CHAPITRE I
DE l'usage de la BIBLE DANS LA LITURGIB
Il suffit de parcourir un bréviaire ou un misâeî pour se rendre compte de la place qu'y occupe l'Écriture sainte ; elle en est la trame. Tous les livres de la Bible, depuis la Genèse jusqu'à l'Apocalypse, sont distribués à travers l'année ecclésiastique et lus par fragments considérables. La récitation despsaumes est la partie principale des heures du jour et de la nuit, et le plus grand nombre des pièces plus courtes qui se succèdent dans les offices liturgiques, antiennes, répons, introïts, traits, graduels, offertoires, communions, versets, sont encore tirées des Livres saints. Primitivement ce caractère était même plus accusé; répons et antiennes sous toutes leurs formes n'étaient, comme nous le verrons plus tard, que des psaumes arrangés et combinés pour une récitation spé-
ciale. A l'office de nuit, on lit de longs extraits de l'Ancien et du Nouveau Testament ; les épîtres et les actes des apôtres, les évangiles et certains livres de l'Ancien Testament, sont aussi lus par portions à la messe. Plusieurs livres liturgiques, psautier^ épistolier,évangéliaire, lectionnaire, sont comme des groupes détachés de la Bible ; ils se composent exclusivement d'extraits du livre divin.
Dans les autres livres liturgiques, le pontifical, le rituel, par exemple, si la sainte Écriture est moins constamment employée, elle ne laisse pas cependant de se retrouver en des psaumes, des antiennes et des répons et dans un bon nombre de prières qui relèvent de l'inspiration biblique.
Ce n'est pas à dire que tout dans la liturgie doive être emprunté exclusivement à l'Ecriture sainte. Ceux qui l'ont cru, à la suite des protestants et des jansénistes, ont méconnu à la fois les lois liturgiques et le témoignage de l'histoire. Dès les temps les plus reculés, les épîtres de saint Paul en font foi, il y a eu à côté des lectures et de la psalmodie, des hymnes, des chants, des prières qui jaillissaient du cœur des fidèles, inspirés par l'Esprit de Dieu, et improvisés au milieu de l'assemblée. Même pour les lectures et les autres prières liturgiques, antiennes ou répons, l'Église n'a pas hésité de bonne heure à emprunter des textes en dehors delà Bible, dans le trésor des actes des martyrs ou des saints, et dans les œuvres de ses docteurs.
Le reproche fait parfois aux catholiques de ne pas lire la Bible est donc singulièrement exagéré, du moins quand il s'adresse à ceux qui récitent l'office divin chaque jour, puisque cet office suppose et
requiert un commerce assidu avec les Livres Saints. A l'origine, dans les réunions chrétiennes, on lut comme dans les synagogues, et probablement suivant le même ordre, les livres delà Loi et des prophètes, auxquels on ajouta les épîtres et les évangiles. Mais on ne craignait pas d'interrompre la suite des lectures, ou de modifier l'ordre adopté, pour choisir dans l'Ancien ou le Nouveau Testament les passages qui présentaient un intérêt particulier, ou qui se rapportaientaux circonstances de la fête. Il était naturel, par exemple, qu'aux jours anniversaires de la passion et de la mort du Sauveur et de sa résurrection, on lût dans l'Évangile les pages qui racontent cet événement. La prophétie de Jérémie, plusieurs chapitres d'isaïe, le livre de Job s'appliquaient admirablement à la passion ; pour le temps de l'Ascension etde la Pentecôte, le débat des Actes des apôtres contient l'historique de la fête ; on prit l'habitude de les lire à ce moment. Isaïe avec sa prophétie de la Vierge qui enfantera, de l'Emmanuelqui viendra*régner sur la terre , convenait à l'époque de l'Avent, tandis que le mystère de l'Incarnation et celui de la manifestation du Fils de Dieu dans la chair (Noël et Epiphanie) étaient admirablement expliqués dans les épîtres de saint Paul. Époque de jeune et de pénitence pour les chrétiens, époque durant laquelle on préparait les catéchumènes au baptême, et les pécheurs à la pénitence et à la réconciliation, le temps du Carême déterminale choix d'un grand nombre d'extraits de l'Ancien ou du Nouveau Testament qui se rapportaient à l'une ou l'autre de ces circonstances ; pour les pénitents qui sont des malades, et que l'Écriture compare même à des morts, le récit de la guérison du serviteur du centurion, celle
de Naaman, malade de la peste ; la résurrection du fils de la Sunamite par Elisée, d'un autre enfant par Éiie; la résurrection du fils de la veuve de Naïm par le Christ et celle de Lazare; la parabole de l'enfant prodigue, figure du pécheur qui revient à Dieu, etc.
