‹ Le Livre de l'exilé, 1851-1870. Après l'exilChapitre 19 sur 91 · UN DES SIGNES DU TEMPS · texte numérisé non relu

UN DES SIGNES DU TEMPS

tupel, cela dément tout ce que nous voyons, entendons ; la surprise est trop grande. Un tel imprévu, un semblable miracle nous déconcertent. Nous ne saurions y croire, même quand nos oreilles et nos yeux sont nos témoins. Nous aimons mieux mettre l'homme de bien, un pareil monstre, rara avis, sur le compte de la duperie.

Ce sera un parasite, un espion, un provocateur, tout ce que Ton voudra ! Mais un homme de cœur, oh ! non ! Nous n'avons plus l'esprit assez faible pour y croire, non plus qu'aux revenants.

Dernier Remède.

On me dit que cette fange est nécessaire, que c'est là'un progrès, que de cette pourriture naîtra un monde. Je le veux bien. Mais permettezmoi de n'avoir rien de commun avec cette créalion dans la fange. Je suis un homme du passé, déclassé. Tant d'ignominie me surpasse. Je ne saurais y atteindre.

Quelle immense accumulation de métaphysique, pour expliquer un acte de bassesse! Comme si la servilité était une chose inconnue sur la terre !

Mais on veut être vil d'une manière unique, qui n'appartienne à personne. Vous me parlez des entités, des catégories, pour m'expliquer le Deux Décembre !

Eh ! que ne me dites-vous : J'avais une âme de valet et je me prosternai naturellement dans l'antichambre.

DEBNIEH BEMÊDE. 57

Tout le monde comprend ce langage .

Relever le peuple sans aucun effort moral, sans aucune vertu, 'hélas! je comprends trop, je connais trop ce langage! Il y a trois ou quatre siècles qu'on l'a tenu à d'autres cadavres .

Si ce pays veut périr, pourquoi les autres le suivraient-ils dans le suicide? Le temps est venu où la plus simple probité nous oblige de dire aux autres : Sauvez-vous sans nous.

N'attendez pas de revivre par nous, qui avons pris goût à la mort .

Ne poussez pas Timitation, la contre-façon jusqu'à contrefaire nos opprobres.

Pour se sauver du déluge de boue, il faudrait gravir le mont Ararat de la justice, le pic le plus escarpé du Droit et de la Vérité.

Dernier remède pour un peuple dêgfâdÔ!

Reconnaître et confesser son infamie .

Le Mal du Pays.

Bonne situation d'un homme dans Texil, s*il vit dans une époque corrompue. Peu d'estime pour ceux qui acceptent de vivre dans l'injustice et par Tinjustice. Ils ne peuvent lui refuser leur estime et il n'en a nul besoin. Peu soucieux de leur plaire, il ne fait rien pour cela. Retranché des vivants, il est obligé de vivre en pensée avec ceux qui ne sont plus ou avec ceux qui seront plus tard. Il cherche le vrai, le beau, indépendamment de ce qui plaît à des générations d'esclaves? 11 a dans sa pensée la joie et le calme du sépulcre.

Faut-il, en effet, entrer dans la froide demeure des ténèbres? Moi aussi j'aimerais la vie et la chaleur des soleils renaissants! Je me retourne vers la lumière et je repousse avec horreur la pensée de l'irrévocable nuit.

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