DES PSAUMES ET DES CANTIQUES DANS LA LITURGIE
De tous les livres de la Bible, celui qui est le plus spécialement consacré à la prière, c'est le livre des psaumes. La partie principale de rotfice divin a toujours été chez les chrétiens, comme du reste chez les Juifs, la récitation ou le chant des psaumes. Même après les nombreux développements et les transformations qu'a subis la liturgie, les psaumes en sont encore l'ossature. Les répons, les antiennes, les versets des heures du jour et de la nuit et même de la messe, n'étaient autre chose à Torigine, nous l'avons dit, que des psaumes.
Le psautier est donc par excellence le livre de la prière liturgique, et il est nécessaire de donner à ce sujet quelques notions essentielles dans cet ouvrage dont le but est de faire comprendre cette prière.
Le mot psaume vient d'un mot grec qui signifie un chant, un hymne accompagné sur un instrument à cordes ("{/iXXetv, t^aXfiô;),
Il y a cent cinquante psaumes, dont plus de la moitié out David pour auteur ; on a même dit couramment assez longtemps que tous les psaumes sont de David ; mais une étude plus sérieuse du texte a permis de voir dans ce livre une collection d'hymnes d'époques et d'auteurs fort différents ; la composition de ces chants s'échelonne depuis David jusqu'après la captivité de
Babylone, et même, d'après quelques-uns, jusqu'aux Machabées. Nous ne dirons rien de la division ancienne des psaumes en cinq livres, parce qu'au point de vue liturgique elle est de peu d'importance (1). La division adoptée par la liturgie a plus d'intérêt pour nous. La série des psaumes de 1 à 108 est employée à l'office de nuit, sauf quelques-uns qui, pour des raisons spéciales, en sont distraits et prennent place aux autres heures ; les autres, de 109 à 147, appartiennent exclusivement aux Vêpres. Pour les psaumes qui restent en dehors de ces deux classes, voici quelle est leur place : les Laudes emploient les psaumes 5, 39, 42, 50, 62, 64, 66, 80, 91, 92, 99, 142, 148, 149, 150 ; Prime, les psaumes 21, 22, 23, 24, 25, 53, 117 et 118 en partie ; Tierce, Sexte et None se partagent les divisions du long psaume 118 ; et à Compiles l'on récite les psaumes 4,30, 90 et 135.
Les psaumes de Matines et même ceux des Vêpres ont été pris, on le voit, sans souci du sens ou de l'application, à la file. Ceux de Laudes au contraire, ceux de Compiles, et, dans une certaine mesure, ceux de Prime (surtout .le 53^ et le 117e), ont un classement tout différent ; ils ont été choisis à cause de leur sens, comme plus aptes à la prière du matin, parce qu'ils font allusion soit à la nuit qui vient de s'écouler, soit à l'aurore qui commence à poindre, ou à la résurrection du Christ, qui sortit de son tombeau à l'heure où le soleil se lève à l'horizon (2).
(1) Elle représente la classification ancienne chez les Juifs et les diilerentes collections de psaumes qui finirent par former le Livre des psaumfs tel que nous l'avons.
(2) Il existe dans d'autres liturgies des divisions différentes ; mais nous nous occupons surtout, dans un ouvrage du genre de celui-ci, de la liturgie romaine.
Cette division du psautier est très importanie, nous le répétons, car on en peut tirer des conclusions intéressantes pour l'histoire des différentes liturgies et pour leur généalogie. Mais ce n'est pas le lieu de nous arrêter ici à cette considération. Il nous suffit d'en avoir signalé l'intérêt.
