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tant de Caors. La carte froment estoit à vingtz soulz, le vin doutze deniers le cart. Le caresme stérile de pesche, l'uyle d'olive deux soulz, et aultant celluy de noix. Le boys de Puydode abondant en boys, feust desfaict par les arrantiers du sg' vicomte de Gordon, pour payer l'arrantement dud. boys appartenant aud. de Gordon, occasion de quoy le cart du boys ne se vandoit que dix 1. à Caors. Le dernier Mars à Ramboulhel les Paris (1), moureust le roy Françoys. Apvril beau, frays, accompaignié dune petite pluye du commancement. Le 13* moureurent Messire Jehan Arnaldy prebtre et M. Guilhaume Blan couturié, hoste de mon ayeul en temps d'estude, gens de bien de leur estât. La carte froment estoit à dix huict soulz, le cart vin 12 deniers. Le 22*, jour de vendredy feust tué Jhérome Fénoil, serviteur et trésorier dès longtemps de Paul de Carret, evesque de Caors, sur la porte de pont neuf, de soir, venant de la bat, d'un coup de trait que luy vint par derrière et sortoit devant par le vautre, à cause que led. sg"" luy avoit donné le bénéfice de Valentanie, lequel après certain temps le bailla à M. de Brassac, mais led. Jhéromme ne le voulsit quiter ains playda duquel eust la recréance pararrest. May sec pour les foins, légumages advoynes et baillarges et vignies,de sorte qu'on ne pouvoit foutger (2) ny labourer. Par la mort du roy vint grand maleur au peuple touchant les liardz de Navarre marqués d'un (H) avec deux barres. Lors le roy de France nouveau venu à la couronne s'appeloyt aussy Henry comme le roy de Navarre. Le 20 feust faict l'enterrement et funeraillies dud. roy Françoys. Juing, juillet, aoust,sanspluyesjusques à demy moys d'aoust,dont à cause de la grande sécheresse qu'avoit tout séché, la carte bled se vandoit 20 solz, le cart vin un soulz, la livre de l'huyle d'olive et de noix deux solz. Le jeudy unziesme. de soir, entre huict et neuf heures, Guilhaume Panelot marchand de Caors, feust tué s'alant coucher dans sa mayson dun trait per ditoyrement. Le sapmedy 13 moureust Bertrand Boniour, en laquelle mayson ne demeura enfant masle ; led. sapmedy, de soir, moureust M. Jehan Roquet, grefier civil en la court du sénéchal à
(1) Rambouillet, bourg du département de Seine-et Oise.
(2) Foutger du patois /oacAa qui veut dire fouir, piocher, travailler la terre avec une pioche, une houe.
Caors, feust enterré le dimanche, qii'avoit adopté led. office du roy, quatre ou sinq ans au paravant, après le décès duquel réduit au domayne du roy feust arranté a la chandelle (1) au plus offrant. Aud. temps, le roy Henry, fils dud. Francoys, bailla a Madame Léonor reyne delayssée dud. Francoys, le dommayne de Quercy. Pour rachapter ce qu'avoit esté vandu du domayne, vint à Caors le 13 octobre. M. Disy (effacé), chancelier de lad. dame, par avant conseiller au parlement de Paris, avec grand thrésor, du quel recovra led. dommayne vandu, randant à un chascun l'argent des achaptz ; toutz officiers feurent continués fors exhibition de leurs offices baillés, doubles de letres, ou vidimus. Le lendemain de nouel jour de Saint-Estienne 26 décembre, du soir , moureust M. Jehan Canelle, prebtre préaendier, curé de Brouelles (2) et de Castenade (3), riche, aymant les povres, feust ensepvely au moustier. Feurent consulz de Caors en lan 1547, Roldès, Barrieti, Lougraffes, Bourres, M. Frances Picamil, Cabrit, Corbezic, Duran^ Fornier, Estienne Bonet. En lad. année 1547 feust mis a quartiers au pont de Valendres, Ribot, sa teste mize à l'entrée du pont vieulz suivant le jugement du juge mage Labarthe.
