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Sensuit la description et chronique des choses advenues depuis lan 1522 jusques a lan 1549, suyvant ce que ay trouvé rédigé et escript dans un livre de main, de feu de bonne mémoyre
' HONNORABLE HOMME, MAYSTRE JeHAN DU POUGET, LICENTIÉ EN TOUTZ DROICTZ ET ADVOUCAT AU PRÉSIDIAL DE CaORS ET SUBSTITUT DU PROCUREUR DU ROY DU DICT CAORS, QUANT VIVOIT, MON AYEUL ET MON PARRtN, ET DESPUYS LE DICT AN 1549 AUG- MENTÉ ET ACREU SOMMAYREMENT PAR MOY JeHAN DU POUGET, LICENTIÉ EN TOUTZ DROICTZ ET ADVOUCAT EN LADICTE COURT DU PRÉSIDIAL DUD. CAORS JUSQUES A PRÉSENT.
L'an mil sinq cens vingt et deux et le sapmedy devant toutz sainctz, questoit à letre de D et feust le vandredy et sapmedy sans avoit grandz pluyes, grande inmidation des eaux, que tenoint de puy en puy et en amesna et enfondra et abisma plusieurs villages et maysons, et de moulins plusieurs ; cestoit l'an tant pronostiqué du déluge.
. Lan mil sinq cens vingt et trois et le quint jour de novambre, qu'estoit jeudi, à letre de A, envyron une heure après mydy se leva sy grosse brugeur et tonnere que dura envyron demye heure sans point cesser, mais brugit incessement jusques que flst grand aure (1) pluye et gresle, et le bruit estoit espouvantable plus que paravant homme navait veu et rompit grand nombre d'arbres par tout.
Lan 1524 et lan 1525 séfaillent aud. livre.
Lan mil sinq cens vingt et six estoit assés bon marché de toutz vivres, en y celle année le bled se vandoit en moyssons et à la
(1) Orage.
sayson neuf doubles la carte (1), le vin sept doubles (2) le barrll, chasque double vailloit dix deniers tournois, l'huyle de noix quatorze ou quinze deniers la livre. Luzech (3,' feust tempesté et ne y eust poinct de vin, mais se prouvurent des lieulx circonvoys^ns, questoit aussy bon marché qu'auparavant, non pas si bon vin.
1527 et 1528
L'an mil sinq cens vingt et sept commansant a Nouel (4) selon lésglize, ne fist poinct d'hyver, froictz, neiges ny autre malice, mais febvrier flst fort beau temps, et le commancement de mars, et puys vindrent tant de pluyes que durarent incessement envyron six sepmaynes ou~ plus, de quoy les bletz feurent gastés des herbes et feust plus de couyouls i5) noyrs que de- bled par les ryvières. Le froid vint à la fin et gela les fruicts et les vignes tellement qu'en vandanges, le vin se vandoit seitze denier le cart. En caresme prenant (6' se vandoit deux soulz. Et estions entrés en l'an mil sinq cens vingt et huit feust ab incarnatione bissexte, le blçd vingt et huict doubles, l'huyle de la noix deux soulz six deniers, l'huyle de l'olive vingt et six deniers la livre, et sy ne feust la grande foyson des chandelles de rousine (7) que venoint de Pérygord (8), qu'en donnoint dix huict pour un liard, l'huyle de la noix se feust vandu quatre soulz et plus par la grande rareté. Et en juillet suyvant par la grand pluye qu'avoit duré sy longtemps que le monde ne pouvoit batre, le bled se vandist trante soulz la carte et ne s'en treuvoit.
(1) La carte se composait de 4 quartons, le quarton de 4 boisseaux. La quarte était la moitié du sétier de Paris.
(2) 70 deniers tournois puisque il est dit à la suite que le double valait dix deniers tournois.
(3) Luzech, chef-lieu de canton de l'arrondissement de Cahors.
(4) Noël.
(5) Folle avoine.
(6) Temps de Carnaval.
(7) Résine.
(8) Périgord, province de France qui faisait partie de la Guyenne, bornée à l'Est par le Quercy notre province. Elle avait pour capitale Périgueux, chef-lieu du département de la Dordogne.
Consécutivement, en lad. année mil sinq cens vingt et huict, la culliete (1) feust asses bonne de bledz, vins et liuj'le, mais en cubrisous (2) fîst tant de pluyes que l'on ne pouvoit semer les rivières (3), et ce qui estoit semé noya tellement que les marchaiitz et toutz aultres vivants d'usures assemblarent les bledz de par toutz les pays et l'aloint achapter tant en la bladerie (4) que par toutz les villages, que ne sen trouvoit quasi pour nous, et les ravatiers (5) de Rouergue (6) et Auvernhe (7) lachaptoint d'eulx et l'enpourtoint de jour et denuict, tellement que ne s'en treuvoit pour argent; et par arrest du parlement feust prohibé et geter extra regnum et extra ressortum.
Geste année et le vingt et troysieme de décembre, moureust Monsieur Pons de Vinhal, officiai de Caors, un des grands canounistes de France, recteur de Sainct-Pierre où fonda la chappelle et messes.
L'an mil sinq cens vingt et neuf et en apvril, la carte du froment se vendoit sinquante cinq soulz tournois et troys livres à prest es greniers (8); et estoit en France généralle famine; le vin se vandoit le cart un soûl, la livre du mouton deux soulz, la livre du bœuf seitze deniers, et estoit grande multitude de povres, et credo quocl illa generalis caristia proveniebat de Jehan de Bernoye marchand de Thoulouze, espagnol de nation, lequel avoit licence de porter vivres en Espainhe, pour avictualier les enfans de France, prisonniers, et soubz umbre de ce en pourtoit tout par la mer et autres
(1) La ceuillette.
(2) Époque où l'on couvre le blé après l'avoir semé.
(3) Les terrains en plaine.
(4) Halle au blé. '
(5) Revendeurs.
(6) Rouergue. — Province de France, dans le ci-devant gouvernement de Guyenne. Rodez en était la capitale. Elle bornait le Quercy à l'Est.
(7) Auvergne. — Jadis province de France, dont la capitale était Olermont. Elle bornait également le Quercy à l'Est.
(8) A prendre au grenier.
rivières et rien ne luy estoit clier; et en juing quant les bleds feurent meurs, fîst tant de pluyes toutz les jours, que les paysants ne pouvoint faucher foin, ny bleds, ny espiguer (\) yceulz, par quoy feust plus cher que iamays, et dura tout le moys de juing. Et en ce temps estoit fort grosse mortalité de gens tant povres que riches, sans peste, et estoit universelle par tout le monde. Et la première sepmaine de juilliet, tout en une sepmayne, tourna (2) la carte du bled jusques a vingt soulz tournois, et ayant les ravatiers >3) de Rouergue, intelligence avec les Regourds ^4^ et aultres de la ville vindrent à cachetés cest-à-dire secrètement pour en pourter le bled, comme tinrent l'aultre sepmaine après, de sorte qu'il se vandit sinquante soulz, et puys à l'aultre, vint à quarante et soixante. Le bon vin à doutze deniers le cart. Et dura cette mortalité ayant les qualités de peste, jusques au commencement de septambre, qu'on nommoit Mante, et personne ne s'en gardoit ; et alors sourtit au cartier sainct Urcize (5) et du Pont vieuïx, tant grosse peste que en quatre jours moureurent quarante personnes, et tout ce cartier fouist (6), et après toute la ville consécutivement. Et alla la Cour du séneschal à Vers (7), et là survint la i peste, et se remua à Catus (8) où demeura jusques que l'on retourna à Cahors, et la Cour de l'official à Mercuès (9). Cela advint en -
(1) Battre.
(2) Revint au prix de,
(3) Ravatier ou regratier, revendeur marchand de regrat. Regrat et regratier se disent plus particulièrement du regrat du sel; mais il s'applique également au petit commerce des autres denrées qu'oa. achète de la seconde ou de la troisième main, chez un marchand ou une '■ marchande qui tiennent boutique.
(4) Nom d'une ancienne famille de Cahors.
(5) St-Urcisse, quartier comprenant la partie de la ville qui se trouve près de l'Eglise de ce nom, située au bas la rue Fénelon.
(6) Fouist. — Fuit, s'enfnit, quitta la ville. '■
(7) Vers. — Commune du canton de St-Géry, arrondissement de Cahors.
• 8) Remua. — Se changea, fut résider à Catus, chef- lieu de canton de l'arrondissement de Cahors.
(9) Mercuès. — Commune du canton de Cahors Nord, c'est là ou est situé le beau château des Evêques de Cahors.
lad. année mil cinq cens vingt-neuf. Et de Caors sortirent par la sainct Fransoys (1), les habitansde lad. ville, lesquels demeurarent abscens jusq.ues à la fin du caresme. Estant pour lors la carte du bled à quarante soulz tournois, le vin à doutze et seitze deniers le cart. Mais en lad. année durant l'yver ne flst aulcunement de froid, gelée, nège, gresle, pluye excessive^ n'y aultre mautvais temps, ains toujours beau temps comme en automne. Estant en janvier et febvrier les herbes et arbres fleuries. Et feust dict à Caors par les serviteurs de M. Laurans de Tuscan, evesque de Loudève (2) que en terre basse aud. Loudeve en febvrier mangeoint des cirises et du pain d'orge nouveau, ce que asseuroint les voituriers qu'apportaient l'huyle d'olive ; et de pain de baillare (3), nouveau semé en septambre ou octoubre à Soulhac (4) et mangeoint en febvrier et mars ; ut asservit ung paysant qu'en avoit mangé me présente à là mayson de mousseu Verninac licencié natif dud. Souliac, et ce beautemps dura tout mars.
Lan mil cinq cens trente, de rechef la peste survint un peu après Pasques, desorte que les uns senfouyrent de lad. ville et les aultres mémoratifs du maulvays temps qu'ils avoint enduré hors dycelle, y demeurarent. Et pour lors les Consuls gardes, et aultres administrateurs de la chose publique, firent plusieurs ravages pilleries et extorsions et toutz enfin retournarent à Caors pour vandanger. Le vin se vandoit en vandanges sinq livres la pipe (5), et ungmoys après se vandit dix livres et doutze, causant (6) la multitude des marchants d'Auvernhie de France et dautres lieulx qui venoint de loing pour lachapter. En menu (7) le cart se vandoit seitze deniers
(1) La fête de St François se célébrait alors à Cahors le 5 octobre. (2; Lodève. — Sous-préfecture du département de l'Hérault.
(3) Baillarge. — Nom donné à une variété d'orge.
(4) Souillac. — Chef-lieu de canton de l'arrondissement de Gourdon (Lot).
(5) Deux barriques de 220 litres.
(6) A cause.
(7) En détail.
et vingt deniers et deux soulz par les boutgis (1). Le bled se vandoit quarante soulz, l'uylle de noix deux soulz, l'uylle d'olive deux soulz six deniers. Et sur la fin de lad. ne fist poinct d'hyver, froict, nèges ny gelée, toutesfoys pluye ; en décembre de laquelle sortit grande inundalion d'eaue sur la fin dud. moys, de sorte que lolt (2) sortit hors rivière et fist beaucoup de dommaige. Janvier après feust beau, cler, sans froid ny nège, et ce feust en lannée.
En lad. année 1531 commansent aud. moys de janvier est advenu ce que verres cy après et quant a febvrier au commansement feust bel et cler et asses froict, plus que paravant, durant quatre ou sing jours seulement. Mars aussy bel et clair, et avril au commansement, mais en la seconde et tierce sepmayne fist plus de froii't que de tout Ihyver, et gelarent les vignies près des ryvieres, ruysseaux et combes (3) froydes, May feust froit au commansement et continua led. froid, et se leva grand vent aure et tempeste, que fist grand mal ; et esta nouter qu'au commensement d'apvrilla carte du bled se vendoit quarante soulz, et le fins de may quatre livres, et ne se treuvoit aud. Caors bled ny pain. Le vin vingt deniers le cart; la livre du mouton deux soulx, et bœuf viiij deniers ; hu>le d'olive troys soulz, de noix deux soûls. Et y avoit por lors infinie multitude de povres qu'estoint venus de dehors. Et lad. sepmayne se vendist quatre livres dix soulz, et le bruit estoit que lesprestouresses (4) gaignoint pour carte six et dix soulz, et le son que vaiidoient six soulz le carton ou plus, que le povre monde achapiuit pour manger. Et en ce mesme tamps se treuvaune pantoussière (5} que fist monter la carte du bled sept livres. En Auvernhie nr vandoit que quarante soulz ut unus meus se vidisse testatur suis
(1) Taverne, cabaret.
(2) Le Lot.
(3) Vallées.
(4) Pestour, pratour, pestuour : pâtissier, boulanger, ancien provençal pestourèsso.
(5) Ou pantoustiére, boulangère, du bon lat. pantosserius.
crlptis. Estant allé à Marcoutes (1) pour Jeanne de Scudié contre ordesses^ de Belfort, super facere matrimonii décima die dicti lenisis mais anno prœdicto millesimo quingentsimo trigesimo pri- 10, licet que le froid et la tempeste y eussent fort touché et au mesle pris de quatre livres et quatre livres dix soulz se vandoit ce neufiesme de iuillet ; causant les pluyes qu'enpeschoint le monde de lucheret espiguer les bleds. Et pour lors grelasrent (2) les vignies t feurent fort stérilles parceque ne produirent guière de vin. En illiet, aoûst, septambre, ne pleust poinct, parquoy ne y eut poinct 'aglan (3^ ny guyere de chastâynies. De vin feust grande pénurie, ar'^ceulz qu'en souloint (4) avoir dix pipes n'en avoint pas une arrique; à cause de quoy se vendoit doutze livres la pippe et uatorze. Et en menut v5) deux soulz le pire, le bon deux soulz six eniers, troys soulz en septambre et octobre, le bled quarante sinq oulz, commun pris. Et la peste commansa pour lors d'estre uniei'selle quam Deus sua misericordia avevtat. Grande foule de aillies du roy, taillies de don de six mille livres au roy de Navarre, aillies des garnisons, et grande foule sur le pays des gendarmes a hôval, grandes taillies dans la ville pour la réparation de la pille lu pont vieulx (6), et des despans faict à sainct Mary (7) Au moys [octobre de lad. année 1531, du cartier de Moyssac (8), Lauserte (9) \. autres lieux de terreforts, vingt grande abondance et foyson de In à charretées, que feust app^orté aud. Caors, et se bailloit pour luict neuf ou dix livres la pippe. En novembre et décembre fîst )eau temps, serain, pour semer, à la fin de la sepmayne avant
(1) Marcoles (Cantal), arrond. d'Aurillac, commune de St-Mamet.
(2) Grêlèrent. — (3) De glands.
(4) Qui avaient coutume.
(5) Au détail.
(6) Le pont vieux était l'ancien pont romain, aujourd'huie disparu, lui partait du quai à l'endroit où il existe actuellement un christ et aboutissait devant l'église de St -Georges. :
(7) St-Mary, était le nom donné à la plaine située au nord-ouest de Oahors, en dehors des fortifications, sur la rive droite du Lot.
(8) Moissac, sous -préfecture du- département de Tarn-et-Garonne.
(9) Lauzerte, chef-lieu de canton du département de Tarn-et-Garonne, rrondissement de Montauban.
Nouel, que feiist le lundi, fist grand'.froict assez tenace, et dont le soir de Noël et tout le jour pleust fort. Et est à nouter que le sel durant les festes de Noël se vandoit quatre soulz le boysseau (1), ou quatre carolus ; et grand cherté de pourceaux, car a l'entour de Caors ne y eust point d'aglan, et, «e vindrent dans icelluy de pourceaux que de Ladouse (2) en Périgord, et du circuit, et en venoint grand nombre toute foys maigres, petits et à grand pris.
L'an mil sinq cens trente deux, commensant à Noël. Avant Noël et après fist asses bons froictz et de neige, mais le commancement de janvier feust pluvieulz et le bled se vandoit quarante soulz ; le bon vin deux soulz, vingt et huict deniers, et deux soulz six deniers le cart; la livre de mouton vingt deniers; le bœuf quatorze deniers; huyle d'olif deux soulz, huyle de noix vingt deniers. Janvier feust fort pluvieulx et mesmement sur la fin dont la semancedesavoynes feust retardée. Febvrier feust fort pluvieux, froict, toutesfoys asses atrampé quelques jours. Mars au commancement aussy pluvieux, et pour lors le boysseau du sel se vandoit quatre soulz, revenent à trois livres quatre soulz la carte (3i, et le carton (4) a treitze soulz tournois, et led. moys feust tant pluvieux que l'ésglise en faysoit procession. Les laboureurs ne pom'oint semer les bleds derniers. Les voyturiers ou autres voyageurs ne pouvoint aller par les chemins, causant l'abondance des eaux (5). Apvril feust beau et le bled fromant ne se vandoit que quarante soulz la carte, la misture quarante doubles^ le vin troys soulz le cart, et la pippe a l'equipoulant ;6). Des vins de Caors, autres de dehors, en yavoit à deux soulz et a vingt et huit deniers.
En ce temps et moys feurent prins à Thoulouze grand nombre de
(1) Le boisseau contenait 4 litres 88.
(2) Ladouze, commune de St-Pierre de Chignac, arrondissement de Périgueux (Dordognet.
(3) La carte contenant 78 litres.
(4) Le carton 19 litres et demie, soit le quart de la quarte.