En dehors des offices de la férié, lorsqu'une fête se rencontre, celle de Pâques, de Noël, de l'Ascension, ou quelque fête de saint, la classification que nous venons de citer est à peu près abandonnée ; on ne garde pas la suite des psaumes ; on ne tient compte que des lignes générales, psaumes de Matines, et psaumes de Vêpres, et Ton choisit dans ces séries ceux dont le sens paraît le mieux adapté à la fête. En lisant avec attention ces psaumes, on trouvera donc généralement la raison pour laquelle ils ont été adaptés à telle fête plutôt qu'à telle autre. Ceci est important au point de vue liturgique, car nous sommes fixés du même coup sur le sens que donne à tel psaume l'usage de l'Église. Nous savons fort bien, par exemple, que si les psaumes 18«, 33% 44% 46e, 60% 63% 74% 96% 98e, ont été choisis pour les fêtes des apôtres, c'est qu'ils contiennent des allusions plus ou moins claires à la mission des apôtres, à la rapidité del'évangélisation, aux souffrances de leur martyre, etc. Si le psaume 86e est assigné aux fêtes de la sainte Vierge, c'est que l'Église la considère comme la nouvelle Sion,et lui attribue les louanges données parle prophète à l'ancienne Jérusalem,
Mais l'exemple le plus frappant est peut-être celui du psaume 90*. Lorsque, après son jeûne de quarante jours, le Seigneur fut tenté dans le désert, il répondit à Satan par un verset de ce psaume : Dieu a ordonné
20 LE LIVRE DE LA PBîÈRE ANTTQLT
à ses anges de te porter dans leurs mains, afin que ton pied ne heurte pas la pierre (1). Il était très naturel que pour le 1er Dimanche de Carême on prît cet évangile du jeûne de Notre-Seigneur. Par suite, le psaume 90* est devenu psaume de Carême ; plusieurs de ses versets sont souvent empruntés pendant la quarantaine sacrée, et quant au premier dimanche, c'est de ce psaume qu'est tiré le texte de tous ses chants. Ce qui lui donne un beau caractère d'unité.
Introït : Il m'invoquera et je l'écouterai; je l'arracherai (à ses ennemis) et le glorifierai ; je lui donnerai la plénitude des jours. Celui qui habite dans le secours du Très-Haut, celuilà demeurera dans la protection du Dieu du ciel.
GraduoJ. A ses anges Dieu a recommandé de te garder dans toutes tes voies. Dans leurs mains ils te porteront, de peur que de ton pied tu ne heurtes la pierre.
Le trait, par une exception unique dans la liturgie actuelle, reproduit le psaume 90 tout entier avec les variantes de l'ancienne version latine, qui diffère de la Vulgate.
VOffertoire et la Communion donnent l'un et l'autre ce verset :
Le Seigneur te mettra à l'ombre de ses épaules, sous ses ailes tu espéreras : sa vérité t'environnera d'un bouclier.
Nous aurons à revenir, du reste, sur cette question.
Mais certaines heures, Tierce, Sexte, None, Complies, ne subissent en rien l'influence d'une fête ; elles gardent invariablement les mêmes psaumes pour tous les jours de l'année.
On sait que les psaumes appartiennent à la poésie lyrique des Hébreux, et, au dire des meilleurs juges, aucun peuple, y compris les Grecs, ne s'est élevé dans
(1) Matth., IV.
ce genre à une aussi grande hauteur (1). Aucun poète lyrique n'a un vol aussi hardi, aussi puissant que David ou les prophètes ; nulle part on ne retrouve des accents plus énergiques, plus sincères et plus profonds. Pour la facture, le rythme de la poésie hébraïque a été longtemps étudié, et c'est à peine si l'on vient récemment d'arriver à élaborer un système qui paraît donner le mot de l'énigme si longtemps cherchée (2). Ici nous ne faisons pas une étude philologique et il nous faut apprécier les psaumes à travers la traduction et la transposition liturgique ; le seul rythme que nous puissions apercevoir dans cette poésie, c'est le farallélisme^ dont on a dit finement qu'il est comme la rime des pensées et des sentiments; il consiste en effet dans une correspondance, ou une sorte d'écho entre deux membres de phrase, quelquefois une opposition (parallélisme d'antithèse), comme dans les exemples suivants :
« Mon âme a soif de vous *
Combien ma chair aussi est altérée de vous I « Ainsi je vous bénirai toute ma vie *
Et je lèverai mes mains en votre nom. » (Ps. lxii. ) 0 Que Dieu est bon pour Israël *
Pour ceux qui ont le cœur droit. » (Ps. lxxu.) « 0 Dieu, ne vous taisez pas sur ma louange *
Car la bouche du pécheur et la bouche du fourbe sont ouvertes contre moi. » (Ps. cviii.)
