RÉGIMES, RATIONS
de beaucoup les limites de cet ouvrage; ils sont d'ailleurs du domaine de la médecine.
Les divers états sociaux de l'homme nécessitent une manière de vivre et de se nourrir bien différente; le travailleur des champs et l'homme qui se livre en ville à un travail sédentaire ou intellectuel ne réclament pas le même régime ; le premier, en raison de son genre de vie toute d'activité physique et de dépense musculaire, devra avoir une alimentation riche surtout en viande, sans, bien entendu, abandonner l'usage quotidien des légumes et des farineux, dont on abuse souvent à la campagne. Le second, au contraire, plus sujet, de par ses occupations sédentaires, aux congestions, à l'arthritisme, a besoin d'un régime plus végétarien, plus léger, composé surtout de légumes, d'œufs, de lait et de quelques aliments d'excitation nerveuse tels que le thé et le café.
Les saisons aussi font varier l'alimentation et les quantités nécessaires ; cet instinctif dégoût des graisses qu'on éprouve en été, par exemple, n'est qu'une indication de la nature, nous avertissant de l'inutilité de cet aliment, producteur de chaleur, dans un moment où la production de la chaleur est inutile.
De même l'alcool (en petite quantité) est utilisable sous les climats froids ou par de basses températures, tandis qu'il ne l'est pas par la chaleur et qu'il doit alors être remplacé par des boissons acidulées.
La proportion nécessaire d'aliments est plus grande d'une manière absolue en hiver qu'en été ; mais il faut tenir compte, à la campagne, du travail d'été, beaucoup plus important que celui d'hiver, et demandant, par conséquent, une alimentation proportionnée à la dépense physique. C'est donc à la campagne que cette différence est le moins sensible. Nous reproduisons ici, à titre de renseignements scientifiques intéressants à connaître, quelques tableaux donnés par M. Gautier sur l'alimentation annuelle moyenne de l'ouvrier :
M™^ 0. BussARD. — Le livre de la fermière, 7
Alimentation moyenne de Vouvriér agHcole du Midi de la France.
Détail. Par jour et par tête.
Pain (dont une partie de pâtes
d'Italie) 855 grammes.
Viande 154 --
Graisse et huile 61 —
Pommes de terre. 526 —
Légumes secs. 178 —
Légumes verts 212 —
Vin 1 330 cent, cubes.
Sucre et café supplémentaires 10 —
Ouvriers laboureurs du département du Nord.
Détail. Par jour et par tête.
Farine de seigle 880 grammes.
— de blé 82 —
Orge.. 130 —
Pommés de terre 960 —
Pois et légumes secs 55 —
Viande (de boeuf surtout) 82 —
Lard 30 —
Beurre 55 —
Lait 450 cent, cubes.
Bière 1 litre.
Nous ne parlerons pas ici des régimes spéciaux du nourrisson, de Tenfant, de l'adolescent, des nourrices, que nous traitons dans un autre chapitre. Quant à celui des femmes adultes, il n'est pas d'une façon générale, aussi élevé comme quantité que celui des hommes. Sa ration doit être des 5/6« environ de celle de l'homme; prenant iOO comme chiffre de la ration de l'homme, celle de la femme sera donc de 84 à 90. Mais les femmes enceintes et les nourrices forment autant d'exceptions à cette règle qui n'est, d'ailleurs, pas absolue.
Chez les vieillards, le régime alimentaire doit être plus rédui tque chez l'adulte, sans exagération cependant, puisque l'évaporation est presque la même et que, d'autre part, l'assimilation se faisant moins complète-
HYGIÈNE DU TRAVAIL. lU
ment, les aliments doivent être pris en quantités suffisantes pour suffire à l'organisme.
Le régime des vieillards doit être léger et nourrissant en même temps. Il faut en retrancher autant que possible les mets indigestes, gras, épicés, les viandes dures et coriaces, les aliments trop herbacés. Tous les excès sont dangereux et particulièrement les excès alcooliques.
Hygiène du travail.
De toutes les professions manuelles, c'est l'agriculture qui réunit les conditions les plus indispensables à la santé. Le travail en plein air fortifie les muscles et les poumons, pourvu qu'il soit bien réglé et que le surmenage soit évité. Les travaux de l'intérieur de la ferme, si absorbants, ne doivent pas empiéter sur les droits de l'hygiène; une réglementation très stricte est nécessaire à ce sujet, bien qu'il soit difficile de l'établir d'une manière absolue, à cause de l'irrégularité forcée des travaux des champs et de la ferme. On peut cependant fixer une moyenne d'heures de travail, en mettant à part les deux ou trois mois d'été, qui nécessitent un effort beaucoup plus considérable.
Les heures du travail fixées et respectées, celles du repos et des repas doivent l'être également; c'est un mauvais calcul que de rogner sur le sommeil ou sur le délassement légitimement gagné des ouvriers : mauvais en principe et en effet puisqu'il ne donne à la besogne que des sujets fatigués et surmenés, incapables par conséquent de fournir leur effort rationnel d'une manière suivie.