Les catéchumènes trouvaient dans la lecture du prophète Jonas prêchant aux Ninivites, une allusion à la vocation des Gentils au baptême ; les trois enfants hébreux condamnés à la fournaise pour avoir refusé d'adorer les idoles, leur rappellent la situation faite aux chrétiens de cette époque dans une société païenne ; Sara et Agar, Isaac et Ésaiï sont encore le type de la Gentilité appelée au baptême et préférée aux Juifs (1).
La Genèse et les autres livres du Pentateuque que l'on commence à lire aujourd'hui à la Septuagésime, sont sûrement un souvenir des catéchèses qui commençaient par une explication de l'œuvre de la création.
Les plaintes de Job et les paroles où il exprime l'espérance de la résurrection s'adaptaient tout naturellement àTofTice des morts, et aussi à lapassion(2); les psaumes 32% 33% 88% 111% 115% 138" conviennent plus spécialement aux fêtes des martyrs, tandis que les psaumes 45^, 47% 121e, etc., sont réservés aux vierges. On pourrait poursuivre dans le détail la série de ces rapprochements. L'occasion d'y revenir se
(1) Toutes ces lectures se retrouvent encore aujourd'hui dans la liturgie romaine, à l'office ou aux messes du temps de Carême. Voj'ez plus loin le chapitre xyiii^ l'Aaaée chrétienne.
(2) On en a deux témoignages d'auteurs fort dilTérents. Le premier est cejui d'Origène ? ou d'un contemporain (in Job. i), qui dit qu'on lit ce livre aux jours déjeune et d'abstinence, le second, celui de saint AmbroLse, qui dit que la coutume est de le lire au lundi saint. (Elp. 20 ad MarcelUaam. Migne xvi, 1036.)
présentera tout naturellement dans la suite; nous avons simplement voulu faire remarquer qu'il y eut dès les plus anciens âges des lectures alTectées à telle fête ou à tel temps de l'année.
L'étude des liturgies compal'ées, qui est à peine commencée et qui jettera une si grande lumière sur les origines liturgiques, permet déjà de signaler des coïncidences frappantes dans toutes les liturgies, entre les péricopes delà Bible (1). Le fidèle et le liturgiste doivent s'appliquer à découvrir les raisons du choix de tel ou tel passage pour telle ou telle circonstance. Celte étude leur réserve de véritables découvertes et, dans tous les cas, les aidera à mieux comprendre le sens de la prière.
En dehors de ces règles générales, une grande liberté était laissée à l'initiative duprésident deTassembléeou du pontife, qui désignait aulecteur le passage de l'Écriture à lire, qui donnait un signal pour arrêter le lecteur, et souvent faisait un commentaire de ce qui avait été lu.
Plus tard, quand la liturgie se codifia et se réglementa, du ive au vue siècle, on se préoccupa de trouver dans l'année ecclésiastique comme un cadre dans lequel ou distribuerait tous les livres de l'Ancien et du Nouveau Testament ; il y eut plus de suite dans les lectures, et aussi moins d'imprévu. Cet ordre nouveau et plus détaillé respecta l'ordre ancien, comme on peut le voir par le tableau suivant qui est la division actuelle de l'Écriture sainte dans la liturgie romaine.
(1) C'est le terme technique pour désigner en liturgie les portions de la Bible lues pendant un olRce.
LECTURES DE l'OFFICE,
Avent Lectures d'Isaïe et de saint
Paul.
