vos yeux :

Pourquoi donc vous égarer en de si vaines pensées?

Voici la psurt réservée par Dieu au méchant,

Le sort que Thomme violent obtiendra du Très-Haut.

Si ses fils se multiplient, c'est pour le glaive; Ses rejetons ne seront pas rassasiés de pain.

Ses survivants seront engloutis par la peste ; Ses veuves ne le pleureront pas.

Amas8e4-il l'argent comme la poussière, Butasse* t-il les vêtements comme la boue;

Digiti

JOB, fl5

Le juste se revêtira de ce qu'il a entassé, Et rbomme intègre se partagera soa argent.

La maison qu'il s*est bâtie est comme celle de )a tJ^ff^t Comme la hutte que se construit le gardic^ 4$8 yigBes.

n s'est endormi opulent ; vfxm c'est pour la 4ero}£r^ fois! n ouvre les yeux, il n*est plus.

Les terreurs l'atteignent comme un déluge; Un tourbillon l'enlève au milieu de la nuit.

Le vent d'orient le saisit, l'emportOi Et le balaie hors de sa place.

Dieu lance ses traits contre lui sans relâche, Il fuit éperdu devant les coups du Tout-Puissant.

On battra des mains sur sa ruine,

On saluera sa disparition par des sifflets»

Digiti

L*argent a ses lieux d*extractioD»

L*or a des endroits où on Fépure.

Le fer se tire du soU

îjd roc fondu donne l'airato.

Lhomme a reculé les bornes des ténèbres ^

11 scrute les dernières profondeurs,

Les pierres cachées dans Tombre de la mort.

n creuse, loin des routes battues, des tranchées

Que le pied des vivants ignore ;

Il se suspend et branle, loin du séjour des humains* .

Cette terre d*où sort le pain

Est, dans ses entrailles, bouleversée comme par le feu.

^ L'aateor décrit ici les trayaax des mines tels qu'ils se pratiquaient do son temps.

s On suspendait les mineurs à une corde pour travailler aux parois de la mine.

Digiti

Ses roches sont le lieu du saphir.

Là se trouve la poudre d'or.

L'oiseau ne connaît pas le sentier qui y mène, L*œll de Tépervier ne Fa point aperçu.

Les bétes sauvages ne l'ont point t<)uîé de leurs pieds, Le lion n'y a pas laissé sa trace.

L'homme porte sa main jusque sur le granit, Il renverse les montagnes par la base.

Il perce des canaux dans les rochers; Son œil contemple tous les trésors.

Il sait arrêter le suintement des eaux,

Il amène h la lumière tout ce qui était caché.

Mais la sagesse*, où la trouver?

Où est le lieu de l'intelligence?

^ U s'agît ici de la sagesse personnifiée et considérée comme une sorte d*iuisesseur de la Divinité. Comparez Proverbes, chap. YIII,

L*horome n'en saurait connaître lé ptii;

On ne la rencontre pas sur la terre des vivants^.

L*ablme dit : t Elle n*est pas en mon sein ; » La mer dit : t Elle ne réside pas en moi. »

On ne l'obtient pas au poids de Yotf L'argent n*est pas le prix dont on rachète.

On ne la pèse pas contre For d'Opbir, Contre Tonyx précieux ni contre le sapbir.

L*or et le verre n'entrent pas en comparaison avec elle; On ne l'échange pas pour dès Tàées d%t fin.

Le corail et le cristal ne sont rien auprès d'elle;

La possession de la sagesse vaut mieux que les perles.

On ne saurait lui comparer la topaze d'Ethiopie, On ne la met pas en balance avec For pur.

Digiti

La sagesse, d*où vient-elleî Où est le lieu de Tintelligence?

Elle est cachée aux yeux de tous les Yivants, Elle est un mystère pour les oiseaux du ciel.

Le gouffre et la mort disent :

€ Nous avons seulement ouï parler d'elle. »

C'est Dieu qui connaît ses sentiers ; Cest lui qui sait où elle réside;

Car il voit jusqu'aux confins de la terre, 11 aperçoit tout ce qui est sous le ciel.

Quand il tenait les vents dans la balance.

Et qu'il mesurait le poids des eaux,

Quand il donnait une loi à la pluie, Et qu'il traçait une voie aux éciaii*s,

Digiti

A ce moment, il Fa vue et Ta proclamée, n Ta fondée et il Fa scrutée ;

Et il a dit à Fhomme :

€ La crainte du Seigneur, voilà la sagesse.

Fuir le mal^ voilà rintelligence. »

Digiti

Job reprît encore sa parabole et dît* :

Oh! qui me rendra tel que j'étais autrefois, Aux jours où Dieu veillait à ma garde ;

Quand sa lampe luisait sur ma tête

Et que sa clarté dissipait devant mes pas les ténèbres ;

Tel que j'étais aux jours de mon automne ^, Quand l'amitié de Dieu planait sur ma tente ;

Quand le Tout-Puissant était encore avec moi, Et que mes fils m'entouraient;

^ Job oublie ses amis et achè?e, comme il avait commencé, par une lamentation sur ses malheurs.

2 C'est-à-dire, de mon âge mûr.

Digiti

Quand je lavais mes pieds dans le beurre,

Et que le rocher répandait pour moi des ruisseaux d*buile;

Quand je sortais pour me rendre k la porte de la ville^ Et que je posais mon siège sur la place publique M

A ma vue, les jeunes gens se cachaient,

Les vieillards se levaient et se tenaient debout;

Les princes retenaient leurs paroles.

Et posaient leur main sur leur bouche;

La voix des chefs restait muette, Leur langue s'attachait k leur palais ;

^ Job est toujours représenté comme on riche bédouin, fiabitatit Ift campagne, et se rendant de temps en temps à la ville, où il Jouissait d*une grande considération. Rappelons encore que la porte représentait, dans les villes d*Orient, Vagora et le fomni des villes grecques et romaines. Là était une large place qui servait à la fois de marché, de lieu d'assemblée populaire, de tribunal. II t*y trouvait des bancs sur lesquels les anciens s'asseyaient pour juger.