Le travail ne doit pas être repris immédiatement après les repas; on accorde presque partout aux ouvriers agricoles une heure de sieste après le repas de midi. La durée du sommeil varie un peu avec les saisons et les nécessités de la besogne; elle ne doit, en tous cas, jamais être inférieure à six heures ou supérieure à huit.
Les enfants réclament plus de sommeil que les adultes. Soins de propreté. — Le corps a besoin d'être entretenu dans un état de propreté complète ; des expériences célèbres ont prouvé qu'en enduisant le corps d'un animal d'une matière à peu près imperméable, on amenait un refroidissement considérable de la température bientôt suivi de mort. Il est donc très nécessaire pour la santé de débarrasser constamment la peau des résidus qu'elle sécrète, au moyen de lotions, d'ablutions et de bains.
Le lavage le plus courant est celui qui consiste à faire des lotions locales avec de Feau chaude ou froide et du savon ; les cuvettes de gronde taille suffisent dans ce cas. Pour les affusions, qui consistent à verser de l'eau au moyen d'une grosse éponge, un tub est nécessaire ou, à son défaut, un baquet. On peut se servir d'eau froide (de 10 à 16°) ou alternativement d'eau froide et d'eau chaude (douche écossaise), ce qui rend le savonnage plus facile; les deux moyens sont d'excellents stimulants et peuvent être pratiqués quotidiennement. Les douches froides ont un effet réactif plus puissant, mais ne doivent être prises que sur indication médicale. Elles demandent des installations assez compliquées, difficiles et coûteuses à établir à la campagne. Si la douche est ordonnée et l'installation impossible, on placera le malade, déshabillé, dans un
Fig. 61 — Appareil h douche.
baquet et l'assistant, monté sur une échelle ou une chaise, versera le liquide à l'aide d'un arrosoir, soit en jet, soit en pluie.
Il existe encore des appareils d'un prix peu élevé qui
Fig. 65. — Douche en pluie avec l'éponge américaine.
ne demandent pas de branchement d'eau : telle la douche à récipient d'eau froide de la figure 61 ou Véponge américaine de la figure 62.
Le collier-douche dont nous donnons un dessin (fig. 63)
est d'un système simple et pratique à la fois et d'un prix modique. On branche le tuyau sur un robinet et Teau s'écoule en pluie.
La douche et les affusions en général doivent être suivies d'une vive réaction naturelle, qu'on activera par un essuyage avec des linges rudes et même une friction
Fig. 63. — Collier-douche. ^ Fig. 64. — Gant à friction.
au gant de crin (fig. 64) ou à la lanière de crin (fig. 65). Les bains tièdes sont excellents comme nettoyage complet; ils ont, en outre, un effet adoucissant et relâchant sur les tissus et sont absolument indiqués dans certains cas de maladie. A défaut de chambre spéciale
Fig, 65. — Lanière à friction.
consacrée aux bains, on peut les prendre dans une laverie, buanderie, cuisine, etc., mais, autant que possible, dans un endroit où l'écoulement des eaux peut se faire facilement. Les bains tièdes doivent être de température modérée, les bains trop chauds sont très dangereux.
La température variera de 25 à 30® ; on la constatera à
l'aide du thermomètre de bain ; l'eau doit être soigneusement remuée en tous sens pour que le mélange avec l'eau froide s'opère convenablement. La durée moyenne d'un bain est d'une demi-heure, mais, s'il doit se prolonger plus longtemps, il faut le réchauffer de temps à autre à l'aide d'un seau d'eau très chaude, qu'on aura eu soin de préparer à cette effet.
Pour empêcher le sang d'affluer à la tête, il suffit de laver le visage à l'eau fraîche. La sortie du bain sera prompte ; on se couvrira aussitôt d'un peignoir ou de linges et on se frictionnera vigoureusement.
A défaut de grande baignoire, on peut se servir du bain de siège (fig. 66), ordonné dans certains cas comme bain local.
^ . Fig. 66. — Bain de siège.
passer en revue ici
les bains médicamenteux; nous citerons seulement les plus généralement prescrits : le bain de son, le bain d'amidon et le bain salé.
Voici la meilleure manière de préparer le bain de son ; on fait bouillir pendant vingt minutes 2 kilogrammes de son dans une marmite d'eau ; passer et ajouter au bain.
Le bain d'amidon se prépare en délayant 1 kilogramme d'amidon dans l'eau du bain. Pour le bain salé, il suffit d'y mettre de 1 à 5 kilogrammes de gros sel de cuisine et d'attendre la complète dissolution avant d'entrer dans la baignoire. Le sel attaquant le zinc, il vaut mieux se servir pour cet usage de baignoires de bois. Les bains sont encore indiqués et même indispensables à tout convales-
cent d'une maladie contagieuse. Trois, au moins, sont nécessaires avant de reprendre la vie commune.
Bains de pieds. — Les bains de pieds sont nécessaires pour tous, mais surtout pour les personnes qui travaillent et transpirent beaucoup. Ils doivent être fréquents et prolongés, d'un quart d'heure au moins. Ils sont très bons comme révulsifs en cas de maux de gorge, de rhumes, etc.