(5) A cause de l'abondance des eaux.
(6) A un prix équivalent.
^ens, docteurs, licentiés, procureurs et autres, subsonnés d'éstre lutériens, et un M. Jehan de Caturco licencié en droictz qui fuerat mihi contemporaneus Tholose in studio et lectura, estoit le chef et :onducteur de leur ordre; lequel peu de jours après feust bruslé :out vif, et les aultres bannis ou condampnés en emmendes hon- ;iorayres. Et a la fin feust pluvieux et le bled froment ne se vendoit :iue trante soulz ou un escu petit et les autres a l'equipolant, et 3stoit grand nombre de povres. May, juing, juilliet, feurent fort secs, a cause de quoy les baillarges et légumages ne vaulsirent (1) rien, et le bled remonta a deux livres la carte, et vin descendit à :leux soulz le cart, du bon, et vingt deniers seitze deniers. Et en ce temps le vendredy dix et neuviesme, de juilliet, an que dessus mil ?inq cens trente et deux, Françoys de Ginoulhac^ dict Galiot, séneschal de Quercy, atgé de quatorze ans, fils de Jaques, fîst son entrée et print sa possession a Caors. Et luy alla au devant la Court, comme le juge mage, ofïïciers et advoucatz, jusques a la croix du fer, et presta serement aux Consuls, dans la mayson d'Auriole (2), où il estoit logé, et le lendemain présida en la Court, questoit sapmedi, après avoir présentées ses letres de don. Aoust aussy et septambre feurent fort secs, dont par la sécheresse desd. moys et autres précedantz, ne feust guière de foin; les milietz (3) sécharent la plus grand part, ne y eut poinct de légumaiges, raves ny ortalesse (4). Et envyron le commansement de septambre la peste survint a Caors et s'en faulsit (5) aller. La Court du séneschal alla à Vers, parceque le juge mage y estoit fuy (6) parceque sa cliambrière estoit morte de peste; et la Court de l'offîcial alla à Chasteau franc (7), et présidoit M. de Carros, vicayre général de
(1) Ne valurent rien.
(2) La maison d'Auriole était située dans la rue du Château du Roi, au-dessus de la prison actuelle. Dans cette maison est aujourd'hui un pensionnat de dames du Calvaire.
(3) Maïs, blé d'Espagne.
(4) Ancien provençal ortaleza, toutes espèce d'herbes potagères, légume, toutes les productions d'un jardin potager.
(5) Il fallut s'en aller.
(6) S'y était enfui parceque sa chambrière, etc.
(7) CasteJfranc, commune du canton de Luzech, arrondissement de Cahors (Lotj.
M. de Caors, parce que M. de Sainct Antony, chanoyne deCaors et officiai, estoit mort. Octobre feust cler et sec et ne fist poinct de pluye, au reste beau temps pour semer, et sur la fin froict. Novembre au commancement feust vanteux et pluvieulx, mais tout le résideu (1) assez beau et cler, et sur la fin aussy. Décembre du commancement feust froict et cler, et Lot gela en telle sorte qu'il se tenoit tout a l'entour des pontz. Le quatriesme et troysiesme dud. moys les Courtz du séneschal et officiai se commansarent tenir à Caors, et le huictiesme dud. moys qu'estoit dimanche entra (2) en Caors le grand jubilé général ab omnibus casibus et etiam reservatis in cena domini combotando qiwcunique vota exceptis castitate, religione, en Jérusalem concède per Clementem septiinuni papa et tune cessante quacumque avaritia quave solum quinque pater noster et aoe maria pro conservatione christianœ religionis et hoc per totam illam hebdomadam et ieunare mercurii veneris et sabati et confiteri devoté in illa hebdomada et dominica sequenti communicare sicut in pascalis, pauperibus elemosinas ut digne sumatur heucaristia presertim viduis in bebatur cum ius plenariam remissionem. Et le jubilé entier comme a Romme. Et à la fin dud. moys feust pluvieulx et froict.
Janvier au commancement feust pluvieulx, mais en fin beau, le jour St-Vincens clair et beau comme en esté, le jour St-Paul pleust au matin sur l'entrée du iour et le restant du iour nébuleux et obscur. Febvrier a esté fort pluvieulx et à la fin assés beau ; sur les derniers jours les vivres estoint comme dessus. En ce moys vindrent a Caors deux edicts du Roy, l'un par lequel prenoit la moytié de toutz les droictz communs comme souquetz ^3), barres (4) et autres, et l'aultre de ce que le pays de Rouergue se vouloit descharger d'une grande somme de taillies ordinaires sur le pays de Quercy, dont en feurent tenus les Estats, et envoyé à Montpelier
(1) Le reste du mois.
(2) Commença.
(3) Souquet, droit payé pour la vente du vin.
(4) Barre, droit d'entrée.
aux généraulx, M. François Leygue, siiidic, et à la court M. Ramond Bach sindic aussy du pays, fort povres manuvres. Mais a l'appuy de M. de Garros^ vicayre général de M. de Caors, leur oncle. En ce temps triomphoit a Caors messire Paul de Carret (1), evesque de Caors esleu et pourveu. Et feust à la fin led. moys pluvieux et layssa plains les fossés à mars. Mars à son coramancement feust beau et clair et tempéré, les vignies et arlDres avancèrent fort, et sur la fin flst grand froict, aultan que despuys Noël. Apvril feust froict du commancement par l'espace d'unze jours, lequel fist mal aux vignies et aux codres (2), et sur la fin continua de plouvoir jusques en may. May au commancement feust tant pluvieulx que l'oit senfla, et feust si grande l'abondance des eaux, boues, pluyes et autres maulvais temps, qu'on n'apportoit poinct de bled au marché^ ny les marchans de la ville n'en vouloint vendre, à leur fasson accoustumée espérants chairté; et les moulins estoint engorgés tellement, que le quart jour de may qu'estoit dimanche, ne se treuva poinct de pain dans Caors, et se vandoit le bled froment, la carte quarante doubles et quarante quatre, mais a la fin fist beau temps et torna a trante soulz tournois la carte ; et le segle et mysture a l'équipolant. Juing au commancement et au milieu feust beau, et en ce temps feurent décelés et descouvertz à Caors, les enfumeurs de la peste, lesquels se mesloint de parfumer les maysons infectées et les netouyer, et soubz umbre de ce, avec d'emplastres pestiférés et autres oignementz metoint la peste par les maysons, oignantz les verrouilhz des portes, van dans et baillantz dé trenes, liens, toyles et autres choses aux chambrières filhies, et autres moyenes gens, tant, qu'avoint entretenue la peste aud. Caors par six ou sept ans; et feust pris par les Consuls un nommé Dulau Foulhos lequel jamays ne voulsit (3) rien confesser. Mays par le conseil feust advisé avoir le prévost des mareschaulz,
(1) Paul, cardinal de Tarret, italien, neveu d'Aloys de Carret, son prédécesseur au siège de Cahors, favori de François 1", roi de France; il fut fait cardinal, mais mourut avant d'avoir reçu la nouvelle de cette nomination 1554.
(2) Arbrisseaux.
(3) Voulut.
cest M. Anthoyne Favrety, docteur, seigneur de la Croso, jurisdiction de Puylevesque (1), prévost et vaillant homme en .cest affayre, lequel s'y porta sy bien que aud. moys il fist tenailler led. Colau (2) et un Jehan Gimbal dict Bastayrou, toutz vifs du long de la ville avec des tenaillies de fer rosantes (3) de feu. Après a la plasse publique, devant les grandes boucheries (4), sur un échafaut, les faysoit mètre a six cartiers. Fist aussy brusler tout vif un Danis Réséguié, jeune enfant de vingt ou vingt et un an ; découler (5; et mètre a six cartiers un Anthoyne Rouquet, Alias Barres dict La Caneyt, et aultres leurs consortZj jusques a sept ou huict; tellement, que miraculeusement cessa incontinent la peste qu'avait régné à leur moyen et infection par longtemps, comme dict est ; mais à l'appuy (6) de M^Estiesne Regourd, et Jehan Picamil, Consuls, corrupto supposito, eschappa un nommé Pradelz, leur parant, fort ataint et convaincu, dont la ville feust scandalizée; et led. prévost réputé de corruption et lâcheté. Juilliet aussy feust fort sec, et fist le plus beau esté pour cullir les fruicts de la terre qu'homme eut jamays veu, mais n'estoit poinct de foin.
Le bled feust bon marché, la carte froment vingt doubles et vingt et deux le plus beau, et par la sécheresse le vin feust reculé, car avoit demeuré deux ou troys moys sans plouvoir. En ce tamps^ firent a Thoulouze leurs entrées, le Roy de France, la Reyne, les Enfans et les princes de France. Aoust feust sec et n'y eut poinct de pluye.
Septambre feust beau et sec et n'yeut guière de vin à Caors, toutes foys aux teres fortz en y avoit asses ; la pippe du vin nouveau s'y vandoit, aud. Caors quatre ou sinq livres le plus, la carte du bled vingt soulz tournois.
Octobre feust beau pour semer. Eiivyron demy moys d'octobre messire François, Roy de France, avec la Reyne Madame Eléonor,
(1) Puy-l'Évéque. chef-lieu de canton de l'arrondissement de Cahors.
(2) Nous ne pouvons expliquer que par une erreur de l'écrivain qu'il ait écrit d'abord Dulau et ensuite Colau.
(3) Rougies par le feu.
(4' Cette place est appelée aujourd'hui la place au bois. (5 Faire couper le cou, trancher la tête. (6} Avec l'appui, avec la protection.
les troys eiifans de France, Messieurs le Dauphin d'Orléans et d'Ang'oulesme, frayres et filz dud. roy et de feue Madame Glaude de Bretaigne, se trouvarent à Marseilliie (1) à grand triunphe et grand court des princes et seigneurs de France, et aussy du Pape qu'enmesnoit seize cardinaux. Sur toutz la pompe, richesse, magnificence^ estoit du cardinal de Médicin, où-feust faict grand revel (2) dud. sainct Père le Pape et sa court, et grand parlement. Entre eux est accordé le mariage de M. Henry de France duc d'Orléans et de Madame la duchesse d'Urbin, niesse dud. sainct Père le Pape; et célébré en saincte mère l'Esglise, le iour St-Simon et Jude, qu'estoit le mardy 28 dud. moys^ et accordés plusieurs beaux articles entre eux concernant la paix, ce qu'estoit encore secret pour lois aud. Caors ; mais de lad. ville y estoient Messieurs Bernard de Barta^ docteur, dict Sainct Martin, Léonard de Gazelles, licencié, Giraud Bariety, licencié et sindic du pays, Jehan Picamil, notre consul, par lesquels ay seu ce qu'est imprimé, nest que de ce qu'estoit extra. Mais grand estoit autrement le triunphe intérieur de la tapisserie dorée et or batu et or tiré, que le Roy flst garnir le palays du Pape, et puys luy dona tout, et aulcune tapisserie du Pape ne se desplia poinct, et sy changoit chascun jour de mieulx en mieulx. Le Pape estoit jeune de sinquante sinq ou soixante ans le plus, luy, ses cardinaulx, et aultres de son estât et train pourtoint longues barbes contra iuris canonici statuta. A Thoulouze, Marselhie, ny ailleurs les vivres par ce ne feurent plus chairs, sinon par les chemins aux villages où est accoustumé pilherie.
Novambre feust bien atrampé et les vivres en Testât accoustumé. Le bled froment vingt soulz la carte, le vin le meilhieur douze deniers le cart, les huyles a bon marché. Est à nouter par la grande chaleur et sécheresse qu'avoit faict l'esté précédent, par Nouel les ruysseaux et petites rivières n'esloint revenues nec incessa solito ains in arido ce que n'avoit esté jamays veu vero, ny ouy a maioribus nostrio, en ce temps les rivières et ruysseaux, estre secz.
(1) Marseille, ancienne et grande ville maritime de France, chef-lieu du département des Bouches-du-Rhône.
(2; Revel, plaisanterie, hadinage.
Décembre fcust au commencement beau et à la fin, envyron Nouel, pluvyeulx ; les vivres n'ont changé de pris.
Janvier au commencement feust beau clair et plus froict que n'avolt esté dix ans auparavant. Le quinziesme dycelluy jour de jeudy moureust Francoys Gazelles, honneste homme, bourgeois, de Caors, ensepvely à S' Georges (1), comme fondateur; et le dimanche quatriesme dud. moys estoit mort M. Pierre Arnaldy, docteur ez droicts et procureur fiscal, ensepvely à Soubirous (2), et le quatorziesme, quinziesme jusqu'au dixneufviesme jours, fist grand froict sans nege ny pluye, mais beau et clair, plus de froict que n'avoit faict despuys l'an mil sinq cens quatre, Lolt estoit gelé sur les ponts et dessoubz de bort en bort. Les bled descendit jusques a quinze soulz la carte froment.
Febvrier feust bien atrampé, modérément pluvieulx, froict et de bon air. Mars beau et sec au commencement, toutes fois à demy moys et sur la fin feust pluvieulx, et le dimanche des Rameaux, vingt et neufviesme mars, causant le vant plusieurs pluye et froict, faulsit (3) bénir les Rameaux dans les Esglise. La carte du bled froment se vandoit quinze soulz, et vingt doubles le vin, comme dessus huyle d'olif dixhuict deniers et de noix quatorze deniers tournois. Apvril feust sec, dont chascun s'esbayssoit et de la ensuyvit rareté debaliarges et avoynes. May suppressis consulum. En lad. année et le premier dycelluy, accoustumé, les Gonsuls à Caors feurent par letres patantes données par le Roy notre syre en décembre précédant à Marseilhie, ostés et supprimés quatre consuls de doutze qu'en avoit, et réduictz a huict ; et le troysiesme
(1) Faubourg de Cahors, au Sud de la ville. C'était ce Gazelle qui avait fondé le couvent des Pères de la Mercy, dans ce faubourg.
(2) Soubiroux, nom d'une église de Cahors qui était construite en face de la prison actuelle. Il reste encore des ruines de cette église dans un passage qui se trouve vis-à-vis de la rue de Via, celle qui a des escaliers et descend sur le quai.
(3) Il fallut bénir les rameaux dans l'intérieur de l'église, au lieu de les bénir comme il est d'usage devant la porte.
■flct grande inondation de pluye dont le monde feust resjouy, mais fist grand mal en plusieurs partz qu'en avaria les vignies et mesmement la miesne blanche toute a fîotes (1), et puys ne pleust poinct de tout led. moiys, ny de juing, jusques au seizièsme et dixseptièsme dud. moys^ qui pleust bellement, de sorte que par lad. sécheresse ne feurent poinct de baillarges, advoynes, légumages, ny de foins, et se vandoit le quintal du foin au circuit de Caors, deux livres quatre soulz, parce quil en y avoit grande stérilité, causant la défaillance des eaux. La rivière de Lolt feust sy stérile qu'auparavant homme navoit veu de sa vie, car à grand peine les molins pouvoint mouldre. Juing et Juillet fort secs et chautz plus qh'omme ay t veu iamays, et n'ont esté advoynes ny baillarges ; les herbes estoint toutes bruslées, et brusla les vignies, dont le vin changea de pris en ces moys. J'eus ung grand catarre sur les reins puys descendit sur l'anche droicte et sur toute.la jambe, que ne pouvoit coucher ny estre assis, mais toute la nuict aller avec grand douleur, et l'appelloint les médecins goûte sciatique, et me dura deux ou troys moys. En ce moys de juillet, mes enfans eurent la picote, et fis le scil- 1er (2), le vin se vandoit seitze deniers et deux soulz par les bougie. Aoust feust aussy sec, dont feust stérilité de vin, toutesfoys en y eust assez; se vandoit sinq ou six livres la pipe du vin nouveau. Au commencemant dud. moys feust, repiecée la pile du mylieu du pont vieulx, que porte la tour qu'estoit fort gastée. Est à nouter que lad. pile du cousté de la chapelle, est fondée sur la balme (3j, jusques a demie pile et le reste du cousté de la ville sur pylotin de pierre perdue, et grandes pierres jettées sans bastis, où nayssoit l'eau -ordinairement, comme funtaynes, parquoy cousta beaucoup descouler. Plus est a nouter que à la mayson commune se trouve aulcun document ny escripture de initio constructionis huius mocli
(1) Toute à flotte, toute remplie de mares, presque entièrement couverte d'eau.
(2) Fit le sciller, se fit la coupe des blés. Sciller en vieux langage, signifie scier, couper les blés avec la faucille.
(3) Balme veut dire grotte, antre, trou profond dans un rocher. On a donc voulu dire qu'une partie de cette pille avait été construite sur une grotte, une excavation existant sous l'eau du côté de la chapelle, qui est aujourd'hui l'Eglise appelée Notre-Dame de St-Georges.
pontis, mais quant lad. pile feust mise en sec et escoulée l'on netouya jusques a la balme et sous un grand brésier (1) qu'estoit la première de lad. pile, l'on treuva plusieurs pièces d'antique monnaye de métail faictes a médalhies et y avoit escript autour des testes et médailhies Augustus Cœsar et aultres que y avoit Julius Cœsar, et font indice et argument, quod in diehus illorum fuerit inchoatum opus illius et ny avoit jusques à dix ou doutze. Par ainsin avoit longtemps Jiam sub augusto Cœsare natus est Jesus-Christus Salvator noster cujus nativitas seu natioitatis nunc est que hue attestatur evangelium missœ mecliœ noctis nativitatis dominice cum dicitur exiit edictum a Cœsare Augusto ut describeretur universus orbis, etc., et ille fuit imperator fœlicissimus qui omnia habuitin pace. Et Hugues Brany marchant dud. Cahors avoit pris à faire lad. réparation pour le pris de dix et sept cens livres tournois^ et le bruict estoit quil y gaignoit beaucoup, et s'en aquita très mal et bien mal par ses apportz. Septambre feust au commancement pluvieulx et après beau ; décembre beau et froict et sec jusques à la veilhie de Nouel, que changea en humidité, et fist beau temps pour couvrir et semer. Bon marché de vivres, quinze soulz la carte de froment, et les aultres à l'équipolent, le vin doutze ou seitze denier le cart, les huylles aussy estoint a bon pris.