Janvier beau, sec, froit, sans pluye ny nég.e, le sapmedy 17 dud. moys feust à Thoulouze tenaillée (effacé récemment) famme dud. feu Guilhaumé Panelot marchand de Caors, homme de bonne qualité, jeune de 35 a 40 ans qu'elle avait foict tuer dans sa mayson le unziesme aoust comme est dict dessus par son pailhard Richaudy, prieur et collégiat du collège de Roudés (4) dud. Caors qu'elle tenoit dans la mayson de sond. maryjour et nuict caché en pailhardant incessement, lequel elle y nourrist troys ou quatre iours après avoir tué sond. mary. Elle estoit de corpulance fort petite,
(1) Vendu aux enchères qui duraient tant que brûlait une chandelle d'une certaine longueur.
(2) Brouelles, hameau, commune de Maxou, canton de Catus arrondissement de Cahors.
•;3) Castanede, hameau, commune de Montalza, canton de Montpezat arrondissement de Montauban.
(4) L'uu des 3 qui existaient alors à Cahors.
grcsle. faisant de l'hipocrite par les rues. Après avoir esté tenaillée par la ville de Tlioulouze feust décapitée à la place Saint-George ei la teste portée à Caors et mize au bout de la tour du milieu du pont vieulx du costé de nostre Dame {l\ et la teste de sa maquerelle feust mize de l'autre cousté de la tour visant la ville, après avoir esté tenailhée aud. Caors la teste luy feust copée et mize comme dict et son corps à la Beyne) (2). Les cliamt3rière présantes au faict luy assistarent. Une vieille chamlDrière mariée portant à manger a Richaudy caché en la mayson luy apporta la borce du mort Panelot pleine d'escuz que luy envoyoit la ribaude meschante sad. femme, feust condampnée a semblable peine exécutée a Caors le mercredy 18 dud. moys en la place de la Conque (3). En ce mesme moys feust à Thoulouze, bruslée la femme de Forestiry, conseilhier au sénéchal qu'avoit empoysonné sond. mary ; une autre de Montauban qu'avoit vouleu tuer son mary au lict, la nuict, avec un couteau, feust mize à cartier propter solum affectum licet e^^ectus non fuisset subsecutus.Febvner jusques âlo. fin beau, maisaprés se rendit pluvieulx comme fit mars du commancement en abondance, avec vaut, en ce moys lolt feust fort enflé et entra par le fossé jusques à la porte neufve (4) et par la rivière du pal (5). La carte du bled se vandoit vingt soulz, le cart vin huict deniers, la pesche de caresme pourrie et gastée en lad. année ne valoit rien. Le peuble estoit grandement chargé des taillies ordinères, d'une, crue haulte d'empruntz généralz, d'empruntz sur les villes closes, des garnisons, des gendarmes, les gens d'égiizesde quatre décimes, n'estantz bledz ny
(1) Du côté de l'église qui était au bout du pont du côté de la montagne.
i2) Lieu où l'on ensevelissait le corps des suppliciés, il était situé près du faubourg Si- Georges.
(3) A cette époque, la place actuelle était divisée en deux par des bâtiments, et formait deux places, celle du sud, du coté de la halle s'appelait place de la Conque.
(4i Cette ancienne porte existe encore en grande partie, elle se trouve boulevard Gambetta, entre les numéros 101 et 103, au bout de la petite rue qui sépare l'ancien café Pécoul et la maison Henras.
.5) La rivière du pal est le nom de la plaine qui est située entre le pont Valentré et les restes des fortifi'rations, c'est dans cette plaine qu'ont été construits le chemin de fer, les gares des voyageurs et des marchandises, l'usine à gaz etc.
