CITRONNELLES
A Laurent Des Aulnes.
Dans mon jardinet sont des citronnelles, Des boules-de-neige aux pétales floconneux, Et les lierres en leurs jeunesses éternelles Sont plus frais dans la fraîcheur des cieux,
Et j'aime à rêver près des citronnelles. Des boules-de-neige aux pédales floconneux, Aux baisers de jadis — fraîcheurs éternelles. Aux baisers futurs — je ne sais sous quels cieux!
HPILOGUE
Aux Dames.
Ton âme sent bon comme une jonquille : Puisque « tu me veux » ô cher rougissant, Pourquoi n'es-tu pas une jeune fille :
Nous pourrions alors mêler notre sang.
Tes cheveux aux miens, rieurs, tu les mêles; Nos bouches en feu se collent longtemps ; Pourquoi n'as-tu pas de chaudes mamelles, Un nombril royal, des reins palpitants ?
Dans la sainteté des nuits nuptiales,
Sous le sacrement nous joindrions nos flancs ;
Une nuit d'amour calme bien des râles
Et fait s'assoupir des désirs hurlants.
O rêve impossible ! ô substance dive, Qui serait ma vierge et qui serait toi ! Dieu dont chaque vœu sur la terre arrive . Pourquoi n'est-ce pas là ton vœu, — pourquoi
La main sur le eœur marcher en silence,
S'en aller tout seul dans l'éternité,
Quand des cieux blafards le Très-Haut nous lance
Les éclairs violets de stérilité !
Stérile !... maudit!... ce « Je t'aime » énorme Qu'aux siècles jeta ton cœur éperdu ! — Et pourtant on dit que tout se transforme, Que rien ne se perd. — Seul, il s'est perdu?
Mais non. Sous l'obstacle une Force acquise Se change en Chaleur, féconde et produit; Ainsi de l'amour que le Réel brise En intelligence il se change et luit.
Voici que sous tes ardeurs virginales Mon jeune cerveau se mit en frisson :
Il sortit de mes couches cérébrales Ce livre ingénu comme un enfancon.
Ses beaux petits yeux ont d'intenses flammes Et son front est blanc comme votre lait, Dames au cœur tendre, ô douces Mesdames, Prenez en pitié notre enfantelet !