‹ Le livre de la priére antiqueChapitre 57 sur 94 · LA VIE RECONQUISE · texte numérisé non relu

LA VIE RECONQUISE

[Pénitence.) Mon péché est toujours devant moi,

(Ps. L.)

Dans Tancienne alliance, le pécheur est seul en face du Dieu qu'il a offensé ; son péché se dresse contre lui ; le remords s'empare de son âme. Il exprime sa douleur dans les termes les plus véhéments ; il gémit tout le jour, et la nuil il arrose son lit de ses larmes. Il se tourne el se retourne sur sa couche ; le souvenir de son péché est comme une épine qui lui entre dans la chair. Il n'est pas une partie saine dans son corps, pas de paix pour ses os, ils ont été ébranlés, ils ont vieilli, son cœur est desséché, car son péché est toujours là devant lui. C'est un fardeau qui est chargé sur sa tête et sous lequel il succombe. Le jour il est seul, comme le pélican du désert, ouïe hibou au milieu des ruines. Il est sourd à toute parole extérieure, et muet. Son breuvage est rendu amer par'ses larmes ; son pain est mêlé de cendres.

Nul de ceux qui ont médité sur l'infinie grandeur de Dieu, sur sa bonté, sur la malice du péché, sur Fin-

gratitude et la perversité du pécheur qui offense Dieu sciemment, ne trouvera excessives les expressions du prophète.

Dans cette condition misérable, le pécheur cherche autour de lui un protecteur, un ami, quelqu'un qui prenne son parti, qui puisse lui alléger la charge de son péché ; mais qui oserait le défendre, qui pourrait ici-bas le protéger contre la colère de Dieu irrité ? Ses amis sont impuissants ; il ne voit que des ennemis qui se rient de ses larmes et cherchent à l'accabler.

Heureux ceux dont les péchés sont pardonnes !

Le pécheur n'a plus qu'un refuge, son juge luimême, devant qui il confessera sa faute, dont il implorera la clémence, son langage devient suppliant ; si Dieu se montre sévère pour le péché, qui soutiendra sa justice ? qu'il n'entre pas en jugement avec son serviteur. Il lui rappelle qu'il est sa créature, l'œuvre de ses mains. Et le juge deviendra père ; il pardonnera au pécheur, il lui rendra la joie de son visage ; c'est Dieu qui le lavera de son péché, et il deviendra plus blanc que la neige. Dieu créera en lui un cœur nouveau, un cœur pur. L'œuvre de la contrition s'est accomplie, le péché est pardonné.

Dans la nouvelle alliance, le sentiment du remords au souvenir du péché n'est pas moins vif, ni la douleur moins amère. Mieux encore peut-être que sous l'ancienne loi, le pécheur sent que Dieu est la sainteté, infinie, la beauté infinie, la bonté infinie; que l'homme -^ en sa présence n'est que néant ; que tout ce qu'il a, il le tient de son créateur. La pensée qu'il a offensé ce Dieu de bonté lui est encore plus insupportable. Mais si la contrition est aussi profonde, la crainte est mé-

langée d'un sentiment d'espérance ;le chrétien connaît mieux l'étendue de la miséricorde divine ; surtout il a conliance dans l'intervention du Christ, le Fils de Dieu, descendu sur la terre pour racheter les hommes au prix de son sang et les sauver. Il sait que le Cnrist a été compatissant aux malheureux, doux et secourable aux pécheurs repentants. Le p(icheur, c'est l'enfant prodigue qui revient vers son père, en disant: « Père, j'ai péché I » C'est la brebis égarée que le pasteur rapporte sur ses épaules au bercail, c'est la drachme perdue et retrouvée, c'est le paralytique guéri qui emporte son grabat, c'est Lazare, déjà en proie à la corruption du tombeau, et que Jésus ressuscite.