vins à grand pris, l'argent sortant aussy du pays causa maulvays temps pour le povre monde n'ayant argent ny n'en treuvant à emprunter qu'à l'uzure, par la grande meschanceté et tromperie questoit entre les créanciers et débiteurs. En la fin de mars la court et parlement permit a (effacé récemment] père de la susd. (effacé) (1) qu'avoit son corps a la salade de Thoulouze et la teste a Caors sur la pile du mylieu du pont vieulx de le fère mettre en terre sainte, lequel feust ensepvely à la petite observance et la teste aux cordeliers de Caors cum pompa funebri. Apvril, may, juing, julliet, secz, sans pluye, que causa rarité de toutz vivres. Du commancement juing tempesta grand pays les Caors comme Luzecli, ('2) le Bas, (3), Calhac, (4) Espère, ^5), Calamane, (6), et autres par dessus. Le 18 julliet moureust Francoys le Franc, licencié ez droitz, advoucat, homme de bien, sans reproche. Du commancement de juing le roy persuadé du roy de Navarre son honcle ayant imposée quelque gabelle sur le sel, toutes les villes participantes des salins se rebellarent contre lad. imposition et commisseres d'ycelle et firent un coulonnel qu'on nommait le coulonnel (7) des marenaux (8), et se flst grande assemblée de gens toutz armés et en tel équipage entrarent dans Bourdeaux par force faysant armer aussy toute sorte de gens de quelque estât que feussent, et pour ce fère contraignirent par coups et vioiance. M. le présidant delà Cassanhie. Le semblable firent en plusieurs autres villes et chasteaux circunvoysins, mais M. de Monnenz, lieutenant du roy de Navarre ala à Bourdeaux leur remonstrer des salins, lequel tuarent et layssarent nu au mylieu de la rue couvert de sel, tuarent aussy quelcun de ses gens. Le roy adverty envoya M. de Monmouransy connestable qu'y alla avec
(1) Ce mot et le précédent son effacé, mais l'on comprend qu'il s'agit du corps de la femme de Guilhaume Panelot, de laquelle il est parlé l'année précédente.
(2) Luzech, chef lieu de canton, arrondissement de Cahors.
(3) Le Bas. — Albas, commune du dit canton de Luzech. C4) Calhac. — Caillac, commune de Luzech.
(5) Espère, commune du canton de Cahors.
i6) Calamane, commune du canton de Catus, arrondissement de Cahors.
(7) Signifie ici chef.
(8i Marenaux gens habitants les bords de la mer, qui recueillent le sel des marais salants.
puyssance de gens et dartilherie et munition, lequel y entra sans contradiction moyennant M. de Caudale, fist découler et prendre plusieurs, fist jeter de la jurande toutz les privilégies de Guiene au mylieu de la place et brusler en public, y estoit la transaction passée entre le roy et ceux du Tiers Estât de Guienne, passée à Bordeaux du temps de la réduction de la duché de Guiene au roy de France, accorde que le roy ne pourra impouser sur les habitants de Guiene aulcungz empruntz, gabelle, quartz, quintars, ne autres subsides, sinon comme l'avoit tenue les duczprécédentz,dizant le royal advénement de' sa couronne les leur avoir confirmés, à quoy contrevenoit l'imposition du sel et gabelle, parquoy avoint juste querelle, toutefoys feureut avec tout cella fort frustrés. Lymoge (1) et toute la compté qui sontde Guienne,ayant faicte semblable rébellion feurent sacagés, les cloches descendues et rompues. Au commancement de décembre fist grand nége, le bled se vandoit vingt soulz la carte froment, l'advoyne dix soulz, le vin huict deniers le cart, le sel un soûl le boysseau, l'huyle de noix vingt deniers, huyle d'olif deux soulz tournois.
Janvier, febvrier, froictz modérés. Mars pluvieulx du commancement dont les eaux s'enflarent, et le caresme devint stérile de pesche personne ne pouvant aller par le pays à cause de la pluye. Lors couroint liardz faulx de divers coings et marques, forgés de nouveau, portantz nuysance au peuple ne trouvant autres monoye. Àpvril, au commancement point froict pluvieulx et gela le 11 et 12 avec nége et granisse (2), lolt se déborda par deux foys jusques à l'entrée de la ville au pont neuf. Aud. moys, mais le plus fort le 28" dimanche de Quasimodo geniti, fist dommage aux bledz prés et arbres joignantz lad. rivière. Le 13 apvril veilhie des Rameaux la pluspart des vignies et noyers gelarent; le 28 dud. moys estant jour de Pasquetes (3) l'eaue feust plus enflée que devant et enmesna une
(1) Limoges, chef-lieu du département delà Haute- Vienne.
