BAPTÊME, CONFIRMATION, PREMIÈRE COMMUNION 3R
avons donné plus haut et qui exprime si bien le désir du baptême :
« Comme le cerf soupire après les fontaines d'eau vive, ainsi mon âme aspire après toi. ô Dieu.
« Mo» âme a eu soif du Dieu vivant; quand viendrai-je, quand appai'aîtrai-je devant la face de Dieu?
» Mes larmes ont été mon pain du jour et de la nuit, tandis que j'entends dire durant tout le jour: où est ton Dieu (1)? >•
Le pontife prend alors la parole, et s'adressant à Dieu :
« Dieu tout-puissant et éternel, regarde, nous t'en prions, avec des yeux favorables la dévotion de ce peuple qui renaît (dans les eaux du baptême) et qui aspire comme le cerf à la fontaine de tes eaux.
« Et accorde-nous, nous t'en prions, que cette soif même de la foi, par le mystère du baptême, sanctifie l'âme et le corps.
« Dieu tout-puissant et éternel, sois présent aux mystères de ta bonté, sois présent aux sacrements. »
La prière continue sur ce ton ; elle est suivie d'une belle et longue préface que nous ne pouvons donner ici; on mêle à l'eau sanctifiée par ces prières une portion de l'huile des catéchumènes et du saint chrême ; et tout est prêt désormais pour administrer le baptême. La disposition même de la grande cuve dans les anciens baptistères prouve que le baptême se donnait par i?7imersion, c'est-à-dire qu'on était plonge tout entier dans l'eau sanctifiée. Cependant le baptême tel qu'on le donne aujourd'hui, en versant seulement de l'eau sur la tête, et qu'on appelle baptême par infusion, est de tradition très ancienne, beaucoup plus ancienne même qu'on ne croyait, car
(1) Cf. p. 226.
on en a trouvé l'attestation dans un document du commencement du ii« siècle (1).
Le baptisé est revêtu alors d'une robe blanche, signe de la pureté de son âme, et reçoit un cierge allumé pour lui rappeler qu'il doit être vigilant désormais. « Que vos reins soient toujours ceints, avait dit le Maître, ayez des lampes allumées dans vos mains, et soyez semblables à des hommes qui attendent leur maître, quand il revient des noces ; afin que quand il viendra et frappera, ils lui ouvrent aussitôt. »
Toutes ces cérémonies et ces formules anciennes ont été conservées,
La confirmation n'était pas séparée du baptême. On conduisait les néophytes à l'évêque qui invoquait sur eux 1" Esprit-Saint et les oignait du saint chrême.
Le rite très simple de ce sacrement n'a pas varié beaucoup. L'évêque fait encore l'invocation du Saint- Esprit, et les termes mêmes qu'il emploie montrent qu'il s'agit ici des nouveaux baptisés.
« Dieu tout-puissant et éternel, qui avez daigné régénérer vos serviteurs dans l'eau et l'Esprit-Saint, et qui leur avez donné la rémission de tous leurs péchés, envoyez sur eux, du haut du ciel, votre Esprit-Saint Paraclet et Septiforme...
« Remplissez-les de l'Esprit de votre crainte, et marquez-les du signe de la croix du Christ, pour la vie éternelle. Par Notre- Seigneur Jésus-Christ. » •
nies marque du signe de la croix avec l'onction du chrême sur le front, leur donne un soufflet sur la joue afin de leur apprendre à supporter tous les opprobres
(1) La Doctrine! des apôtres. Toute la cérémonie du baptême antique est décrite au long dans Dom Guéranger (Aûuco ^itur- !/ique, au Samedi saint) et dans le beau chapitre de 1 abbé buchesne, r//J/7iatJ0fl cbréiienno {Origines du culte).
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pour l'amour du Christ, et leur impose les mains. Après cette longue cérémonie, les néophytes étaient reconduits du baptistère à l'église au chant des litanies, comme cela a lieu encore au Samedi saint, et la messe commençait; la nuit s'était écoulée toute pleine du souvenir des grands mystères du baptême qui venait de s'accomplir, et l'aurore du jour de Pâques commençait à poindre. L'introït (de date un peu postérieure) saluait le Christ ressuscité par ces paroles du psalmiste qui conviennent aussi aux nouveaux baptisés :
« Je suis ressuscité et je suis de nouveau avec toi, alléluia; tuas posé sur moi ta main, alléluia ; ta connaissance est admirable, alléluia, alléluia.
« Tu m'as éprouvé, Seigneur, et tu m"as connu, tu as connu quand je me suis assis [dans la tombe) et quand je me suis levé. »
La collecte était encore consacrée aux nouveaux baptisés :
« 0 Dieu qui sanctifiez cette nuit sacrée par la gloire de la résurrection du Seigneur, conservez dans les fils de cette nouvelle famille l'esprit d'adoption que vous leur avez donné, afin que renouvelés dans lem- corps et dans leur âme, ils vous servent avec un dévouement désintéressé. Par le même Seigneur Jésus-Christ. »
Dans l'épître, saint Paul leur disiiit qu'ils étaient
ressuscites avec le Christ, et qu'ils devaient désormais
« rechercher les choses du ciel, non celles de la
terre »,
Et toujours Valleluia revient, cri de joie et de
L triomphe^ cri de résurrection, qui est mieux que tout
i autre l'acclamation de la pâque.
j^ PRIÈRB ANTIQUE. H**
L'offrande était faite à la messe au nom de ceux <( qui ont été régénérés dans cette nuit par Teau et par TEsprit-Saint, et qui ont reçu l'absolution de leurs péchés ».
Il faut avouer que la liturgie de la nuit pascale prend une tout autre couleur quand elle est étudiée à la lumière de ces grands souvenirs.
Enfin arrivait le moment de la communion ; les nouveaux baptisés étaient admis à y prendre part ; ils recevaient le corps et le sang de celui à qui ils venaient de se donner par le baptême. Maintenant c'était le Christ qui se donnait à eux.
Le même jour était donc, pour eux, celui de leur baptême, de leur confirmation et de leur première communion.
Ainsi s'achevait la cérémonie de l'initiation chrétienne. A quelque point de vue qu'on la considère, on ne pourra s'empêcher, croyons-nous, d'en admirer la majesté, le profond symbolisme, de louer ce sens délicat des rites, cette parfaite harmonie qui a présidé à leur enchaînement. Rarement l'inspiration religieuse s'est élevée plus haut.
Pour le chrétien, le baptême est le commencement d'une vie nouvelle, d'une vie surnaturelle, c'est la vie divine dès ici-bas, c'est déjà le ciel sur la terre. Il est le citoyen du ciel, le compatriote des saints, le cohéritier du Christ, et fils de Dieu par adoption. Le jour où se déchirera cette frêle enveloppe de son corps, s'il a été fidèle, sans secousse, sans transition, sans retard, en vertu de son baptême, il verra Dieu.