Digiti

Car Toreille qui m'entendait me proclamait heureux, L*œil qui me voyait rendait témoignage à ma gloire.

Je délivrais le malheureux qui poussait des cris, Et l'orphelin qui n'avait personne pour l'aider.

Je recueillais la hénédictibn de l'homme près de péri^, Je remplissais de joie le cœur de la veuve.

J'étais vêtu d'innocence comme d'un vêtement; Ma justice était mon manteau et ma tiare.

J'étais les yeux de l'aveugle Et les pieds du boiteux.

J'étais le père des pauvres^

J'examinais avec soin la cause de l'inconnu*

Je brisais la mâchoire de l'injuste,

Et j'arrachais sa proie d'entre ses dents.

Digiti

Et je disais : € Je mourrai dans mon nid S rarriverai à des jours aussi nombreux que le sable.

Ha racine communique avec Peau,

La rosée passe la nuit dans mon feuillage.

Ha gloire reverdira sans cesse,

Hon arc * se fortifiera dans ma main. »

Les assistants m'écoutaient et attendaient mon avis, Us gardaient le silence jusqu'à ce que j'eusse opiné.

Après que j'avais parlé, ils n'ajoutaient rien; Hes discours les humectaient doucement.

Os m'attendaient comme la pluie,

Ils ouvraient la bouche comme pour une ondée.

Quand je leur souriais, ils n'en revenaient pas;

Ils recueillaient avidement les rayons de mon visage.

* G*e8t-àrdire, dans ma maison prospère et au sein de ma famille. > L'arc est pris ici pour le symbole de la force.

Digiti

Quand f allais vers eux, je m'asseyais à leur tête, Je trônais comme un roi entouré de sa garde, Comme un consolateur au milieu des affligés.

Et maintenant je suis la risée d'hommes plus jeunes que moi, Dont j'ai dédaigné de placer les pères Parmi les chiens de mon troupeau.

Que pouvsds-je faire des bras de gens inutiles S Incapables d'atteindre l'âge mûr,

Amaigris par la misère et la faim,

Réduits à brouter le désert,

La vieille terre du vide et du silence,

* Job, dans tout ce qui suit, affecte de rattacher les pères de ses contradiotetirs à ces races inférieures et sauvages, sortes de Ziganes, dont les derniers survivants mouraient de faim aux environs de la Palestine; gens misérables^ dénués de vigueur corporelle, et dont on dédaignait de se servir, même pour les offices les plus humbles.

Digiti

Cueillant leur salade sur les arbustes S N'ayant pour pain que la racine du genêt?

On les repousse du milieu des hommes, On crie après eux comme après le voleur;

Ils habitent dans des vallées saijivages,

Dans les cavernes de la terre et p^mi les rochers;

On les entend braire parmi les broussailles, Ils se roulent pêle-mêle sous les buissons;

Fils d'insensés, fils de gens sans nom.

Chassés h coups de fouet de la terre habibiel

Et maintenant je suis en butte à leurs chansons, Je suis l'objet de leurs malins propos.

A G*e8t-à-dire, réduits à ce degré de misère qu'ils font leur nourriture des Jennei pcasse» des arbres et les mangent en guise de salade«

Digiti

Ils s'écartent de moi avec horreur,

Ils ne détournent pas leur crachat de mon visage.

Ils ne gardent aucune mesure, ils m'insultent; Ils rejettent tout frein en ma présence.

Des misérables se lèvent k ma droite ^ :

Us cherchent à ébranler mes pieds,

Us aplanissent contre moi leurs routes meurtrières*.

Us détruisent les sentiers cpii conduisaient jusqu'à moi» Ils travaillent tous ensemble à ma ruine :

Qui voudrait leur prêter secours?

Us m'assaillent comme par une large brèche, Leurs bataillons se déroulent sous mes décombres.

* G'est*iKUre, se lèvent poar m'accoser. Dans les procès, Taecasatear fi tenait à la droite de raecnsé.

* n se compare à une place aas^née^

Digiti

Les terreurs m*assiéf2:eDt de toutes parts;

Ha prospérité est enlevée comme par un coup de vent,

Mon bonheur a passé comme un nuage.

Et maintenant mon àme se répand en plaintes.

Les jours de l'infortune m'ont saisi.

La nuit perce mes os, me les arrache; Les maux qui me rongent ne dorment pas.

La douleur m*a rendu méconnaissable; Elle me serre comme ma tunique.

Le Très-Haut m'a renversé dans la boue,

Je suis confondu avec la poussière et la cendre.

Je crie vers toi, 6 Dieu, et tu ne m'exauces pas;

Je me tiens debout devant toi, et tu ne me regardes pas.

Tu es devenu pour moi un adversaire implacable, Tu m'attaques avec toute la force de ta main.

Ta m'avais fait monter sur les ailes du vent. Et tu me fais fondre au souffle de Forage.

Car je le sais, tu me mènes à la mort»

Au rendez-vous de tous les vivants.

Vaines prières !.. il étend sa main ; A quoi bon protester contre ses coups?

Que me sert-il d'avoir pleuré avec l'infortuné, D'avoir eu de la compassion pour le pauvre?

J'attendais le bonheur, le malheur m*est échu; J'espérais la lumière, les ténèbres sont venues.

Mes entrailles bouillonnent sans relâche, Les jours du malheur ont fondu sur moi.

Je marche tout noirci, mais non par le soleil ; Je me lève dans rassemblée du peuple, et je crie.

Digiti

Je suis devenu le frère des chakals, Le compagnon des filles de rautruche ^

Ma peau est brunie et tombe en lambeaux.

Mes os sont brûlés par un feu intérieur.

Ma guitare s*est changée en instrument de deuil. Mon hautbois ne rend que des sons de pleurs.

J'avais fait un pacte avec mes jeux :

Je n'osais regarder une jeune fille.

(Quelle part, disais-^e. Dieu me ferait-il d*en hasitl Quel sort le Tout-Piûssant m*enverrait-U de lempyrte?

La ruine n'est-elle pas réservée ait pédhmr^ L'infortune à ceux qui commettoit Fifiiqpûtéî

« C'e&i-à-dire^ semblable aux aoîmaux qai poussent on cri plaintif

Digiti

joa 131

Dieu ne voit-il pas toute ma conduite?

