LE TRIOMPHE DE LIIOMME
paient au commencement. Il se compliqua de l'absurdité de son angoisse damour et de son anxiété inapaisable à jamais.
Il révéla la guerre, la nécessité de la guerre, l'éternité de la i?uerre(6). Dans le souvenir de la marche des Mondes, il put entrevoir cette Fatalité de la marche, qui est éternelle comme la vie éternelle, comme la mort éternelle, comme toutes les, choses qui ne vivent quen se recherchant pour se détruire, dans une éternité inéluctable d'Amour et de Mort, c'est-à-dire de Vie (7).
Et cette nouvelle anxiété (jue connut le Chœur, augmenta sa fureur, qui, désormais, ne devait jamais plus se calmer, jamais plus.
La voix souveraine de la Nature éclata. Elle fut brutale et terrible. Elle fut par cela irrésistible dans le charme de sa beauté. Les
Hommes joyeux s'émurent jusqu'aux larmes, car la Nature venait de proclamer solennellement et sèchement, avec toute la vigueur de sa domination, un grand avènement dans le cœur des Hommes : le Destin (8). Le Destin montrait sa face dionysiaque, et devant les hommes, sa bouche était ouverte aux torrents du feu, et ses yeux étaient de grands arcs sur les flots
des larmes.
Le Chœur hurla, hurla longuement. Il fut
le hurlement de la Vie qui accepte toutes
les damnations. Il exalta l'éternité de sa
douleur. Dans cette éternité il reconnut la
face de la Joie. Et ses hurlements, comme
une pluie d'étoiles incendiées tombant
dans rinfmi, se dispersèrent dans la
mer ondoyante et immense de toutes les
voix de la Nature.
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Toutes les raarquesdu Grand Amourélaienl données. Tous les signes de l'éternité de TAmour et de la Mort. Tous les signes delà totalité épique des choses qui doivent se rechercher pour se détruire, se grouper pour se disperser, sombres atomes de feu aspirant à la lumière, éléments tour à tour obscurs et enflammés de la tragédie sans catastrophe, c'est-à-dire de la Vie, qui est inépuisable à jamais.
Quand le Grand Amour se révéla ainsi au cœur de l'Homme, qui est le cœur de toute la Nature, une joie religieuse éleva toutes les ûmes, comme la flamme élève toutes les essences des choses qui deviennent lumière. Le Destin s'affirma majestueusement tyrannique, inoubliable à jamais. Et sa parole, seule et solennelle, tomba dans l'Infini, au milieu (\o la stupeur des Mondes
et de rextas"e de l'Homme, qui recherchait désormais son point fixe d'élévation, son but suprême, sa synthèse de lumière, le Soleil.
Calme, lente, enivrée de sa nouvelle extase, toute la Nature se sublima dans son chant religieux (9). Le Tout dispersa ses plus profondes essences dans des étincelles de pure lumière, sur des étendues infinies d'eaux scintillantes, dans des cris delumière, dans la voix de l'Homme qui sanglotait ses déUces, et s'éloignait dans les profondeurs de son extase (10).
Cette extase — dans la seconde nuit religieuse du Cosmos qui avait exprimé sa forme suprême, l'Homme, — frémissait d'une grande Joie. Et dans le sommeil bienheureux, des voix chantèrent sombrement et longuement le charme fatidique de
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la Douleur, elles frémirent aussi de révolte, s éteignirent lentement, sombrement, comme ces âmes qui, ayant beaucoup pleuré, sont satisfaites de pleurs, et suivent leur chemin, muettes et résignées, bienheureuses d'avoir trop pleuré (ii).
Ce fut la deuxième nuit. Ce fut ensuite l'aube du Premier jour, Taube de l'Homme qui avait reconnu tous les éléments semblables de la Nature, et la raison de la guerre et de la danse, et la raison de l'Amour et de la Mort, la vérité inéluctable de la Vie.
Le Chœur Fatal dit sa prière (12). Sa voix religieuse fut chère au Soleil qui était doux, aux Animaux (jui frémissaient dans le rythme souple de leurs membres, aux Arbresqui continuaient la mélodie religieuse de l'Homme dans la cadence frissonnante de leurs chevelures lumineuses.
Une douleur douce et immense dominait la Vie. Les âmes qui cherchent les âmes sœurs, sont avec nous, — chantaitle Chœur. Et la resherche est la douleur, et la découverte est la Joie, et la Joie est l'Amour et la Mort, c'est-à-dire la Vie (i3).
Dès que toutes ces vérités furent claires devant le cœur du Héros, une exaltation sans bornes souleva toutes lésâmes de TEspace.
Chaque élément rechercha son semblable. Cette recherche n'était que la Furie qui regarde du fond de nous-mêmes les flots de la vie qui nous emportent, qui parfois se révolte désespérément, et parfois se courbe sur elle-même et ne se redresse devant son semblable retrouvé, que pour le fixer des regards de l'Infini, pour le détruire et pour mourir. Ce fut le commencement des choses dont
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nous vivons et qui n'ont jamais de fin, inépuisables à jamais.
Lorsque l'Homme descendit des sommets aux vallées, et remonta sur les sommets, et commença cette marche qui nous pousse de l'éternité du Vague à l'éternité de THomme, l'Espace entier exulta. Toutes les Énerg^ies déchirèrent le sein de toutes les Possibilités et exultèrent (i^).
Notre Univers était né.
Il était né pour l'Amour et pour la Mort; pour la Mort dont d'autres Univers naîtront. Ainsi, à jamais.