(2) Granisse, — Grésil.
(3) Pasquette, — Pâques close, le dimanche de Quasimodo.
torelle (1) avec partie du jardin de la Trînitat (2) et la couverte du moulin de Quercy (3). May sec contre sa nature. Le 19 may 1549 jour de dimanche, le matin environ neuf heures Jean Tanie de Péchagal (4), tua Marty son frère derrière le couvent des Carmes (5) de Cahors, lequel Martin moureust à la mayson deGuilhou tout soubdainement et qui est près des teinturiers. Juing par la pluye et froy dure retarda les fruictz et rendit cherté de vivres ne pouvant culir ny despiquer yceulx et n'en trouvoient à vendre (6) par le descrie des liardz fauxlz, les faux monayeurs ayantz retiré la bonne monaye, que feust cause de famine au pays. Le 21 dud. moys de juing moureust M^ Jehan Magnj', notaire, vieulx de quatre vingt-ans (7) homme de bien, sans reproche. Julliet, aoust^ septambre, octobre, secs, chaulz, sans pluye, à cause de quoy bledz, vins, légumaiges, milhets, raves, aglandz, chastenhies ne voulsirent rien (8). La peste fut a Toulouze, Albi, Rocamadou, Carlusset (9) et en plusieurs autres lieux. La grande sécheresse retarda la couverte des bledz, et se vandoit 20 soulz la carte, le vin cinq livres la pippe, ne y eut point de sarnaux (10), par ce se vandoit la carte troys ou quatre livres. Le mardy 15 d'octobre M. Anthoyne Mabruny, docteur en droictz, grand textualiste, sçavant, et homme de bien moureust.
(1) Torelle se disait aussi torraille, c'était le nom donné à un lieu où l'on fesait sécher les grains. — On appelait torellage la redevance ou droit qui se payait au maître de la torelle ou toraille. par ceux qui y fesaient sécher leur grain.
(2) Jardin de la Trinitat. — Nous supposons qu'il était situé près du moulin de Quercy de même que la torelle susdite.
(3) Le Moulin ainsi nommé est celui qui se trouve encore au faubourg St-Georges, sur la rive gauche du Lot.
(4) Pechagal. - Hameau de la commune de Cahors.
(5) Ce couvent était situé prés du pont Louis -Philippe, dans l'enclos où se trouve le jardin de Cubaynes pépiniériste.
(6) Signifie, qu'il n'en était pas mis en vente.
(7) Vraisemblablement, le père du poète Olivier de Magny.
(8) Ne valurent rien.
(9) Carlusset, — commune du canton de Gramat, arrondissement de Gourdon.
(10) Il n'y eut point de noix.
Sur la fin dud. moj^s fist quelque menue pluye que consola les gens pour semer combien qu'il ne pleust à soufflzance hactenus aus scriptum reliquit, sensuyvent quelques fragments tant de feu mon ayeul que de feu mon père que je aussy vouleu adiouster icy et premièrement les liardz de France qui feurent descriés, ceulx qui estoint marqués d'un f d'un part et de l'autre d'une petite croix feurent déclarés faulx pour ce qu'ils se fibloint, plioint comme silz eussent été de feulie, devenoint rouges après avoir esté forgés, lesquels se non obstant se metoint jusques à tant que en trouva dans la mayson de Bernoye à Tholouze une semalade (1) toutz des faulx de quoy Bernoye, le marie, feust prévenu mais il preuva les avoir eus par esclmnge avec d'autres vieilles monoyes du monoyeur de Tholouze, toutes foys ne couroit autre monoye, que feust cause que le monde refuzoint aussy les bons, occasion de quoy feurent seulement descriés les faulx et feust faicte criée de la part des consuls de Caors qu'on eust à prandre les bons sur pêne de la hart, et le juge mage aussy fit fère criée de part le roy, mais se feust en vain car personne ne vouloint prendre, au moyen de quoy feurent commis et députés deux argentiers pour rompre les faulx, et les bons se mirent comme devant et cella feust faict en Tannée 1549, sur la fin de laquelle du commencement de décembre la rivière de lolt se gela du tout, en telle sorte que bien qu'on getat du pont dans la rivière une grosse et pesante pierre ne s'enfonsoit point. Au moys de décembre 1549 un prevost de St-Martin lou Redon (2) feust mis à six cartiers à la place de Gailhard. Aud. temps une femme nommée la Prétonte avec safllhie eurent le fouet le long de Caors.