Noël, Epiphanie Lectures de saint Paul dans
cet ordre très ancien : épîtres aux Romains, aux Corinthiens, aux Galates, aux Ephésiens, aux Ptiilippiens, aux Colossiens, aux ïhessaloniciens, à Timothée, à Tite, à Philémon, aux Hébreux.
Septuagésime et Carême. ... La Genèse et les autres livres du Pentateuque.
Passion Jérémie.
Pâques et temps pascal Actes des apôtres, Apocalypse, épîtres de saint Jacques, saint Pierre, saint Jean.
Temps après la Pentecôte' . . , Livres des Rois.
Lectures du mois d'août. . . . Proverbes, Ecclésiaste, Sagesse, Ecclésiastique.
Lectures de septembre Job, Tobie, Judith, Esther.
Lectures d'octobre Livres des Machabées.
Lectures de novembre .... Ezéchiel, Daniel, et les douze petits prophètes.
Aveat, Noël, Epiphanie, Septuag. Epîtres de saint PauL
Carême SaintPaul, Isaïe, Ezéchiel,
Rois, Esther, Pentateuque, Jonas, Daniel, etc.
(1) Pour les lectures adoptées aux fêtes des saints et aux fêtes de l'année, voirplus loin les chapitres: i'Aaaée chrétienne et le Culte des saints. Un anonyme du vin" siècle, donné par Gerbert, assigne au mois de décembre jusqu'à l'Epiphanie : Isaïe, Jérémie, Daniel ; après l'Epiphanie, Ezéchiel et les petit» prophètes ; au printemps, le Pentateuque, Josué, et les Juges ; au temps pascal, les épîtres catholiques, les Actes, l'Apocalypse ; au temps après la Pentecôte, les Rois, les Paralipomènes, les livres sapientiaux, Esther, Judith, les Machabées, Tobie.
Pâques Actes des apôtres.
Temps pasca] Epîtres de saint Jeaji, de
saint Pierre, de saint Jacques.
Temps après la Pentecôte. , , . Saint Paul.
Les livres de TAncien et du Nouveau Testament, telle est donc la source principale de l'inspiration liturgique, et c'est dans ces pages sacrées que l'Église est allée de tout temps chercher les éléments de sa prière. Nous ne saurions nous en étonner. Pour le fidèle, tous les livres de la Bible sontinspirésparl'Esprit-Saint-.ilssont par excellence la joaro/grfeZ)ieu. Prier avecla Bible, c'est donc se servir d'un langage divin pour parler à Dieu, c'est en quelque sorte restituer à Dieu les propres paroles dont il s'est servi pour parler à l'homme.
Pour ceux même qui ne reconnaissent pasl'autorité de l'Église, la Bible est encore un livre merveilleux, et jamais la prière humaine n'est montée vers Dieu en termes plus éloquents et plussublimes. Jamais peuple n'a prié comme le peuple de Dieu. Il a su mettre dans sa prière àla fois l'accentdela supplication, de lalouange, de la terreur, de l'amour, de l'intimité ; il a su exprimer tour à tour l'épouvante de l'âme en face des jugements de Dieu, rhorreur du mal et du péché, les angoisses du pécheur en présence de Dieu, mais en même temps sa confiance sans bornes en la miséricorde de son juge, lahaine pour les ennemis de Dieu, l'admiration à la vue de ses œuvres, le sentiment de la faiblesse de la créature en face de la toute-puissance divine. En conséquence, le fidèle qui veut prier selon l'esprit de l'Église, doit faire de la lecture de l'Écriture sainte l'aliment de sa prière.
Afin de rester fidèle à notre but qui est de faire
goûter aux chrétiens la prière antique sous toutes ses formes, nous mettrons sous leurs yeux quelques-unes des prières de la Bible.
David prie ainsi devant le peuple réuni, en offrant au Seigneur l'or, l'argent, l'airain, le fer, les bois précieux et tout ce qu'il a préparé pour la construction du temple. On admirera la magnificence et la sublimité de ce langage.
« Tù es béni, Seigneur Dieu d'Israël notre père, de l'éternité à l'éternité (1).