Ne compte-t-il pas tous mes mouvements?]

Si j'ai marché dans la voie du mensonge»

Si mon pied a couru après la fraude»

(Que Dieu me pèse dans de justes balances.

Et il reconnaîtra mon iùtégritéf ]

Si mon pied s*est détourné de la droite voie, Si mon cœur a suivi mes yeux S Si quelque soi»Uuf^ s'esl atts^iée h

Qu'un autre mange ce que j'aurai semé.

Que mes rejetons soient déracinés I

Si mon cœur a été séduit par une femme, Si j'ai fait le guet à la porte de mon voisin %

* G*est-à-dire : Si, au lieu de suivre la loi de Dieu, je n*ai suivi que le Jugeinent charnel des yeux à» Flottille.

C'esH-dire ; Si J'ai épié sa sortie pour commettre un aduitert«

Digiti

Que mon épouse soit Tesclave d*un autre»

Que d'autres partagent son lit I

Car c'est là un crime horrible, Un forfait puni par les juges,

Un feu qui dévore jusqu'à Fanéantissement, Et qui eût détruit toute ma fortune.

Si J*ai dénié la justice à mon esclave,

Ou à ma servantOi dans leurs contestations avec moi ;

(Que devenir, me disais-je, quand Dieu se lèvera?

Quand il viendra nous juger tous deux, que lui répondrai-jef

Celui qui m'a fait dans le sein de ma mère ne l'a-t-il pas fait aussi ? Un même créateur ne nous a-t-il pas formés dans la vulve?)

Si j'ai refusé aux pauvres ce qu'ils demandaient, Si j'ai fait languir les yeux de la veuve ;

Digiti

Si j*ai mangé seul mon morceau de pain, Si l'orphelin n'en a pas toujours eu sa part;

(Dès mon enfance, il a trouvé en moi un père,

Dès le ventre de ma mère, j'ai été le guide de la veuve.)

Si j'ai vu un homme périr sans vêtements»

Le pauvre manquer de couvertures,

Sans que ses reins m'aient béni, Réchauffés par la toison de mes agneaux;

Si j'ai levé la main contre l'orphelin.

Quand je me voyais appuyé à la porte* ;

Que mon épaule se détache de l'omoplate.

Que mon avant-bras soit séparé de l'humérus t

Toujours, en effet, j'ai craint les coups de Dieu, J'ai senti mon impuissance devant sa majesté.

^ C*est-4i-dire , auprès des Juges. Voir ci-dessus, p. 20, nota

Digiti

Si j*ai mis dans For mon assurance, Si j'ai 4it à Tor pur : Tu es mon espoir ;

Si je me suis réjoui de ce que mes richesses étaient grandes, £t de ce que ma main avait entassé des trésors;

Si, en voyant le soleil dans son éclat, Et la lune s'avancer avec splendeur.

Mon cœur s'est en secret laissé séduire,

Et que ma n>:dn se soit portée à ma bouche * ;

(C'est là encore un crime capital ; J'aurais renié le Dieu d'en hautl)

Si je me suis réjoui des infortunes de mon ennemi. Si j'ai été heureux quand le mal Ta atteint;

Si j'ai permis à ma gorge de. pécher.

En demandant sa mort avec imprécation ;

* AUusion h l'adoration des astres, très-répandue parmi les Arabes.

Digiti

Si les gens de ma tente n*ont point dit :

€ Où trouver quelqu'un qui ne se soit pas rassasié de sa table I »

(Jamais Tëtranger ne passait la nuit en plein air. Mes portes étaient toujours ouvertes au voyageur;)

Si fai, comme tous les hommes, dissimulé mes fautes, En cachant mon iniquité dans mon sein ;

Si, n'osant paraître dans la grande assemblée,

£t redoutant le mépris des tribus,

Je me suis tenu renfermé, sans franchir le seuil de ma porte.. . :

(Qui me donnera quelqu'un qui m'entende* !

Voilà ma signature; que le Tout-Puissant me réponde I

Que mon adversaire écrive aussi sa cédule I

- < Job s'interrompt pour déclarer qu'il est prêt à signer tontes les protestalions qu'il vient de faire; il voudrait que Dieu en fit aut^ot. L'usage des plaidoiries écrites existait en Egypte. Diod. Sic^ I, 75.

Digiti

136 tOB.

Je la porterai attachée à mon épaule S

J*en ceindrai mon front comme d'une couronne;

Je rendrai compte à mon juge du nombre de mes pas« Je m'approcherai de lui, Uer comme un prince.)

Si ma terre crie contre moi,

Si mes sillons versent des larmes ;

Si j'ai mangé ses fruits, sans l'avoir achetée, Si je l'ai extorquée à ses légitimes possesseurs;

Qu'au lieu de froment naissent pour moi des épines, Au lieu d'orge l'ivraie.

[Ici finissent les discours de Job.]

' G*est-à-dire : Loin de la cacher par crainte des révélations honteuses pour moi qui çoiuvaient s*v trouver ]e la montrerai hautement comme un titre d« oire.

Digiti

Et les trois amis de Job cessèrent de lui répondre, parce qu'il persistait à se dire juste. Alors s'alluma la colère d'Elihou*, fils de Barakel le Bouzite \ de la race de Ram*; elle s'alluma d'abord contre Job, parce qu'il prétendait maintenir son innocence devant Dieu; elle s'alluma aussi contre ses trois amis, parce qu'ils n'avaient pas trouvé de bonne réponse à lui faire et que néanmoins ils l'avaient condamné- Or, Elihou n'avait pu jusqu'ici répliquer à Job, parce que les autres interlocuteurs étaient plus âgés que lui. Voyant donc qu'ils n'avaient plus aucune réponse à la bouche, il fut pris d'une violente colère.

* Ce personnage n*a point âgoré dans le prologue ; il n*est pas davantage question de lui dans l'épilogue, et c'est une des raisons qui font croire que tout le discours qui suit est d'une autre main.

s Tribu de l'Arabie déserte, parente de celle d'Us,

* Nom inconnu d'ailleurs.