Ce parallélisme qui est observé dans la Bible, parfois même en dehors des livres poétiques proprement dits, produit des effets saisissants ; ce balancement perpétuel de la pensée entre des répétitions berce
(1) William Jones, Lowth, Herder, de Maistre. Plantier, Nodier, Lamartine, Renan, sans parler des anciens, saint Jérôme, saint Augustin, etc.
(2,1 Travaux de Le Hir, de Bickell, et plus récemment ceux de Zeuuer et de Mùller.
Tâme doucement ; parfois le choc d'antithèses imprévues la réveille brusquement et fait jaillir Fétincelle poétique. La pensée religieuse y puise souvent aussi une grande force et une merveilleuse beauté. Mais le parallélisme est surtout admirablement approprié à la prière liturgique. La récitation par antiennes ou par répons semble s'inspirer du parallélisme hébraïque, et souligne ces répétitions ou ces antithèses. Dans Tantienne (psalmodie antiphonée), la récitation ou le chant est divisé entre deux chœurs ; chacun d'eux dit un verset ; et parfois le chœur répète un des versets ou une portion de verset, ce qui est du parallélisme dans le parallélisme ; dans le répons (psalmodie responsoriale), un chantre dit un ou deux versets, et le chœur répète, comme refrain, une portion de verset ; l'effet est le même (1).
Voici comme exemple le psaume 94^, qui a conservé l'ancienne méthode psalmodique ; il sert de psaume d'introduction à Matines. C'est un des versets du psaume qui fait Tofilce de répons :
« Adorons le Seigneur, qui nous a faits.
« Venez, réjouissons-nous devant le Seigneur; poussons des cris de joie vers Dieu notre Sauveur: allons au-devant de lui avec des louanges, et dans nos cantiques chantons sa gloire.
« Adorons le Seigneur, qui nous a faits.
« Car le Seigneur est le grand Dieu, et le grand Roi au-dessus de tous les dieux : il ne repoussera pas son peuple, parce que
(1) Voyez plus loin le chapitre sur les différentes formes de la prière et la psalmodie {chaip. lye). Nous croyons pouvoir dire dès maintenant que, selon nous, l'origine vraie de l'antienne et du répons est celle-là. Certains psaumes, dans leur composition même, contiennent l'antienne et le répons, v. g. le psaume 23% le 94% le 135% etc.
J'SAUMES ET CANTIQUES 23
dans sa maia sont les confins de la terre, et les hauteurs des montagnes sont dans sa main.
« C'est lui qui nous a faits.
a La mer est à lui, c'est lui qui Ta faite ; et ses mains ont formé les continents : venez, adorons et prosternons-nous devant Dieu : pleurons devant le Seigneur qui nous a faits ; parce qu'il est le Seigneur notre Dieu, nous sommes son peuple, et les brebis de son troupeau.
« Adorons Je Seigneur, qui nous a ïaits.
« Aujourdhui si vous entendez sa voix, n'endurcissez pas vos cœurs. (Ici le Seigneur lui-même prend la parole et parle à son peuple : ) n'endurcissez pas vos coeurs, comme dans le désert, quand vos pères excitèrent ma colère ; ils m ont tenté, ils m'ont mis à l'épreuve, et ils ont vu mes œuvres.
« C'est lui qui nous a faits.
« Pendant quarante ans je fus près de cette génération (l'hébreu porte : j'ai éprouvé du dégoût pour cette génération, et j'ai dit : Leur cœur s'égare toujours : mais ils n'ont pas connu mes voies, et j'ai juré, dans ma colère, qu'ils n'entreraient point dans mon repos.