Janvier feust bien froid et proportioné en yver et le jour S' Sébastien, entre deux et troys heures du soir, fist grand tonnere, pluye, vaut, gresle, sans nege. En ce temps par edict du roy Francoys, premier de ce nom, feust prohibée la chasse aux paysants, et confirmé par arrest du Parlement de Toulouze, et crié à Caors, et par les seignieurs chascunen sa terre. Febvrier feust beau doulz et sayrain et non pluvieulx sur la fin. Mars feust froid d'aubiere (2) et de nége despuis le commancement jusques au doutzièsme, de sorte que les eaues estoint gelées, les ruysseaux et eaues dormantes;
(1) Sous une grosse pierre de grès plus ou moins fin.
(2) Gelée blanche.
les vignes couppées avoint l'eau peudente gelée (1); puys envyron demy moys feust pluvieulx jusques au jour de Rameaux que feust beau et cler, ensamble toute la sepmayne saincte, et le jour de Pasques ne fîst quepluyes et fanges. Le bled se vandoit lors, treize doubles, dix sdulz; la pipe de vin huict livres et dix livres; la chair du bœuf dix huict deniers la livre;'.le mouton deux soulz; les huyles à bon marché. Au commancement dud. moys moureust noble Antoyne d'Auriole, filz unique masle de la mayson d'Auriole, jeune de vingt et troys ans ou anvyron, vivant ses père et mère, sans plus fîlz masles, par la mort duquel la succession vingt à sa sœur ayné, femme du sieur de Cabrayrets par substitution de feu Mgr Jehan d'Auriole, evesque de Montauban (2), et conseilleier du Parlement de Thoulouze^ et baron de Gramat (3) et par ce dévolue a sad. sœur ayné comme toutes les aultres droicts à luy appartenents.
Avril feust beau, sur la fin pluvieulx et flst mal aux bleds (4) sortit hors rive, et augmenta le bled (5). Le roy Francoys premier print la moytié du temporel de l'esglise, tant des couvants, collèges et aultres absque exceptione. Le dernier dud. moys feurent bruslées à la place publique grand nombre de heures qu'on baille aux petits enfans, rCayant a l'aveMaria : Sancta Maria mater dei ora pro nobis peccatoribus feurent déclarées Intérieures par le chapitre général des jacouppins (6) qui se tenoit Ihors a Cahors. Led. roy Francoys fîst mettre a la chandelle (1) tout le bien d'esglizes, la vesprée (8) et jour sainct Barnabe, et aultres après toutz aultres émoluments dud. Caors commebarres, souquetset aultres. May, juing, juillet feu-
(1) Quelques jours après la taille des vignes, il coule quelques gouttes d'eau de l'endroit où la branche a été coupée, c'est cette eau qui gelait.
(2) Montauban, chef-lieu du département de Tarn-et-Garonne.
(3) Gramat, chef-lieu de canton de l'arrondissement de Gourdon (Lot).
(4) L'écrivain a omis de mettre le mot Lot, ou Lolt qui sortit hors rive.
(5) Veut dire que le prix du blé augmenta ce mois.
(6) Jacobins, religieux de l'ordre des Dominicains ou frères prêcheurs, leur couvent à Cahors était au faubourg de Cabessut, où l'on voit encore les ruines de leur église.
(7) Vendre aux enchères.
(8) Après-midi.
rent pluvieulx, de sorte que les bleds ne peuvoint meurir ny ceulx qu'estoint meurs ne se pouvoint coupper, ny faucher, ny les coupper, lier despiquer (1), dont le bled devint cher. Le vin estoit a bon marché. Sur la fin de juillet jusques au dixièsme jour daoust fit extrême chaleur et brusla les raysins aux vignies, et le vin se retira (2) que vers la fin daoust ne sen treuvoit en vente que bien peu, à vingt deniers le cart. En ce moys feust imposé une taille sur le pays de Quercy (3) que debvoit estre payée en une foys du tout entièrement a cause que le les Rouergues, de maligne et deslouyale nature vouloint estre deschargés des tailles sur le pays de Quercy, Agnenoys (4) et Périgord et la matière estoit ja paydée au grand conseil par long temps, et par arrest feusmes maintenus et confirmés en nous accousmées libertés ; et pour payer les espices frais et mizes dud. proucés ce mist lad. taille. Aoust feust tant sec quon ne cuj'doit (5) poinct avoir du vin, Dieu permettant pleust avant Notre-Dame de septambre. En ced. moys et en octobre on vandangeoit, y eut plus de vin que dix ans auparavant. Au commencement de septambre le vin se vandoit douze ou quinze livres la pipe, et sur la fin et au commancement doctobre deux ou bien troys livres le plus chair, le bled froment dix soulz ; y eut beaucoup d'herbages et de glandaige, et Dieu grâce, melieure année que eust esté longtemps auparavant. En ce temps papa Pauliis octroya jubilé universel ab omnibus casibus etiam comprehensis in biilla de cena clomini omnibus Christi fidelibus confitentibus et ieiunantibus spatio trium dierum sequentium et dicentibus quotidie quinque pater noster et quinque Ave Maria pro Victoria christianorum contra turcas et sedente sapiente rege Hyspania et imperatore romano existentium quijam tunici regium a turca-
(1) Battre.
(2) Fut conservé, gardé, pour attendre un meilleur prix de vente.
(3) Le Quercy, province de Guienne, bornée N. par le Limousin, E. par le Rouergue et par l'Auvergne, S. par le Haut Languedoc, 0. par l'Aveyron et le Périgord. Elle était divisée en Haut et Bas Quercy, avait pour capitale Cahors, chef- lieu du département du Lot.
(4) Agenais, contrée d« France dans la Guienne, qui a pris son nom d'Agen, sa capitale bordait le Quercy à l'Ouest.
(5; Ne croyait point, ne supposait point.
rum posse effiagato Barbaroussa duce eorum iripuerat regique christiano restituerai et post très dies ieiunorum nempe jouis veneris et sabati, dominica sequenti sanctum sacramentum eucaristiœ digne recipere et cipiebat et ut supra orare.
Septambre et octobre feurent incessement pluvieulx et mal dispouzès en pluyes^ plus qu'homme n'avoit jamays veu, occasion de quoy les laboureurs ne pouvoint semer; le bled vint en novambre à quinze soulz la carte, du sel huict doubles la carte, la pipe vin sinq livres ; environ la fin de novambre et décembre jusques à Nouel fist beau temps et froict, que Lolt se tenoit doultre en oultre et huict jours au plus devant Nouel la terre estoit tant gelée que ny se pouvait labourer, et plusieurs paysants navoint pas achevé de semer les froments. En lad. année ausd. moys de novambre le roy de France Francoys, premier de ce nom, contraignit les gens d'Esghze, beneficiers, à luy donner troys décimes, par manière de don gratuit, et parceque refusaient le faire sine mandata Papœ, les faysoit contraindre par le bras séculier avec mandement spécial quil avoit envoyé aux séneschaux de ce fére ,• et plus par edict, informa, print, toutz les péages portz et aultres passages et toutz sont enregistrés devers le Franc, pour lors greffier criminel en l'auditoyre du séneschal à Cahors.
Janvier au commancement feust froict, et Lolt qui cestoit dégelé despuis Nouel, gela aultre foys plus que devant, et négea, et disoiton qu'il n'avoit sy bien hyverné vingt et sinq ans au^Daravant comme pour lors, et dura se froict jusques au quinzièsme dud. moys que se changea en pluye. Est à nouter que du commancement dudit moys par l'espace de sept ou huict jours, les gens passoient ordinairement sur Lolt gelé sans danger, comme en vis passer plusieurs dessoubz le Pont-Neuf (1) et à St-Jaques (2) vers les jardins que
(1) Le Pont-Neuf est celui appelé de nos jours pont de Cabessut, qui aboutit au faubourg de ce nom.
(2) St-Jacques était le quartier qui avoisine le moulin qui porte encore ce nom et se trouve sur la rive droite du Lot en aval du Pont de Cabessut, on l'appelle aussi St-James.
sont par delà Lolt, venant et allant de Tlioulouze, ce ardu n'avoit point de nef (1), mais sur le gel les passans avoient mis de sable et fiance (2) en une trace que on disoit pour les bcstes, et ainsin sur Lolt au Bas (3\ Chasteau Franc et aultres lieulz se fesoit.
Le quinziesme desd. moys et an feust receu advocat du roy Florimont de Petrucia (4) dict de la Garde, par M. Pons Daniort jugemage pour lors en Quercy, en estant pourveu par renontiation de M. Anthoyne de Petrucia son père illec presenti in receptione filii. Led, quinziesme de janvier commansa plouvoir une pluye menue et le temps subitement afranchi, tellement que le dimanche seiziesme jour dud. moys, envyron midy, Lolt feust couvert de grandes pièces de gel congellées ensemble l'uneàraultre ressamblant à ses motes de pierres qu'on voit parmi les champs ainsi amoncelées et haulies, couvertes de nége fort espoysse et haulte par dessus lesd. motes de gel empêchant la veue de l'eau de tout ce soir jusques près neuf heures après midy, de sorte que s'estoit chose espouvantable ne voyant que lesdits monceaux de gel et nege venir à grande force et roydeur contre les ponts dont ils en trembloint, ce qui fist grandz maulx aux escluses et moulins, en enmesnant grande quantité de boys d'yceulz et desd. escluses, et cela disoit-on provenir de lad. pluye qu'estoit doulce, au moyen de quoy les néges des montaignes s'estoint desgelées, lesquelles subitement avoient enflées les rivières et causé ce grand amoncelement de gels, nége, tout meslé ensamble, plongé sur Lolt quod numquam aucUtum nec visum antea fuerat, car les piesses du gel que descendoint des petites rivières estoint larges et espèces comme archelictz (5) de sinq à six pans despoys ou davantaige. Lolt estoit couvert comme une perriere coverte de nége sans voir l'eau.
Le lundy 24» dud. moys et an sur les dix heures de nuict, moureust M« Pons Danyort juge-mage du Quercy, feust ensepvely le
(1) Il était difficile de suivre ce chemin parce qu'il n'y avait point de neige tombée.
(2) Fumier.
i3) Albas, commune du canton de Luzech, arrondissement de Cahors.
(4) Florimont de Peyrusse. Cette famille a fourni des jurisconsultes distingués.
(5) Du mot arcelle, petit coffre, petit bahut.
lendemain jour et feste de Sainct Paul aux Jacoupins (1) dans la chapelle de Sainct Louis. Claude son fils unique estoit à Paris à la court du roy où avoit demeuré six moys ou plus paravant.
Febvrier au commencement feust beau, mais envyron le huictiesme commença à néger plus que n'avoit faict vingt sinq ans auparavant, juxta relationem maiorum. La carte du froment estoit à dix soulz et les autres à l'équipolant, le vin à doutze deniers le plus se vandoit le cart, le boys estoit cher.
Après lad. nége tumbée fist froict et gelée par longtemps durant la nuict, jacoit (2) que le jour le souleil reluit et fist fondre la nége; mais à cause que lad. nége dura longtems sur la terre gens ny bestes ne pouvoint marcher, dont les anciens disoint de leur souvenance n'avoir veu tel temps. En febvrier sur la fin feust beau ; mars feust beau au commancement. Le quatriesme feust publié et enregistré l'arrest de ne mètre bestail aux terres et possessions d'aultruy sans leur licence^ et publié à voix de trompe, que feust déplaysant aux bouchers et paysants. Le mesme iour feust crié obéyr au visitateur des marchandises appelé le roy des merciers. Led. jour feust crié le ban et riéreban des gentilshommes. En tout ced. moys ne marcharent que les gens d'ordonnance. Sur les gens d'esglise, le roy print troys décimes. Le doutziesme dycelluy, questoit dimanche, moureust noble Jean d'Auriole sieur de Rossillon et baron de Gramat, sans enfans malles ah intestat repentina morte, d'un catharre ; layssées troys filhies et son frère l'abé de La Garde et chanoyne de Caors. Le roy en ced. moys envoya en Italie son fils M. d'Orléans, accompaigné de Messieurs l'admirai et de Sainct Paul et destruyrent Nyce (3), Gènes (4) et toutes aultres forteresses de Savoye (5). Le marquis de Ferrare beau fils de nostre roy de France
(1) Jacobins. Eglise du couvent des Jacobins qui était située au faubourg de Cabessut.
(2) Jacoit : quoique.
(3) Nice, ville de France chef-lieu du département des Alpes-Maritimes. A l'époque où écrivait ce du Pouget, elle faisait partie du duché de Savoie.
(4) Gênes, ville forte du royaume d'Italie.
(5) Savoie. Elle appartient à la France depuis 1860 et forme deux départements : celui de la Savoie et celui de la Haute-Savoie.
qu'avoit en eppouse longtemps avoit dame Renée de France, fîlhie de feu Louys 12 et de dame Agne de Bretaigne, se randit à l'empereur, roy d'Espaignie, ancien ennemy de France, dont se firent grands préparatifs de guerres, estant lors le roy à Lyon. Feust led. inoys et le commencement d'apvril froict et geloint le matin les eaulx par les chemins, et la nuict. Le caresme feust maigre sans pesche fraîche,
De tout apvril ne pleust ains un vant maleureus, foulatre, sec, mal propre, pour toutes culiètes. Le pénultième dud. apvril jour de samedy M* Bernard de la Barthe, dict St-Marty, natif de St-Martinde-Vers (1), fils de M. Estiesne Barthe, notaire dud. lieu, print possession de l'office de juge mage de Quercy, au consistoyre de Caors, sans aulcun commissayre mais luy mesme motu proprio et assis in sede fist lire ses lettres de don et réception de Parlement. Est à nouter qu'en febvrier, ny apvril ne pleust, dont le bled, vin, foin, et aultres vivres, feurent à hault prix, estant le povre monde tout esbay, Dieu par sa grâce et miséricorde nous éprouvoye toutz ; occasion de quoy y avoit infinités de ruques (2), gastant arbres et jardins. Lad. année, envyron la sepmayne saincte, se treuva un miracle sainct, data opéra, à Muret (3) les Thoulouze, d'un crucifix qui suait à la face et saignoit au cousté de la playe, dont y alla beaucoup de monde, et l'on le nommoit le St Crucifix, où sassembla des aumosnes des pèlerins qui y alloint ung trésor innumérable, bagues, habillements, une richesse inestimable, avant la fin de may. En ced. moys de may un mercredy dix et septiesme, an celluy, feust dégradé à Cahors, sur un postât (4) devant la grande esglise, près la porte de la petite plasse, par M^ Guilhaume Leyge, moyne de Figeac, chanoyne de Caors et évesque de Carros, par dispanse du pape, mestre Benoist Gréalou, prestre, de Montescot les Moissac qu'estoit sodomique et relictus curiœ seculari consulari et statim tamquam vacans captas per
(1) St-Martin-de-Vers, commune du canton de Lauzès, arrondissement de Cahors.
(2) En patois, ruco chenille.
(3) Muret, chef-lieu d'arrondissement de la Haute-Garonne à 20 kil, de Toulouse.
(4) Un poteau.
predictum de Labarthe, indicum maîorem et cuin processu officia- Us aliisque inquisitionibus opiniunem canonistarum in sequendo auditus, confessus est cum quatuor pueris contra naturam infundissimum sodomœ delictum perpétrasse unde conbustioni condenipnatus fuit, de quoy appella, et par arrest dict bien procédé, et feust brûlé tout vif a la plasse del trépadou (1) le premier juing, jour et feste sainct Clar (2^ En ce moys le roy de France Francoys premier de ce nom, envoya une armée pour prendre le duc de Savoye, qu'avoit confédération avec l'empereur et avoit pris et tué un ambassadeur de France, et mirent la Savoye en ruyne, et le duc se retira au chasteau de Milan (3j; chef de guerre estoit M. ladmiral de France, mais parceque sa compaignie estoit faible, le roy y envoya celle de M. le comte Sainct Paul, qu'estoit d'hommes darmes. En juing l'admirai ayant faict les approches et posée l'artillerie devant le chasteau et forteresse de Verceil (4) sans donner ny frapper aulcun coup d'artillerie et sans voir nul camp des ennemys, soubdainement leva le siège et fist reculer son camp, et tout son impedimenta dont on eust de luy maulvayse opinion quil eusfprinze certaine somme dargent, car incontment les espaignols entrèrent dedans et le fortifîarent, dont advint grand malheur. Au commancement de iulliet le roy fist venir à la court M. l'admirai et y envoya le marquis de Salusse, lequel de tout temps avoit nourry le roy et le soustené à sond. marquizat, contre son frère et vray héritier, et luy avoit donné l'ordre en sa court, et grandes contés en France, auquel bailla une puissante armée de pied et cheval, et le seigneur de Montpezat en Quercy (5), avec semblable armée munie de grand nombre de gens, lequel fist en ces quartier ses vyroys (6) et lieutenants ; et led. marquis flst au roy solempnelle
(1) Le trépadou, était le lieu où l'on exécutait les condamnés, il était situé au faubourg St-Georges.
