DES POUVOIRS PUBLICS
pensée qui nous a ruinés tant de fois. Le pouvoir fort est celui qui n'a point de limites, qui ne consent pas à être réglé par des instilulions ; pour toute garantie, le bon plaisir d'un seul, ou, comme on voudra l'appeler, la Dictature, l'autocratie d'une personne. Voilà ce qu'ont enseigné quatrevingts ans d'expérience. Le despotisme net, l'absolutisme sans phrase, voilà la solution a laquelle on nous ramène.
Que devient dés lors cette assurance, à savoir que l'ère des révolutions est fermée? Elle suppose que des gouvernements vivront en paix avec l'opinion publique, qu'ils déféreront aux vœux, aux avertissements de la conscience de 'la nation. Mais si, au contraire, des gouvernements de combat sont établis contre les libertés publiques; s'il s'agit toujours de réprimer l'essor, le développement de la France, de la forcer de penser, de vouloir ce que ses ministres veulent, alors les mêmes causes produiront les mêmes effets. Ce combat organisé contre les volontés de la nation, finira comme il a fini en 1830 et en 1848. La nation reprendra elle-même ce qu'on lui aura soustrait ou arraché. Que personne ne se fie à ces gouvernements de combat. Jusqu'ici, ils ont tous fini par la Révolution victorieuse ; et rien au monde ne peut empêcher que le retour des mêmes causes produise les mêmes effets.
On nous parle de durée, de sécurité, de stabilité, et Ton nous jette dans une Révolution inconnue.
On nous demande d*armer de nouveau le Gouvernement de combat contre la nation, et c'est le combat, le défi, la provocation qui ont amené toutes les révolutions précédentes. Ne refaites pas exactement les mêmes fautes que dans le passé, si vous voulez éviter les mêmes châtiments ou de pires encore.
Projet de loi sur les Maires.
DieCOUHS DANS LES DUREAUX
i> décembre 1873.
Messieurs,
Il est un moyen qui ne peut tromper, quand il s'agit de juger les projets de loi qui nous sont soumis.
Ces projets doivent-ils servir à la régénération ou à la décadence de la France ? Voilà la question qui domine et résout toute question. Je me demande, à ce point de vue, où conduit le projet actuel ; la réponse ne peut être douteuse.
Si quelque chose sert à mesurer la vitalité d'un peuple, c'est la vitalité de ses institutions municipales. Même chez les peuples conquis, asservis, tout peut renaître, s'ils conservent la vie communale à leur foyer.
Mais extirpez ce germe d'indépendance, étouffez ce foyer, vous /attentez à la vie même 4© la na-
tion. Ce n'est pas seulement arrêter le développement normal d'un peuple, c'est le frapper au cœur. Et pourquoi donc frapper la France au cœur?
Par quelle institution se montre surtout la vie communale? Par Télection des maires. Or, c'est cette élection que détruit le projet de loi dans les chefs-lieux de département, d'arrondissement, de canton, et jusque dans les moindres villages.
Oui, il s'agit d'abolir la vie communale partout où elle peut se retrancher. Il s'agit de détruire le principe de vie dans chaque fibre du corps social. Ne demandons plus si c'est un projet de régénération ou de décadence. C'est un projet de ruine: la décadence est écrite à chacune de ses lignes.
Ceux qui se souviennent ne me démentiront pas si j'ajoute: le plus grand reproche que toutes les écoles libérales aient fait à l'ancien régime, est d'avoir aboli par degré la vie municipale dans la France entière.
C'est ce même esprit d'extirpation et d'asservissement qui se retrouve dans le projet actuel. Il veut détruire, en un jour, ce que l'ancien régime a mis des siècles à détruire.
La France a besoin de se réparer. Le projet la rejette dans le cercle des peuples privés de ce qui est le premier élément de la vie publique.