PLUS TARD
Sur les hautes maisons le feston augustal
Du passiflore éclos festonnait les gouttières;
Sous le kiosque aussi festonné de métal,
Près des bouquets flétris, chantaient les bouquetières.
Le passiflore éclos festonnait les gouttières,
Un frisson parcourait les tentes des cafés,
Près des bouquets flétris chantaient les bouquetières
Dans la langueur de l'air des rythmes étouffés.
Un frisson parcourait les tentes des cafés.
Aux rayons chauds s'entr'ouvaient les feuilles méchantes,
Dans la langueur de l'air des rhythmes étouffés
Se heurtaient au froufrou des jupes chuchotantes.
Aux rayons chauds s'entr'ouvraient les feuilles méchantes, Et sous l'obsession du rais appétissant
Je marchais au froufrou des jupes chuchotantes, Et des rêves subtils s'exhalaient de mon sang.
Et sous l'obsession du rais appétissant J'avais le désir d'une a la fringante allure ; Et des rêves subtils s'exhalaient de mon sang, De chercher l'ombre en son ombreuse chevelure.
J'avais le désir d'une à la fringante allure, Aux yeux couleur de ciel très bleu, de ciel mouillé Laissant déjà vers moi jouer sa chevelure, Lorsque je le revis par le parc enfeuillé.
Les yeux couleur de ciel très bleu, de ciel mouillé, Où l'âme aurorale se lève en l'innocence (Tels il les eût), il va par le parc enfeuillé, Quand je rêve d'amour mourant de souvenance.
Et l'âme aurorale se lève en l'innocence De ses yeux. Baisers doux-amers sur le trottoir! Quand je. rêve d'amour, il meurt de souvenance. Je l'aimais tant qu'il me fit mal de le revoir!
Aux mots doux-amers échangés sur le trottoir II se ranime et, laissant mon rêve illusoire,
Moi, reprenant du cœur pour pouvoir le revoir,
Tous deux, des bonheurs morts nous exhumons la gloire.
Il se ranime et, laissant mon rêve illusoire,
Je lui prenais la main. Il était bien changé
Ce front d'Enfant Jésus provocant dans sa gloire.
Que la virilité naissante a ravagé.
Je lui prenais la main ; il était bien changé : Car il fut de ceux-là devant être ange ou femme Par la virilité naissante ravagé.
L'orgueil du corps ne fut qu'un prétexte de l'âme .
Car il fut de ceux-là devant être ange ou femme. Et comme se nuance un pétale sidéral, L'orgueil du corps ne fut qu'un prétexte de l'âme ; La rose s'empourpre pour l'insecte amical.
Ainsi se nuance un pétale sidéral Pour faire éclore d'amour les étoiles voisines. La rose s'empourpre pour l'insecte amical, Le papillon grisé dort sur les balsamines,
Fait éclore d'amour les étoiles voisines,
La lune langoureuse aux blanches voluptés,
nous 43
Le papillon grise dort sur les balsamines, Lui, fut l'enfant des désirs, des passivités
La lune langoureuse aux blanches voluptés Fait palpiter de lumière tout cœur stellaire. Lui, fut l'enfant des désirs, des passivités ; L'aimer, c'était le conquérir, c'était lui plaire.
Le cœur du firmament palpitait de lumière, En feuillages émus vibrait le cœur universel, J'en vins, agenouillant devant lui ma crinière, Aux enlacements fous des anges de Missel.
En feuillages émus vibrait le cœur universel Sous lesquels épuisant des ivresses entières, Aux enlacements fous des anges de Missel, Pâmés, nous souvenant, nous nous baisions sur les paupières
Jusqu'à ce que le soleil, lui, las de courses solitaires, Marquât à tlots de sang son suicide occidental. Toujours sur les maisons le feston augustal Du passiflore éclos festonnait les gouttières.
A Mllc Solange d'
Lorsque j'entends un chœur sous les nefs d'une église.
Quand l'opéra bruyant m'ensorcèle et me grise;
Quand, brodant sa dentelle une fille à l'œil clair,
Assise à sa croisée y gazouille un vieil air,
Je pense à Mirzaël, à ses chansons gentilles :
Joyeux frissons, soupirs mielleux, essor de trilles.
La musique des flots, la musique des bois,
La musique du cœur s'unissaient dans sa voix !
Grâce à lui, chaque mot prenait une existence.
Sa jeune âme emplissait, vivifiait la stance.
A force d'être vrai, c'était sublime; et lui
Dédiait ce triomphe au poète ébloui !
Etre artistes tous deux et s'aimer de la sorte !
Tandis que son refrain m'obsède, me transporte
En songe, il récitait mes derniers vers, vibrant,
Il rêvait de Musset, — moi, de la Malibran.
Il m'aimait poète, et c'est le rayon de ses yeux qui lit germer ma poésie. Voici :
Par les matins mouillés du mois de mai, par les aprèsmidi en flamme de juin, semées d'ombrages chanteurs, sur de blancs cailloux et des fils d'eau, combien est délectant le chant des oiseaux !
Et les notes pleuvent des arbres et sautillent sur le gazon, et comme deux amoureux diapasons, vibrant ensemble, tel s'émeut l'unisson berceur des oiseaux intérieurs ; et c'est un charme.
