‹ Le livre de la priére antiqueChapitre 59 sur 94 · VOYAGEURS ET PÈLERINS · texte numérisé non relu

VOYAGEURS ET PÈLERINS

moins illustres, marchent sur ses traces, traversent les mers, remontentle oours des fleuves et vont atteindre le paganisme au cœur. « Une brise matinale, une odeur de mer, inspirant quelque chose d'allègre et de fort, >) pénètre, comme on l'a dit, les premiers récits de la conquête chrétienne. Jamais le besoin de prosélytisme ne fut plus puissant, ou, pour mieux dire, jamais la grâce de l'apostolat ne fut répandue avec plus d'abondance. Il y eut des missionnaires zélés, des domestici fidei, serviteurs de la foi, des ministres itinérants, sorte de nomades de la hiérarchie, qui s'en allaient de ville en ville, de bourgade en bourgade, semant la bonne nouvelle, convertissant les âmes, visitant les communautés déjà fondées pour réchauffer le zèle des néophytes, pour enseignerla vraie doctrine ;et souvent ils fondaient des chrétientés nouvelles. Les écrivains païens un peu clairvoyants, un Celse et un Lucien, s'étonnent et s'offusquent de cette propagande rapide et infatigable ; ils se raillent de ces voyageurs la plupart du temps pauvres et sans extérieur, sorte de bohémiens, pâles et harassés, qui vous chuchotent quelque chose à l'oreille, qui ne manquent pas une occasion de prêcher leur doctrine, qui abordent les femmes, les ouvriers, les pauvres, les enfants même, pour essayer de les convertir il).

Dès le milieu du if siècle, la foi nouvelle a pénétré partout. Saint Irénée (au n« siècle) la compare au soleil qui brille pour tous les hommes; il parle des églises fondées en Germanie, chez les Ibères, chez les Celtes, en Orient, en Egypte, en Libye et en Palestine (2).

(1) Lucien, les Fugitifs, et même le Peregriaas. Celse, dans |Origène. Adr. Celsum, III, 9, 50, 31 et suiv.

(2) Conrta hœr., 1. I, c. x, 2, Cf. plus haut. p. 164.

AO-1 LI:: LIVHE DE LA PRlÈllt: ANVIQUE

SaintJustin avant lui avait déjà dit : « Iln'ya aucune race d'hommes, soit Grecs, soit barbares, de quelque nom qu'on les appelle, ceux qui vivent sur les chars ambulants, nomades sans maisons, ceux qui habitent sous la tente, aucune qui n'offre au nom du crucifié Jésus, des prières et des actions de grâces au Père et créateur de toutes choses (1). » Origène et Tertullien parlent aussi de cette propagation merveilleuse du christianisme au delà des limites du monde romain,, jusque chez les barbares et dans les îles les plus éloignées.

On voyageait aussi pour chercher la vérité. Desesprits inquiets qui sentaient le vide du paganisme, et désiraient trouver la vraie doctrine, parcouraient les grandes villes de l'empire et l'Orient pour étudier les diverses écoles de philosophie et les systèmes religieux. Ces voyages d'esprits sincères à. la recherche de la meilleure des philosophies, en amenèrent plus d'un à la philosophie du christianisme qui confond la sagesse des sages. SaintJustin, Clément d'Alexandrie, Tatien, pour n'en pas citer d'autres, avaient suivi cettfr voie.

Une fois entrés dans l'Église, leur humeur voyageuse changeait d'objet , elle ne s'assoupissait pas. Ils voyageaient pour s'assurer si la foi était partout la même, si leur chrétienté ne s'écartait pas du véritable enseignement apostolique, ou pour développer leur connaissance de la doctrine révélée ; ils allaient cherchantà recueillir les traces de cette doctrine, établissant la liste des évéques de chaque église, depuis les apôtres, fixant le canon des Écritures, tels Ilégésippe,,

(1) DIal. cjoi Tryphoao, 117.

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