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SALON

qui rend de très grands services à la campagne, répétonsle, est impossible à cause de Tin suffisance de Tantichambre, on aménagera une autre pièce en bureau, avec les meubles énumérés comme base. Le tapis le plus pratique ici est soit un linoléum, soit un tapis de sparterie, moins coûteux.

Salon. — 11 est bien difficile de donner d'une manière précise la composition dun ameublement de salon. Il est tellement le domaine particulier de la maîtresse de maison que ses goûts le modifient complètement, en lui donnant son cachet personnel.

Disons seulement qu'à la campagne, une certaine sobriété donne de meilleurs résultats que trop de luxe. L'impression d'ensemble, résultant de l'harmonie des formes et des couleurs, peut tout aussi bien être obtenue avec la plus stricte simplicité, qui n'est pas nécessairement synonyme de « banalité ».

Protestons en passant contre la mauvaise habitude qu'on a souvent de tenir cette pièce fermée, sous prétexte de protéger les meubles et les tentures que le soleil pourrait endommager, comme si l'huipidité qui résulte de ce traitement — dans certaines régions tout au moins — n'était pas autrement dangereux tant pour le mobilier que pour les habitants. L'air, le soleil doivent, au contraire, entrer librement partout ; la santé et la gaîté y gagneront si quelques teintes trop délicates y perdent. Donc, vous qui avez le bonheur de laisser entrer un air pur quand vous ouvrez vos fenêtres, ouvrez-les grandes, ouvrez-les toutes, et, de la cuisine au grenier, que la maison respire.

Salle à manger, — La salle à manger sera vaste et claire ; il vaut mieux la choisir trop grande que trop petite, les réunions de famille l'exigent absolument. 11 est, dans un repas, parfaitement désagréable, pour les convives, de se trouver dans la situation de ceux du festin dont parle Boileau :

« Où chacun, malgré soi, l'un sur l'autre porté Faisait un tour à gauche et mangeait de côté. »

11 est préférable que la salle à manger ne soit pas trop près de la cuisine, à cause des émanations qui en proviennent, mais il ne faut pas non plus oublier qu'à la ferme, le maître ou la maîtresse peuvent avoir à jeter fréquemment un coup d'œil au repas des ouvriers et des domestiques et il faut, dans ce cas, qu'ils aient le moins possible à se déranger. Dans certaines très grandes fermes, qui ont conservé la tradition, la i< maîtresse » sert elle-même ses domestiques. Je me souviens de la jeune et charmante femme d'un grand éleveur-propriétaire, qui tenait à honneur de remplir son rôle suivant l'ancienne coutume, présidant elle-même au repas de la cuisine, pour passer ensuite à la salle à manger, où elle redevenait femme du monde. Dans ce cas, une petite pièce contiguë à la cuisine est infiniment préférable pour les repas ordinaires, la grande salle à manger étant réservée pour

les réceptions, ici, comme ailleurs, les goûts personnels, les besoins et la disposition de& lieux décideront des arrangements intérieurs.

Le principal meuble de la salle

Fig. 9. — Table de salle à manger. à manger CSt la

table (fig. 9) ; e\\& sera grande, ou du moins susceptible d'agrandissement avec des coulisses et des rallonges. Les tables carrées sont fort usitées maintenant ; on leur donne la forme d'un rectangle, très allongé quand on y met les trois ou quatre rallonges. On reproche aux tables carrées de faire perdre beaucoup de place à cause des coins, inconvénient

s SALLE À MANGER. 2^

qui n'existe pas avec les tables rondes. Ronde ou carrée, la table sera massive, bien assise sur sa base, qui consistera plutôt en un pied central qu'en des pieds situés au pourtour comme dans les anciennes tables rondes. Les roulettes ne servent guère qu'à donner de l'instabilité ; on n'en met que bien rarement aux tables modernes.