En lad. année par la révolte de ceulx de Bourdeaux contre M. de Monentz, comme est dict cy-dessus, les bordeloys feurent privés de
(1) Semalade, du patois sémal, grand vase de bois qui sert à transporter la vendange, une semalade veut dire une pleine sémal, une pleine comporte.
(2; St-Martin-le-Redon, village de la commune de Duravel, canton de Puy-l'Evêque arrondissement de Cahors.
cloches et d'armes parce qu'avoint faict toquesein (1)^ et s'estoint armés contre led. sgr. de Monentz, et à ce avoint contraint M. la Cassanhie premier président qui portoit la pique devant, et se treuva à la mort dud. sgr. de Monentz, la femme duquel le mit en justice pardevant le parlement de Tlioloze où feust relaxé et après la cause renvoyée au grand conseil où feust démis et l'arrest de Tholoze cassé l'an 1551 au commancement de may. A Caors lad. année par les consulz feust condampnélou Morgue de Sinibrière(2) à estre mis à six cartiers et feust déffaict à Thoulouze et sa teste apportée et mise à la tour du milieu du pont vieulx dud. Caors au moys de décembre dud. an.
Au commancement de lad. année les soulz rouges feurent descriés et permis à Parisien et à Tholose en forger de la marque du roy Henry. Feust prononcé un arrest touchent la punition des prebtres lubriques, donnant pouvoir aux juges séculiers de les punir, lequel feust mis a néant par le conseil privé du roy et remis aux'juges ecclésiastiques comme de droict.-
En lad. année après Nouel, feust tué de nuict à Thoulouse, dans sa mayson, un bourgeoys dict Urbain, par son beaufrère accompaignie de troys à l'instigation de sa sogre (3), demoyselle de Lisseri, consantante sa famme parcequ'il estoit trop sévère envers elle. La sogre en perdit la teste avec l'un de ceulx qu'y estoint, et une nourrice qui estoit cousante eust le fouet; les deux autres avec le beaufrère feurent bruslés en peinture estantz fugitifs, à la place St-Georges, et sa famme decolée.
En lad. année feurent fermées les fenestres des prisons du Chasteau royal de Caors (4), de rièges (5) de fer, à la poursuite du
(1) Sonné le tocsin.
(2) Cénevières commune du canton de Limogne arrondissement de Cahors. Le château des seigneurs de ce lieu existe encore,
(3) Belle-mère,
(4) Le Chàteau-du-Roi, qui est encore la prison de la ville de Cahors. (5; Rieges, grilles de fer.
procureur général du roy, estant juge mageur en la séneschaussée de Caors, M. Bernard de Labarthe, sous le règne d'Henry sixiesme {!) dud. nom comme appert par la commission que je en ay veue en date du unsiesmc aoust an 1552.
Le 24 febvrier dud. an, à Caors, d'authorité du roy et des juges des monoyes, les doubles marqués de la petite croix ayantz au fons d'ycelle un X, feurent descriés. Régaigniac (2) pour lors simple bachelier et soliciteur n'estoit guières estimé, mais despuis a esté sindic du pays de Quercy. M. Pons Martin, estoit arrantier du greffe criminel, M. Pierre de Chomier juge criminel, et despuis a esté lieutenant particulier au sietge présidial de Caors. M. Salesses procureur du roy aud. sietge présidial. Le 26 de décembre an susd. a Caors, du son% feust murtry un clerc de Savarie alias du Breil, filz Dausaty de la présante cité, en la grand rue publique, du quel murtre feurent accusés les Collegiats de Pélegry (3), et prins d'authorité des consuls de lad. ville une partie d'yceulx, l'autre se saulva a la suite, comme de Fabro quy eust grâce du roy.