Digiti

Alors Elîhou, fils de Barakel le Bouzite, prit la parole et dit :

Je suis jeune et vous êtes vieux ; C'est pourquoi j'ai tremblé et j'ai craint De vous faire connaître mon sentiment.

Je me disais : « Les jours vont parler,

Les nombreuses années révéleront la sagesse. »

Mais la sagesse est un esprit mis dans l'homme * ; C'est le soufile du Très-Haut qui rend intelligent.

Ce n'est pas l'âge qui fait la prudence,

Ce ne sont pas les vieillards qui discernent la justice.

* Les Hébreux concevaient toute» Iss forces physiques et morales de l'homino comme un effet du souffle de Dieu.

Digiti

I JOP. 139

C'est pourquoi je dis : « Écoutez-moi, Je vais, moi aussi, exposer mon opinion. »

J'ai supporté vos discours,

J'ai prêté l'oreille à vos raisonnements,

Jusqu'à ce que vous eussiez épuisé la discussion.

Je vous ai suivis attentivement,

Et, je le déclare, nul de vous n'a réfuté Job,

Nul n'a répondu à ses paroles.

Et ne dites pas : « Cet homme est la sagesse en personne ; Dieu seul, et non l'homme, peut venir à bout de lui. »

Quoiqu'il ne m'ait pas directement adressé la parole. Je saurai lui répondre autrement que vous.

Les voilà consternés ! ils ne répondent plus : La parole leur a été enlevée.

J'ai attendu qu'ils eussent fini de parler.

Qu'ils s'arrêtassent et qu'ils n'eussent rien à répliquer.

Digiti

Je vais répondre aussi pour ma part, Je vais, moi aussi, exposer ce que je sais.

Car je suis plein de discours,

L'esprit qui soulève mon sein m'oppresse.

Mon ventre est comme un vin renfermé.

Comme une outre de vin nouveau qui se fend.

Je vais parler pour me soulager, J'ouvrirai mes lèvres et je répondrai.

Je ne veux faire acception de personne»

Je ne chercherai à flatter qui que ce scit

Je ne sais point flatter;

Si je le fais, que mon Créateur m'enlève sur-le-champ!

Je te prie donc, Job, écoute mes paroles* Prête Toreille à tous mes discours.

Digiti

Voilà que j'ouvre la bouche.

Ma langue articule des mots sous mon palais.

Mes paroles expriment la droiture de mon cœur, Mes lèvres diront franchement ce que Je pense.

C'est l'esprit de Dieu qui m'a fait,

C'est le souffle du Tout-Puissant qui me vivifie»

Si tu le peux, tu me répondras ; Prépare tes arguments, tiens-toi prêt.

Devant Dieu, je suis ton égal.

Moi aussi j'ai été tiré de la boue.

Mes terreurs du moins ne t'épouvanteront pas; Et le poids de ma majesté ne «%cras^ra pas K

A Allusion k une des pensées que Job allègue le plus fréquemment, sayoir que sa défense n'est pas libre, et que la partie n'est pas égale entre lui et Dieu, celui-ci l'écrasant par des terreurs et par des visions qui lui ôtent sa présence d'esprit.

Digiti

J42 iOB.

Oui, tu as dit à mes oreilles, Et ^entends encore le son de tes paroles :

€ Je suis pur, exempt de totrt péché;

Je suis irréprochable, H ii*y a point d'iniqTiilé en mot.

Dieu cherche contre moi des motifs de haine, U me traite comme son ennemi.

n a mis mes pieds dans les ceps»

Il a Tœil sur tous mes pas. »

En disant cela, te répondrai-je, tu n*as^ pas été juste; Car Dieu est bien au-dessus des humains.

Pourquoi plaides-tu cMtre M f

Il ne rend raison de ses actes à personne.

Dieu parle une fois à Thomme,

Deux fois même... (mais on ne Técoute pas!)

Digiti

D'abord par des songes et aes visions nocturnes, Quand le sommeil pèse sur les mortels, Et qu'ils dorment sur leurs lits :

A ce moment, il ouvre Foreilie de Thomme Et y scelle ses avertissements,

Pour le détourner de ses œuvres mauvaises Et le guérir de son orgueil,

Pour sauver son ftme de la fosse béante, Sa vie du trait qui la menace;

Puis par les douleurs qui le clouent sur sott Ut, Par le décbirement continu de ses os :

Ubomme alors prend en dégoût le pain.

Son cœur a borreur des mets les plus délicats^

Sa chair disparaît aux regards.

Ses os dén\}(jiés s'évanouissent;

Digiti

144 lOB.

Son ftma est à deux doigts de la tombe.

Sa vie est livrée aux Exterminateurs ^

Mais s'il trouve un ange intercesseur, Un des innombrables êtres célestes, Qui lui révèle ce qu*il doit faire,

Dieu a pitié de lui et dit à l'ange :

€ Épargne-lui de descendre dans la fosse;

rai obtenu satisfaction. 3

Sa chair alors devient plus fraîche que dans son enfance. Il revient aux jours de sa jeunesse.

n prie Dieu, et Dieu lui est propice:

Il contemple la face du Très-Haut avec bonheurt

Et le Très-Haut lui rend son innocence.

* G*e3t-à-dire aux anges qui exécutent les vengeances diîines.

Digiti

n s*en va chantant parmi les hommes :

« J'ai péché, j'ai manqué à la justice, Et je n'ai pas été traité selon mes torts.

Dieu a épargné à mon âme de descendre dans la fosse, Il me laisse jouir encore de la lumière. »

Voilà ce que fait Dieu

Deux fois, trois fois, avec l'homme.

Pour le ramener du tombeau.

Pour l'éclairer de la lumière des vivants.

Sois attentif. Job ; écoute-moi ; Tais-toi et laisse-moi parler.

Si tu as quelque chose à dire, réponds-moi; Parle, car je désire te trouver juste.