Un grand buffet vitré est de toute nécessité pour ranger la vaisselle ain^ que l'argenterie. Une desserte rend de grands services pour poser les plats et les assiettes lors des repas; on peut aussi y ranger des porcelaines qu'on ne tient pas à enfermer, et des couverts dans les tiroirs. Pour les assiettes anciennes, on peut avoir une sorte d'étagère'en chêne, meuble ancien d'un effet fort pittoresque. Les chaises sont au nombre de six ou de douze, et assorties au bois des gros meubles. Les plus solides sont recouvertes de cuir, sur le siège et au dossier ; on en fait aussi tout en bois, siège et dossier ; enfin les chaises cannées sont encore très pratiques.

Les tentures, rideaux, tapis, etc., seront d'un ton franc et solide ; le rouge, le vert-olive, le brun clair sont les tons les plus généralement adoptés.

Les assiettes anciennes ou curieuses font une décoration bien appropriée pour les mure. Quelques trophées de chasse n'y sont pas déplacés non plus.

Penderies, Cabinets noirs. — N'oublions pas de mentionner le complément indispensable de toute maison bien ordonnée, à savoir les armoires, placards et cabineU destinés à serrer les vêtements. Les cabinets noirs sont peu connus à la campagne, où Ton n'éprouve pas, comme dans les villes, le besoin d'utiliser le moindre petit coin. Ils ont cependant un avantage sur les endroits éclairés, c'e4 que les ennemis des étoffes : mites, teignes, etc., se multiplient beaucoup moins dans l'obscurité qu'à la lumière.

il faut, en tout cas, disposer d'un certain espace pour

24 DISPOSITIONS DE LA MAISON D'flAWTATlON.

ranger les vêtements. Les grandes armoires normandes, placées dans Vantichambre des étages, sont extrêmement commodes pour cela; sous la planche supérieure, sur laquelle on peut ranger du linge, on placera une tringle de fer, à laquelle on suspendra des porte-manteaux. C'est la meilleure méthode de conservation pour les robes et les habits qui craignent d'être froissés. On peut aussi avoir des placards encastrés dai>s le mur et munis de crochets à vis, auxquels on accrochera les porte-manteaux. Enfin, on peut ménager une penderie dans une chambre, d'après la même méthode, en fixant une planche à vis ou à tringle et en dissimulant le tout sous un rideau.

Cuisine, — Abordons maintenant la question importante de la cuisine. On la placera, s'il est possible, sur la cour et au nord. 11 est préférable que, comme tout le rez-de-chaussée d'ailleurs, elle soit surélevée de quelques marches, tant à cause de l'humidité que pour éviter les incursions des animaux domestiques : poules, veaux, etc. La pièce sera vaste et claire, avec une grande cheminée permettant d'y réunir plusieurs modes de chauffage. Elle sera pourvue d'une longue table, massive et solide pour les repas des domestiques et proportionnée, naturellement, au nombre des convives; on la place souvent le long d'un mur, contre lequel est aligné un banc de bois ; des chaises ou un second banc sont rangés de l'autre cûté à l'heure du repas.

Un buffet de cuisine à tiroirs (fîg. 10) est indispensable pour y serrer la vaisselle ; si l'on ne manque pas d'espace, une armoire, en bois assorti au buffet, est très appréciable. On y tiendra le linge pour la cuisine et différents objets qui servent moins fréquemment. Au lieu du buffet décrit, on peut aussi avoir un buffet-dressoir vitré de campagne; c'est un ornement pittoresque pour une belle cuisine. Mais le dressoir n'est pas d'un usage aussi courant

que le buffet; on n'y peut guère placer la vaisselle dont on se sert trois ou quatre fois par jour : c'est plus haut, moins commode à atteindre, les vitres sont délicates, bref, le simple buffet de hêtre est plus pratique. On rangera

Fig. 10. — Buffet de cuisine,

dans les tiroirs de ce meuble les couverts de cuisine et différents ustensiles d'usage courant.

Les chaises de cuisine seront solides, en bois de hèlre et recouvertes de paille.