Et l'an 1553 et le 18 may, M. Bernard de La Barthe, juge mage de Quercy, décéda dans Caors, feust ensepvely aux Cordeliers dud. Caors, dans la chapelle de St-Ferriol, qu'est au clostre dud. couvent.
Le vendredy 14« septambre du soir décéda aud. Caors, Guilhaumette de Calvet, que Dieu voye, mère de feu mon père que Dieu voye aussy et ma grand mère. Son testament feust rcceu par M. Pierre Martin, notaire, nostre voysin dud. Caors habitant.
(1) C'est deuxième que l'auteur aurait dû mettre.
(2) Reganiac, ancienne famille du Quercy qui existe encore.
(Si Collegiats du Collège de Pélegry. Ce Collège avait ètè fondé l'an 1368, par Raymond de Pélegry, archidiacre de Cahors, pour treize pauvres écoliers tant en grammaire qu'en art, et pour un maître qui enseignait lesdits écoliers, et pour un chapelain qui administrait le Collège.
Le huictiesme octobre, M. noble Anthoyne de Jehan seg"" de la Bastide Marnhac (1), estent feu mon père son procureur d'office à la Bastide.
Le dimanche 22 juillet^ à 6 heures du matin, moureut Jane de Malroux, native de Parmenquieres en Rouergue, mère grande de feu mon père, mariée en seconde nopces avec M. Anthoyne de Lagrange, bachelier ez droicts et advoucat au siètge présidial, d'y celle estant née ma grand mère, de son premier mariage et de M. Barthélémy Calvet son premier mary.
En ce mesme an le sapmedy 21 septambre, entre troys et quatre heures du matin, décéda Anthoyne du Pouget, mon honcle. En lad. année, et le 16, feu mon père, M. Pierre du Pouget, licencié ez droict et advoucat au sietge présidial de Caors, s'en alla à Gordon pour fiancer ma mère Jaquette d'Albarel filhie de M™^ Jehan d'Albarel, lieutenant particulier de Gordon, accompagné de M. Canceris, aussy licencié et advoucat, mon honcle, ayant à famme une sœur de mon père, de dupuy procureur de St-Martin-de-Vers (2), où estantz arrivés le lendemain 17, jour de marché, firent lesd. fiansailhies et le lundy après voyre s'en retournarent. Le 25 janvier an mil V. G. L v j accomphrent led. mariage.
Le 5 septambre feust bruslé en painture a Caors, à la place de la Conque, d'authorité du sénéchal, M. Guilhaume Leclerc, licencié et abvoucat bien fameux, s'en estant allé à Genève (3).
Le premier apvril dud. an, jour de judy, entre sept et huict
(1) Commune du canton de Cahors (sud).
(2) St-Martin-de-Vers, canton de Lauzès, arrondissement de Cahors.
(3) Probablement pour se faire Calviniste. Genève, ville de Suisse, capitale du canton de son nom, était à cette époque, le lieu où se rendaient les plus grands partisans de la Réforme. Calvin avait fait de cette ville la Rome protestante.
heures de matin, plus près des huict suyvant ce qu'ay trouvé par escript aux escripts de feu mon père^ je, Jehan du Pouget (1) son fils premier nasquis, mon parrin M. Jehan du Pouget mon ayeul, ma marrine Guilhalmete de Lafon ma grand mère, babtizé en nostre paroysse de St-Pierre à Caors, la lune nouvelle et pour lors selon le calandrier existente liuia in tauro sol in ariete.