Durant sa vie mortelle le Christ a remis les péchés ; il disait : « Allez, vos péchés vous sont remis, » comme il disait aux malades : « Soyez guéris. »

Ce pouvoir, il Ta transmis à ses Apôtres en leur •disant : «c Les péchés seront rerais à ceux à qui vous les remettrez, et ils seront retenus à ceux à qui vous les retiendrez, » et encore : « Tout ce que vous délierez sur la terre, sera délié dans le ciel, et tout ce que vous lierez sur la terre, sera lié dans le ciel (1). »

Les Apôtres et leurs successeurs dans l'Église ont toujours exercé ce pouvoir. Nous avons à étudier surtout ici la pénitence publique, qui seule est du do-

(1) .Matth. sviii, 18; Joh. xx, 22. La nature de ce pouvoir, sa transmission, ses limites, etc., sont étudiées dans toutes les théologies. L'ouvrage de l'Américain Lea [A hiKlory ofauricular confe^sioD, etc., 3 vol. in-8o) a rendu au sujet une nouvolle actualité et a fait étudier plus à fond les origines de la pénitence. Nous nous contentons de renvo3'er aux travaux de Boudinhon {Revue d'hlst. et de littor , 1897 et 1S9S . Vacandard {Revue du Clergé, 1898) et l'article Ah^olniion. dans le récent Dictioaoaire de théologie, 1899. Enfin Mgr .Batiliol, Etudes ■d'hJsloire et de théologie positive, 1901,

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maine de la liturgie. Mais comme certaines formes dans la pénitence privée sont les mêmes, nous en dirons un mot à la fin de ce chapitre. Dans tous les cas, si la pénitence publique a disparu à peu près complètement en fait, les enseignements qu'elle donnait aux pécheurs demeurent, et peuvent servir de préparation à l'exercice de la pénitence privée.

Ceux qui avaient commis des fautes graves et publiques, étaient exclus de la société des fidèles et soumis à une pénitence longue et très dure et à la pratique d'un rigoureux ascétisme. Le jeûne, les pénitences de toute sorte, les humiliations, l'exclusion de l'Église, la confession piiblique de la faute, constituaient l'expiation, à la suite de laquelle le pénitent pouvait recevoir l'absolution. Tertullien nous décrit en traits inoubliables cette scène dans l'ancienne Église : le pénitent arrive, au milieu de l'assemblée, vêtu d'un cilice, couvert de cendres, en signe de repentir, dans un appareil lugubre. Il se prosterne devant les veuves et les prêtres, pour obtenir leur pardon, il saisit la frange de leurs vêtements, baise la trace de leurs pas, les prend par les genoux.

Pendant ce temps, le pape Calliste, car la scène se passe à Rome, excite les fidèles à se montrer cléments, il leur raconte la parabole de la brebis perdue (1).

Dans une autre réunion, nous voyons au contraire que ce sont les fidèles qui intercèdent auprès de l'évêque pour qu'il accorde l'absolution au pécheur, et qui psalmodient les paroles du bon larron à Jésus en croix : Souviens-toi de moi quand tu arriveras dans

(l) De Pudic, 3.

LA PÉNITENCE 39i

ton royaume (1). Parfois le peuple crie à l'évéque ; Délie-le, délie-le ! Le pontife répond aux fidèles : Vous feriez mieux de crier : Seigneur, ressuscite-le ! (2). Un autre prédicateur conseille au pénitent de ne pas faire de longs discours qui seraient ici hors de saison, mais de s'en tenir au silence ou à quelques paroles comme celles-ci : Dieu ne méprise pas un cœur contrit et humilié, ou encore ces autres : Laissezmoi aller, déliez-moi ! car le pécheur est comme un homme enchaîné par les liens du péché ; il est semblable au roi Manassé qui, réduit en captivité à Babylone, fut jeté dans les fers. Il faut qu'on le délie de ses liens (3).

Il existe sous le nom de ce roi un discours qui est apocryphe, mais qui a joui longtemps d'une certaine autorité, qui même a été considéré quelquefois comme un livre canonique ; il a laissé quelques traces dans la liturgie. Nous serions assez porté à croire que cette jyrière de Manassé n'est autre chose qu'un discours composé pour les pénitents ou du moins adapté au rituel de la pénitence. Nous le donnerons ici comme un nouvel échantillon de la prière des premiers âges, car ii mérite d'être mieux connu ; malgré quelque prolixité, il trahit une origine très antique; puis le point de vue que nous ne faisons qu'indiquer en passant, peut lui donner une tout autre importance (4).

(1) Dom G. Morin, Liber comicus, Maredsol., 1893, p. 412, 423. 424.