« Adorons le Seigneur, qui nous a faits.
« Gloire au Père, au Fils et au Saint-Esprit, Comme il était dans le principe et maintenant et toujours et dans les siècles des siècles. Amen.
< Adorons le Seigneur, qui nous a faits.
Mais ce qui fait des psaumes le livre par excellence de la prière, c'est beaucoup moins cette expression poétique que la doctrine même qu'ils renferment. « Le livre des psaumes, dit saint Basile, contient une théologie (1). » Et quelle théologie ! Le Dieu créateur du ciel et de la terre, qui a la toute-puissance, qui dit un mot et les choses sont faites, il commande et elles sont créées I C'est bien le vrai Dieu, notre Dieu, notre Seigneur et notre Maître ; c'est le Dieu qui entend
(1) Hom. I in psalm. 2.
tout, qui voit tout, qui est partout, qui sera éternellement. C'est lui qui a créé notre corps de ses mains ; notre âme est un souffle de sa bouche divine qu'il a soufflé en notre corps. Aussi l'ayant faite, il la connaît, il en sonde les moindres replis, il en sait les plus secrètes pensées. Pour lui notre conscience avec ses luttes, ses lâchetés, ses réticences, est un livre ouvert, dont il tourne les feuillets à volonté ; aucun de nos mobiles ne lui échappe. Non, certes, ce n'est pas le Dieu des morts, c'est bien le Dieu des vivants, il est lui-même le Dieu vivant, personnel, redoutable dans sa justice, terrible dans ses vengeances, qui écrase ses ennemis, les réduit en poussière.
Mais c'est aussi le Dieu bon, le Dieu fidèle, le Dieu miséricordieux, le Dieu qui se laisse fléchir par la prière du pécheur et par ses larmes ; il est le Dieu qui fortifie, qui console, qui guérit et qui sauve. Du sein de la nue percent même des rayons prophétiques : l'annonce du Messie, du Sauveur prorais, de celui qui est assis à la droite de Dieu et à qui il a donné toutes les nations de la terre. Les psaumes messianiques nous annoncent le règne futur du Christ, l'universalité de son Église^ la véritable Jérusalem, qui attire dans son sein tous les peuples.
C'est ce Dieu qui a créé l'homme, qui l'a tiré du sein de sa mère, qui suit tous ses pas sur la terre, qui est toujours auprès de lui, comme un compagnon, un ami, parfois comme un mentor, un vengeur ou un juge terrible.
Qu'est-ce que l'homme en face de ce Dieu ? une fleur qui se flétrit, un brin d'herbe qui se dessèche.
Tel est le sujet de tous les psaumes, au fond le seul sujet digne de toute vraie philosophie, Dieu, et
l'hommo en face de Dieu. Le psaume, c'est le cri de l'àme vers Dieu, cri de louange, d'action de grâces, de terreur, do repentir ; appel désespéré de l'homme au milieu des épreuves, larmes amères de la misérable créature humaine écrasée sous des ennemis puissants ; elle est comme l'oiseau pris entre les mailles du filet de l'oiseleur ; Dieu seul peut la délivrer de sa captivité ; son refuge, c'est Dieu ; l'homme qui a confiance en Lui ne craindra rien ; Dieu est sa force et son espérance ; il ne craint qu'une chose, que Dieu détourne de lui sa face.
Que rendre à Dieupourtous ses bienfaits? comment célébrer sa magnificence, sa grandeur, sa bonté ? L'homme se sent impuissant. Il appelle à lui, pour lo louer, les anges du ciel, le soleil et la lune, les cieux des cieux, et toutes les eaux qui sont sur le ciel, la grêle, la neige, la pluie, les glaces, les tempêtes, le» oiseaux du ciel, les bêtes fauves dans les montagnes, enfin tous les hommes, les rois de la terre et tous les peuples, les jeunes gens et les vierges, les enfants et les vieillards ; que tous louent le nom du Seigneur.
