LE JARDIN
Sur un mur fendillé chuchotent les avoines, Et les sureaux, avec leurs éventails fleuris, Saupoudrent de blancheur l'incarnat des pivoines, "Le violet des iris.
Les gazons ondoyants se parsèment de trèfle ; Dans l'odorant bosquet bordé de peupliers, Les fleurs des cerisiers se meurent, et la nèfle Mûrit avec bonheur aux rameaux des néfliers.
Asseyons-nous un peu sous l'ombre de ce troène, Secouant la fraîcheur d'un feuillage lustré, Je te lirai — tu sais — les beaux vers d'Henri Heine Qui te font soupirer.
Vois, les prés sont fauchés. Sur lestas de luzerne. Etendu près de moi, rêve aux flots de très loin, Aux féeriques pays qu'a rêvés Jules Verne, Dans les spasmes que donne au cœur l'odeur du foin,
Promenons-nous. Causons. Laisse de chose en chose Comme un papillon bleu voltiger ton babil. Vois-tu, c'est une extase, un paradis tout rose D'être seul avec toi, seul avec toi, Myrtil.
Pour jouer avec lui, je redevins enfant : Et le jeune penseur qui s'en va, triomphant, Dans le frémissement des foules ahuries, Effeuille follement le trèfle des prairies Et se laisse accabler par lui de lys brisés, Aux batailles de fleurs, aux luttes de baisers !