Si tu n'as rien à dire, écoute- moi; Tais-toi et je t'enseignerai la sagesse,

Digiti

m iou

Elihou reprit et dit :

Sages, écoutez mes paroles; SavantSi prétez-moi Toreille :

Car Toreille discerne les paroles^ Ciomme le palais discerne ton meta»

Tâchons de trouver la justice, Cherchons çntre nous ce qui est hùlL

Job a dit : € JetÊmiMoceaAi Dieu me dénie la justice qui m'eil

Quand je proteste de mon droite )» pa^e fmr mmteiïtt Ma plaie est toujours saignanfe^ qmnqaeje 9^ stmê fè(Mi p

Digiti

Quel homme, en vérité, que ce Job ï Il boit le blasphème comme Veau !

Il a marché dans la société des malfaiteyfâ^ Il a été le compagnon des impiéH }

Car il a dit : « A quoi sert à Thonlfflê

De vivre en bonne intelligeneé ftf 6g Vm f i

Écoute2!-ffioi donc, gens sensés ; Loin de Dieu Tiniquité f Loiadu Tout-Puissant l'injustice !

Il rend à chacun selon ses œuvres,

n fait tenir à chacun le prix de sa conduite.

Non, non, Dieu ne commet point le mal, Le Tout-Puissant ne fausse pas le bon droit.

Qui lui a donné le gouvernement de 1» t^ret Qui a confié à ses soins Tuniver»?

Digiti

S'il ne considérait que lui seul,

S*il retirait à lui sou esprit et son souflOe,

Toute chair expirerait à Tinstant, L*homme rentrerait dans la potissière.

Au nom de la raison» écoute ceci, Prête Foreille au bruit de mes paroles.

Un être qui haïrait la justice pourrait-il gouverner le monde? Oses-tu bien condamner le juste, le puissant.

Qui dit aux rois : t Vaurien I »

Aux princes : t Scélérat I »

Qui ne fait point acception de la personne des grands. Qui ne regarde point le riche avant le pauvre ; Car ils sont Tun et l'autre Tœuvre de ses mains T

Subitement, au milieu de la nuit, les tyrans meurent,

Leurs peuples s'éveillent en tumulte, errent çà et là ;

L*homme puissant disparaît sans qu'on voie la main qui l'emporte.

Digiti

JOfi. 149

Car les yeux de Dieu sont ouverts sur la conduite de Thomme, Il voit distinctement tous ses pas.

Il n'y a point de ténèbres, il n*y a point d*ombre Où puissent se cacher ceux qui commettent le mal.

Dieu n*a pas besoin de regarder Thomme deux fois Pour prononcer sur lui son jugement.

Il brise les puissants, sans examen»

Et il en met d'autres à leur place ;

Car il connaît leurs actions ;

n les renverse de nuit S il les brise.

Il les frappe comme des malfaiteurs, A la vue d'une foule qui les regarde.

A G*e6t-à-dire à l'heure où ils s'y attendent le moins

Digiti

C^F, aa i'éleigBaal de lui,

fîQ négligeant ses commandements,

lis avaient fait monter vers lui le cri du pauvre, Ils ravalent forcé d'entendre le cri des malheureux.

Qui peut trouver à redire, quand Dieu pardonne 7 Mais aussi qui peut l'affronter, quand il cache son visage * Sur les nations et sur les particuliers,

Pour faire cesser le règne de l'impie

El l'empêcher d'être le fléau ç[6 §on peup^QÎ

Cet impie avait-il dit à Dieu :

« }'ai été puni, je ne pécherai plus ;

Montre-moi ce que je ne sais pas voir;

Si j'ai commis l'iniquité, je ne te ferai plus ' 7 »

^ Dieu cache son visage sur une nation^ <f\mé il entre à s^r) ég§rd éiMM iH desseins impénétrables et lui prépare des révolutions inattendues.

s C'est-à-dire : Cet impie n'avait paa voulu se soumettre aax premiers châtiments de Dieu ni reconnaître quUl pouvait bien les avoir mérités par des fautes qu'il ignorait. U est probable que, sous les traits de cet impie, £lihou veut indirectement désij((\^ Jo^

Digiti

Dieu prendra-t-il ton avis pour punir un tel homme T Te dira-t-il : € Sois son juge à ma place?

Parle selon ce que tu sais. »

Que les gens sensés me répondent, Que Tbomme sage me prête Toreille.

Job n*a point parlé selon la science,

Ses discours ne sont point conformes à la raison.

Eh bien I que Job continue d'être éprouTé, Puisque ses réponses ont été celles d'un méchant

À ses crimes il a ajouté Timpiétâ; Il se moque de nous en face, Il fatigue Dieu de ses discours.

Digiti

159 lOB.

Elihott prit encore la parole et dit* :

Peux-tu croii'e que tu as eu raison Et que tu as trouvé une justification devant Dieu,

Quand tu as dit : « Que me sert mon innocence? En quoi suis-je mieux traité que si j*avais péché T »

Moi, je vais te répondre, Et à tes amis en même temps.

' Ces reprises pourraient faire croire, au premier coup d'oeil, que les diverses* parties du discours d*Ëlihou ont été composées successivement. Mais il est assez dans l'habitude des Orientaux d'insérer plusieurs fois dans le courant d'un discours la formule : « D dit, » équivalente à des guillemets.

Digiti

lOB. 153

Considère les deux et regarde ; Vois les nuées : elles sont bien hautes pour toi i

Si tu pèches, qu'est-ce que cela lui* fait?

Si tes crimes se multiplient, que lui importe ?

Si tu es juste, que lui en revient-il ?

Quel avantage lui procure ton innocence?

Tes péchés ne peuvent atteindre que tes semblables, Ta justice ne peut servir qu'aux fils de Fhomme.

Les faibles, il est vrai, gémissent dans l'oppression, Ils crient sous le bras des puissants.

C'est qu'ils n'ont pas dit : « Où est Dieu, notre créateur. Qui remplit la nuit d'hymnes de joie %

* Lltisage de désirer Dieu par le pronom de la 8* personne était assez ordinaire chez les anciens Hébreux. Le nom d'Blihou (Il est mon Dieu) en est loi-mème un exemple*

* Cest-iKlire, qui change l'infortiine en allégresse.