Bains froids, — Les bains froids se prennent dans des piscines, des rivières ou à la mer. Ils sont toniques, mais il est nécessaire qu'une réaction énergique se produise après la sortie et le séchage, réaction qui se manifeste par une sensation agréable de chaleur et un redoublement d'énergie vitale.
11 faut entrer vivement et sans hésitation dans l'eau froide ; les personnes nerveuses qui éprouvent une sorte de suffocation, n'ont qu'à se faire asperger les épaules d'eau froide pour se sentir débarrassées de cette sensation désagréable. Il vaut mieux ne pas séjourner longtemps dans l'eau, exception faite pour les nageurs, qui font un exercice violent et salutaire.
On sortira vivement du bain, et, après une friction avec des linges bien secs et un peu rudes, on se rhabillera ; après quoi, un peu d'exercice, course à pied ou gymnastique, fera le plus grand bien.
Rappelons, en terminant, qu'aucun bain, chaud ou froid, partiel ou complet, ne doit être pris avant la fin de la digestion, c'est-à-dire environ quatre heures après le repas.
Soins locaux, — Outre la propreté générale, qui doit être entretenue partout le corps, certaines parties nécessitent des soins spéciaux; telles sont la tête, les dents, etc. La tête et les cheveux ont besoin d'une surveillance toute particulière, à cause de l'envahissement possible des parasites et des maladies spéciales. Les personnes qui portent les cheveux courts se lavent à grande eau et se
savonnent plus facilement le cuir chevelu, qui doit être aussi fréquemment frictionné, brossé et peigné. Les femmes et les enfants doivent suppléer aux lavages répétés par l'emploi journalier du peigne et surtout de la brosse. Cependant, il faut que toutes les têtes soient lavées de temps à autre, au moins trois ou quatre fois par an. On emploiera pour cela de Teau tiède et du savon blanc. Un excellent moyen de nettoyage du cuir chevelu consiste à frotter celui-ci avec un jaune d'œuf ; on peut encore additionner Teau de borax, ou, mieux, de biborate de soude. Une friction à Talcool ou à l'eau de Cologne contribue à sécher et à dégraisser tête et cheveux,
Il suffit de donner au cuir chevelu ce qui lui manque, un corps gras (brillantine, huile) s'il est trop sec, un desséchant (alcool) s'il est trop gras. Cependant le pétrole, préparé spécialement pour cet usage, semble d'un excellent emploi, à la fois pour détruire les pellicules et pour entretenir les cheveux.
La bouche doit être nettoyée comme toute autre partie du corps ; les dents, chargées de la mastication et participant, par conséquent, au travail de la digestion, exigent des soins répétés pour être conservées en bon état. Il faut donc se rincer la bouche après chaque repas, ou tout au moins une fois par jour, avec de l'eau bouillie additionnée d'une tranche de citron, de quelques gouttes d'eau de Cologne ou d'eau-de-vie, ou encore d'eau boriquée, excellente en même temps pour la gorge. Les dents seront ensuite nettoyées à l'aide d'une brosse pas trop dure, frottée de savon blanc pur; on aura soin de brosser toutes les dents, aussi bien les molaires que les incisives, et de les débarrasser du tartre qui se développe près de la racine et les déchausse promptement.
Il faut surtout, pour empêcher la carie, éviter l'absorption des acides, ne pas se servir d'objets de métal (canifs, épingles, etc.) pour se curer les dents, et enfin ne pas soumettre celles-ci à de trop rudes épreuves, comme de
leur donner, par exemple, à casser des noyaux ou des os.
11 est bon de se défier des poudres, pâtes et élixirs variés qu'on débite dans le commerce avec des prospectus alléchants; les uns contiennent des poudres de corail, et même de pierre ponce, et blanchissent bien les dents, mais en enlèvent aussi Témail; les autres sont à base d'acides, également nuisibles à la conservation de la dentition. Mieux vaut composer soi-même une poudre ou une eau, combinaison qui offre encore le mérite du bon marché : nous en donnons plus loin une recette.
Dès qu'on constate une tache, un trou à une dent, il faut se hâter de se faire visiter la bouche par un bon dentiste, qui jugera s'il y a lieu de la plomber. Il ne sert à rien d'attendre, on a même plus de chance en procédant ainsi d'être obligé de recourir à l'extraction, moyen radical, mais toujours pénible, en même temps que regrettable.
Les oreilles ont besoin d'un entretien spécial, sans lequel les sécrétions naturelles finissent par former des bouchons, qui peuvent même amener la surdité.
Les personnes qui ont les yeux délicats se trouveront bien de ne pas les laver à l'eau froide, mais à l'eau tiède, presque chaude, simplement bouillie ou boriquée.
La préparation suivante réussit pour fortifier les yeux :
Un litre d'eau bouillie.
Une cuillerée à café de gros sel.
Une cuillerée à bouche de bonne eau-de-vie.
Voici, pour terminer, quelques recettes simples et économiques d'eaux de toilette, vinaigre, etc.
Poudre pour les dents.
Charbon de peuplier 20 grammes.
Poudre de quinquina 10 —
Alcoolat de cochléaria 2 —
Essence de menthe 1 gramme.
Passer au tamis très fin.