Nous aurons, dans la suite de ce livre, à revenir souvent sur les psaumes, sur leur emploi dans la liturgie, nous donnerons même le texte de quelques-uns. Des ce moment nous voulons dire au chrétien qui est désireux de pénétrer l'esprit de la liturgie et de conformer sa prière à celle de l'Église : « Prends ce livre avec confiance, et fais-en l'objet de ta lecture quotidienne. C'est dans les psaumes queles saints ont trouvé la formule la plus vraie de leurs aspirations vers Dieu, et toutes les générations chrétiennes ont murmuré ces cantiques sublimes où la prière s'exhale avec les accents les plus variés, louange de Dieu, humble
PRIÈUE ANTIQUE. 1**
supplication, contrition sincère, demande fervente, anéantissement de la créature devant Dieu.
« Mon fils, étudie ce livre ; si tu pleures, il pleurera avec toi ; si tu es dans la joie, tu y trouveras des chants d'allégresse ; si tu te sens accablé sous le poids de tes péchés, il te donnera des termes pour exprimer ta douleur et ton repentir ; si ton âme est dans le doute, situ as senti le néant de toutes les choses humaines, il fera luire à tes yeux les espérances du ciel ; situ as perdu ton père, ta mère, tes enfants, l'ami de ta jeunesse, la compagne de ton âge mûr, tu trouveras dans ces pages des paroles qui répondent à ta douleur; si ton âme en présence de Dieu se sent comme une terre stérile où nulle prière ne peut germer, ouvre encore ce livre, tu apprendras à prier. »
En dehors des psaumes, il y a dans la Bible un certain nombre de chants qui s'en rapprochent par l'inspiration et le tour poétique : on les appelle, dans la liturgie, les cantiques. On en compte treize principaux qui sont dès le ive siècle en possession, dans laliturgie, d'une place à part, à côté des psaumes (1). Ils sontemployés surtout à- l'heure de l'aurore, et quelquefois comme lectures de la messe. Mais certaines liturgies en possèdent un bien plus grandnombre, par exemple la liturgie mozarabe etla liturgie bénédictine. D'après un texte qui n'a pas été encore relevé dans les études liturgiques, il existait au V^ ou au vi' siècle un recueil de cantiques attribuée Esdras. v( Esdras, scribe de la loi, a réuni en un livre spécial et ajouté au livre des psaumes certains cantiques qui sont dispersés en divers livres (de la Bible), et assez semblables aux
(1) Ils sont dans le Codex Alexandrinus, manuscrit du v* siècle, au British muséum, à la suite du psautier. Voir notre article Cantiques, dans le Dictionnaire d'Archéologie et de Liturgie, au t. il.
psaumes de David ; de sorte qu'ils sont chantés ou psalmodiés de la même manière que les psaumes ,1].»
Les treize cantiques en usage dans la liturgie grecque, et aussi en partie dans la liturgie romaine, sont :
Le cantique de Moïse après le passage de la mer Rouge (Ex. xi) ;
Le cantique de Moïse avant sa mort (Deutér.xxxii);
La prière d'Anne, mère de Samuel (I Reg. c. ii) ;
La prière de Jonas (cap. ii) ;
Le cantique d'Habacuc (cap. m);
Le cantique d'Ezéchias (Is. xxxviii) ;
L'oraison de Manassé (apocryphe), qui se trouve généralement à la suite des livres canoniques (2) ;
Le cantique des trois enfants dans la fournaise (Daniel, m, 26) ;
Le Benedicite (Daniel, m, 36) ;
Puis les trois cantiques du Nouveau Testament que nous avons donnés au chapitre précédent et qui ont une place à part dans la liturgie :
Le Magnificat ;
Le cantique de Zacharie ^enerficfus ;
Le cantique de Siméon Nunc dimittis (3) ;
Nous donnerons quelques extraits des cantiques de l'Ancien Testament ; il est difficile de trouver,
(1) Ce texte très curieux est de Verecundus, auteur du vi^ siècle exhumé par Dom Pitra dans son Spicilegnim Soleamentie t. IV. Verecundus commente les deux cantiques de Moïse, celui de Jerémie (Thren. v, 1}, celui de Daniel (m. 26), ceux d'isaie (xxxviii, 10), d'Habacuc (c. ni), de Manassé (apocryphe), de Jonas (n), de Débora, Ces cantiques étaient probablement ceux employés dans l'Eglise d'Afrique, car Verecundus appartient à ce pays ; sa collection ditl'ère fort peu de la collection grecque que nous citons ci-après.
