TON NOM
A François Coppêe.
Ainsi qu'un manteau parfumé, Ton cher souvenir m'enveloppe.
Aux champs, ton nom fait se pâmer Le languissant héliotrope.
Fait se pâmer le jasmin blanc, Ton blanc nom que partout je grave, Que partout je grave en tremblant, Ton tout petit nom si suave.
Les lettres en sont dessinées Sur les grands monts, sur les rochers Où quelques grêles graminées Courbent leurs fétus panachés.
Sur les rocs branlants dont la chute Fait crouler des pics nébuleux, Perle d'eau, coquille en volute, Lichens torses, romarins bleus.
Dans les grottes où l'eau palpite.
Ainsi que mon cœur enfiévré, Où des larmes de stalactite, Pleurent mon fou rêve adoré!
Oh ! j'écris sur l'écorce lisse Ton nom, et sur les troncs rugueux (Afin que chacun le bénisse), Sur l'orme et dans le saule creux.
Et sur le sureau d'où s'échappe L'arôme énervant, endormeur; Sur le marronnier dont la grappe Fleurit, s'effeuille au vent et meurt.
nous 39
Jusque sur les corolles larges Du lys et du rhododendron Et sur les poétiques marges De Baudelaire et de Byron.
Sur le tabernacle je grave Epouvanté... d'un doigt tremblant, Ton tout petit nom si suave,
Et sur la Vierge au voile blanc.