1558 et 1559
En ceste année la peste estant à Caors, feu mon père avec toute sa famille se retirarent à Arquie (2), où estant le judy matin tiers de novambre^ nasquit Françoys du Pouget mon frère germain, après l'albe (3) sur la pointe du iour, heure de 7 heures, la lune estant au dernier cartier au signe du lion, babtizé à St Pierre la Feulhie (4), parrin M' Françoys d'Albarel mon honcle du costé de ma mère, à présant lieutenant principal de Gordon, fameux, oppulant et riche, seigneur de St-Clair (5), Coste-Rauste (6), La Pouiade (7), et possédant plusieurs autres grands biens tant à Gordon, Montfaucon (8) et autres lieux ; marrine Annete du Lard, du lieu de Flauniac (9), ma nourrice. Estant retournés mon feu père et mère aud. Caors, led. Françoys vint malade pour Pasques et moureut le iour de Pasquetes après, entre 3 et 4 heures du matin, qu'estoit le 2 apvril 1559, âgé de 5 moys moins 2 iours ensepvely en nostre
(1) L'auteur indique l'année de sa naissance et les noms de son parrain et de sa marraine. C'est lui qui a rédigé cette chronique, elle avait été commencée par son grand-père, son parrain, et il l'a continuée.
(2) Les Arquiès, hameau commune de Cahors.
(3) Après l'aube.
(4) St-Pierre-Lafeuille, village commune de Maxou, canton de Catus, arrondissement de Cahors.
(5) St-Clair, commune du canton et arrondissement de Gourdon (Lot).
(6) Costeraste, village commune de Gourdon.
(7) Lapoujade, hameau commune de Dégagnac, canton de Salviac, arrondissement de Gourdon.
(8) Alontfaucon, commune du canton de Labastide-Murat, arrondissement de Gourdon.
(9) Flaugnac, commune du canton de Castelnau-Montratier, arrondissement de Cahors.
tombeau, à la chapelle des sinq playes aux Jacoupinsdud. Caors.
En l'an 1558 et le second daoust M'' Bertrandy, evesque et compte de Caors fît son entrée aud. Caors estant jour de dimanche.
Au moys de juing dud. an 1558 le fîlz de la Clarone apporta la peste aud. Caors, estantz consuls le Franc, de Napis, Carcavi, Cast fruitier, Melines, le fils du grand Bernât et Lavayssière haute, et en l'an 1559, Reganhiac, Robert Dadines, Lescot appoticayre^ Pierre du Camp, Berty, Peyrolis, Poet.
Le 10 de juillet 1559 Henry roy de France feust tué d'un coup de lence que lui tira par la visière (effacé) levé le cappitaine Large, la guerre finie et les mariages accomplis. En caresme dud. an 1559 feust brûlé le rouergue Carput ; roué Ramond ; tenaillié Arnaut ; Bousquet mis à six cartiers; Florimon pendu; le Négat pendu auprès du pont de Valandres devant le jardin de Fourie; feust bruslé Pouriot près la Roque des Arcs (1).
En l'an 1559 au caresme M« Estienne Rigal feust décolé à la place de la Conque de Caors.
Le vendredy au soir 29 mars, à unze heures troys cartz du soir, à Caors, est née ma sœur Catherine, babtizée le sapmedy, parrin M. Jaques Dupuy, procureur en la court présidiale, marrine Catherine de Vinhalz, fille de M« Vinhalz, famme de M. Lacombe, marchant de Caors, la lune nouvelle existente in tauro, moureut à Caors, le 6 juilHet an susdit, eagée de 3 moys 8 jours, un sapmedy, uue heure après midy^ de la bourre (2) maline, la faysait escourcher (3), ensepvelie en nostre dict tumbeau. Despuys led. accouchement ma mère demeura malade du mal des mamelles de marfondement et esvantement dont cousta beaucoup, car l'appoutiquere seul en eut huict testons vaillantz doutze soulz pièce pour lors.
(1) Larroque-des-Arcs, commune du canton de Cahors, à environ 4 kilomètres de cette ville.
(2) Petite vérole volante.
(3) La faisait se déchirer la peau en se grattant.
