‹ Le livre de l'amitiéChapitre 22 sur 22 · COUCHER DE SOLEIL · texte numérisé non relu

COUCHER DE SOLEIL

Parmi l'indifférence, est-il possible encore Qu'un être sous les cieux vive, chante et t'adore ? Sois sans cesse avec toi, -- quoi qu'advienne, demain, Et t'embrasse, et t'attache au front comme un jasmin Toute une branche en fleurs de strophes embaumées ; T'ombrage d'un poème ainsi que de ramées ? De ma fenêtre on voit coucher le soleil d'or, Et Myrtil souriant : « Oui, c'est possible encore! »

Il est doux, très doux de voir deux cœurs battre Dans un unisson très harmonieux, Sous les deux dorés ou devant quelque àtre De s'asseoir tous deux.

De se perdre dans la campagne brune, De causer longtemps, longtemps seul à seul, Et de s'endormir, au clair de la lune, Sous le ciel de lit d'argent d'un tilleul.

Alors que l'idée, aux heures d'absence,

Vole à l'Adoré qu'on croit voir encor, Comme vers la ruche heureuse s'élance Une abeille d'or !

Vois, l'exil des lilas chante à l'aurore blonde, Isolons-nous, chère âme, et limitons le monde

Dans ma pensée et dans tes bras.

Si nous ne sommes qu'un, tous les autres qu'importe Tu me suffis, Myrtil ; le cœur que je t'apporte Fleuri comme un rosier, ne suffit-il pas?

Et c'est fini !... Tout a fui :

Mon cœur tristement tressaille ; La lueur qui m'a séduit, Ce n'était qu'un feu de paille 1

A dix-sept ans, altéré D'une tendresse naïve !

Après lui j'ai soupiré Comme un cerf après l'eau vive !

Et sa charmante amitié Me prévint, sans trop comprendre Comment le poète altier Jusqu'à lui pouvait descendre !

Il ne s'était pas douté

Que le penseur qu'il acclame

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