LE TRIOMPHE DE L'HOMME
Chœur final.
Chœur final.
Plus haut que le sommet de la montagne la plus haute, plus haut que l'anathème des eaux se précipitant dans la vallée, et plus haut que les hurlements des forêts en flammes, la Voix de l'Homme salua la Joie et la douleur de la Joie, c'est-à-dire la recherche perpétuelle et inapaisable à jamais, qui est la Vie (i).
La Voix de 1 Homme salua la Vie. Une sombre Fatalité gémissait au fond de son cœur, tandis que la révolte dressait ses nœuds de serpent furieux le long de ses
bras tendus. Et ces gémissements et cette révolte enflaient sa voix qui saluait la Vie (2).
L'Homme tomba sur sa face, accablé tout d'un coup sous le poids formidable de sa Fatalité entrevue, et s'affaissa, après le premier cri.
La fureur de la Nature environnante éclata plus terrible, sous la tyrannie de la Fatalité qu'il avait énoncée, et toute la fureur s'éloignait dans l'Espace . Poussée, poursuivie par la Fatalité révélée, elle revenait, hurlait, pour crier plus loin, pour s'éloigner en criant, pour disparaître, engloutie sous les flots du Silence cosmique, entraînant avec elle le cri de l'Homme, sa joie et sa présence.
Dans l'Espace, des Vies sanglotaient en silence, des Mondes frémissaient longue-
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ment en silence ; des gorges profondes des Ténèbres s'exhalait le brouillard de la Mort, le brouillard qui détruit les Formes et, de leur substance dispersée, crée le Souvenir.
Le Souvenir naquit et traversa les espaces, sa chevelure d'ombre ondoyant sur les Mondes, ses yeux fixés sur la Terre, ses yeux immenses où luit le regard pâle de l'Infini. Et ses yeux étaient fixés sur la Terre, car sur la Terre s'était accompli le Grand Miracle, l'avènement de la Bête Suprême, de Celui qui devait répandre l'âme des Choses, par la liberté sans borne de son Cri de Joie.
Le Souvenir rappela l'Espace primordial, la nuit frémissante du Vague, il rappela la Marche des Atomes, des Nucléos et des Mondes, le spasme et l'élan de la Nuit cosmique religieuse. Mais sur toutes ces
choses, domina le tourment éternel affirmé par r Homme, la Fatalité révélée.
Tout d'un coup, du sein même du Souvenir, le Héros de la Nature éleva sa voix souveraine. Tous les voiles s'entr'ouvrirent, montrant le grand Miracle. L'Homme, seul debout, fit le geste de sa domination (3).
Il chanta :
« Tous ceux qui n'ont pas cherché une musique semblable à leurs musiques, au fond de leurs cœurs angoissés et désireux, tous ceux qui n'ont pas cherché Tâme sœur, une fois au moins sur leur chemin de larmes, ne sont pas dignes de se joindre à notre chœur. Car nous chantons la Joie. Nous sommes le chœur qui exalte l'Amour. »
Et l'Hymne fraternel, solennel et héroïque, enveloppa toute chose, incendia de son ardeur toute Tatmosphère, tendit dans le
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ciel, au-dessus de la Terre et au-dessous, le vélum rouge de son immense amour, de sa fatalité d'amour, enserra la Terre et toutes ses créatures dans son impétuosité toujours plus grande, enveloppante, irrésistible {\). La volonté barbare de l'Homme fut la volonté de l'Espace; elle était bien celle qui avait gémi dans la Nuit vague et crié dans l'élan de la Nuit religieuse, celle qui avait incendié les Ténèbres pour créer la Lumière et formé les mondes et toutes leurs créatures. La Fatalité révélée par le premier cri de l'Homme, l'indestructible Fatalité d'Amour, joie et spasme, principe primordial de notre éternité, était toujours présente, et lumineuse de sa puissance.
Alors le Chœur Fatal s'apaisa comme dans une grande souflranco, il s'alTaiblit devant unt* nouvelle fureur sombri^ et lointaine.
Il devint faible et doux dans la bonne souffrance, sur une trame vaporeuse de mort, sur des sanglots de terreur qui semblaient lointains. Ce fut alors que toute la Nature, dans sa conscience acquise, répondit à la voix de THomme. Le Chœur Fatal fut un chœur, seul immense comme l'Espace, mais il s'anéantit peu à peu dans le silence, comme dans une onde infinie de larmes, l'onde inépuisable à jamais.
Après un long silence, où tous les éléments semblables se reconnurent, le grand chœur ondoya sur un rythme sombre, où dominaient la voixprimordialedu Vagueetla voix de l'Homme (5). Il devint épique, car la Vérité épique se révéla dans sa puissance éternelle dès le commencement de la vie de l'Homme. Il se fit martial comme le mouvement même des Mondes qui se grou-