(2) Ibid., p. 121.

(3 Ce curieux passage, non encore versé au dossier de la pénitence est de Verecundus (cf. ci-dessus, p. 26} apud Pitra, Spicil. Solesm., IV, p. 99.

(4) Il est curieux de voir que la liturgie romaine a conservé un passage de cette prière (voyez la note suivante). Le com-

« Seigneur tout-puissant, Dieu de nos pères, Abraham, Isaac et Jacob, et de leur juste postérité, qui avez créé le ciel et la terre avec tout ce qui en fait la beauté, qui avez enchaîné la mer par la parole de votre commandement, qui avez fermé l'abîme et avez mis dessus le sceau de votre nom terrible et glorieux ;

« Vous que tous les êtres craignent, et dont ils redoutent la puissance, parce qu'ils ne peuvent supporter la grandeur de votre gloire ; les pécheurs ne peuvent soutenir la colère de vos menaces ;

« Mais la miséricorde de votre promesse est immense et on n'en peut connaître la profondeur ; parce que vous êtes le Seigneur très haut, très bon, patient, plein de clémence et d'indulgence pour la malice des hommes.

« C'est vous, Seigneur, qui selon la grandeur de votre bonté avez promis la pénitence et la rémission à ceux qui ont péché contre vous, et dans la grandeur de votre miséricorde, vous avez accordé la pénitence aux pécheurs, pour le salut.

« Vous donc, Seigneur Dieu des justes, vous n'avez pas institué la pénitence pour les justes, Abraham, Isaac et Jacob, qui n'ont pas péché contre vous : mais vous l'avez instituée pour moi pécheur : car mes péchés sont plus nombreux que le sable de la mer : mes iniquités se sont multipliées, Seigneur et je ne suis pas digne de lever les yeux et de regarder en haut vers le ciel à cause de la multitude de mes iniquités (1) ; je suis accablé sous le poids des chaînes de fer, et je ne puis lever la tête, et je ne puis même respirer ; parce que j'ai excité votre colère et j'ai fait le mal devant vous : je n'ai pas suivi votre volonté, et je n'ai pas gardé vos commandements ; j'ai commis l'iniquité et multiplié mes offenses.

« Et maintenant je fléchis le genou de; mon cœur, demandant votre indulgence. J'ai péché, Seigneur, j'ai péché, et je reconnais mes iniquités.

mentaire qu'en fait Verecundus prouve qu'elle était en usage aussi dans la liturgie africaine, sur laquelle on possède si peu de renseignements. Enfin la liturgie grecque lui a donné place dans son Eucologe à l'office des grandes compiles et dans la collection de ses cantiques. Il nous a semblé utile d'appeler l'attention sur cette relique de la liturgie anténicéenne et du rituel des pénitents.

(1) C'est ce passage qui est devenu le répons vi« du III^ nocturne (III" dimanche après la Pentecôte) : peccavi super numerum arcnse maris, et multiplicatasuat peccata mea quoniam irritavi tram tuam et malum coram tefeci. ■

LA PÉMTENCE 393

« C'est pourquoi je demande en suppliant, relâchez -moi, Seigneur, laissez moi aller, et ne me perdez pas avec mes iniquités, et dans votre colère, ne me réservez pas les maux éternels, et ne me damnez pas dans les lieux profonds de la terre;

« Car vous êtes Dieu, le Dieu des pénitents ; et en moi vous montrerez votre bonté, et vous sauverez un misérable selon votre grande miséricorde, et je vous louerai tous les jours de ma vie: parce que toutes les vertus des cieux vous louent, et à vous est la gloire dans les siècles. Amen. »

En parlant du Carême, nous avons dit que c'était le temps spécialement consacré aux pénitents qui étaient alors soumis à une discipline plus rigoureuse.