(2) Saint-Clair, l"juin.
(3) Milan, ancienne grande et belle ville d'Italie.
(4) Verceil, ancienne, belle, forte et considérable ville du Piémont.
(5) Montpezat, chef-lieu de canton du département de Tarn-et- Garonne, arrondissement de Montauban, ancienne seigneurie du Quercy.
(6) Vyroys, s'écrivait visroys, se prononçait vis-roy (vice roi). Ce mot avait alors une signification plus étendue que de nos jours. Il est em-
promesse de loyaulté et de fidélité, et le roy fist délivrer au marquis, pour payer ses gens, soixante mille escuz dor au soleil. Et y allarent et incontinent prindrent certaines villes et forteresses et led. marquis fist mcitro toutz les vivres et munitions de France dans ces villes où il estoit assis avec ses gens, et led. sieur de Montpezat estoit en une aultre plasse appelée Foussan (1); mais les espaignolz ayant intelligence avec led. marquis de Salusse, assiégearent led. Montpezat, lequel manda aud marquis quil se mist en ordre pour donner lendemain la bataillie, lequel luy manda quil n'en feroit rien parcequ'il estoit malade, et led. sieur de Montpezat soy voyant prins, et entendant la conspiration et la trahison, avec sa petite bande, de nuict sur le iour, sourtist et donna sur les espaignols^ de sorte que la plasse luy demeura et en tua, les ung et les aultres chassa avec grand vertu, dequoy esbay led. marquis incontinant se revoulta et se déclara du service de l'empereur roy dEspaignie et se ralia avec les espaignols ennemys des francoys et du roy de France, et en apporta de France grand thrézor que y avoit assemblé et les susd. soixante mille escuz, vivres, munitions et gens; et luy joinct avec les espaignols, avec une forte et puyssante armée assiégearent de rechef led. Montpezat dans lad. plasse de Fossan, de laquelle ne pouvoit sortir et enfin par defïault de secours sortit avec ses gens vies et bagues saulves et leur rendit la plasse et quicta l'artilhcrie, arnoys, montures, aultres munitions de guerre, dont s'enrichirent les cauteleux espaignols ; et lesd. francoys s'en allarent avec un baston à la main. Toutes foys la garnison de Thurin (2), tenoit toujours bon dans Thurin, lesquels l'empereur vint assiéger; mais feurent secoureux et reprindrent Foussan et le misrent en ruyne et se bâtirent fort, et le camp demeura aux francoys, j'acoit qu'en moureussent troys ou quatre mille. Le second dud. moys de juillet iour de dimanche moureust mestre Blayse de Laibertie, lieutenant du sénéchal de Caors; et le sapmedy quinziesme dud.
ployé dans cette phrase pour commandant, chef d'une troupe. Le seigneur de Montpezat fit dans ces quartiers les commandants de ses différents corps de troupe et ses lieutenants.
(1) Fossano, ville forte du Piémont.
(2i Turin, ville d'Italie, ancienne capitale du Piémont.
moys, mestre Léonard de Gazelles, fils, de Caors, feust resceu et proveu diid. office de lieutenant pour le roy, ou son chancelier; et de tout led. moys de juillet ne pleust poinct. Aussy aoust au commancement feust sec, et de toute ceste année n'avoit pieu, dont l'avoyne feust beaucoup chère, foins et légumaiges. Au commancement dud. moys l'empereur avec les espaignols, lombart, vénitiens et aultres nations diverses, vint en France et manda par lettre et hérault au roy d'Angiete"re que luy secoureut et tint son party, et luy laissoit toute France, réservé la duché de Bourgoigne, aquoy ne voulsit entendre le roy d'Angleterre, ains envoya lad. lettre a Lyon au roy de France lui déclarant sa bonne louyaulté, faincte et simulée comme se dira dessoubz, l'advertissant de la maulvayze entreprinze dud. empereur. Pourquoy led. roy de France^ releva une armée et soubdainement s'en alla en Provence (1) et en Avignon {2), pour atandre la veneue dud empereur et renforsa Marseilhie et aultres villes, et l'empereur adverty de la responce du roy d'Angleterre, envoya d'empoy sonneurs en France, et par le moyen de certain cardinal, fist empoysonner le Daufin, lequel moureust subitement le huictiésme d'aoust, et l'empoysonneur après le septièsme octobre, feust par arrest du grand conseil du roy, à Lyon (3), condamné à estre trayné sur une claye, du lieu des prisons de Rouanne jusques la place devant l'esglize Sainct Jehan, auquel lieu, en chemize teste nue et pieds nudz, tenent en ses mains une torche allumée, demanda pardon a Dieu, au roy et à justice, d'où feust trayné sur lad. claye jusques à Grenete où en sa présance publiquement feurent bruslées les poisons d'arsigny (4) et d'ariorgar (5), desquels il uzoit et en feust prouvé, saysy avec le bas rouge où il tenoit les susd. poysons, et après tiré et démembré a quatre chevaulx et yceulx (6) pandus aux quatre portes de la ville de Lion et la teste pandue fischée au bout d'une
(1) Provence, ancienne province méridionale et maritime de France.
(2) Avignon, autrefois capitale du comtat de ce nom^ aujourd'hui chef-lieu de département de Vaucluse.
(3) Lyon, chef-lieu du département du Rhône.
(4) D'arsigny, d'arsenic.
(5) D'arialgar, de réalgar, sulfure rouge d'arsenic.
(6) L'écrivain a voulu dire les membres du supplicié.
lance posée sur le pont du Rosne, et toutz ses biens confisqués, au roy réservés dix mille livres, desquelles feust condamné divers Guilliaume d'Interville seigneur Deschouets, por la faulse calomnie perpétrée contre led. seigneur pour réparation de laquelle fist aussy amande honorere au lieu que dessus, et le nom dud. empoysonneur estoit le comte Sebastiano de Monte-Cucullo. A Caors au mojs d'octobre par conseil général feurent ordonnée les dixaines par cartiers et cappitaines enioignant a chascun d'avoir arnois, et se firent montres par quartier de la ville, et le tout mal en ordre, mal a propos par frismes et divisions et envies qu'estoit moquerie. Et vint led. empereur en France avec cent mille hommes dont y avoit soixante mille armés de blanc et demeura à Ayx (1) longtemps.
Est à nouier que se feust l'année seiche, que ne pleust jusques à Nostre-Dame de septambre. Et avoyt son viroy de Naples appelle Anthoyne de Lebe nygromancien et empoysonneur, lequel moureust aud. Aix de maladie, et jusques à trante mille espaignols aux escarmouches, car le sieur Jehan Paulo, fils du feu seigneur Rausoanneri cappitaine de France estoit en garnison à Cavalhon (2) et nuict et iour tempestoit par grosses escarmouches le camp de l'empereur dont y moureurent avant se despartir trante mille hommes espaignols, et la sepmaine de devant St-Michel led. empereur se recula à Nice et leva son camp, après lequel le roy mit grosse compaignie pour le garder de passer, mais non obstant s'en retourna en Ytalie à la grosse confusion de France car iamays en France n'eust sy copieux camp ny tel nombre de gens et toutz gens de vertu. Le nombre de gens de pied estoit de six vingt mille suysses, lansquenets, avanturiers et autres, et aultant ou plus de gens de clieval, et plus que le roy n'en vouloit, et toutz les iours en faisoit retourner bandes de gens toutes foys bien payés. En ce temps, le mercredy quatriesme octobre, moureust M« \P«Martin de Arambure, docteur en toutz droictz, le plus scavant et habondant et prompt en allegant qu'homme de Guienne ny de Languedoc, et moureust oppressé des goûtes (3).
(1) Aix, chef-lieu d'arrond* du département des Bouches-du-Rhône.
(2) Cavaillon^ chef-lieu de canton du département de Vaucluse.
(3) Etouffé par la goutte .
Le bled froment se vendoit seize doubles la carte, la pipe de vin en vandanges troys ou quatre livres. Décembre feust beau et bon selon la saison et fort pluvieulz, et le judy huictiesme dud. moys à la place del Trépadou feust bouly en huyle Rigal Cassanh, de Chasteau neuf de Bretenoux (1), faulx monoyeur, âgé de quarante ans ou envyron, et son fils jeune de vingt ans par les viguiers et consuls clamum par le juge d'apeaux et contre requeste par le sénéchal lad. sententia condempnatus eo quia simul operabantur par arrest de parlement tamquum clericus fuit officiali remissus. Envyron St Thomas, devant Nouel, fist force froict et nége, et l'hyver bien atrampé et estoit bon marché de vivres.
Janvier feust beau et bien atrampé, le jour St Vincent feust beau et cler comme un iour d'esté^ durant tout le long du iour St Paul feust pluvieulx de pluye menue, sans voir le souleil, mais nuées. Febvrier feust aussy bel, et le premier iour de caresme feust ceste année le 14 dud. moys; mais à cause des guerf'es susd. estoit grande cherté de poisson ; les harangs saurets se vandoint doutze deniers la piesse et parfoys huict, six, et à la fin quatre le meliour marché. Mars au commancement feust bel et paysible, mais le 14 revint l'hyver, froict, nége^ plus que de toute l'année les vantz sy très froicts que jamais et dura bien huict iours nége ou gresle haulte, après grandes pluyes et impertinenses jusques à la fin, et feust vray le proverbe commun adapté au iour de St Paul si sint nebula etc. (2) Car feust grande mortalité de bestail tant gros que
(1) De Castelnau de Bretenoux, chef-lieu de canton de l'arrondissement de Fi geac 'Lot).
(2) Nous ne connaissons pas le proverbe que l'auteur suppose très
connu, il l'était sans doute de son temps, mais il a dû tomber dans
l'oubli. Voici un dicton sur le jour de St Paul qui nous paraît donner la
teneur de l'ancien proverbe :
De Saint Paul la claire journée Nous dénoie une claire année; S'il fait vent nous aurons la guerre.
Si l'on voit épais les brouillards Mortalité de toutes parts.
menu de qua clolvi, et aultres. Universellement la carte du froment se vendoit dix soulz^ la pipe vin sept, huict livres, et la plus grande cherlé estoit le canabou (T qui se vandoit vingt soulz le carton, et a tel pris l'acliaptis, et feust sur la fin pluviculz.
Au commencement d'apvril feust pluviculz, après bel. May aussy bel, juing- beau. En lad. année se firent à Caorssinq ou six murtres fort meschantz, et mesmement en caresme prenant avoit esté murtry Jacques Gisbert, marchant, gendre de M. Estienne Regourd. Au murtre duquel se trouvarent les troys fils de Mouduron, notaire ancien, de Caors, masqués, et les deux, estoint notaires et l'autre prebtre, et M. Paul Roucel dict de Bort del Ilom alias del Lart. Deux nepveux de M. de Belleperclie, questoint des Cardailhacs, toutz jeunes, et impétrarent abolition et la présentarent in curia seneclialli in secle caturci, de laquelle print cognoyssance M* Pierre Malholy commissaire ad universitateni causarum, lequel, le doutziesme , commença le proucès, et le quatorzième donna l'ordonnance, de laquelle feurent appelantz les père et femme dud. homicide, et par la court de parlement en playdant la matière led. Malholy feust condampné en sinquante livres d'amande et aux despans de l'article d'apcl, et toutz lesassistans au rapport qu'avoit esté récusés, en vingt et sinq livres tournois, les aultres non récusés, en dix livres, les advocat et procureur du roy, en sinquante livres chascun, tant que montoit quatre cents livres au plus; et présidoit pour lors M. j de Sarla, second présidant ; et lesd. murtres se firent au moys de may, juing et iulliet, desquels ny eust poinct de punition. En ce temps estoit la guerre- cruelle et mortelle, sans rayson, mais au couteau et au feu au pays de Narbonne (2) où se perdirent plusieurs villages et les gens, car les espaignolz sans camp, laissoint les villes et chasteaux forlz et couroint sur les villages et faysoint de grands mauLx. En Bourgoinie (3) pire et plus cruelle. En Pycardie (4) idem, et ces deux de Picardie et de Bourgoinie faysoint l'archi-
(1) Chènevis, graine de chanvre.
(2) Narbonne, chef-lieu d'arrondissement du département de l'Aude. (.3) Bourgogne, ancienn-e province de France qui avait pour capitale
Dijon.
(4) Picardie, ancienne province de France qui avait pour capitale Amiens.
duc de Flandres et d'Autriche, frayre de Charles roy des Espaignes et empereur soydlzant de Romme (1). Et led. roy à Narbonne et Bayonne (2) soustenoit la guerre, scayoir est, en la Bourgoinie et Picardie en grand camp où eust la plus cruelle venue que iamays aye esté veue ny ouye, car les Éspaignolz ^3), Bourguignons (4), Anuyois ^5), Flamans (6) et aultres ennemys de France, ne layssarent un François en vie par ranson ny demye^, en touttes les villes de St-Paul (7) et de xMontrelh (S) que sont grosses villes, ains fendoint les femmes enseinctes et piectis viceribus baptisatoque fructu matrem et fructum glaclio dabant, et cella conduisoit, le comte de Nansot lieutenant dud. archiduc.
Après, en aoust, led. roy d'Espaigne, Charles d'Autriche, empereur nommé, vint à Perpignie (9) et envoya de gens courir par les limites de Narbonne, pilharent et ruinarent Sainct Paul de Fenou- Ihières (10) et plusieurs aultres villages, faigniant aller à Narbonne alla en Puymont (11) et Italie où avoit des François en garnizon auxquels fit grandz maulx. En lad. année, un sapmedy, septiesme octobre, à Thoulouze, M. Jehan de Ulmo, quatriesme présidant de la court de parlement aud. Thoulouze, accuzé de plusieurs concussions et meschancetés en son office et auquel avoit esté faict proucès par commissères dépputes du roy, feust sedente tota €uria pro iussu principis non obstant vacations in consistorio audientiœ pa-
(1) Rome, une des plus belles villes du monde, capitale de toute l'Italie.
(2) Bayonne, chef-lieu du département des Basses-Pyrénées.
(3) Espagnols, habitants de l'Espagne.
(4) Bourguignons, habitants de la Bourgogne.
(5) Hennuyors, habitants du Hainaut.
(6) Flamands, habitants de la Flandre.
(7) St-Paul, probablement St-Paul, liautes-Pyrénées, arrondissement de Bagnères.
(8) L'écrivain a voulu sans doute indiquer Montréal, chef-lieu de canton de l'arrondissement de Condom, département du Gers.
(9) Perpignan, chef-lieu du département des Pyrénées- Orientales. (10; St-Paul-de-Fenouillet, commune du déparlement des Pyrénées- Orientales.
(11) Piémont, contrée d'Italie qui fut le noyau autour duquel se forma en 1861 le royaume de Victor-Emmanuel II.
latii, dégradé vestu de sa robe d'escarlate, avec le mortier des armines sur la teste à la fasson de présidant, luy feust prononcé son arrest par M. de Sarta, second présidant, et là, demanda pardon à Dieu, au Roy et à Justice, de ses maléfices; après feust par le: premier huyssier despoulhié de son mortier de teste, et luy bailla un bonet blanc dcscliiqueté ; après despoulhié de sa robe rouge présidiale et vestu d'une robe de fou ; et incontinent par le bourreau! luy feust mis la hart au col ; et hors le palays, monté sur un chariot, trayné par toutz les carrefours de la ville; et à la place de Sainct-Georges, les mains au pilloyre, feust d'une fleur de lys de fer chault, au front impressé, et après suyvant led. arrest, mesné à; Sainct-Malo (1), dernière ville de Bretaigne, pour là finir ses iours. ■ En ceste année, au moys de novambre, le roy et M. d'Orléans son fils, par ce dauphin, sur la fin dud. rnoys^ feurent adverty que leurd. ennemy ancien, le roy d'Espaignie, avoit levé un grand camp et avoit assiégés les gens d'armes de France estanz à Thurin, à Fossan, et aultres forteresses de là les montz, passarent les montz avec deux armées innumbrables de gens et eurent victoyre à première venue et y demeurarent jusqu'à demy décembre ou plus, sans résistance; mais le roy d'Espaigne, ainsin qu'on disoit, n'avoit aulcungz vivres et ses gens mouroint de faim ; encore faysoit-il courir de son cousté le bruict de trêve et paix, dont la plus part de la gendarmerie françoyse sen retourna en France. Après les traîtres Espaignols, suyvant leur ancienne coustume, firent beaucoup de trahisons, prinze de villes et forteresses en Italie, et tuerie de gens d'armes de France demeurés en garnizons.
En ceste année ne fist poinct de froict, mesme à St Anthoyne (2) ressembloit automne, dont le monde estoit esbay, et pourtant le bled estoit a bon marché; le fromant à doutz soulz et les aultres à l'équipolant ; le vin doutze deniers le quart, et la pipe à l'équipolant ; toutesfoys homme vivant n'avoit veu fère sy povre y ver,
(1) St-Malo, chef-lieu d'arrondissement du département d'Ille-et- Vilaine.