(2) Nous la donnons plus loin au chapitre xxviii.
(3) Cf. une liste des cantiques en usage à Constantinople, à Milan, en Gaule. Bevtio beaedictine, 1897, p. 38ft.
après les psaumes, un texte de prière plus éloquent. D'après le Deutéronome, Moïse récita avant de mourir, devant le peuple d'Israël rassemblé, ce cantique que la liturgie romaine a placé au samedi à l'offlce de Laudes ; en voici quelques passages :
« Cieux, écoutez ce que je dis : que la terre entende les paroles de ma bouche.
« Que ma doctrine soit abondante comme la pluie, que mes paroles se répandent comme la rosée, comme la pluie sur les plantes, comme les gouttes sur le gazon.
« Car j'invoquerai le nom du Seigneur: rendez hommage à notre Dieu. ,
« Les œuvres de Dieu sont parfaites, et ses voies sont justes :' Dieu est fidèle, il est sans iniquité, il est juste et il est droit...
« Rappelez-vous les jours antiques, pensez aux générations qui vous ont précédés : interrogez votre père, et il vous instruira, vos ancêtres et ils vous diront :
« Quand le Très-Haut faisait le partage des nations ; quand il séparait les fils d'Adam, il marqua les limites des peuples selon le nombre des fils d'Israël.
« La part du Seigneur, c'est son peuple : Jacob est la part de son héritage... Il l'a gardé comme la prunelle de son œil.
« Comme l'aigle provoque ses petits à voler et vole auprès d'eux, le Seigneur a étendu ses ailes et l'a pris, et l'a porté sur ses épaules. »
Mais ce peuple comblé des dons de ï)ieu s'est révolté ; il s'est engraissé, il s'est enrichi, il s'est accru, et il a abandonné le Dieu qui l'avait fait, il s'est éloigné de Dieu son Sauveur.
« Tu as laissé le Dieu qui t'a donné la vie, et tu as oublié le Seigneur qui t'a créé...
« Le Seigneur a dit: Je leur cacherai mon-visage, et je considérerai leur perte : c'est une nation perverse, ce sont des ûin ingrats...
Je les accablerai de maux, et je tirerai contre eux mes flèches.
« La vengeance est à moi, et je récompenserai au moment voulu : le jour de leur perte approche et les moments avancent-
« Considérez que je suis le Dieu unique, et il n'y a pas d'autre Dieu que moi; je tue et je fais vivre : je frappe et je guéris, et personne ne peut se soustraire à ma main.
« Je lèverai ma main vers le ciel, et je dirai : Je vis éternellement.
( Si je prends mon épée qui est la foudre, si je prends en
main le jugement : je me vengerai de mes ennemis, et je leur rendrai haine pour haine (1). »
Le cantique d'Anne, mère de Samuel, pour remercier Dieu de lui avoir donné un fils après une longue stérilité, est une belle prière de reconnaissance. On remarquera, sans qu'il soit besoin d'insister^ les analogies presque verbales entre ce cantique et le cantique d'action de grâces de la sainte Vierge. Mais on pourra vérifier aussi par cette comparaison les différences que nous établissions au chapitre précédent entre la prière dans l'Ancien Testament et dans le Nouveau. Le cantique de la Vierge Marie est d'une portée plus universelle, il n'y a plus guère qu'un souvenir pour le peuple d'Israël, c'est un chant catholique ; on n'y entend que des accents de louange, de joie et d'amour, tandis que dans le cantique de la prophétesse, on sent la joie du triomphe sur ses ennemis ; c'est un défi jeté à sa rivale. Le cantique d'Anne est récité le mercredi à Laudes.