Voici que pépie le moineau franc et les Désirs inconstants avec lui pépient.
Et ses ailes arrosées de rosées, l'alouette les essuie aux nues ; tels nos Espoirs, par les nuages de l'Inconnu.
Et hochant leurs queues, les vives mésanges, et les cailles pondérées et rhythmiques et les chardonnerets dorés, évoquent les Ferveurs, les Ferveurs d'ange et les Ambitions, pondérées vers les horizons dorés; et c'est un charme.
Parmi les paysages effeuillés d'octobre, où les arbres se tordent dans des rougeurs, dans les sites neigeux où s'essorent en silence de tremblants papillons très blancs, dans les nuits bleutées de Noël où sous les bises stridentes grincent les carillons, quand aux deux froids s'irradie l'étoile des Mages, quand Jésus sur sa paille a froid et qu'ont froid les berceaux, — combien délectant le chant des
Voici de très vieilles maisons. N'avez-vous pas souvent rêvé, aux lueurs paradisiaques des nuits tombantes ; n'avezvous pas souvent rêvé — dites — lorsque les dernières gouttes de pluie au bord des toits palpitent, n'avez-vous pas souvent rêvé, accoudés à de hautes fenêtres, ou sur des terrasses aux malons disjoints où poussent les violiers et les jusquiames
— n'avez-vous pas souvent rêvé, sur les toits laissé vaguer
— votre âme ?
Oh ! l'aspect des toits, les ondulations des tuiles avec leurs mousses, les étamés conduits par où fuit l'eau de pluie, et les étagements avec leurs mousses ! Et sur les nids sans œufs où toilettent quelques débris de plumes, la chouette aux yeux ronds cerclés de jaune miaule et regarde les étoiles de nuit. Tel l'Ennui.
Par les neiges s'en vont les grives. Elles piaillent au souvenir des ivresses du genièvres. Parles plates banalités de la vie, un goût de baisers parfois vous monte aux lèvres.
Et Pâtre flambe et sa chaleur fait épanouir les fleurs de la tapisserie. Et sur la cheminée, en une carafe de cristal clair, une bulbe de jacinthe émet un fin réseau de radicelles comme une radiation de la sève. Un rouge-gorge, le cou tendu, hérisse ses plumes contre la vitre. Toujours il neige... Une baptismale fillette entre-bâille les abat-jour, et le rouge-gorge va baiser la jacinthe. C'est l'oiseau du Rêve.
Mais pour que chante la Poésie, il faut qu'une note d'amour lui donne le ton ; il faut une aube d'amour pour qu'il s'éveille à cet oisillon joli.
Car la Poésie est un oiseau bleu Qui va becqueter dans la main de Dieu Le mystère, cette graine de mil Née aux frondaisons du céleste avril.
Et cet oiseau dort au fond de toute âme, C'est le plus souvent une voix de femme, Une voix de femme amoureuse qui Provoque l'éveil, l'éveil alangui.
En le touchant la vibration première Allume son sang, ouvre sa paupière, Et comme sous une aube qui le réchauffe, Son aile frissonne un frisson de strophe.
Et ce ne fut point la voix d'une femme Qui lui lit en moi déployer sa gamme Aux tons variés comme un arc-en-ciel, Mais ce fut ta voix, ta voix, Mirzaël.
Mirzaël chantait bien des choses :
Blanches romances, chansons roses.
Sur les orgues du souvenir Je les entends rire ou gémir.
A leur musique, à leur couleur, joignant le verbe. Des lambeaux de mon cœur je lierai cette gerbe.
Quand la brise du soir Passe sur ma vallée, Je crois encor le voir, Mon âme est consolée.
(Air qu'il chantait.)
Sur la terre descend
La nocturne rosée ;
D'un astre incandescent
Chaque perle irisée S'allume et tremble au vent du soir.
Et l'encensoir Des lys odore à ma croisée.
La brise en la forêt Soulève un frais tumulte.
Mirzaèl m'apparaît
Tel qu'aux jours de mon culte Au clair de lune évocateur
Qui parle au cœur Loin du réel, loin de l'insulte,
Soudain, je vois surgir Notre étrange collège Où tu vins t'alanguir, Ame aux blancheurs de neige,
Le couloir plein de Crucifix Où tu me fis
L'éternel aveu qui m'assiège.
Je te vois svehe, et fin, Semblant battre des ailes, Langoureux séraphin, Le ciel dans tes prunelles,
Dans l'étude aux silences lourds, L'ombre des cours
Ou le demi-jour des chapelles.
Là-bas, je nous revois Sur nos voisins pupitres ; Les nids crient sur les toits,
Le soleil luit aux vitres.
Penches sur Montaigne et séduits,
Je t'en traduis Certains délicieux chapitres.
Aux cieux court, puis s'éteint Une comète fauve, La brise du soir geint, Geint aux touffes de mauve,
Tel ton frémissant frôlement Quand, doucement
Tu venais vers ma blanche alcôve.
Sur mes rêves défunts Je pleure avec la brise :
Dans ses vivants parfums Ton souffle encor me grise.
Au clair de lune évocateur Qui rend au cœur
L'ivresse que le temps m'a prise !