(2) 17 janvier.
de froict, nège, ny gresle, mais pluye humidité et aulcuns jours clercs et beaux, plusieurs mouroint de maladie de cousté commuinement dicte plurésie. Le iour Sainct Vincens (1)^ de matin feust brumeux, nébuleux et obscur, après midy fist quelque pluye menue, Sainct Paul (2) cler, le restant de janvier pluvieulx, et ne fist poinct de froict jusques en apvril, tellement que fist mal aux vignies et noix, et se vandoit l'uyle de noix vingt deniers la livre, et aultant le cart du vin, ou deux soulz, et feust faicle crié de mètre vin à celluy qu'en vouldroit mètre, dans Caors, causoint la multi- !tude des ravatiers de Rouergue qu'en a,pportoint de nuict, bled et fvins. En may lesd. ravatiers s'en alant de nuict feurent poursuyvis au bout de lisle (3), bâtus et privés de leurs vaysseaux chargés. iLhuyle de noix, causant lad. cherté^ estoit plus cher que l'olive. En ce temps, François roy de France et Charles roy d'Espaignie et d'Autriche, soydizant empereur^ avoint faicte la guerre par long temps et mesme en janvier précédant et aultres moys suyvantz, firent traicté de payx, et pour icelle conclure se debvoint treuver à Nice, le premier de may, ensemble le pape Clément (4) qu'estoit pour lors homme de bonne saincteté ; mais le traistre espaignol qui ne sçait fère guerre sinon par poysons et trahysons, avoit machiné une trahyson contre le roy, de le trahir et prandre, et Ten admesner par mer ou aultrement, de quoy certifié (5) le roy ne y eust poinct d'assemblée. Le 17 et 18 may de lad. année fist de grand pluyes et gresle meslée en abondance,, plus qu'on n'avoit veu longtemps auparavant ; est à nouter à cause que Fhyver n'avoit faict son debvoir en lad. année y eust plus de puroye (6) que de bled, lequel se vandoit vingt soulz la carte. Au moys de juing le
(1) 22 janvier.
(2) 25 janvier (conversion de St-Paul).
(3) Vraisemblablement l'île de Cabessut.
(4) C'est une erreur, en 1538 c'était Paul III (Alexandre-Parnèse) qui était pape. Du reste un peu plus loin l'auteur dit bien que ce fut Paul III qui cette année était présent à l'accord de Nice.
(5) De quoy certifié, c'est-à-dire de quoy était certain, assuré^ le roy.
(6) Ail des vignes ou poireau des chiens en patois, Purrigal, on donne le même nom à l'ail poireau des champs. AUiam ^oWiydJiiwm. On le nomme vulgairement ailhole.
pape pourchassa la paix entre le roy et l'empereur, et pour ce fere s'assemblarent a Nice et en Savoye où ils s'accordarent enfin et firent trèsve pour dix ans soulz le pape Paul troysiesme^le 18 juing an susd. 1538, hors la cité de Nice, en la mayson conventuale sainct Francoys. En ce temps, le 15 juing, qu'estoit sapmedy, les conseilhies de nouveau érigés par le roy au siège de Caors, feurent resceuz, et leurs letres de l'edict du roy, de la érection et de leurs dons feurent présentées par mon ayeul, ainsin qu'il escript en son livre duquel ay tiré la substance du présant, comme leur advoucat. Eux dong ainsin présentés par luy ensamble les lettres de don d'un chascun données à la Balme en Provence, et parce que n'en y avoit que six in exevtione, les deux enquesteurs qu'estoint auparavant de plus de dix ans, communicarent leurs offices pour que feussent huict conseilhies et toutz enquesteurs, ainsin feurent passés, estantz les premiers et par ordre M* Francoys Fabry et Jehan Lefranc, anciens enquesteurs, licenciés toutz deux. Jehan Ratery, Ramond Bach, Valentin Pons, Géraud Barriety, Guillaume Labarthe, Jehan Bories de Gordon, toutz aussy licenciés, feust expédiée lad. présantation et réception par devant W Pierre Malholy, licencié es droictz et commissere ad universitatem causariun, lieutenant particulier au siège de Caors.
Juillet feust fort sec et subitement le bled se monta à vingt et à vingt sinq soulz la carte, le vin se vandit en toute lad. année seitze ou vingt deniers le cart. En ce moys moureust M« Estienne Simonis secrétaire de M. Paul de Carret (1), evesque de Caors, aussy de l'Université. En lad. année 1558, le 29 de Juillet moureust Florimon de Petrucia, licencié es droicts et advoucat du roy en Quercy, jeune de vingt-deux ans, vivant NP Anthoyne de Petrucia, docteur, son père que luy avoit baillé led. office, et aussy vivant sa mère Guiraude de La Coste ; le bruit estoit que moureut de ce que son père le maria pour recouvrer mille livres qu'avoit payées dud. office. Après l'avoir marié en grand estât et institué aud. office et prinsson douaire, le mist hors de sa mayson et luy bailla la mayson de la rue du Portail Garrel (2), où alla demeurer bien desprouveu et ne
(1) Evèque de Cahors de 1534 à 1554 (Voir la note 1 de la page 11;.
(2) Actuellement la rue de la Mairie.
gaignoit. Sa femme qu'estoit belle et paillarde le gasta^ devint étique, et à sa maladie jamais ses père et mère ne voiilsirent rien bailiier ny Iny ayd.er, et moureust de mélancolie, bien avoit une loupie en une cuysse que luy ayda fort a mourir, feust ensepvely à St-Pierre, le jour d'Abdon et Senen SO-»* de juilliet. Et après, le sapmedy septiesme jour de septembre dud. an 1538, M. Louys de Petrucia, docteur es droictz. son frère, lequel en avoit eu le don du roy, feust receu en l'audltoyre de la court de M. le seneschal do Caors, et print possession dud. office d'advoucat du roy en Quercy. En lad. année causant la gelée, neble (1) et gresle qui survint au printemps, les vignies feurent endommaigées et se vandit le vin en vandanges sept ou huict livres la pippe, et la carte du bled trente soulz, bien que l'année précédante ne se feust vandu que dix ou quinze soulz la carte. En ce mesme temps et le mardy dixiesme de septambre, feust bruslé a Thoulouze frayre George Rogety ordinis predicatorum enquisiteur de la foy, comme lutérien, et reprins, ataint et convaincu quia mquirendo aliùs sustinebat et eis eoasiones et dampnatus interpretationes secrèto docebat maxime laycis literatis quibus officium quotidianum virginis mariœ assidue aborrebat et alias lutérianas conclusiones eis palliabat.
Au moys doctobre la royne d'Ungrie (2), sœur de l'empereur et de la royne de France, en grande compaignie, vint en France où feust bien reculie du roy et de la royne sa sœur, et de toute la court de France. Et en ceste assamblée moureust M. du Bourc, chancelier de France, duquel la mulle tombant en terre le mit dessoulz non tanien subito obiit sed paulo post. Feust chancelier de France M. Pouyet pariter almeniœ patriœ. Le 17 décembre au susdict moureust M. Anthoyne de Petrucia, qu'avoit esté docteur régent et advocat du roy en Quercy, layssant son fils Loys disciple de feu mon ayeul a, primo legalis scientiœ congressu pareilhement advoucat et docteur régent, et feust ensepvely dans lesglize St Pierre de Caors. En décembre, avant Nouel, et après, fit froict et nège et lolt se tenoit tout à cause de la gelée, par la on suppozoit une bonne année advenir. Dieu les nous doint toutes bonnes! En
(1) Nuée, nuage, brouillard, bruine.
(2) de Hongrie, royaume d'Europe sur le Danube.
ceste sayson, la pippe du vin se vandoit doutze livres, la carte du bledSOsoulz, la livre de l'huyle de noix deux soulz; durant led. temps au commancement de FAdvent l'esglize cathédrale de Caôrs ayant de coustume de tenir l'ordre Quercy, print l'ordre Romain cum dispensationne et bulla a sanda sede apostolica obtenta estant chantre de lad. esglizeM. Ramond de Dôme (1), dict M. de Lisle Bascou.
Janvier fîst bien son debvoir en froydure et aultrement. Febvrier feust à la parfin pluvieulx. En ce temps le bled se vandoit deux livres la carte à cause des achapteurs estrangers qui venoint de dehors, ausquels les Regourds tenoint la main, et l'acheptoint sur la rivière. La pipe du vin se vandoit doutze livres, causant la pluye continuelle. Aud. febvrier les vignies feurent couppées (2) avec la grande pluye. Mars au commancement feust froict et geloit l'eau et la fange, et en tin feust pluvieux. Le unziesme dud. moys feurent chassées et descriées les doubles de Navarre vaillant dix deniers, appelées vaquetes (3), d'où s'ensuyvit grande pénurie et indigence pour le menu peuple, qui n'avoit d'autre argent que celle la. Francoys Poumayrol feust à son commencement M' monoyer à Villlefranche de Rouergue, mais le vilain feust par ses habiletés exilé et banny de France, à cause de quoy se retira aux roy et reyne de Navarre, laqu'elle sœur germayne du roy de France, Francoys premier de ce nom, et gouvernoit fort à la court de France, par ainsin ce faux monayeur assembla de tretzains, soulz, et Carolus vieulx, de France, par l'espace de quinze ou vingt ans auparavant et en fîst lesd. vaches, de sorte que couroint que vaches, que causa grande famine pour toutz, parceque tout le monde estoit rempliz desd. vaches. Je toutes foys ouy dire despuys, que Roubert Dadine, (cettuy Roubert Dadine étoit fils d'autre Giron Dadine qui avoit dépêché son bien à la guerre dont il faisait profession), bourgeoys de Caors, père de Giron Dadine, aussy bourgeoys fort riche. homme, avoit
(1) Domme, chef-lieu de canton de l'arrondissement de Sarlat (Dordogne).
^2) Taillées.
(3) Parceque sur l'une des faces était figurée une vache.
prias son commencement desd. vaches, parcequestant lesd. vaches descriées et au bilion, il en fît grand amas les acheptant toutes a ung liard la pièce, dont enfin feurent bonnes comme dessus et, voilà quant au commencement dud. Roubert Dadine, hactenus per me pogetium nepotem scripta extans.
Tout ledit mars feust pluvieulz,mesmementle pénultiesme qu'estoit le jour des rameaux, de quoy le monde s'esbayssoit fort. Apvril du commencement feust pluvieux et froict, et le sixiesme d'ycelluy qu'éstoit dimanche, jour de Pasques, après disné tumba de gresle et nége tout meslé ensamble, en grande quantité, tellement que le soir estoit encore sur la terre aux lieux séparés du chemin où personne ne passoit. May, feust encore plus pluvieux, à cause de quoy bien que la carte de bled ne se vandit que deux livres y eut si grand nombre de povres que faulsit par arrest leur feut pourveu d'aliments tant sur l'Evesque, chapitre,chartreux,collièges et autres bien aysés, les povres de la ville ne se bougeoint de leurs maysons, les éstrangers par les hospitaux ou autres lieux particuliers comme ils pouvoint, pour chascun estoint baillés neuf deniers pour iour, du tretzièsme de may jusques à St-Jehan-Baptiste. Le sabmedy dixièsme may, à Thoulouze, feust brullé tout vif, un jacoupin, viquere de l'inquisiteur de la foy, comme hérétique lutérien, bougre sodomiste.
Au moys de juing, d'AUemaigne vint un saint homme qui preschoit contre les hérésies lutériènes, et vivait sainctement comme il preschoit aussy; et disoit-on qu'il preschoit le jour mais la nuict ne le voyoint plus et ne sçavoint où il se retiroit, comme s'il se feust évanouy jusques au lendemain, qui de rechef apparoyssoit pour prescher comme devant. En juillet, par édit du roy, feust prohibé d'apporter armes par la ville ny aux champs. Le bled se vandoit deux livres, le vin doutze deniers le cart ; le temps estoit tellement pluvieux qu'en ced. moys on ne peust aulcunement despiquer le bled, tellement qu'il pourrissoit plustôt par les sols qu'on le peult despiquer. La tempeste en ce temps gasta les bledz et millietz qu'estoint à coupper, et sans cella y eut en grande abondance de milliet, car ils estoint plus beaux que n'avoint esté dix ans au paravant Quia tempus humiduin erat, et furent gastées les vignies aussy par lad. tempeste en plusieurs endroictz près de Caors et autres pays de Rouergue etLimosin. Le vingt et sixiesme juillet,
feste St- Jaques, la rivière de lolt creut au pont-neuf jusques aux muraillies de la ville, fort haut par l'abondance des pluyes, gresle et tcmpeste, et en enmesnoit plusieurs bestes tant grosses que menues, gerbes de bled, boys couppé, chambres (1), fusles (2) et plusieurs autres choses plus que homme vivant n'avoit onques veu dans Caors, et feust ce dernier juillet le pire de pluye, gresle, tempeste et tonnerre, et fîst grand mal et domaige led. débordement d'eau, parceque estoit venue soubdaynement nam précisa minus nocent.
Aoust, septembre, et octobre, feurent secs occasion de ce ne y eut point d'aglandaige (3), rebes (4), ny chasleignies, que bien peu. Le bled se vandoit trente sing soulz, le vin slng livres la pippe et quatre livres en vandanges, les chairs estoint chaires. A faulte de résine l'huyle de noix à huict deniers la livre ; par faulte de pluye les laboureurs ne pouvoint semer, dont le monde désia s'esbayssoit. Le vendredy dernier d'octobre, entre dix et onze heures du matin, M. Paul de Careto, evesque de Caors, de la mayson du marquis de Syme en Italie, abbé de Bonnacombe en Rouergue, où avoit esté consacré quinse iours devant, fîst son entrée solempnelle à Caors. Auquel, le iour de devant, messieurs de l'Université de Caors avec grand triomphe lui apportarent le bonnet doctoural à la borde de Quercy (5) où estoit venu pour disner et coucher. A lad. entrée estoit première la procession de toutes les églises et couvens de Caors, après marchoit l'Université tenentla main droite et les officiers du roy à main senestre i6), faysant la eue avec le recteur de l'Université, le lieutenant à faulte déjuge mage, et après par ordre, un docteur avec un conseilhier, après estoint les consuls, après lesquels venoint M. de Caors, auquel le seigneur de Cessac faysoit du laquays à la main droite despuys le pont St-Georges, en pourpoin teste nue jambes et pied nu, par hommage, sauf que led.
(1) Chanvres.
(2) Poutres, pièces de bois.
(3) Glands.
(4) Raves.
(5) Une métairie, située dans la commune du Montât, près Cahors.
(6) Main gauche.
sf evesque le contraignit chausser le soulier seulement (1)^ estant accompaigné led. evesque de l'êvesque de Roudès (2), de beaucoup d'abbés, gentilshommes, et autres gens de qualité, avec grand triomphe.
Et en ceste anné second décembre, Charles d'Austriche roy d'Espaignie et empereur entra en France par Bourdeaux, pour
espouzer dame, de France filhie (3) et demeura
à Paris jusques après les roys (4), où avait grand triomphe. Erat res maudita parcequ'il y avait quatre roys ensemble : Francoys, roy de France, Charles d'Austriche roy d'Espaignie et empereur, Henry roy de Navarre, et le roy d'Escosse, après les roys (5) led. empereur, avec grand trein qu'il print de France, alla à Gand (8) en Flandres (7), où ne pouvoit aller sans passer en France, occasion de quoy les gantoys (8) estoint rebelles contre luy, faysantz refus de lui payer les tailhies et autres tribus sed intravit ut vulpes et ut leo les traita de mille maulz faysant fuir toutz les principaux.
Janvier feust au commencement assés beau clairet froit. Le jour St-Vincens, feust assés clair et vanteux ; le iour St-Pol, clair sans piuye, avec un peu de vent. Febvrier beau pour coupper les vignies. Mars clair, sec, venteux, le bled rabayssa de quarante a trante
(1) Cet ancien hommage a duré jusqu'au xvn^ siècle, en compensationde cette corvée singulière le comte de Cessac avait droitàla vaisselle dont on se servait pour le repas donné après l'arrivé de l'Evêque à l'Evêché.
(2) Rodez, chef-lieu du département de l'Aveyron.
(3) Ces deux passages sont en Liane dans le manuscrit, voilà pourquoi nous les laissons ainsi.
(4) Après le jour de l'Epiphanie appelé fête des Rois.
(5) Le jour de la fête des Rois.
(6) Gand, ville de Belgique, chef-lieu de la Flandre Orientale.
(7) Flandre, non donné autrefois à tout le pays entre le bas Escot et la mer du Nord, l'Artois, le Hainaut et le Brabant.
1^8) Habitans de Gand.
soulz la carte ; le vin huict deniers le cart ; le bled et vin feurent a meilhieurs marchés qu'en la culliete dyceulx, dont on ne pouvait dire que de chère denrée ne fault fére provision. Le jour des rameaux, 21 mars, in benedictione, faysoit vents divers et de plusieurs sortes ; le vent pluvial rendoit de son cousté l'air nébulleux, le vent froit d'autre, empeschoit la pluye. Le jeudi sainct, 25 mars, feste nostre dame, M. l'èvesque de Caors fist l'office dans la grande esglize avec triomphe grand et pontifical ; le sabmedy confirmation donna corones, et les festes de Pasques. Apvril feust chault jusques à demy moys. A Thoulouze entre les escouliers gascons et espaigniols estentz en grand nombre pour la venue de leur roy en France, y eut meurtre des espaigniolz, de quoy feust enquis par la court, et prins des gascons et condamnés par les capitouls ; pandant lequel proucés les gascons bruslarent un des estudes (1) noveaux de Thoulonze, appelé de Boyssoune, beau et grand en magnificence.