« A Toi est la magnificence, la puissance, la gloire et la victoire, à Toi la louange : car toutes les choses qui sont dans le ciel et sur la terre sont à Toi : à Toi le règne, Tu es au-dessus de tous les princes.
« A Toi les richesses, à Toi la gloire ; Tu domines sur toutes choses ; dans Ta main est la force et la puissance : dans Ta main est la grandeur et l'empire sur toutes choses.
« Et maintenant, ô notre Dieu, nous confessons Ton nom glorieux et nous le louons.
V Toutes choses sont tiennes : et ce que nous Te donnons, nous l'avions reçu de Toi.
« Nos jours sont comme l'ombre sur la terre, et il n'y a aucun repos (pour nous).
« Je sais, ô mon Dieu, que Tu éprouves les cœurs, et Tu aimes la sincérité ; c'est pourquoi moi, dans la simplicité de mon cœur, et dans la joie, je T'ai offert toutes ces choses: et j'ai vu avec une immense satisfaction tout ton peuple, qui est réuni ici, t'oiîrir tous ces dons.
(t Seigneur Dieu d'Abraham, d'isaac et d'Israël, nos pères, garde éternellement cette volonté de leurs cœurs, et que leur esprit te vénère éternellement » (2).
(1) Nous prévenons; une fois pour toutes le lecteur que nous emploierons inditléremment dans ce livre pour les traductions la forme Tu ou la forme Vous en. parlant à Dieu. Les deux formes sont employées également cher, les anciens (Grecs) et se justifient.
(2) I Paralip., xxtx. Quelques-uns de ces versets sont'êmployés dans la liturgie romaine à l'oOice de la Dédicace. — Ct. un autre beau cantique de David, 1 Parai , xiv, 8-36.
Voici une sorte d'élégie du même David, souvent citée, sur la mort de Saiil et de Jonathas, et dont quelques versets ont passé dans la liturgie.
Jonathas était l'ami de David, jamais plus fortes paroles et plus tendres n'ont été dites sur l'amitié.
« Les princes, ô Israël, ont été tués sur les montagnes: comment sont-ils tombés les forts ?
« Ne l'annoncez pas dans Geth, ne l'annoncez pas dans les places publiques d'Ascalon ; de peur que les filles des Pbilistins ne se réjouissent, et que les filles des incirconcis ne se livrent à la joie.
c Âlontagnes de Gelboé, que la rosée, ni la pluie ne tombent plus sur vous et qu'il n'y ait plus sur vos coteaux le champ dont on offre les prémices au Seigneur; car là a été jeté à terre le bouclier des forts, le bouclier de Saûl, comme s'il n'avait pas été oint de l'huile (sacrée).
« Saûl et Jonathas aimables et beaux dans leur vie, ils n'ont pas été séparés dans la mort : plus vîtes que les aigles, plus forts que les lions.
<L Filles d'Israël, pleurez sur Saûl, qui vous donnait la pourpre pour vous vêtir, qui vous donnait des ornements d'or pour vous parer.
(. Comment sont tombés les forts dans le combat ? Jonathas comment a-t-il été tué sur les hauteurs ?
« Je pleure sur toi, mon frère Jonathas admirablement beau, plus aimé que n'est aimée une femme. Comme une mère aime son fils unique, ainsi je t'aimais.
« Comment sont tornbés les forts, comment leurs armes ontelles été vaincues (1)?»
Le livre de Tobie contient aussi plusieurs belles prières, les suivantes par exemple, que les fidèles aimeront à répéter, car ne sont-ils pas aujourd'hui, hélas I perdus au milieu des nations qui ignorent le vrai Dieu, comme autrefois les Israélites ?
a Tu es juste^ Seigneur, tous Tes jugements sont justes, Tes voies sont la miséricorde, la vérité et le jugement,
|1) II Reg. I, 19.
« Et maintenant, Seigneur, souviens-toi de moi, ne tire pas vengeance de mes péchés, ne Te rappelle pas mes péchés, ni ceux de mes pères.
« Nous n'avons pas obéi à Tes préceptes, c'estpourquoi nous avons été livrés au pillage et à la captivité, à la mort, nous sommes devenus la fable des nations, au milieu desquelles Tu nous as dispersés, et leur risée .