Au commencement de cette époque liturgique (généralement le mercredi des Cendres), ils prenaient un habit de pénitence et se couvraient la tète de cendres, cérémonie qui s'applique aujourd'hui à tous les chrétiens (1). Les prières que l'on récite encore dans la circonstance, sont antiques et empruntées au formulaire des pénitents. Nous citerons la suivante :

<i 0 Dieu, qui ne voulez pas la mort des pécheurs, mais leur pénitence ; ayez égard avec toute votre bonté à la fragilité de la condition humaine ; et daignez bénir, dans votre clémence, ces cendres que nous voulons répandre sur nos têtes en signe d'humilité extérieure, et pour obtenir le pardon ; afin que nous qui savons que nous sommes cendre, et que nous retournerons en poussière à cause de notre perversité, nous obtenions par votre miséricorde le pardon de tous nos péchés, et les promesses faites aux pénitents. Par le Christ Notre-Seigneur. Amen. »

Puis on chante diverses antiennes, notamment celle-ci tirée du prophète Joël :

a Changeons nos vêtements, couvrons-nous de la cendre et du cilice ; jeûnons et pleurons devant le Seigneur ; car notre

(1) Voir au chapitre xxiv sanctification des éléments {Les ■cendres) .

,•{9-4 LE LlVliE DE LA PRIERE AiNTlQUE

Dieu est tout miséricordieux, et il nous remettra nos péchés (1). •

Nous avons aussi indiqué, en parlant du Carême^ plusieurs pièces liturgiques qui ont été choisies en vue des pénitents (2).

La réconciliation avait lieu le Jeudi saint dans l'Église romaine, le Vendredi saint dans d'autres églises. — Quoique ces rites soient tombés en désuétude, le Pontifical les a maintenus à leur place. Les pénitents arrivaient ce jour-là en habits de deuil, comme dans l'assemblée chrétienne primitive, et nu-pieds ; on récitait les septpsaumes de lapénitenceetleslitanies(3).

L'archidiacre les présentait au pontife avec ces paroles qui nous montrent une fois de plus que Ton unissait dans une même pensée les catéchumènes qui allaient être régénérés par le baptême et les pécheurs à qui la pénitence rendait la vie perdue.

« Pontife vénéré, voici le temps favorable, les jours où Dieu s'apaise, oîi l'homme est sauvé, oîi la mort est détruite, où la vie éternelle commence.

« C est le temps où dans la vigne du Seigneur des armées, on fait de nouveaux plants pour remplacer ceux qui étaient mauvais.

« Sans doute il n'est aucun jour sur lequel ne se répandent les largesses de la bonté et de la miséricorde de Dieu ; néanmoins le temps où nous sommes est marqué plus spécialement par l'abondante rémission des péchés, et par la fécondité de la grâce en ceux qui reçoivent une nouvelle naissance. Notre nombre s'accroît et par ces nouveau-nés, et par le retour de

(1) Pour le détail de la cérémonie, cf. Dom Guéranger, Sep tuagi'sime.

(2) Cf plus haut, p. 247. Dom Guérnnger les a soigneusement relevées dans son Annof Liiurgitfuc, le Carême.

(3) Nous donnons àl'Eucologe ces dernières. Dom Guéranger, 7. c, décrit aussi cette cérémonie, ainsi que Duchesne, les Origines du culte, 420.

ceux qui s'étaient éloignés de nous. S'il y a le bain d'eau purifiante, il y a aussi le bain des larmes.

« De là double joie pour l'Eglise ; renrôlement de ceux qui sont appelés, l'absolution de ceux qu'a ramenés le repentir.

« Voici donc vos serviteurs qui aj'ant oublié les commandements célestes, et transgressé la loi des saintes mœurs, étaient tombés dans divers crimes ; les voici maintenant humiliés et prosternés. Ils crient au Seigneur avecle prophète: Nous avons péchc, Dons avoDS commis l'iniquité; ayez pitié de nous^ Seigneur !

Ils ont compté avec une entière confiance sur cette parole de l'Evangile : Heureux ceux qui pleurent parce qu^ils seront consolés. Ils ont, comme il est écrit, mangé le pain de la douleur ; leur couche a été arrosée de leurs larmes ; ils ont affligé leur cœur par la douleur, et leur corps par le jeûne, afin de r «ouvrer la santé de l'âme qu'ils avaient perdue. La pénitence est une ; mais elle esta la disposition de tous ceux qui veulent y recourir. »

Il y avait plusieurs autres prières et des Ci^rémonies qui forment un véritable rituel des pénitents, de DQême qu'il y avait un rituel des catéchumènes. La prière .«uivante de Tévéque s'inspire des plus anciennes traditions liturgiques :

« Ecoutez nos supplications, Seigneur, et quoique j'aie besoin plus que tous de votre miséricorde, daignez m'exaucer. Vous m'avez établi, non à cause de mes mérites, mais par le don de »otre grâce, votre ministre dans cette œuvre de réconciliation; donnez-moi la confiance nécessaire pour l'accomplir, et opérez vous-même dans mon ministère qui est celui de votre bonté.