May sec, d'où vint grand dommaige aux foins et bledz de causses (2) et pechz ; le vin se vendoit huict deniers le cart, le bled 25 soulz la carte froment. Le 25 d'ycelluy feust passé l'éschange entre led. sieur evesque de Caors baillant la conseigneurie qu'il avoit a Montpezat et M. de Montpezat baillant aud. evesque la conseigneurie de Sauzet (3), plusieurs autres rente qu'il achepta en divers lieux circonvoysins dud. Sauzet, et ce qui feust faict capttulo capitulante. Occasion de la grande sécheresse d'apvril et may s'engendra grande tempeste d'eau et ventz que tumba avec pierre le premier jour de juin feste sainct Clair entre quatre et sinq heures du soir, avec inondation d'eau que gasta bled et vignies, et en apporta en plusieurs en droitz la terre et les ritz (i). Demy juing fayzant grande chaleur, tumba de pluye grosse et claire bruslant ce que touchoit ; le pénultièsme fit grande impétuosité de ventz que gasta
(1) Etudiant.
(2) Bled de Causse, bled qui viennent dans les régions montagneuses de certaines parties du département. Pech, éminence, montagne, élévation.
(3 Sauzet^ commune du canton de Luzech, arrondissement de Cahors (Lot).
('•) Rith, gué, passage, route.
arbres et bleds estant en gabelle (1) où en gerbe, et aux couvertes des granges (2). Juillet aoust,fitz si chaulzque causèrent lesraysins qu'estoint demeurés, sécher, et appeloit on lad. année, à cause des chaleurs véhémentes, l'année de la sécheresse. Au commencement d'aoust feurent malhuqués (3) les hostes de la Cabrete juridiction de Chasteauneuf qui destroussoint tuoint et vouloint les gens par les chemins et lougis (4), s'appeloint Miniau et Fantou de la Cabrete (5) et quatre de St-Privat (6) dessoubz la Cabrete. Sur la fin d'aoust mourust M. Henry de Solo, docteur régent de Caors, in facultate juridi.
Septambre sec, et le quatriésme d'ycelluy feust exécuté l'arrest donné au grand consul par lequel M* Hiérome de Ramon dict des Arches aurait la difflnitive jouyssance de la chanoinie qu'avoit tenue messire Jean Béral prieur de Rabastens (7), et officiai de Caors. Le huictièsme septembre feste de la nativité nostre Dame, moureust et feust enterré en l'esglize cathédrale de Caors, au costé de l'autel plus hault où est eslevé le corps de St-Diery (8) a parte septentrionis, de la part qu'on dict l'évangile, messire Guilhaume Leyge, natif et moyne de Figeac, chanoynede Caors, et evesque de Garros, la mort et funéralhies duquel feurent en bonne réputation. Octobre plus chaud et sec que les précédentz^ les vins restantz de la tempeste toutz cuitz, ayant le goût de sec, et demy vin, ne peult se conserver jusques à toutz sainctz qu'il ne feust gasté, puant, ou aygre et les vins devindrent aygres ou troubles ; se vandant non obstant huict deniers le cart, et 25 soulz la carte froment ; l'huyle de noix dix deniers. Novambre et décembre secs et erat res invisa, A lolt n'avoit eau pour navi-
{!) Javelle.
(2) Couverture, toiture des granges.
(3) Furent roués, — ce mot a été pris du patois Malhuca — rouer un criminel condamné au supplice de la roue.
(4) Logis, habitations.
(5) La Cabrette, hameau, commune de Castelnau-Montratier chef-lieu de canton de Cahors.
(6) St-Privat, de Balme, hameau du même canton.
(7t Rabastens, chef lieu de canton du département du Tarn. '^8; St-Géry. St- Didier ancien évêque de Cahors.
guer. Les gens de l'evesque qui vint à Caors pour l'adveut achaptoit le cart du boys vingt huict livres. Les ruysseanx, fontaines, et autres petites rivières, estoint stériles d'eau, à Thoulouze les moulins de Garone ne pouvoint mouldre qu'à grande difficultés pour la déffailliance de l'eau ; le bled froment se vendoit 25 soulz la carte, le vin un soûl le cart. Causant la grande sécheresse Lolt n'y autres rivières ne pouveint mouldre, combuir (1) les draps ny porter nef, dont le boys en devint cher oultre mesure mesmement sur la fin de décembre environ les festes de nouel, par la grande stérilité des eaux lesquelles de ce temps encore n'estoint revenues.
Janvier froit avec peu de nége,les jours St-Vincen et St-Pol beaux clairs et serins ; fébvrier frôit et nége ; mars froit et clair, apvril froit du commencement, pluvieux sur la fin ; may pluvieux ; juing en partie ensuyvit l'année précédente en vantz, pluj'es, gresles, et tempestes commença le troysiesme d'ycelluy que fist grand mal. En ced. temps le 4« président de Thoulouze Fabry, demeura à Caors longtemps avec les consulatz des villes mestresses de Quercy pour faire ouvrir les ports, passages et escluzes, pour rendre lolt naviguable jusque à Bordeaux (2) et autre lieux circonvoysins. Juillet,aoust, septambre, beaux, tempérés, et ne se firent vandangesjusques àla fin septambre. En octobre encore les vins estoint vertz. Le bled se vendoit quinze soulz la carte le vin 3 livres ou sinquante soulz la pippe, Ne feurent point de noix. En ce moys d'octobre du commancement mourust a Lion de fièbvre, Anthoyne de Cazlliac, dict de Bêral seigneur deCessac, lieutenant de M. le grand maystre de l'artiiherie de France, son corps apporté a Milliar (3) en aubig3ys etensepvely,
En ceste année la court de Parlement de Thoulouze aux vacations
(1) Combuir, faire subir au drap un lavage qui sert à leur préparation.
(2) Bordeaux, une des importantes et grandes villes de France, cheflieu du département de la Gironde.
(3) Milhars, bourg du département du Tarn à 6 kilomètres N. 0, d'Alby.
commensa tenir les grandz ionrs, ce que n'avoit faict paravant, le commancement feust à Nimes (1). Octobre, novembre, beanx pour covrir et cnsemenser le bled en terre^ et feust appellée la bonne année. Décembre beau, mais ne fist point de froit. En toute lad. année y eut bon marché de toutz vivres et fort bonne sainte, Dieu grâces.
Commencent lad. année aux calendes de janvier après avoir déclaré (2) jour par jour despuys la feste de noel qu'estoit le dimanche de devant et premièrement ycelluy jour de lundy et mardy ensuyvantz feurent beaux, clairs et serains, le mercredy bruyneux et couvert de nébles froydes, le judy et vendredy de mesmes le sapmedy un peu plus clair, le dimanche, premier janvier nébuleux humyde et froit, le lundy et mardy humydes avec broulhiars plains d'eau et humidité, le mercredy humide sans froit des autres, peu de chascung. St-Vincens feust le dimanche après 22 janvier, ce jour durant fît nége pluye et gresle en abondance. Le 26 dud. moys feust ensepvely aux jacoupins M. Léonard Solery, procureur fiscal de M. de Caors, précepteur aux lois de feu mon ayeul, qu'avoit vescu semper in celibatu. Le résidu dud. moys ne fist point son debvoir. Febvrier moins car feust sans pluye et nége ; mars sans pluye aussy ; apvril bien petit, dont les bledz des causses et pretz en souffrirent. Pour lors le roy faisoit forger les soulz à la petite croix de Savoye, blancz nouveaux, à cause de quoy se levarent plusieurs faux monoyeurs qui fe'soint des soulz faulx à grand foyson, dont on ne savoit faire distinction des bons avec les faux, de sorte qu'en advint grand dommage parceque aulcun n'en voulait prendre ny bons ny faulx, et feust treuné qu'au chasteau de la Romiguîère près St-Géry (3), on forgeoit lad. faulse monnoye, et le
(1] Nîmes, ancienne ville de France, chef-lieu du département du Gard.
(2) Déclaré, probablement du vieux mot Desclairer, éclaircir et l'auteur a voulu dire que le temps s'était éclairci chaque jour.
(3) Sarint-Géry, chef lieu de canton de l'arrondissement de Cahors.
seigneur dud. lieu appelé Hugues de Brous (1), feust prins avec une siesme chambrière. May, bon du commencement, le dixiesme d'ycelluy M. Galhardy conseilher en la court du Parlement à Thoulouze, natif d'Auvernhie, avoit esté escoulier à Caors, après juge de la comervatoyre à Thoulouze, après conseiller, s'abandonna à tromperies en causes bénéficiales, dont demeura long temps prisonier à Paris, à la court où luy feust faict son proucès, condampné à estre dégradé de son estât. Remys à un juge ecclésiastique pour lui faire proucès et le punir feust admené de la conciergerie de Thoulouze avec robe rouge et chapperon noir en habit de conseilhier à l'audiance où luy feust prononcé son arrest et exécuté, et exécutant feust despoulhié de robe et chapperon magistrals et layssé ces habits de prèbtre séculier simple, assistant toutiour un conseilhier du grand conseil qui l'enretourna à l'offlcial de Paris pour lui fère son proucès pro crimine commune, mais après, au conseil du roy, il remontra de ses innocences et feust réabilité, et retourna en son lieu et estât. En ce moys feust proveu resceu et installé en office de procureur fiscal. M. Jehan Grifoul, fils et habitant de Montpazier (2). Le bruit commun estoit que ce feust à l'appuy de toute belle Landette de Tauran sa cousine germayne, concubhie de M. Pierre Bertrandy, vicayre officiai de M. de Caors lequel office, par la multitude des demandeurs et grande importance d'hommes et de femmes postulantz pour cet office, avoit demeuré vaccant despuis janvier comme est dict. En ycelle traitant et pourchassant bien avant M. Vidal Tauran, notaire, frayre et maquarel publique de sad. sœur toute belle. Le pénultiesme may le susd. Noble Hugues de Brous, seigneur de la Romiguière-les- Sainct-Géry, qu'estoit remis par arrest de la court de Parlement de Thoulouze, convaincu de faulse monoye, qu'il faysoit forger à sa mayson, feust mis à cartier après avoir la teste tranchée, son bordier (3) le conduizant le long de la ville en chemize, teste et piedz nudz, parceque au commancement desnioit tout, après feust con-
(1) De Brons, de Bron ancienne famille noble du Quercy.
(2) Montpazier, chef-lieu de canton, arrondissement de Bergerac (Dordogne)
(3) Bordier, fermier de ses terres.
vaincu l'avoir veu forger dans sa mayson. Encore estions en temps froict sans chaleur. Juing froict jusques à demy et feust l'année non vene car du froict, froict bien modéré sans excès, et l'humidité de petites ptuyes que faysoit gardarent les vignies de croystre en la sayson en laquelle on avoit veu d'autres foys des raysins. Les bleds estoint aussy en fleur la plus part et n'en y avoit point de meurs ou souloint entre couppés. Les foins estoint bas et vertz par la sécheresse de febvrier, mars et apvril^ tellement qu'après Saint-Barnabe (1) on disoit qu'estions encore en hyver, et le matin de St-Jehan-Baptiste froict, et après dix heures assez chault, et pourtant, Dieu grâces, trente ans au paravant les bleds n'avoint esté plus beaulx. Juillet froit et sec sans chaleur jusques à demy moys. Le 22°^ jour de la Magdalene feust bouly en huyle Jehan Fornier, flls, de Caors, meneschal (2) tenant boutique, bien lougé à l'Ouspitalet (3) qu'on appelloit communément Jehan de Caors, accusé et convaincu d'estre faulx monoyeur, ei condampné sans avoir la question, toutesfoys par arrest du Parlement feust dict qu'avant exécuter sa santance seroit géhéné (4) pour savoir les complices, ce qui feust faict et en décela et descouvrit plusieurs. Au moys de juillet et aoust, Francoys premier do ce nom,roy de France, assembla quatre grandz camps de bàtaillie, un à la Franche Conté en Bourgognhie où estoit chef le duc d'Orléans son fllz, un autre à Bayoune, un autre à Thurin en garnizon d'Italie, chef M. d'Annebaut, l'autre et le pins grand à INarbonne, chef et viroy (5) M. de Montpezat, en Quercy, et y vint le roy, M. le Daufin, M. d'Orléans, dont issit grand mal aux pays de Picardie, de France et de Quercy, que feurent gastés par la descente des gens d'armes de cheval et de pied, par les grandes tirannies, larrecins, violances, batementz, pilheries et ransonnementz que fesoint sur le povre peuble. Feurent néangmoins imposées pour apporter à Bayoune sept cens
(1) St-Barnabé, 11 juin.
(2) Ouvrier artisan.
(3) L'Hospitalet, commune du canton de Castelnau-Montratier, arrondissement de Cahors.
(4) Mis à la question, à la torture.
i5) Voir la note de l'année 1536. Ici le seigneur de Montpezat était chef du camp et commandant des troupes.
sinquaute pippes de vin, cinq cent porceaux salés, sur le pays de Quercy, peu après sur la ville de Caors dix mille escuz sol. Le bled ne se vandoit pourtant que quinze soulz la carte, huict ou doutze deniers ; le cart liuyle dolifve deux soulz ; la livre huyle de noix seize deniers tournois ; la chair du mouton deux soulz le bœuf dix et huict deniers. En ce temps madame la Dauphine de France passa à Caors allant à Narbonne, à son entrée alla la procession de la grande esglize, en grande magnificence, la recueillir à la barre (1). En septembre le Roy, M. le Dauphin^M. d'Orléans fils de France puysné se treuvarent à Narbonne et levarent uu camp de quatre vingtz a cent mille hommes pour aller à Perpinhian. La gendarmerie francoyse n'ayant faict que vaguer et courir d'un coustô et d'autres, foulant le peuble tout l'esté, le roy d'Espaignie traistre et cauteleux voyant la paresse des francoys fortifia Salses (2) et Perpinhian à loysir et à sa comodité, tellement que le camp dressé en y ver ne fyrent rien, ainsy moururent plusieurs aux escarmouches avec le sieur de Biéule (3) et s'enretournarent au commencement d'octobre sans rien feres, les francoys mal équipés et en ordre à leur confusion et honte après avoir exigé de grandz empruntz par toutes les provinces mesmes au pays de Quercy^ la venue de M. d'Orléans feust agréable à ceux de Narbonne ayant conquis sur l'espaignol plusieurs villes en Picardie, Flandres, conté d'Artois, et liantes (4) de Bourgounhie,et delayssé partout de ses gens en garnison avec grand nombre dartilleries, mais luy absent, le prince d'Orange tenant le party espaignhiolavec ses gens reprindrent tout et tuarent les francoys de cruelle mort. Le 13 octobre de nuict fist tant d'esclajrs et tonnerres plus que n'avoit faict de toute l'année, laquellefeust néangmoins abondante en bledetfruictaiges, non en noix ni en vin. et enyeult assés combien qu'il y en avoit aussyde vieulz suffizamment : se vandant pour lors la carte du froment doutze soulz et demy,et douze deniers le cart du vin. Les francoys bien qu'ilz
(1) Faubourg de Cahors, qui porte encore ce nom.
(2) Salses, bourg et château très fort du département des Pyrénées- Orientales.
(3) Ancienne famille de la noblesse du Quercy.
(4) Liantes?
leussent dressé et rangé leur camp prest a bataillier ne donarent iamays assault ny bataillie à Perpinhian, mais soubdain à demy octobre s'en retoiirnarent sans rien fere avec honte et confusion et ignominie. Le roy bien marry s'en retourna à Tlioulouze, de là s'en alla par eau à l'àbaye de Belle perche (2) coucher une nuit, de la à Picocos (3) et s'en vint a Cunhac (4) en Angoulesme don estoit nay et issseu. Les gendarmes revindrent tant à pied que cheval mal en ordre, les ungz mouroint de faim et les autres s'entretuoint sans aulcun ordre, et grand nombre de chevaulz que y estoint allés pour conduyre la munition s'en retournarent trèsdeffaictz,contrainctz vandre leurs chevaulz à vil pris par les villes et chemins où ils passoint, de la survint certain bruict de trayson nescio quia varii varia dicunt sciemus autem postea. Au commencement de novambre passa a Caors le cardinal Sadoulety fils de Bouloignie, cardinal par sa science et sçavoir, homme maigre petit vieulz de sinquante ans, resceu avec procession et honneur de M. de Caors, Paul de Carret, du chapitre et estât temporel, estant ambassadeur pour le pape. Le roy en fit aporler de Caors, en payant, deux centz pippes de vin vieulz ou nouveau, le trolsiesme novambre, tauxé à dix livres la pippe boys et vin. Ce moys de novambre du commancement feust pluvieulz, les labourages parles rivières lesquelles nageoint d'eau feurent gasté et la semence des bledz fort retardée.