« Et maintenant, Seigneur, Tes jugements sont sévères, parce que nous n'avons pas agi suivant Tes préceptes, et nous n'avons pas marché avec sincérité devant Toi.
* Et maintenant. Seigneur, agis avec moi selon Ta volonté, et reçois en paix mon esprit : car il est mieux pour moi de mourir que de vivre... >»
Dans un autre passage, le vieux Tobie bénit ainsi le Seigneur :
« Tu es grand, Seigneur, dans l'éternité, et Ton règne est dans tous les siècles :
« Car Tu flagelles et Tu sauves ; Tu conduis aux enfers et Tu en ramènes : et personne ne peut éviter Ta main.
« Confessez le Seigneur, fils d'Israël, et louez-le en présence des nations.
« Il vous a dispersés au milieu des nations qui l'ignorent, afin que vous racontiez ses merveilles, et que vous leur appreniez qu'il n'y a pas de Dieu tout-puissant en dehors de Lui.
« C'est Lui qui nous a châtiés à cause de nos iniquités ; c'est Lui qui nous sauvera à caiise de sa miséricorde.
« Regardez donc ce qu'il a fait avec nous, et confessez son Nom avec crainte et tremblement : et exaltez dans vos œuvres le Roi des siècles...
« Convertissez-vous, pécheurs, et opérez la justice devant Dieu, croyez qu'il vous fera miséricorde.
Bénissez le Seigneur, vous qui êtes ses élus : passez vos jours dans la joie, et confessez son nom... »
Puis, dans un magnifique élan prophétique, il chante l'Église sous les traits de Jérusalem :
« Jérusalem, cité de Dieu, tu brilleras d un éclat splendide : et toutes les nations de la terre t'adoreront.
« Les nations viendront de loin vers toi : et portant des présents, elles adoreront en toi le Seigneur, et ta terre sera regardée comme une terre sainte.
« Elles invoqueront en toi son grand nom.
« Maudits seront ceux qui te mépriseront . et ceux qui te blasphémeront seront condamnés : et bénis seront ceux qui auront aidé à te construire.
« Tu te réjouiras dans tes fils, car tous seront bénis, et se réuniront dans le Seigneur.
« Bienheureux ceux qui t'aiment et qui se réjouissent sur ta paix...
« Béni le Seigneur qui a exalté Jérusalem, et que son règne soit sur elle dans les siècles des siècles. Amen (1). »
Esther, avant d'affronter la colère terrible du roi Assuérus, dépose ses vêtements royaux, prend des habits de deuil, se couvre la tête de cendres, et implore ainsi le Seigneur :
« Monseigneur, qui es notre seul roi, aide-moi, je suis seule, et je n'ai aucun secours si ce n'est en Toi.
« Le danger est tout près de moi.
« J'ai appris de mon père que Toi, Seigneur, Tu avais choisi Israël au milieu de toutes les nations, et nos pères au milieu de leurs ancêtres, afin d'en faire éternellement Ton héritage, et Tu as agi avec eux selon Tes promesses.
« Nous avons péché en Ta présence, c'est pourquoi Tu nous as livrés aux mains de nos ennemis :
« Parce que nous avions adoré leurs dieux. Tu es juste. Seigneur :
« Mais maintenant il ne leur suffît plas de nous opprimer dans un dur esclas'age, ils veulent détruire Tes promesses, anéantir Ton héritage, et fermer la bouche de ceux qui Te louent.
« Souviens-Toi, Seigneur, et montre-Toi à nous au milieu de notre tribulation, et donne-moi confiance, Toi qui es le roi des dieux, et de toute puissance...
« Dieu fort, au-dessus de tous les autres, écoute la voix de ceux qui n'ont aucun autre espoir que Toi, et délivre-nous de la main des impies, et tire-moi de ce danger (2). »
(1) Tobie, III et XIII. Plusieurs de ces versets sont entrés dans la liturgie.
(2) Esther, xiv. On sait que Racine a imité ce passage dans ces beaux vers que tout le monde connaît :
0 mon souverain roi, M* voici donc tremblante et seule devant toi,et«.