Digiti

lU lOB.

Qui nous instruit de préférence MX béte^ des champs, Qui nous rend sages de préférence aux oiseaux du cielt »

Voilà les gens qui crient, sans être exaucés, Sous le poids de la tyrannie des méchants.

Dieu, en effet, n'écoute pas la frivolité, Le Tout-Puissant n'y tourne pas les yeux.

^and tu lui reproches de ne pas se soucier de nous. Ta cause est devant lui ; attends son jugement.

Mais, parce que sa colère ne s'exerce pas encore, Parce qu'il fait semblant d'ignorer nos fautes.

Job en profite pour se répandre en vains discours Et multiplier les paroles sans vraie science.

Digiti

lOa 155

Elihou dît encore :

Attends un peu, et je te donnerai des leçonSf

Car j'ai encore des motifs h faire valoir pour Dieu,

Je prendrai mes principes de loin*, Je donnerai raison à mon Créateur.

Mes paroles, en effet, ne sont pas mensongères : C'est un homme d'une science accomplie qui te parle.

Dieu est grand, ei pourtant il ne repousse personne; C'est par la force de son intelligence qu'il est grand.

* Elihou s'annonce comme devant révéler une doctrine profonde et inatten^ due. Voilà pourquoi il demande le temps de se recueillir.

Digiti

156 lOB.

n ne laisse pas vivre le méchant, n rend justice aux faibles.

n ne détourne pas les yeux de dessus les justes^ n les fait asseoir sur le trône avec les rois» U les exalte pour Téternité.

Que si parfois ils tombent dans les fers, S'ils sont pris dans les liens du malheur %

n leur fait voir qu'ils l'ontmérité par leurs actes. Par leurs péchés, par leur orgueil ;

n ouvre leur oreille à ses réprimandes, n leur dit de renoncer à Tiniquité.

S'ils l'écoutent, s'ils se soumettent.

Us finissent leurs jours dans le bonheur, Et leurs années dans le plaisir.

* Tout ce qui soit se rapporte indirectement à Job»

Digiti

Mais s*i1s ne Técoutent pas, ils périront par les armes, Ils expireront sans s'être reconnus.

Les impies conçoivent le dépit dans leur cœur, Ils ne prient pas, quand Dieu les jette dans les fers :

Aussi meurent-ils dans leur jeunesse,

Et leur vie est-elle comme celle des hiérodules *.

Mais Dieu délivre Thomme humble qui souffre; C'est par la souffrance qu'il lui donne ses avis.

Toi aussi, il te fera passer d'une étroite prison Dans un espace libre et sans limites ; Ta table sera couverte de mets succulents.

Tu avais rempli la mesure de crimes d'un méchant; Tu en as subi la sentence et la peine.

« Hiérodules des temples de Syrie, voués à d'infâmes prostitutions et à une mort précoce»

Digiti

159 JOa

N'espère pas détourner la colôr» de Dieu par um anende» Que la confiance d'échapper par une grosse rançon ne Vigart pas I

Crois-tu qu'il fera entrer tes richesses en compte? L*or et tous les trésors du monde ne sont rien pour lui.

N*appelle donc pas la nuit de tes vœux,

Cette nuit où les peuples sont anéantis sur place ^

Garde-toi de revenir à ces pensers coupables, Où tu as osé préférer là mmt m ttialbettr.

Dieu est sublime dans sa puissance; Qui sait comme M dofîdéf dcfS leijonsf

Qui lui trace la voie qu'il âoH strftréf Qui peut lui dire : « Tu as mal fait? »

> Âllasion aux passages où Job a appelé de ses yœnx la mort on un prompt Jugement de Dieu.Le jugement de Pieu est toujour» ceosé s'exercer de nni^ par de grands coups qu'il frappe sur les rois et les peuples. Voir ei-dessusyp« 14S-i494

Digiti

Songe plutôt & i^oriâer go» (Auvreft^ Que célèbrent les cbaatA de» huittaio».

Tous les bornai lesr adimreiitf Le mortel les contaonide de loiiu

Dieu est trop grand pour qcté mns ptifssidiis te connâftré; Le nombre de ses années est incalculable.

n attire à lui les émanations ée& émt,

Qui se fondent en pluie et forment ses vapeurs ;

Les nuages les répandent ensuite;

Elles tombent en gouttelettes sur la foule des hommes.

Comment surtout comprendre te déchirement des fitiéèâi Les craquements de son pavillon *T

^ Le» nuagss %ai portai la f(Màm Mal ftpréMBti» mMHM è9ê Uam tfù Dieu se cache pour lancer ses traits;

lâO lOB.

Tantôt il se couvre de ses éclairs comme d'un rideau, Tantôt il semble se cacher au fond de la mer^

Les orages lui serrent à la fois pour punir les hommes Et pour leur fournir une nourriture abondante.

n revêt sa main de carreaux lumineux, Et il les lance contre ses ennemis.

Le fracas de sa marche Tannonce,

Ueffroi des troupeaux révèle son approche *.

Pour moi, dans ces moments-là, mon cœur tremble Et bondit hors de sa place.

Écoutez, écoutez le fracas de voix

Et le grondement qui sort de sa bouche.

* n B'agit ici des alternatives de lumière et de ténèbres qui ont lien dans les orages. Les nuages sont comparés à une mer sombre et profonde.

^Les anciens prêtaient aux troupeaux un pressentiment de a foudre. Virg., Georg,, i, 373 et sui?.

Digiti

Il en remplit toute la voûte du ciel,

Ses éclairs atteignent jusqu'aux bords de la terre ^

Après réclair vient le rugissement de sa voix;

Il tonne de sa voix superbe;

Quand on entend sa voix, le trait n*est déjà plus dans sa main

Dieu tonne de sa voix merveilleuse,

Il fait de grandes choses que nous ne saurions connaître.

Il dit à la neige : « Tombe à terre. »

Il commande aux ondées et aux pluies violentes.

Il met ainsi les scellés sur la main des hommes ', Afin que tous apprennent à connaître leur créateur.

1 La terre est conçue comme un tapis étendu ; les extrémités do la terre sont en quelque sorte la bordure du tapis. Voir ci-dessous, p. 167.