En ce tamps le roy estant en grande perplexité et crainte se doubta de l'ancien ennemy de France, qu'est Angleterre, considérant que le port de la Rouchelle avoit esté d'autres foys prompt à recepvoir les angloys envoya a la Rochelle (5) pour l'assurance dycelle M. de Jarnac frère de M. l'admirai de France, avec bonne compagnie, lequel recourent et ses gens ; mais peu après s'eslevarent par sédition et voularent à force les gens de la garnison francoyse et en tuarent plusieurs. Led, sieur de Jarnac^ lieutenant co-
(2) Belleperche, cette abbaye était située près de Castelsarrasin, cheflieu d'arrondissement de (Tarn-et-Garonne).
(3) Piquecos, communeade La Française, arrondissement de Montauban (Tarn-et-Garonne).
(4) Cognac, chef-lieu d'arrondissement de la Charente.
(5) La Rochelle chef-lieu du département de la Charente-Inférieure.
mis du roy en ce lieu, fort blessé avec certains de sa compagnie se saulva à la fortune. Les plaintes en vinrent au roy qu'estoit assés affligé à Narbonne, de l'accoustumée trahyson des espanholz. Parceque le camp comme est dict estoit levé, le roy en descendant de Toulouze et Coignhac passa prés de laRouchelle où ceulx de la ville et jurisdiction estoint par boues, lacz et autres lieux près du chemin du roy, genoulz en terre, testes nues, criantz haultes voix miséricorde, le roy passa n'en tenant compte, après firent procession par la ville toutz en chemise et criantz miséricorde à dieu et au roy. Traictantz certains grandz seigneurs feust faicte la paix entr'eux et le Roy moyennant soixante mille escus solz quilz donnarent pour l'offence faicte aud. seigneur, et a M, de Jarnac vingt mille escus sols,et tindrent dans la Rochelle aux despans de la ville cinquante hommes d'armes et cinq cens hommes de pied ou aventuriers jusques au premier d'apvril prochain, cest accord feust faict au commancement de décembre tamen dies ignoratur. Le camp levé de devant Perpinhian moureust le seigneur Jehan Paulo, vaillant et heureux cappitaine qui conduysoit dix mille ytaliens, fils au feu seigneur Rauso ayant esté féal et vaillant cappitaine pour la France, de la mort duquel sg' Paulo le roy sa court et toute la France feust marrie et contristée.Parla déffailliance d'ycelluy et de ce chef, les italiens firent grandz maulx en France reprouchant les estranges faictz à l'Italie par le sg' de Lautrec lors viroy (1) en Italie y pourtoint ceste dend de laict centre la France. En ce temps le roy manda, impouza sur ia séneschaussée de Quercy, pionniers garnis de tranche et pale chascun, (2) toutefoys ne feurent envoyés ains différés jusques à mars. Feurent imposés cinq deniers sur les gens d'esglize. En lad. anné 1542 et le 12 septembre madame la daufine passa a Caors pour aller à Narbonne (3).
Les iours précédentz le moys de janvier feurent doulz sans grand
(1) Commanda les troupes en Italie, voir la note de l'année 1536 et de cette année page 43.
(2) Aj-ant chacun une pioche et une pelle.
(3', Cette indication se trouve au bas de l'année 1541, nous avons cru bien faire de la rapporter à la fin de celle-ci.
roitjusques après les roys,que fit bien froit et néges et après clair et froit que dura tout ianvier et partie defébvrier.aultantbonquen'eus^ faict despuy Tan 1534. En ce moys de ianvier moureust le bon prince principal amy de France, vaillant et preux, le roy d'Escosse, qu'avoit eue pour famme madame Magdalene, filhie du roy de France, Francoys, gardant de son cousté la France des aggressions des angloys anciens ennemys d'ycelle, le décès duquel apporta grand deuil au roy et à toute la France. En ce moys le roy de Navarre feust faict gouverneur de Languedoc (1), ce que tenoit paravant le connestable M. de Monmourancy qui s'estoit retiré du service du roy et de la court pour quelque cinistre cas pour lors incogneu. Geste année coresme commença le 7 febvrier, mais parceque la gendarmerie de France avoit gasté le pays de Languedoc et terre basse où sont les olives, les espaigniols empoyssonarent grande quantité d'huyle d'olives et l'envoyarent en France par le voyturier de la trafique accoustumée en France, dont en sortit grand venin et escandale car plusieurs en mouroint soubdainement, de sorte que feust réputé pour peste ; mais tost après y eut de l'ordre n'en estant resceu par les villes qui ne feust essayé, se vandant la livre de l'huyle d'olive deux soulz six deniers, et la noyx aultant; la carte bled froment quinze soulz ; la pippe de vin huict neuf ou dix 1. le plus. Febvrier un peu froit,quant au reste ne fit pas son debvoir. Mars pluvieulxau commancement et les rivières s'enflarent, le 18 après midy se leva soubdenement le vent froit, et le 19° jour de rameaux fist nège gresle et grand froit, ce iour feust mis le chandelier de métal qu'est sur la porte du cuœur devers l'autel du moustier de Caors, que y donna M. Paul de Carret evesque susd. Apvril froit et humide et fist son debvoir. May froit du commancement, non qu'il fist mal, accompaignie d'un vant froict faysant tumber les fleurs aux ségles. Le premier iour dud. moys feu mon ayeul M- Jehan du Pouget licencié en droitz et advoucat en la sénéchaussée de Quercy à Caors. substitut du procureur du roy, feust esleu premier consul de Caors en 1543.
(1 Languedoc, ancienne province de France, bornée au Nord par le Quercy, le Rouergue, l'Auvergne, à l'Est pa^' le Dauphiné et la Provence, à l'Ouest par la Gascogne, au Sud par la Méditerranée et lo Roussillon.
Le unziesme dud. moys mourust messire Charles de Teys en latin de Thesio archidiacre de Tournoys (1) qu'avoit commencé fére la chapelle du cimetière des povres (2) feust ensepvely à la grande esglize cathédrale, dans la chapelle St-Gaubert. Pour lors se vandoit la carte du bled froment quinze soulz et moins, la pippe du vin bon, dix 1. tournois. Juing feust pluvieulz et mal tempéré. Juillet assés tempéré, le pénultiesme d'ycelluy moureust messire Gilibert de Massault, qu'avoit esté archidiacre maieur de Caors, et un moys ou deux avant son décès constitués mille fr. pour achapter de bled de rante pour nourrir les povres de l'hospital Sainct Jacques de Caors, duquel sont patrons les consuls d'ycelles, et lad. somme en deniers contantz, vivant led. Massault légatayre prest montsg» Mafre de Cardalhac de la mayson de Bieule, et en constitua la rante payable a Toutz saincts, cestoit M. de Bieule chanoyne et chancelier de Caors que je cogneu deux ou troys ans avant son décès, fort vieulx et ayant une longue barbe à l'ytaliene, blanche, homme de bien. Juillet, aoust et septembre bien modérés et feust bonne culliete de bledz et vins. Se vandoit la carte quinze soulz, la pippe vin six 1., abondance d'aglandaige dont succéda bonne salay- •son de pourceaux. En ces moys le roy avoit grande armée aux pays de Picardie et duché de Lucembour (3) qu'estoit selon la bref des estatz de lad. année que feurent tenus à Montauban, de doutze mille lansquenetz, dix huict mille legionéres françoys, deux mille chevaulzx légiers, seitze cens hemmes d'armes, doutze mille suysses, six mille italiens, et deux mille lansquenetz de crue. A Thurin en Pymont, avoit vingt deux mille hommes de pied, mille chevaulz légiers ; à Narbonne et pays de Languedoc avoit sinq mille hommes, de pied, oultre les garnisons de gens de cheval ; à Bayonne estoit
(1) Archidiacre de Tornès, nom donné à cette époque a un archidiaore qui occupait la seconde dignité ecclésiastique à la Cathédrale de Cahors.
(2) Le cimetière des pauvres se trouvait autrefois près le magasin actuel des tabacs, et sur une partie du terrain occupé par les Allées Fénelon.
(3) Le duché de Luxembourg formait une des 17 provinces dee Pays- Bas.
M. de Burie avec bonne compaignie ; au Mont de Marsan (1) estoit le roy de Navarre et M. le grand escuyer Gualiot sg' d'Assier, (2) et toute la guyenne playne de gens de cheval. Le traistre roy d'Espaignie, et empereur, ne vouloit iamays donner bataillie usant de ses faicts accoustumés trouva moyen retirer le duc de Clèves et le tint après prisonnier, qui avoit espousé la fllhie unique du roy de Navarre nyèce du roj de France ex sorore. Du nombre des villes que le roy print à Lucembourc feust Landressy (3) de grande forteresse, que le roy fist fortifier au commancement de novambre pour y apporter vivre, y eut grand murtre de gens. Après St-Martin fist froit et nége qui dura neuf iours ou plus. Décembre pluvieulx, le 22 dycelluy, iour de sapmedy, avant nouel, feust prononcé par arrest de parlement de Thoulouze suyvant le vouloir du roy qu'avoit apporté M, Masengua premier président, qu'il n'y eust aulcun sans exception de personne qu'eust à porter accoustrement au parement d'or en façon quelconque, fors qu'il estoit permis aux femmes d'apporter un anneau seulement d'or, n'estant permis aux gentilshommes, gens d'esglize, gens de court, n'y autres ormis a messieurs le dauphin et le duc son frère M. d'Orléans. A Romme en ces temps pleust incessement par l'espace de troys semaines nuict et iour, de quoy le pape et toute la cité esbaye fit fére procession luy premier et lesautres consécutivement, jambes et piedz nudz, et donna général pardon a toutz ceulx qui jeusneroint troys iours et feroint leur pasque.
Janvier doulx amyable sans froit excessif, en ce temps le roy assembla les princes et cappitaynes de France pour communiquer des affaypes secretz et faictz de guerres. Aud. moys moureustaCusor (4)
(1) Mont-de-Marsan, chef-lieu du département des Landes.
(2) Galiot de Genouillac, seigneur d'Assier. Il fit bâtir un superbe château dans ce lieu qui est une commune du canton de Livernon, département du Lot.
(3) Landrécies, petite mais très forte ville, chef-lieu de canton du département du Nord, elle fut cédée à la France par le traité des Pyrénées.
(4) Cuzorn, commune de Fumel, arrondissement de Villeneuve-sur- Lot (Lot-et-Garonne).
le fils ayné dus'" Guy baronet sg^ du lieu de Luzech etdeTliydirac(l) enQuercy. Le 24 dud. moys entre neuf et dix heures de matin y eust esclipse de soleil prédit par avant par les pronostiqueurs, lequel feust tant esclipse et obscur qu'on ne voyoit presque rien sur l'heure où le soleil est en sa plus grande vigueur et force, mais ne dura guère ycelle obscurité Le 4 febvrier qu'estoit lundy l'air devint plus obscur et noir^ flst tonnerres et esclair sur les quatre heure après midy avec peu de pluye, dont un chascun feust plus esbaye que de l'esclipse susd. Mars pluvieulx et humide. Geste année feust appelé l'année des nébueillies parceque feurent veus beaucoup de monstres et signes. Le lundy sainct, à Thoulouze en nasquit un ayant deux testes utriusque membrum vivi et mulieris, quatre jambes, quatre bras en un corps, c'estoit le 7 d'apvril, et ce moys feust mal dispouzé à cause des vantz, pluyes, qu'arrachoint les vignies fossoyées comme très bien l'expérimenta la vignie de Flottes {2} et plusieurs autres regardant vers le vent aquilon, ensemble les arbres et fleurs, les ségles et vitz (3, et dura presque tout led. moys lad. indisposition des vanfz et pluyes dont causa grandz maulx. Le lundy de Pasque, 14 dud. moys, le marquis de Guast, espanhol et lieutenant pour l'empereur en Italye, plus faux et cauteleux que son maystre, avec dix huict mille hommes de pied et mille chevaulx et M. d'Angien puyné de la mayson de Vandomme, qu'estoit a Thurin et autres plasses d'Italie pour le roy qui n'avoit qu'unze mille hommes de pied et mille à cheval feust a un lieu appelle Sérinhol (4) où à l'aide et vouloir de Dieu les espaigniols feurent déffaictz ou prisonniers, ormis le faux marquis de Guast qui se sauva à la fuite. Entre autres prisonniers estoit don Louys de Cardonne.
En ce moys par les tromperies et faulsetés de M. Bernard Labarte natif de Saint Marty de Vers, et juge mage de Quercy, feust dict que la court du sénéchal prendroit cognoysence de la ville de
(1) Thédirac, commune du canton de Salviac^ arrondissement de Gourdon 'Lot).
(2) Flottes, village commune de Pradines, canton de Cahors. (31 Sarment, pousse de la vigne.
(4) Sérino, ville du royaume d'Italie.
Caors par contours et prévention avec les viguiers et consuls ausquelz appartient la jurisdiction pour le pariaige, ce qui feust par le roy ou son conseil empèsché par supplication et y pend le proucès. Le maulvais temps de pluye gresle et vantz dura en may aussy presque chascun iour. Juing, juillet^ aoust tempérés, y eult Dieu grâces, aultant bonne cuilietes qu'es années précédentes. En ces moys le roy d'Espaignie s'estudia en ses trahysons accoustumées et revoulta à luy le compte Guillaume cappitaine des lansquenets, ayant servy le roy de France par l'espace de vingt ans ou davantaige en bonne réputation, lequel avoit cependant retiré grand thrésor de France, à la conduite duquel led. empereur vint en France au pays de Champaignie (1) où print deux grandes villes fortes Linin (2 par la trahyson du comte Roussin sg' dud. lieu lequel le roy avoit nourri dés sa jeusnesse à la court et luy avoit baillés vivres et secours^ l'autre estoit St Disier (3), ville forte et bien garnie mais ne feust en rien secoureue, dans laquelle estoit le comte St Serre qui se porta en grand contre et vencheur. Après led, empereur approcha son camp vers Paris, mais le roy redressa un grand camp beau, bien forny, qu'alla dresser près celuy de l'empereur pour l'atandre, où estoit M. le Dauphin plus avancé que les autres en un certain village, dequoy adverty le thraystre comte Guillaume Lasgnel lutérien pensa à prendre de nuict par trahyson M. le Dauphin, prenent le 2 octobre du camp de l'empereur treize ou 14 mille hommes vint de nuict droitz où estoit M. le Dauphin pour exécuter sa machinée trahyson, mais lendemain 3 dud. moys, feust pris et niesnè à Paris à la bastilhie et la plupart de ses gens tués. Incontinent l'empereur entra en accord de paix que feust accordée le 6 dud. moys ayant aussy led empereur de son cousté déffaiilance de vivres, et estoit atteint et affligé en son camp d'une dysanterie. Après lad. paix publiée on fît procession et feu de joye à Caors, du mandement duroy,le 18* dud. moys d'octobre, mais no-
(1) Champagne ancienne province de France bornée au Nord parle Hainaut et le Luxembourg, à l'Est par la Lorraine et la Franche-Conté, au Sud par la Bourgogne, à l'Ouest par rile-de-France et le Soissonnais.
(2) Probablement Lirey (Aube).
(3) St-Dizier, chef- lieu de canton du département de la Haute-Marne.
nobstant tout cella le peuble ne se pouvoit accoustumer a vivre en paix ains plutôt à trahj'Son moresolito. Bien tost après la paix criée le bled qui ne se vandoit que 14 doubles la carte, dans troys iours se vandit vingt soulz, parceque durant la guerre n'avoit eu de traite foréne, au moyen de quoy on présumoit l'empereur avoir pourchassé la paix pour recouvrer de vivres et soy soulager, Le 14 dud. moys d'octobre M. de Lisle, mestre Ramond de Doumerc, natif de Biscaye \\) qu'avoit esté serviteur de M. de Caors, Paul de Carret, feust mis en possession de la chantrerie de Caors (2) par arrest du grand conseil par un conseilhier d'ycelluy, qu'avoit longtemps playdée contre les Alemandis et de Thesio. Novambre aussy pluvieulx comme octobre, qu'empescha les semiances. Environ demy moys moureust à Béziers ;3) M. de Montpezat mareschal de France, gouverneur au pays de Narbonne, fort regreté en pays de Quercy parce que le pays â son appuy estoit favori du roy. Au pays de Languedoc en estoient joyeux de son décès la rayson pourquoy on ne sçait. Feust aporté à Montpezat avec grande gloyre et magnificence et là ensepvely. Décembre un peu froit du commencemen et non après.
Janvier continuât la bénignité de décembre, ne feust froit mais un peu pluvieulx, dont le monde sesbayssoit parceque longtamps auparavant n'avoint eue pluyes. Fit grandz tonnerres en ce moys et esclairs comme en esté et tousiours pluyemesmele iour et nuict St-Sébastien (4), dont lolt senfla à merveilhies. En ce temps à Gordon, avoit un régent parisien qui avoit soubz sa charge cent ou six vingtz escouliers de bonnes maysons, mais un soir estantz au lict la mayson senfonsa et tua toutz, que feust un cas pitoyable. Le mardy 27« dud. moys feust bruslé à Valendres (5) à feu de fagot,
(1) Biscaye, province maritime d'Espagne.
(2) La Chantrerie, est l'ancien bâtiment situé dans la rue de ce nom dans lequel se tiennent actuellement des réunions et des bals publics.
(3) Béziers, chef-lieu d'arrondissement du département de l'Hérault.
(4) Le 20 janvier.
(5) Quartier avoisinant le pont de Valentré; le superbe pont du xiv siècle, qui est un des plus beaux ornements de la ville de Cahors.