Il y a bien d'autres prières dans l'Ancien Testament, mais nous devons nous borner à ces quelques citations (1).
Le peuple chrétien hérita du peuple juif ce don de la prière. Il conserva religieusement les psaumes, les cantiques et toutes les prières qui avaient été celles du peuple de Dieu. Mais il eut aussi ses prières propres. Il sut y mettre le même accent de confiance, d'adoration, de filiale tendresse : sa prière a même une portée plus universelle ; on sent que ce n'est plus la prière d'un peuple qui invoque le Dieu d'Abraham, d'isaac et de Jacob, mais la prière de toutes les nations, de tous les hommes appelés dans l'Église, Grecs et Romains, Juifs et barbares, la prière catholique^ la prière adressée au Seigneur Dieu Père tout-puissant et éternel (2). Cette prière a aussi un caractère plus prononcé de tendresse et d'intimité : le titre de Seigneur Dieu de nos pères, est remplacé par celui de NotTe Père qui es dans les deux. Le cri de vengeance contre les ennemis de Dieu se fait plus rarement entendre. Mais il y a surtout un trait nouveau, qui est comme la marque d'origine de toute prière chrétienne; elle est ofTerte à Dieu Père et Seigneur toutpuissant, par le Christ, par Notre-Seigneur qui vit et règne avec le Père et le Saint-Esprit dans tous les siècles (3).
Il faut tout d'abord citer ce chant de la sainte
(1,) Dans le chapitre suivant, nous en citons quelques autres.
(^) Cependant la formule Dieu d'Abraham, disaac et de Jacob fut conservée dans quelques prières chrétiennes, dont elle atteste ainsi l'antiquité. On la retrouve aujourd'hui encore dans plusieurs prières anciennes de la Liturgie.
(?y Voyez plus loin le chapitre Jésus-Christ dans la Liturgie (chapitre xix*).
Vierge qui la première dans le Nouveau Testament nous a donné un modèle de prière. C'est un magnifique cantique d'action de grâces à Dieu pour les dons qu'elle a reçus de sa mi-séricorde et de son infinie bonté ; il est aussi une prière pour tous leschrétiens qui, par l'Incarnation, ont été associés dans une cerlaine mesure aux privilèges de la Mère de Dieu. C'est une des causes de la dévotion des fidèles à ce cantique.
« Mon àme glorifie le Seigneur.
a Et mon esprit a tressailli dallf^gresse en Dieu mon Sauveur.
• Parce qu'il a regardé l'humilité de sa servante : et à partir de ce moment toutes les nations m'appelleront bienheureuse.
« Parce que celui qui est puissant a fait en moi de grandes choses : et son nom est saint
c Et sa miséricorde s'étend de génération en génération, po'ir ceu.t qui le craignent.
« 11 a exercé la puissance de son bras ; il a dispersé les superbes qui s'enorgueillissaient dans les pensées de leur cœur ;
« H a fait descendre les puissants de leurs sièges, et a élevé les humbles ;
« II a rempli de biens ceux qui ont soif, et a renroyé les riches les mains vides ;
« 11 a relevé Israël son enfant, s'étant souvenu de sa miséricorde,
« Ainsi qu'il i'a dit à nos pères, à Abraham et à sa race dans les sièclesî (1). »
Au lendemain de la naissance de Jean-Baptiste, son père, le prêtre Zacharie, prophétisa. Il chanta les destinées glorieuses de ce fils qui sera le dernier des prophètes d'Israël, et qui ouvre les portes de la nouvelle alliance. Zacharie fait ainsi écho à tous les vrais fils d'Abraham qui soupiraient après la rédemp-
(1) Luc, I. On pourra comparer, au chapitre suivant, ce cantique à celui d'Anne la prophétesse. Sur l'emploi de ce cantique et des suivants on pourra lire l'article Cnatiquos dans notre Diotioûoaire d'archéologie et de liturgie, t. II.
tion d'Israël : il est le premier à annoncer que le Messie attendu par tant de générations est enfin venu. Son cantique à ce point de vue est d'une haute portée et a retenti à travers les siècles.