C'est vous qui avez rapporté au bercail, sur vos épaules,

^la brebis égarée ; vous qui avez exaucé la prière du publicain.

lendez donc la vie à ces hommes vos serviteurs, dont vous ne

voulez pas la mort. Vous dont la bonté nous poursuit quand

^nous errons loin de vous, reprenez à votre service ceux qui

sont corrigés. Laissez-vous toucher de leurs soupirs et de leurs

Uarmes ; guérissez leurs blessures ; tendez-leur une main se-

Icourable. Ne permettez pas que votre Eglise éprouve une perte

'dans la moindre partie de ses membres, que votre troupeau

r souffre un détriment, que l'ennemi triomphe d'un désastre

dans votre famille, que la seconde mort dévore ceux qui avaient

pris une nouvelle naissance dans le bain sacré.

« Pardonnez, Seigneur, à ces hommes qui confessent leur iniquité ; qu'ils échappent aux peines que décrétera la sentence du jugement à venir ; qu'ils ignorent l'horreur des ténèbres, et le pétillement de la flamme. Ramenés du sentier de l'erreur et rentrés dans la voie de la justice, qu'ils ne reçoivent plus désormais de blessures ; mais que l'intcgrité d'âme qu'ils avaient dabord obtenue de votre grâce (au baptême) et que votre miséricorde va réparer, demeure en eux à jamais. lia ont macéré leurs corps sous les livrées de la pénitence ; rendezleur maintenant la robe nuptiale, et permettez-leur de s'asseoir de nouveau au festin royal dont ils étaient exclus. »

La prière si touchante des impropères qui se chante au Vendredi saint, semble aussi appartenir au rituel des pénitents ; la liturgie mozarabe lui laisse celJe place. Le peuple juif est ici l'image du chrétien coupable ; comme les juifs il a trahi le Christ qui ne lui avait fait que du bien; c'est donc à lui que s'adressent les plaintes du Seigneur. Comme il arrive parfois en liturgie, la forme même ici est dramatique. Il semble que ce soit déjà une tentative timide vers ces représentations liturgiques d'où sortirent au moyen âge les scènes des mystères. Ce monologue du Sauveur adressé au peuple juif est d'un effet saisissant :

« 0 mon peuple, que t'ai-je fait? En quoi t'ai-je affligé ? réponds-moi. Est-ce parce que je t'ai tiré de la terre d'Egypte que tu as dressé une cf-oix pour ton sauveur ?

Agios 0 Theos,

Sanctus Deus,

Agios iscbyros,

Sanctus fortis,

Agios athanatos, eleison iwas,

Sanctus immortalis, miserere nobis.

Dieu saint,

Dieu saint,

Saint et fort,

Saint et fort,

Saiut et immortel, ayez pitié

de nous.

Saint et immortel, ayez pitié

de nous (1).

(1) Ce trisagion, différent de celui de la messe, a son histoire en liturgie. Il fut inauguré au concile de Chalcédoine en 451 ;| les monophysites (qui prétendaient que dans le Christ il n'y a

<• Parce que durant quarante ans je t'ai dirigé à travers le désert : parce que je t'ai nourri de la manne, et que je t'ai introduit dans une terre excellente, tu as préparé une croix à ton Sauveur.

« Dieu saint, etc.

« Que devais je faire pour toi que je n'aie pas fait ? Je t'ai plantée comme la plus belle de mes vignes, et tu n'as eu pour moi qu'une amertume extrême : car dans ma soif tu m'as donné du vinaigre, et tu as percé de ta lance le côté de ton Sauveur.

« Dieu saint, etc.

« Je t'ai tiré de l'Egypte, j'ai submergé Pharaon dans la mer Rouge: toi tu m'as livré aux princes des prêtres.

« 0 mon peuple, que t'ai-je farit? en quoi t'ai-je aflligé ? réponds-moi.