Pierre Cassan, faux monoyeur, fils à feu Rigal qu'avoit esté bouly en huyle au trépadou par avant; mais led. Pierre estant pour lors clerc tonsuré, jeune garson, feust remis à l'official pour la tonsure, et après eschallé (1) par la court dudit officiai. Febvrier pluvieulx sans froit. Mars pluvieulx, et bien que de ce temps tant d'Auvernliie, Picardie, Champagnie et d'autres lieux ayant eu deffaliance detoutz vivres, tant petitz que grandz vinssent à Caors où y avoit de provisions suffizamment despuys sinq ou six ans au moyen des marchants arratiers (2) des bénéfices, et jacoit que par eau, d'Entraygues (3) en eussent apporté de Caors grande quantité de bled, ne se vandit pour pasques que 24 ou 25 soulz la carte. Sy en avoint apporté ceux d'Entraygues pour la nourriture du pays d'Auvernliie despuis nouel jusques à pasques, de Caors par le port du pont neuf, plus de 40 mille cartes, les bladiers et portiers (4; raportants En caresme se vandoint les harangz tant blancz que noirs huict deniers piesse, merlus deux soulz, merlusse seitze deniers, huyle d'olive deux soulz six deniers, vin bon marché. Le 21' mars moureust M-" Géraud de Pâlot, procureur du roy à Gordon, fils à M"" Pierre de Pâlot procureur du roy en Quercy, eagé de vingt ans, sçavant et morigéré (5), regretté de toutz. Apvril tempéré. Pour lors se leva une secte de gens nommés lutériens, à une ville appellée Cabriéres (6), du cartié d'Avignon (7) et sinq petites lieues de là, où dressarent grande armée contre les catholiques, contre lesquels marcha le présidant d'Ays (8) nommé M^ de Fontz, fils, de Gramat en Quercy, avec grand puyssance, accompaigné des gens et
(1) Mis au pilori.
(2) Avides de bénéfices.
(3) Entraygues, chef-lieu de canton, arrondissement d'Espalion (Aveyron).
(4) Bladiers, marchands de blés. Portiers, les porteurs, les voituriers qui en portaient.
(5) Bien élevé, bien éduqué.
(6) Village du département de Vaucluse arrondissement d'Avignon.
(7) Avignon, ancienne ville autrefois capitale du comtat de ce nom. Les papes, depuis Clément V jusqu'à Grégoire XI, y firent leur résidence pendant 68 ans.
(8) Aix, ancienne capitale de la Provence, chef-lieu d'arrondissement (Bouche-du-Rhône).
d'artilherie d'Avignion, auxquelz soubdaiiiement le roy envoya pour leur donner secours le cappitaine Poulin, avec de gros canons et d'artliilerie moyenne, mais les kilériens se mirent en deffance dans Cabrières et faulsit canouner la ville et les avoir par assault à la bresclie des canons eux faysantz résistance, et plusieurs aultres lieux et villages que furent toutz comme led. Cabrières mis a sac, tués tant homme que fammes de six ans en sus. May, juing, secs et sans pluye. Le lundy avant la veilhie St-Jehan Baptiste, à Thou louze, devant la grande observance, feust refaict et refondu le grand horologe du palays. Anno présente députté commissayre par la court M"" Roberty conseilhie. Juilliet sec, chault, admenat grande tempeste en divers lieux plus que onques on eut veu de memoyre d'homme. En ceste saison le quintal foin se vendoit six soulz et quatre la paillie, l'advoyne dix carolus la carte, huyle de noix deux carolus la livre et deux soulz l'olive, la carte froment 30 ou 33 soulz tournois. A Thoulouse moureust lors et y est ensepvely M»- Jehan Picamil, notaire et premier consul (1) du pont vieulx. En lad. année, le 27 juillet, moureust noble Pierre de Maffre sg'" de Camburat ^2), lieutenant lay (3) du sénéchal de Quercy. Aoustsecet chault. En ced. moys moureust M. Jehan Rathéry licencié ez droitz et conseilier au siège du sénéchal à Caors; sçavant homme et de bon jugement, consentieux. Septambre plus sec et chaultz, stérille de vins et d'herbaiges, dont feust mortalité de bestail gros et menu^ Le 12 dud. moys, de nuict, quelques lutériens brizarent l'image X""* Dame estant sur la porte haulte des chartreux (4), en la grand rue, dont le lendemain 13% les chartreux et toute la ville en feurent escandalizés. Le 15 feust faicte procession générale où estoint toutz les couventz et esglizes, gens de justice, menu peuble et autres, marchantz toutz par ordre, partant de la grande esglize jusques aux chartreux où estant arrivez, les chartreux vindrent au devant portant solennellement une belle ymage de nostre Dame, que feust
(1) Consul de Cahors pour le quartier du Pont- Vieux.
(2) Camburat, commune de canton de Figeac.
(3) Lieutenant chargé de faire observer les lois et coutumes.
(4) Statue placée sur une des portes du couvent des chartreux. Les restes de ce couvent existent encore dans le quartier de Cahors appelé de la Chartreuse.
remize dévotement au lieu dont lad. avoit esté cassée. Le 15 dud. moj^s à la plasse de la Conque (1) dans Caors, feurent découlés ,2) Jehan Coulon dit Lou Grand, Jehan de Cusor, cappitaine de gens de pied, et son frère Arnaud, gens braves^, gailhardz et de grande réputation, pour lesquels délivrer avoit escript M"" le Dauphin et plusieurs grandz gentilshommes, qu'en fesoint lapoursuyte (3) à cause des pilheries oppressions et ravaiges qu'avoint faitz sur les champs, lesquels après avoir leur testes tranchées feurent mis en quartiers. Pour lors le roy dressa une armée à Bouloignie (4) et en Picardie contre les angioys, chef d'ycelle N^.d'Orléans, fîlz du roi, accompaigné d'autres princes et cappitaine de France, maisled. sg'' d'Orléans y moureust de peste qu'estoit fort eschauffée en ce pays et à Paris; après la mort duquel et de beaucoup d'autres cappitaines mortz, le duc de Clèves, qu'avoit épousé une fllhie du roy de Navarre, avec grande armée donna sur le camp de France, dont moureurent plusieurs en ceste déffaicte, des vaillantz cappitaines de France. En ce moys estoit grande mortalité de gens à Caors sans peste, dont moureurent M. Jehan Picamil secrétère de l'Université et Consul lad. année, Géraud Pezet, marchant, M. Jacques Debrunc, licencié, assesseur de la ville, au lieu duquel feust mis un asne basté pour gouverner la République, et plusieurs autres que moureurent de dissenterie estant pour lors en ce pays. Ceste année feust appelée l'année sèche et stérille de toutz grains, fruiclz et vivres. Octobre un peu pluvieulx, mais à cause des véhémentes chaleurs précédentes faulsit geter par terre les riberins (5) séstant gastés et corrompus, et enfin les vins se troublarent ne se pouvant conserver, et se vandoit le cart du vin vieulx deux soubz, le nouveau deux carolus, la pippe sans boys 13 ou 14 1. Le 21 dud. moys mourust M. Ama-
(1) La place actuelle du marché était séparée en deux parties par une bâtisse, la partie basse, celle du coté de la halle actuelle s'appelait place de la Conque.
(2) Découlés (de décoller couper le coup).
(3) On les poursuivait, on leur faisait leur procès à Jean Coulon, Jean de Cuzorn et son frère à cause etc.
(4j Sous-préfecture du département de Pas-de-Calais. (5) Du mot patois ribayren, espèce de raisin, qu'on appelait aussi, ribayrenc, riveiren, verdal, verdau, piran, espiran.
nion de Salis licencié, mon bon amy et compagnon, (je parle de feu mon ayeul) qu'est ensepvely au couvent des cordeliers (1). La carte froment se vandoit 44 ou 45 s., la misture a l'équipolent, l'advoyne dix soulz. Novambre clair, sec et beau. Le camp que le roi avoit à Bouloignic et Picardie se leva avec grande confusion. Décembre clair du commansement, le 9 fist nège et froit dont on j)résaigea estre bon signe, mais à cause des ravaiges pilleries"-îet tant de taillies, empruntz, qu'avoit apporté les guerres précédentes y avoit famine pour les povres, lesquels estoint en grand nombres et ne treuvoint argent à emprunter et n'y avoit ordre pour les nourrir et entretenir.
Janvier froit et pluvieulx, le 25 dycelluy moureust mestre .Tehan de Carboneau trésorier de M. de Caors, chanoyne et recteur de Rassielz (2), grand aumousnier et amateur des povres, ensepvely dans le moustier. A ses funéraillies se treuvarent troys mille et quatre centz ei certains autres povres, donnant à ung chascung un double, se trouva avoir esté donné 24 1. lamays à Caors n'avoit eu sy grande multitude de povres causant ce malheur de la cherté veneue à faulte d'ordre à la vente des bledz. Febvrier feust compétant. Mars du commansement sec.
(Il y a en marge).
Geste année feurent pendus deux jusnes garsons n'ayant guière de poil au menton, accusés destre larrons de par, l'un desquelz feust pendu devant la mayson de Sagenetà la plassede Gailhard (3) l'autre devant le puy S. Laurans (4i, menés du soir a une grande plasse près le trépadou au chemin sainct Jullien.
(1) Le couvent des Cordeliers était situé autrefois, sur une partie de l'emplacement occupé par Le lycée de Cahors.
(2) Curé de Trespoux-Rassiels, commune du canton de Cahors sud.
(3) Place qui est située du cJté droit du faubourg de La Barre, en montant, avant d'arriver au bureau d'octroi, elle domine le Lot et la plaine de Cabessut.
(4) Un puits qui se trouve sur la place St-Laurent, petite place au commencement de la rue Nationale, en face de l'ancien pont romain actuellement démoli, et à l'entrée duquel on a placé une croix en fer élevée sur un socle en pierre.
En ce temps moureust le prince d'Anguien de la mayson de Vendosme, ju?ne et vaillant, que feust part, estant à la court, essayant un assault faict à playsir, on luy jeta un coflre sur la tBste^ duquel coup moureust au bout de trois iours. Le bled se vandoit cinquante soulz la carte, le vin vingt deniers le cart. Le dernier dud. moys moureust M. Jehan Barthe, hebdomadier, de l'esglize cathédrale de Caors.trère du juge mage de Caors, fllz de St-Martin de Vers. Apvril modéré et le bled sur la fin ne se vendoit que 35 s. la carte. May maulvais car le 2, iour de dimanche tempesta sur bledz et vignies, dont les bledz et vins changearent de pris. Le roi de Navarre pour lors se disant gouverneur de Guienne, par despit de ce qu'on ne lui avoit faict présent de vin en ceste année comme aux précédentes, mist en Quercy la garnison de M. de la Fayette, taxant le quintal de foin qui se vendoit sept, six deniers, 14 deniers ; la carte de l'advoyne seitze deniers, que se vandoit quinze soûls parce que les povres la mesloint aux mistures ; tout le mal venoit de M. Bernard de Labarthe, juge mage de Quercy et conseilhier dud. roy de Navarre, suyvant le commun dire du peuple, qui iamais ne travailhia qu'à extorquer le pays, apert par les registres des Estatz despuis 1534 et par avant. En ce moys moureust M. Anthoyne de Gountau chanoyne de l'esglize cathédrale de caors appelé le prothonostere de Cabrayretz ci) fils de lad. mayson, bonne person ne dévot, bien dizant en prebtre, plainct de toutz, n'estant que troys frayres, le s"" Ramond qu'estoit lors à Thoulouse prisonnier aux Haultmurat, auquel faysoit procès extraordinaire pour un libel fameux qu'il avoit baillé au nom de safamme Agned'Auriole, dame héritière de la mayson d'Auriole (2), contre la famme de M. le conseilhier Sanhier, de rayson de l'hérédité de messire Jehan d'Auriole, abbé de la Garde qui scriptis jmtentibus avoit institué héritier universel un fils dud. Sanhier, et pour annuller le testament dud. abé reprocha à la famme dud. Sanhier quœ scortum erat ipsius d'Auriole ex quo Jllius ejus institui non poterat. L'autre frère éloit Robert prieur de S*^-Livrade ,3), qu'avoit forgé tout ceste affère,
(1) Ancienne famille noble du Quercy, dont le château se trouve à Cabreretz commune du canton de Lauzès arrondissement de Cahors.
(2) Ancienne famille noble du Quercy.
(3) Sainte-Livrade, chef-lieu de canton, arrondissement de Villeneuvesur- Lot (Lot-et-Garonne).
par sa malice et pour ce estoit arresté par la ville de Thouloiize. Le troysiesme frère estant led. chanoyne qui moureust à la chantrerie de Caors, hors la ville, dans laquelle faysoit pour lors sa résidance. Juing beau, le iour St- Jehan-Baptiste, estant un jeudy, tomba la feste du corps de Jésus Christ dont y eust un grand jubilé et pardon à Roquemadore (1) en lad. année, lequel pardon est tousiours aud. lieu quand ces deux festes sont en un njesme jour qui n'advient que de cent cinq ans en cent cinq ans, n'en ont pourtant aulcung escript, et parce sy treuvarent la veilhie et le iour plus de vingt mille personnes, y eust grande tyrannye des povres pèlerins, meurtre de gens et povre ordre (2), ils avoint mise l'image sur un échaffault à la grande'rue contre la mayson de Charrete, près l'arc dycelle que traverse lad. rue, les passantz la voyoint facilement.
Passés lesd. jours l'argent de six grandz coffres de trônez que y avoit entre eux feust pylhié. En ce temps couroit une maladie commune en forme de fièvre continue qu'on nommoit mate, dont ceulz qu'avoint led. mal venoint foulz, révoint, et en mouroint plusieurs et l'appeloint aussj trossegaland. Ce moys feust fort chault Juillet chault, grande mortalité, en ce moys moureust noble Anthoine de Maffre, archidiacre maieur de Caors. Sans renoncer moureust aussy dans led. moys Francoys Neulaty, greffier des consuls, âgé de 32 ans, layssa son père vieulz de cent ans qui lui avait baillé l'office du greffe. Le iour s'Agne (3) dud. moys, fîst grande innondation d'eaue que fist grand dommaige à Flotes et autres lieux. Aoust beau et sec. Le tiers septambre grande gresle que gasta le Quercy joigniant Périgord et Limousin. La carte du bled se vandoit vingt deux soulz, la pippe vin six 1. ; tout le reste dud. moys beau. Octobre, du commencement beau, belle sayson pour semer ; continuant
(1^ Rocamadour, commune du canton tle Gramat, Lot, où se trouve une chapelle formée de plusieurs édifices situés sur la partie la plus élevée du bourg Lieu célèbre par les nombreux pèlerinages qui s'y rendent depuis les siècles les plus reculés, pour prier et implorer l'assista ice de Noire Dame de Rocamadour. La plus ancienne de ces chapelles aurait été bâtie, disent certains eciivains par Zacliée, plus connu sous lî nom de Saint -Amadour, serviteur de la Vierge Marie.
(2) Peu d'ordre.
(3) Sainte- Anne — 2G juillet.
la mortalité dud. mal appelé trosse galand. Un iour de vendredy, quinzièsme, moureiist à Assier (1) NP Jacques de Ginoiilhiac, grand escuyer de France, chevalier de l'ordre, cappitaine général de l'artilherie, gouverneur de Languedoc et sénéchal de Quercy, ayant servis quatre roys en France, de l'eage de cent neuf ans ou environ. Novambre du commencement beau, le 20^ moureust maître Géraud Neulaty père dud. Francoys, eagé de cent ans, greffier des consuls de Caors longtemps, succéda aud. greffe M« Anthoyne de Bugis, natif de Cazal. (2) Décembre beau froit du commencement.
En marge :
En lad. année chascun fîst paver devant sa mayson la rue de Caors à ses despantz contrainctz de ;ce fare par les consulz de la ville, autrement exécuté comme pour tailhie du roy.
En lad. année estoit lettre dominical B. Janvier beau, clair, un peu froit, sans nège. Febvrier, au commencement, froit plus que toute l'année. Le unzièsme feust ensepvely Pierre Malhe, licentiéez droictz, advoucat, sçavant praticien, lieutenant particulier de Caors, eagé de quatre vingtz treize ans, comme il dict par son testament. Lendemain doutzièsme feust enterré à la Daurade, Marguerite Darisieu, vesve à feu Marc de Paria, bachilier ez droictz advoucat ancien de Caors. Mars fist assés son debvoir, sur la fin duquel moureust Simon Bétaud, marchand riche, natif de Gordon (3) habi-
(1) Assier. — commune, canton de Livernon, arrondissement de Figeac, où existe encore les restes d'un magnifique château (monument historique) qu'aurait fait bâtir vers le commencement du xvi^ siècle, Jacques Galiot de-Genouillac, Grand -Maître de l'artillerie sous François I", et seigneur d'Assier. — L'Eglise d'Assier (également monument historique) date â peu près de la même époque, et est encore parfaitement conservée ; dans l'intérieur se trouve le beau tombeau de Galiotde Genouillac, et à l'extérienr elle est ornée de bas reliefs très soignés, représentant des combats et des trophées d'armes.
Nous ferons remarquer que nos chroniqueurs font mourir Galiot à un âge bien avancé.
(2) Cazals — chef-lieu de canton, arrondissement de Cahors. Gazais est la patrie du poète Hugue Sabel ; et de l'historien Guion de Maleville.
(3) Gourdon, chef-lieu d'arrondissement du département du Lot.