« Béni soit le Seigneur Dieu d'Israël, parce qu'il a visité et racheté son peuple.
« Et il a suscité un puissant Sauveur, dans la maison de David, son serviteur,
u Ainsi qu'il l'a dit par la bouche des saints qui dans les siècles passés ont été ses prophètes.
« Il nous sauvera de nos ennemis et de la main de tous ceux qui nous haïssent,
« Pour exercer sa miséricorde avec nos pères, et se rappeler son testament sacré :
« C'est le serment qu'il a fait à Abraham notre père, de nous donner cette grâce :
« Afin que sans crainte, délivrés de la main de nos ennemis, nous le servions
« Dans la sainteté et la justice, à chacun des jours de notre vie.
« Et toi, enfant, (Jean-Baptiste), tu seras appelé le prophète du Très-Haut : tu marcheras en eii'et devant le Seigneur pour préparer ses voies,
« Pour donner la science du salut à son peuple, en rémission de ses péchés,
« Par les entrailles de la miséricorde de notre Dieu, dans lesquelles nous a viçités celui qui vient de l'Orient.
« Illuminez ceux qui sont assis dans les ténèbres et à l'ombre de la mort, pour diriger nos pas dans la voie de la paix (1) »
Quand Marie, quarante jours après la naissance de l'Enfant divin, vint avec Joseph le porter au temple, selQja la loi de Moïse, pour la purification, un vieillard du nom de Siméon, qui attendait comme Zacharie la rédemption d'Israël et le Messie promis, reçut dans
(1) Luc, I, 68 seq.
ses bras ce petit enfant qui était le rédempteur du inonde, et saisi par l'Esprit de Dieu, il chanta ainsi :
a Maintenant renvoyez en paix votre serviteur, Seigneur, selon votre parole ;
« Parce que mes yeux ont vu le Sauveur,
« Que vous avez préparé pour le montrer à la vue de tous les peuples.
« Comme la lumière qui éclairera les nations et la gloire de votre peuple Israël (1). »
Ce cantique, comme les deux précédents, tient une grande place dans la liturgie quotidienne; il est aujourd'hui à Compiles, et faisait probablement partie primitivement de l'office du soir (Luccrnaire). Il est employé avec beaucoup de solennité pour la fête de la Purification au 2 février. Les paroles du prophète sont en quelque sorte mises en action. On bénit des cierges que l'on va porter en procession, avec le chant de ces paroles: «.Lumière qui éclaire les nations et gloire de ton peuple Israël. »
Ainsi cette lumière est considérée comme un symbole du Christ qui est venu porter au monde la vérité (2).
. Après les premières menaces des Juifs, les apôtres se réunissent et prieni en ces termes :
« Seigneur, qui as fait le ciel et la terre, la mer et tout ce qu'elles contiennent;
€ Qui as dit par l'Esprit-Saint en la personne de David notre père : Pourquoi les nations ont-elles frémi, et les peuples ont-ils médité d'inutiles desseins ?
(1) Luc, n, 29 seq.
(2) "Voyez plus loin le chapitre xvni« : l'Anaée chrétienne, et le XXIV" : Sanctification de" 'klémenta.
« Les rois de la terre se sont levés, et les princes se sont rassemblés contre le Seigneur et contre son Christ.
« Car Hérode et Ponce Pilate se sont réunis dans cette cité avec les Gentils et les peuples d'Israël contre Ton Fils Jésus que Tu as oint...
Et maintenant, Seigneur, écoute leurs menaces, et donne à Tes serviteurs de parler en toute confiance.
« Etends Ta main pour guérir et opère des signes et des prodiges par le nom de Ton fils Jésus » (I).
Nous ne citerons pas d'autres prières qui se rencontrent dans saint Paul, saint Jean, saint Pierre. Nous avons seulement voulu montrer que TEsprit de Dieu qui est l'Esprit de prière continue dans TÉvangile à inspirer les fidèles, comme il inspirait les prophètes sous l'ancienne Loi (2).
(1) Actes, IV.
(2) Nous donnons quelques doxologies dans notre chapitre iix*:
Jésus-Christ dans la Liturgie,