Une autre table, plus petite, ne sera pas inutile pour le service; on pourra la placer auprès de la porte de l'office ou arrière-cuisine. Comme meubles supplémentaires, une horloge ancienne à gaine ou encore un œil-de-bœuf moderne; un billot pour hacher la viande, qui sera fait d'un « rond » de tronc de hêtre ; une chaise marchepied, se démontant et formant alors escabeau.

Sous le vaste manteau de la cheminée de campagne, le fourneau économique a sa place tout indiquée. On le choisira d'un modèle plus ou moins fort, selon l'usage qu'on voudra en faire. Celui de la figure 11 est plus spécialement destiné aux maisons très importantes : pensionnats, grandes exploitations ; les chaudières permettent la cuisson de grandes quantités de viande ou de légumes, M™« 0. BussARp. — Le livre de la fermière. 2

d'un seul coup et sans feux supplémentaires. Ils sont d'un prix assez élevé.

Le modèle courant ordinaire, très complet, est plus simple. Il est muni, en plus du four et del'étuve, d'un

Fig. 11. — Fourneau de cuisine à deux chaudières.

chauffe-assiette et d'une grilloire, très appréciée à la campagne, où le gaz fait défaut. Il est vrai qu'on peut y faire, par contre, les grillades au charbon de bois sur Fàtre, mais le fourneau -grillade à la supériorité d'être pourvu de sa propre cheminée, ce qui évite en grande parlie les odeurs.

Le four supérieur sert à faire les rôlis, le four inférieur ne sert guère, si ce n'est pour tenir chauds certains plats, ou encore pour quelques-uns qui ont besoin d'être un peu

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desséchés. Le bouilleur, ou bain-marie, donne de Teau chaude à discrétion et le nom du chauffe-assiette indique assez son usage.

L'allumage du fourneau économique est parfois difQcile; certains jours, sans qu'on sache pourquoi, une fumée acre sort de tous les orifices et en rend l'approche presque impossible. C'est généralement parce que le vent est contraire ou lorsque le soleil donne sur la cheminée ; le meijleur remède à cet inconvénient est l'addition d'un tuyau-girouette spécial au sommet de la cheminée ; un moyen qui réussit quelquefois aussi est do, retirer la petite plaque de tôle ou de terre réfractaire qui se trouve à la partie inférieure du four et de plonger dans l'ouverture un journal enflammé. 11 nous semble presque superflu d'indiquer de quelle manière on allume le fourneau économique : la moindre réflexion l'apprendrait à la débutante la plus novice ; résumons cependant en deux mots qu'une fois les disques de fonte du foyer (le plus profond des deux trous) déplacés, au moyen du crochet, on place, au fond, du papier ou des copeaux, quelques brindilles de fagots, puis des branches plus grosses et quelques morceaux moyens de charbon de terre ; on allume et on replace les disques, le feu brûle alors tout seul.

Nous avons mentionné le charbon de terre, disons en passant qu'il existe aussi des fourneaux brûlant au bois.

La partie la plus chaude du fourneau est immédiatement sur le foyer; on peut ainsi régler d'une manière très commode le degré de cuisson dans chaque casserole en rapprochant ou en éloignant celle-ci du feu central. On n'enlève les disques que si l'on désire une chaleur excessive, mais, surtout avec le feu de charbon, ce procédé n'est pas à conseiller, il risque de faire brûler contenu et contenant et, en tous cas, il détériore celui-ci à la longue, sinon d'un seul coup.

Les deux foyers situés sous la grilloire sont à usage de

28 DISPOSITlOiNS DE LA MAISON D'HABITATION.

charbon de bois; on peut les allumer simultanément avec le fourneau et, de cette manière, avoir encore la ressource soit de préparer des grillades, soit d'y mettre de petites casseroles.

On règle le tirage du fourneau avec la clef qui est au milieu du tuyau, laquelle ouvre et ferme la colonne d'appel d'air et donne ainsi plus ou moins de tirage. On produit aussi une action sur l'intensité de la combustion par l'ouverture du tiroir-cendrier et d'une petite glissoire qui, dans certains fourneaux, est située au-dessus du cendrier.

