‹ Le Livre de l'exilé, 1851-1870. Après l'exilChapitre 14 sur 91 · DESPOTISME OU RÉPUBLIQUE · texte numérisé non relu

DESPOTISME OU RÉPUBLIQUE

tré que, lorsque le mensonge religieux est dans le cœur d'un peuple, -rien n'est plus aisé que d'y faire entrer à la suite tous les mensonges. Ils ont fait voir comment, sous une surface brillante et légère, peut être conservé intact dans les masses le génie de l'esclave ; comment, sous les lumières de quelques-uns, peuvent être tenus en réserve des abîmes de ténèbres et de honte, et comment la gloire même peut cacher l'infamie.

Il est étrange de se figurer qu'on n'est esclave d'un autre que lorsqu'il a payé et acquitté les cinquante ou cent mines que vous estimez être votre valeur. Hélas! la pire des* servitudes est celle que Ton ne sent pas.

Vanité dans l'opprobre ! « Nous, reprendrons la liberté quand nous voudrons. »

Pourvu que tout ceci ne finisse pas par quelque ignoble parodie de Waterloo (1) !

(1) Ecrit dix-huit ans avont Sedan.

A quoi s'intéressent-ils?

Chaque jour je suis plus frappé de la diflîcullé d'écrire avec vérilé dan's une langue trop de fois déshonorée par le mensonge public et officiel. Tacite déjà se servait d'un instrument dégradé. Il a été obligé de le forcer souvent. Et nous!....

La langue française n'est-elle pas lasse, repue, de tant d'injures qu'elle profère par des milliers de bouches et de plumes ?

Les mois les plus sacres ne sont plus qu'une sorte d'argot de police, ils ne rendent plus de son. Il devient difficile d'être sérieux dans cette langue.

Les seuls mots qui y ont conservé toute leur valeur sont ceux qui désignent les intérêts grossiers et animaux. Peut-être même la langue s'est-elle enrichie dans toute cette partie basse et honteuse, mais elle devient de plus en plus muette quand

A QUOI S'INTKRESSENT-ILS? 45

c'est l'àme qui doit parler. Combien peu les écrivains de notre temps ont fait verser de larmes ! Combien moins encore en feront verser ceux qui viendront après nous ! Le mensonge a trop parlé sur cet instrument. Il râle. Probablement ceux qui viendront après nous le forceront encore pour en tirer quelques sons ; mais Tâme, Tesprit s'en ''étirent à vue d'œil. On croit suppléer par le ïîiatériel à Tesprit qui s'en va. Le vocabulaire ^u&nienle', les tours s'appauvrissent, le souffle intérieur disparaît.

La langue de nos jours respire la ruse, comme ^^ inoyen âge la naïveté. L'écrivain semble toujours avisé, double, hypocrite même. C'est l'insirurrient qui donne le timbre.

C>es esprits très-déliés, des âmes communes. Il n'est pas de langue où il y ait, comme en ii^ariçais, autant de phrases toutes faites pour P^ï*aître habile. Que n'en compose-t-on un diciiotitiaire? Phrases aiguës, découpées, petits P^^gnards ingénieux.

Je commence à craindre que cet instrument ^éïtxe soit empoisonné. Tout homme en France, S^àce à ce dictionnaire, pourrait être un homme habile.

Quel est le devoir de l'écrivain dans une époque de décadence? L'heure do la décadence ^'l-elle irrévocablement sonné?

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