2 C'est-à-dire, il les condamne à iMnaction par le froid et par Tlmpossibilité de travailler aux cbamps.

Ifô JOB.

L*aniinai entré alors dans son gtte Et se repose dans sa tanière.

L'ouragan sort de ses retraites cachées*.

Les brises boréales amènent le froid.

Au souffle de Dieu, se forme la glace, L'eau se contracte et se serre.

Il charge la nue de vapeurs humides ;

Il pousse devant lui les nuages qui portent sa foudre :

Ceux-ci se portent d^ côté et d'autre, sous sa direction, Pour exécuter tout ce qu'il leur ordonne Sur la face de la terre habitée,

Soit qu'il veuille punir ses créatures.

Soit qu'il en fasse un instrument de miséricorde.

* Sortes d's^ntres d*ÉoIe, où reposent les vents Comparez ci-dessous, p. 1G9 et Psaume cxxxv (Vulg. cxxxiv), 7è

Digiti

Job, prête roreille à tout ceci ; Lève-toi, et considère les merveilles de Dieu .

Sais-tu quels desseins président à ses miracles , Et pourquoi il fait éclater le feu de ses nuées?

Connais-tu la loi d'équilibre des nuages, Les secrets de celui dont le savoir est parfait?

Pourquoi tes habits sont-ils chauds.

Quand la terre se repose aux bouffées du midi?

Saurais-tu comme lui battre les nues au marteau Pour les rendre solides ainsi qu'un miroir de mét^l? .

Fais-nous connaître ce qu'on peut lui répondre!... Mais plutôt, taisons-nous, ignorants que nous sommes I

î)e grâce, que mes discours ne lui soient point rapportés! Jamais homme a-t-il désiré sa perte * ?

' Allusion aux passages où Job, au risque d'encourir la mort, a demandé 4ae 168 discours fussent portés au trône de Dieu*

Digiti

164 lOB,

Au momenl où on ne voit pas le soleil,

Où sa lumière est cachée derrière les nuages,

Qu*uD coup de vent passe, le ciel est pur ^

Un rayon d*or vient tout à coup du septentrion, admirable splendeur de Dieu I

Nous n*atteindrons jamais le Tout-Puissant : grand par la force, Grand par le droit et la justicoi il ne répond à personne.

Que les hommes donc le craignent t

Il n*honore pas d*un regard tous les sages de la terre.

* EUhoa flonble vouloir dire par là que noos n'entroToyons la divinité qae par échappées et aa millea de 1)eaacoap de noagea.

Digiti

Alors Jéhovah répondit à Job* du sein de la tempête*, et dit:

Quel est celai qui obscurcit ainsi la Providence Par des discours dénués de savoir?

Ceins tes reins, comme un homme*; Je vais t'interroger, et tu me répondras.

Où étais-tu, quand je posais les fondements du monde? Indique-le-moi, si tu possèdes la sagesse.

A II n'est pas tenu compte d*£lihou , sans doute parce que le discours de ce dernier a été interpolé après rachèvement du poSme.

3 Dieu, dans la pensée des Hébreux, ne se révélait à l'homme que caché d ans des nuages et annoncé par le tonnerre.

* C'est-à-dire, prépare-toi à répondre. Jéhovah se rend au vœu si souvent exprimé par Job, savoir que Dieu veuille bien se mesurer avec lui.

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Qui a réglé les mesures de la terre (tu le sais sans doute} ; Ou qui a tendu sur elle le cordeau?

Sur quoi ses bases repcsent-^Ues, Ou qui jete sa pierre angulaire,

Quand les étoiles in matin chantaient eii chœur»

El que les fils de Dieu poussaient des crb d'allégresse^ T

Qui a fermé la mer Lvec des portes, Quand elle jaillit et s'élança de la vulve *,

Quand je lui donnai la nue pour vêtement, Le nuage ténébreux pour langes,

Quand je lui traçai des limites.

Que je lui posai des battants et des verrous»

' Sur les fils de Dieu, voir ci-dessus, p. 4«

t La mer est censée s*être élancée du sein de la terre et avoir, dans ce premier bond, envahi tous les continents.

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Et que je lui dis : « Tu viendras jusqu'ici, non au delà; Ici expirera Forguël de tes flots? »

As-tu, depuis que tu existes, donné des ordres au matin? As-tu enseigné sa place à l'aurore.

Pour qu'elle saisisse les bords de la terre.

Et qu'elle en secoue les méchants^?

A son apparition, le monde change comme la terre sigillée*; Uunivers se montre sous un riche vêtement;

' La terre est conçue comme un tapis étendu. L'aurore, en Péclairant instan« tanément d'un bout à Tautre, effraie par son apparition subite les malfaiteurs, et les fait fuir, de même que Ton prend les quatre coins d'un tapis et qu'on le secoue pour en chasser la poussière.

* L'aurore fait sur le monde l'effet d'un sceau sur la terre sigillée, en dounant de la forme et du relief à la surface de runiyers, qui pendant la nuit est comme un chaos indistinct. Les Orientaux scellaient avec une argile grasse en guise de cire»

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Les malfaiteurs voient s'éteindre leur lumières Le bras déjà levé pour le crime est brisé.

Es*tu descendu jusqu'aux sources de ia mer'?

res-tu promené au fond de rabtme?

Les portes de la mort se sont-elles montrées à toi? As-tu vu le seuil des ténèbres?

As*tu embrassé la longueur du monde?

Parle, puisque tu sais tout.

Sais-tu quel chemin conduit au séjour delà lumière, Et en quel lieu résident les ténèbres,

* La nuit est le Jour des malfaiteors, puisque c*est elle qui leur fournit le moyen d'exécuter leurs méfaits.

> Les Hébreux croyaient qu'au fond de la mer, comme au fond d'un puits oa d une fontaine, étaient des sources qui l'alimentaient.

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De manière h leur assigner leurs bornes respectives, Et à connaître Içs sentiers 4)ui mènent à leur maisonf

Tu le sais sans doute t car tu étais ne avant elles ; Le nombre de tes jours est si grandi

Es-tu entré dans les trésors de la neigef As-tu vu les arsenaux de la grêle,

Que je ménage pour le temps de la détresse, Four le jour de la guerre et du combat?