On peut se servir du fourneau dès qu'il est allumé, sauf cependant pour les rôtis, qui exigent, pour se « dorer », un four déjà chaud lorsqu'on les y entre, et les pâtisseries. Les cendriers doivent être vidés assez fréquemment si l'on veutactiverle tirage.

Les accessoires indispensables du fourneau sont le crochet et le tisonnier. Une pelle à charbon est nécessaire ; elle sera de forme spéciale, pour s'adapter à peu près à l'orifice du foyer.

Dans l'âtre fumeux des anciennes cheminées, il reste encore de la place pour le feu de bois, la joyeuse flambée qui réjouit les bergers au retour des champs humides, celle aussi qui donne aux volailles savoureuses le goût et la couleur, le <( je ne sais quoi » exigé par certains gourmets. Les rôtis au feu de bois sont en effet très appréciés et quelques grandes maisons bien organisées sous tous lesrapportsont conservé la pratique de l'an tique rôtissoire (fig. 12). Si donc l'âtre à bois est conservé, la crémaillère pourra servir avec la forte marmite de fer qui s'y accroche ; deux chenets, des pelles et des pincettes complètent le service. Un réchaud au charbon de bois pourra être déposé au coin opposé au fourneau, pour servir en cas de besoin, quand on ne veut pas allumer le fourneau lui-même, par exemple, ou encore dans les grandes occasions, lorsqu'on n'a pas assez de feux; il sera muni d'une

chevretle, indispensable pour y poser les casseroles. La

Fig. 12. — Rôtissoire et tourne-broche.

coquille à rôtir de la figure 13 devra aussi y trouver sa place.

La batterie de cuisine doit être solide et complète. Voici une double qualité qui ne semble pas viser à l'économie, et cependant c'en est une bien réelle que d'avoir sous la main tout ce qui est nécessaire, et de l'avoir pour longtemps.

Sans compter qu'il est souvent difficile, à la campagne, de se procurer les objets cassés ou

détériorés, ceux ci, fréquemment renouvelés, finissent par coûter beaucou]) plus que la première mise de

Fig. 13. — Coquille à rôtir.

fonds nécessitée par l'achat d'objets de bonne qualité.

Quatre principaux métaux et compositions sont en concurrence : le cuivre, la fonte, le fer battu et la fonte émaillée, vulgairement émail. Le cuivre est presque inusable, puisqu'un jeu de casseroles de cuivre fait plus d'une génération ; en outre, la cuisson y est supérieure, très égale, les mets n'y brûlent que difficilement et y sont plus succulents. 11 a contre lui de coûter très cher et d'être d'un nettoyage difficile, qui doit être minutieusement fait; les dangers d'empoisonnement ne sont plus guère à compter aujourd'hui, avec les casseroles étamées à l'intérieur, mais l'étamage doit être refait en temps opportun^ ce qui veut dire assez souvent.

La fonte est extrêmement solide, mais ne se prête pas à tous les usages ; elle ne peut convenir aux sauces blanches ou blondes ; en revanche, elle s'adapte bien aux cuissons très lentes. Elle a l'inconvénient d'être fort pesante et de se casser net en tombant.

Le fer battu est appréciable pour remplacer le cuivre ; cependant, il a l'inconvénient de donner un certain goût désagréable, par sa rapide oxydation, aux mets qu'on y laisse refroidir.

L'émail enfin, préféré un moment, à cause de son bon marché, commence à voir tomber sa vogue. 11 est vrai qu'il faut d'abord le choisir de première qualité, sans quoi, on est exposé à avoir des casseroles qui se trouent dès qu'elles ont vu le feu, et même encore on ne peut pas s'en servir à toutes fins : les roux, les sirops altèrent très vite l'émail, qui se détache et devient un réel danger en se mélangeant aux aliments; on a attribué plusieurs cas de perforation des intestins à des accidents identiques. 11 semble donc que c'est surtout pour la cuisson des légumes, des soupes, et en général des aliments à /'eau qu'il faut le préférer.

En résumé, Je plus pratique et le plus sage est peut-être d'avoir recours à chaque espèce de métal

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