« J'ai marché devant toi dans une colonne de nuée : toi tu m'as amené au prétoire de Pilate.

« Je t'ai nourri de la manne dans le désert: j'ai reçu de toi des soufflets et des coups de fouet.

« Je t'ai abreuvé de l'eau salutaire sortie du rocher : dans ma soif tu m'as présenté du fiel et du vinaigre...

« Je t'ai donné le sceptre de la royauté : toi tu as mis sur ma tête une couronne d'épines.

« 0 mon peuple, que t'ai-je fait? en quoi t'ai-je affligé? rôponds-moi (1) ? »

La pénitence privée condense, dans sa forme actuelle, la plupart des éléments que nous venons de décrire. Elle se compose de raccusation des fautes

qu'une nature, la nature divine qui avai-t absorbé la nature humaine) y ajoutèrent les mots : qui as clé cruci/ic pour nous. C'était un petit stratagème de subtilité théologique dont la conséquence était d'accréditer leur erreur, et de laisser croire que cest la nature divine qui a souffert, qui a été erucifiée. Les catholiques rectifièrent le sens de cette sorte: Christ roi, qui avez clé crucifié pour nous, ayez pitié de nous. Au vendredi saint on chante ce trisagion dans la forme gréco-latine que nous avons donnée ci dessus, sans les additions. C'est un des rares exemples dans uae liturgie latine, du maintien de la forme grecque.

(1) Il faut remarquer que ces impropères s'inspirent directement du IV' livre d'Esdras (chapitre i; dont nous avons déjà constaté l'influence Liturgique ; comme date, cela nous ramène I encore à l'époque anténi'céenne.

.{confcasion), d'oemyres de pénitence imposées comme expiation des péchés commis (satisfaclion), de l'expression du repentir et du ferme propos de ne plus pécher (contrilion)^ enQn de Vabsolution donnée parle prêtre.

La forme de Taccusation des péchés ou Confiteor rappelle, à quelques variantes près, celle qui était 8E usage déjà au viii^ siècle.

.< Je confesse à Dieu toiit-puissant, à la bienheureuse Marie toujours vierge, à saint Michel archange, à saint Jean- Baptiste, aux saints apôtres Pierre et Paul, à tous les saints, et à vous, mon père,

• que j'ai beaucoup péché, en pensées, en paroles et en œuvres... »

Ici se place raccusation détaillée et précise des fautes commises ; après cela, le pénitent acbèvele co7ifiteor.

« Par ma faute, par ma faute, par ma très grande faute.

» C'est pourquoi je prie la bienheureuse Marie, toujours vierge saint Michel archange, saint Jean-Baptiste, les apôtres Pierre et PauL, tous les saints, et vous, mon père, de prier pour moi le Seigneur no-tre Dieu. »

Le prêtre prononce alors cette formule de pardon :

« Que le Dieu tout-puissant vous fasse miséricorde, et qu'après vous avoir pardonné vos péchés, il vous conduise à la vie éternelle.

« Que le Sei^eur tout-puissant et miséricordieux vous accorde l'indulgence, l'absolution et la rémission de vos péchés. Amen (1). ><

(A) Cette forme esta peu près celle donnée dans Egbert <ï'York et dans Chrodegand. On trouve des formules analogues éans la collection de ^Iartène. De aiitjq. eccJ. rit.,\. I, c. vi.

En dehors du sacrement de pénitence, le Confia leor est encore usité au commencement de la Messe, avant la communion, pour le sacrement de Textrêmeonction, à roffice de compiles et à celui de prime, et, dans certaines circonstances, avant le baptême. Cet usage de la confession des péchés dans ces diverses occasions s'appuie sur les pratiques les plus antiques, plusieurs sont attestées dès les temps anténicéens.

La formule de la contrition dans le sacrement de pénitence a varié beaucoup selon les temps et selon les provinces ecclésiastiques. Aujourd'hui même, elle n'est pas uniforme partout.

L'absolution est sous cette forme avec le rite de l'imposition des mains et le signe de la croix :

« Que Jésus-Christ %'ous absolve, et ensuite, moi je vous absous de vos péch(fs au nom du Père, et du Fils et du Saint- Esprit, Amen. ■

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