Par quelle route la lumière se divise4-elle« Et le vent d'est se répand-il sur la terre?

Qui a ouvert des rigoles aux ondées * ?

Qui a trace leur voie aux flèches de la foudre»

* Les ploies tombant par filets continiui sont censées couler de petites gouttières que Dieu leur a ménagées dans le firmament.

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Pour que la pluie tombe sur la terre inhabitée, Sur le désert où il n'y a point d'hommes^ ;

Pour que la plaine vaste et vide soit arrosée, Et que les gazons des prairies reverdissent?

La pluie a-t-elle un père?

Qui engendre les gouttes de la rosée t

Du sein de qui sort la glace?

Et le frimas du cieli qui Fenfante?

Les eaux se condensent comme la pierre, Et la surface de Tabtme se durcit.

Est-ce toi qui serres les liens des Pléiades*, Ou pourrais-tu relâcher les chaînes du Géant'?

^ Dieu insidte sur cette circonàtance pour humilier Phomme et lui montrer que la terre n'a été faite ni par lui, ni pour lui. s C'est-à-dire : Qui les retiens entassées Tune près de Tautre^ » Voir ci-dessus, p. 87»

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Est-ce toi qui amènes les constellations en leur temps, Qui fais lever la Grande-Ourse avec ses petits * T

Connais-tu les lois du ciel?

Est-ce toi qui règles ses influences sur la terre T

Pourrais-tu, en commandant aux nuages»

Attirer sur toi des torrents de pluie ?

Les éclairs marchent-ils à ton ordre?

Te disent-ils : « Nous voici ? »

Qui a mis la sagesse dans les entrailles de ThommeT Ou qui a donné Tintelligence à son cœur?

Qui pourrait compter les nuées avec exactitude? Qui incline les urnes du ciel*,

* Les petits de la Grande-Ourse sont les trois étoiles qui forment sa queue. 3 Les Hébreux et les Arabes se représentaient les nuages qui portent la pluie comme des outres ou des cruches pleines d'eau.

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De manière à couler la poussière en une masse solide Et à donner de la cohésion aux glèbes des champs?

Est-ce toi qui chasses pour le lion sa proie, Qui rassasies l'appétit des lionceaux^

Quand ils sont couchés dans leurs tanières,

Et qu'ils se tiennent ^n embuscade dans les taillis ?

Qui prépare au corbeau sa pâture, Quand ses petits crient vers Dieu Et errent çà et là, chassés par la faim ?

Connais-tu le temps où enfantent les chamois du rocher ? As-tu observé les biches quand elles mettent bas?

As-tu compté les mois de leur grossesse?

Connais-tu le temps où elles enfantent?

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Elles se mettent à genoux» déposent leur fardeau, Et sont quittes de leurs douleurs.

Leurs petits se fortifient et grandissent en plein air. Us s'en vont et ne reviennent pas vers elles.

Qui a lâché Tonagre en liberté?

Qui a brisé les liens de Tàne sauvage,

A qui j'ai donné le désert pour maison, Pour demeure la terre salée * ?

n dédaigne le tumulte des villes,

n n'entend pas la voix du conducteur.

n parcourt les montagnes pour y trouver ses pâturages, Il y poursuit le moindre brin de verdure.

A Le trait caractéristique de la plupart des déserts, eu OrlttlkttLttn& couclio de (Ml %w tendisse tQttnss s«m cosse I^ iàsnrfftco du 9ol«

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Le buffle voudra-t-il te servir?

Passera-t-il la nuit dans ton étable?

L*attacheras-tu au sillon avec une corde?

Consentira-t-il h herser les vallées derrière toi ?

Te fleras-tu h lui parce que sa force est grande? Lui laisseras-tu le soin de tes travaux?

Compteras-tu sur lui pour rentrer ton grain, Et pour recueillir le bïé sur ton aire ?

L'aile de Fautruche bat sans cesse *, Et pourtant est-ce une aile pieuse *, ou même une aile?

• L'autruche marche les ailes entr*ôuvertes et semble battre ainsi des ailes à chaque pas.

> Il y a ici un Jeu de mots, tiré de ce que la cigogne s'appelle en hébreu hasida ou pieuse. L'auteur oppose la cigogne à Tautruche, et voit une merveille dans ce fait, que de deux animaux si semblables, Tun soit un exemple de piété, l'autre on prodige de dureté^

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Elle abandonne ses œufs à la terre, Elle les fait chauffer sur le sable.

Elle ne songe pas qu*un pied pourrait les écraser, Et que les bétes des champs pourraient les fouler.

Elle est dure pour ses petits comme s'ils n'étaient pas siens; Elle se soucie peu que ses douleurs aient été vaines.

C'est que Dieu Ta privée de sagesse

Et ne lui a pas donné de part dans l'intelligence.

Mais la voilà qui se bat les flancs pour s'élever ' ; Elle se rit du chevsd et de son cavalier.

Est-ce toi qui donnes au cheval la force.

Qui revêts son cou d'une crinière flottante?

^ Quand elle prend son élan en battant des ailes, rautruclie ne réussit pas à voler; mais elle surpasse à la course le chevai le plus rapide.

Est-ce toi qui le fais bondir comme une sauterelle f Son frémissement superbe répand la terreur.

n creuse du pied la terre, il est fier de sa force; Il va au-devani des armes ennemies.

n se rit de la crainte ; il ne tremble Ni ne recule devant Tépée.

Sur son dos retentit le carquois, La lance étincelante et le javelot.

n frémit, il hennit, il dévore la terre * ;

n ne se possède plus quand le clairon sonne.

Au premier bruit de la trompette, il dit : « Allons I »

De loin il flaire la bataille,

La voix tonnante des chefs et )es cris de rarmée^

* Expression fréquente chez les po6tes arabes pour peindre la course rapide d'un cheyal qui, en galopant la bouche entr'ouyerte, a Tair de dévorer Tespace et le sol deyant lof» '

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