« Mon cœur a tressailli dans le Seigneur, ma gloire a été relevée par mon Dieu.
« Ma houche s'est ouverte contre mes ennemis : parce que je me suis réjouie dans votre salut.
« Personne n'est saint comme le Seigneur»; il n'y en a pas d'autre semblable à vous, personne n'est fort comme notre Dieu.
« Ne continuez pas vos discours insolents, dans votre fierté (s'adresse à la femme qui avait insulté à sa stérilité).
0 Que les anciennes paroles quittent désormais vos lèvres ; parce que le Seigneur est le Dieu de toute science (connaît tout) et il pénètre toutes les pensées.
« L'arc des forts a été brisé, et les faibles ont été remplis de force.
« Ceux qui étaient auparavant rassasiés se sont vendus pour avoir du pain; et ceux qui étaient affamés ont été rassasiés.
« Celle qui était stérile a eu plusieurs enfants, et celle qui avait plusieurs fils est tombée dans l'infirmité,
« Le Seigneur donne la mort et donne la vie, il conduit aux enfers et il en retire.
(1) Deut. XXXII.
« Le Seigneur fait le pauvre et le riche, il humilie et il élève.
o 11 tire le pauvre de la poussière, et l'indigent du fumier ;
Afin de le faire asseoir avec les princes, et de lui donner un trône de gloire.
« Car les fondements de la terre appartiennent au Seigneur, et il a posé sur eux le monde.
« Il veillera sur les pieds de ses saints, et les impies se tairont dans les ténèbres ;
« Car l'homme ne sera pas fortifié dans sa propre force.
« Les ennemis du Seigneur le craindront, et il tonnera contre eux :
« Le Seigneur jugera toutes les contrées de la terre jusqu'aux frontières les plus éloignées, et il donnera l'empire à son roi, et il relèvera la puissance de son Christ (1). »
Il y a aussi dans le livre de Daniel d'admirables prières. La liturgie romaine lui a emprunté le cantique des enfants dans la fournaise, qu'elle a divisé en deux parties : la première est chantée à la messe du samedi des Quatre-Temps :
« Tu es béni, Seigneur Dieu de nos pères.
Tu es digne de louange et glorieux dans les siècles.
« Le nom de ta gloire qui est saint est béni aussi,
Il est digne de louange et glorieux dans les siècles.
« Tu es béni dans le saint temple de ta gloire,
Digne de louange et glorieux dans les siècles.
« Tu es béni sur le sceptre de ta divinité,
« Tu es béni, Toi qui es assis sur les chérubins et qui sondes les abîmes.
« Tu es béni, Toi qui marches sur les ailes des vents et sur les ondes de la mer. »
Et chaque fois revient le refrain :
€ Tu es digne de louange et glorieux dans les siècles... »
Les trois enfants appellent alors à leur aide toutes les créatures pour bénir le Seigneur. Jamais peut-être l'accent de la prière, l'enthousiasme religieux, le zèle pour la gloire de Dieu, n'a été rendu en termes plus magnifiques. L'homme est vraiment devenu le chantre delà création, le prêtre qui est en communion avec
(1) I Reg. c. II. 11 est à peine besoin de faire remarquer que ces versets sont messianiques.
PSAUMES ET CANTIQl-ES 31
toute la nature et convoque tous les êtresàbénirDieu; il se fait leur interprète et offre à Dieu le sacrifice de la louange universelle.
« OEuvres du Seigneur, bénissf •? le Seigneur :
Louez-le et exaltez-le dans les iècl s.
« Bénissez le Seigneur, anges n Seigneur,
« Bénissez le Seigneur, soleil et lu.ie,
« Bénissez-le, étoiles, bénissez-le, pluie et rosée,
« Bénissez-le, feu et chaleur ;
« Rosée et frimas, bénissez le Seigneur;
Louez-le et exaltez-le dans les siècles.
