LE UVRE DE L'EXILE
Ya-t-il encore des lecteurs? S'il y en a, quelles sont les impressions dont ils sont capables? S'amuser? Est-ce là tout ce qu'ils veulent? Mais pourquoi se donner la peine de les divertir?
Les amuser ! Sommes-nous vraiment faits pour remplir ce rôle? Si la poésie n'est plus qu*un amusement, quel droit pouvons-nous avoir à divertir le monde? Nous ne sommes pas des objets divertissants, il faut bien le reconnaître.
Les hommes s'entendent de nos jours pour se disculper tous de la prétention de penser. Quoi donc ? Avoir une idée ! Une conception ! Quelle calomnie ! Et ils ont beau jeu pour le prouver.
On se fatiguerait inutilement à vouloir mesurer l'indifférence des gens^du monde pour les sentiments sérieux.
Leur argument : La France est contente . . . Nous ne pouvons blâmer cela . . .
Et le droit? Et la justice? Et l'humanité?
Situation nouvelle de l'écrivain. A qui s'adresser? Où est le point sensible? Dans le peuple? Dans les hautes classes? Us applaudissent également au renversement du droit : le peuple, parce qu'il ne le connaît pas ; les hautes classes, parce qu'elles en ont peur.
Ecrire dans un tombeau, le tombeau de la Patrie!... Nos paroles sont scellées. Nul ne les lit, nul ne les répète, et pourtant elles vivent !