« Froid et gelée, bénissez le Seigneur ;
Louez-le et exallez-le dans les siècles.
« Glaces et neiges, bénissez le Seigneur,
Louez-le et exaltez-le dans les siècles.
«Nuits et jours, bénissez le Seigneur,
Louez-le et exaltez-le dans les siècles.
« Lumière et ténèbres, bénissez le Seigneur,
Louez-le et exaltez le dans les siècles.
« Bénissez le Seigneur, foudres et nuées,
Louez-le et exaltez-le dans les siècles,
« Bénissez le Seigneur, montagnes et collines ;
« Bénissez le Seigneur, plantes de la terre,
« Sources, bénissez le Seigneur,
Louez le et exaltez-le dans les siècles.
H Bénissez le Seigneur, mers et fleuves,
« Bénissez le, poissons et toutes les bêtes qui se meuvent dans les eaux.
<■ Bénissez le Seigneur, vous tous oiseaux du ciel,
Loin-z-ie et exaltez-le dans les siècles.
« Uénissez le Seigneur, bétes et animaux de la terre,
Louezle et exaltez-le dans les siècles.
« Bénissez le Seigneur, fils des hommes.
« B 'uissez le Seigneur, serviteurs du Seigneur;
« Bénissez le Seigneur, esprits et âmes des justes, bénissez-ie, saints ethumbles de cœur!...
« Tu es béni dans le firmament ducieL et digne de louange et glorieux dans les siècles (1). »
Cette partie du cantique est chantée le dimanche et les fêtes à l'ùffice de Laudes. On y a ajouté en guise de doxologie les paroles :
« Bénissons le Père et le Fils et le Saint-Esprit, louons-le et exaltons-le dans les siècles. »
(1) Daniel, m.
Le sentiment qui remplit l'âme du prophète inspiré àla vue de toutes les merveilles de la bonté divine et de la création, est le même qui mettait sur les lèvres de saint François d'Assise ce fameux Cantique du soleil, dans lequel des hommes bien éloignés de notre foi ont reconnu « l'expression la plus complète du sentiment religieux moderne (1) ». Nous le donnons ici comme un écho de la prière biblique, afin de mieux montrer que l'Église a hérité de l'inspiration antique.
« Soyez lov.é, Seigneur, avec toutes vos créatures, spécialement monseigneur frère soleil,
qui donne le jour, et par lui vous montrez votre lumière.
« Il est beau et raj^onnant avec grande splendeur,
De vous Très-Haut il est le symbole...
« Soyez loué, Seigneur, pour sœur lune et les étoiles,
dans le ciel vous les avez formées claires, précieuses et belles.
« Soyez loué. Seigneur, pour frère vent et pour l'air et le nuage, pour le ciel pur et pour tout temps par lequel vous donnez a vos créatures la vie et le soutien.
<' Soyez loué, Seigneur, pour sœur eau.
Laquelle est si utile, humble, précieuse et chaste.
« Soyez loué. Seigneur, pour frère feu,
par lequel vous illuminez la nuit ; il est beau, gai, courageux et fort. . .
« Louez et bénissez le Seigneur, et rendez-lui grâce et servezle avec grande humilité.
« Soyez loué, Seigneur, pour ceux qui pardonnent par amour pour vous et supportent les peines et les tribulations.
Heureux ceux qui persévéreront dans la paix, par vous, Très Haut, ils seront couronnés- »
Au moment de sa mort, le cher saint s'écria : « Sœur mort, soyez la bienvenue ! » et il improvisa un dernier couplet à son cantique :
« Soyez loué, Seigneur, pour notre sœur la mort corporelle à laquelle aucun homme ne peut échapper;
(I Malheur à ceux qui meurent en état de péché mortel, heureux ceux qui se trouveront conformes à vos saintes volontés, car la seconde mort ne leur fera aucun mal. »
(i) Renan et M. Paul Sabatier, dernier historien du saint (éd. 1899, p. 190 et 3,';i, 378et381). Cf.aussi Ozanam, les Poètes franciscains, p. 11 et 361.