Le vendredy au soir, unsiesme juillet, entre dix et unze heures, à Caors, est née ma sœur Catherine, a présent mariée à M. Jehan Hugonenc, praticien de Châteauneuf des Vaux (1), le sapmedy 12% babtizée à St- Pierre de Caors, parrin M. Jehan Cauceris, hcencié, mon honcle, consul de Caors en ceste année, marrine Catherine d'Albarel, sœur de ma mère Jaquete d'Albarel, femme d'un nommé Mai'sis de Gourdon, bourgeoys. En lad. année feust faict à Caors, masacre des Huguenaulz preschant a la mayson d'Auriole (2), se Youlantz saysir de l'esglise des Soubirous (3), extrait tiré dautre libre comme sensuit.
L'an 1561 le 16 novambre, jour de dimanche, de matin, estants les hérétiques de ce temps appelles huguenaux, allés et assemblés dans Caors a la mayson d'Auriolle, près lesglise de Soubirous qu'a despuys appartenu à M. de Rupeyroux, huguenaud, consul pour la prinse de Caors, despuys est mort à Montauban, hérétique, avec sa famme sans enfans.
Estantz donc les hérétiques assemblés aud. heu pour prescher la parolle du diable, feurent occis du peuble de Caors, environ trente cinq, et dura le combat despuys le disner jusques aux vespres, de sorte qu'enfin arriva la nuict misrent feu à lad. mayson et en sortant lun après l'aultre les tuoint et metoint à mort et feust occupée la rue desd. mortz, despuys le bout de la rue appellée des Augustins (4], jusques au chasteau du roy, du nombre desquels morts feurent les suyvantz :
Borie, conseiller, estant sa mayson celle que tient a présent Pouderous, notaire et procureur.
(1) Ancien nom de Castelnau-Montratier, chef-lieu de canton de Tarrondissement de Cahors.
(2) La maison d'Auriole était située au-dessus du Chàteau-du-Roi, qui est aujourd'hui la prison de la ville. Elle est occupée actuellement par le pensionnat des sœurs du Calvaire, dites sœurs de Gramat.
(3) L'église des Soubirous, se trouvait presque en face de la maison d'Auriole.
(4) Cette rue part du boulevard Gambetta. entre les numéros 21 et 29 et finit à la rue des Soubirous, presque en face le couvent des Dames du Calvaire.
La Gacherie, marchant, tenant sa mayson près l'hospital grand, sur la grand rue a présent tenue par Rastelly le jeusne, marchant, natif de la ville de Gordon.
Bartaut, la mayson duquel tient a présent Lacoste, marchant, comme héritier de son père lieutenant.
Donat Lacoste, appoutiquère, tient sa mayson Noyrit, duquel sa famme tient encore sa mayson.
Hugue Tule. — L'ote Syfreau. — Guilhaume Forentil. — De Comie. — Jaques Sales. — Parisol. — Moussen Donnât. — Vitalis Lestanc, avec son serviteur. — Guilhaume Granes, — M. Mathali. — Lou Barbre de Nonet, son vaylet. — Longuet; — Colombet. — Lestola, de Picar(die). — Lou Magni de Caors et d'autres (1).
Eu l'an 1652 et le 6 de mars à Cahors, firent leur entrée messire de Burie, lieutenant pour le prince de Navarre ; Monluc, Tarride, d'Aussun, et autres cappitaines bien accompaigniés, par la porte de la Barre (2).
En lad. année et le 19 mars, par le roy Charles troysiesme (3) du nom, feust faict un édict touchant la pacification des troubles de ce royaulme, permetant à un chascun de vivre en sa liberté de conscience et pardonnant tout [ce qu'avoit esté fait auparavant, avec deffance de ne rien rechercher l'un à l'autre touchant la religion. Le 23 mars à la place de la Conque dud. Caors feurent pendus le fils de Bressanges le fils du cotelier (4), en la mesme potence la fllhie del rouergue Barserme, mis sur la roue le 24 desd. moys et an messire Joachim prebtre feust roué ; Cosme tenaillé par lad.
(1) Dans un ouvrage de M. Tortorel et Perissen, publié au XVP siècle : Les grandes scènes historiques du XVI« siècle, se trouve une gravure représentant ce massacre.
Cet ouvrage a été reproduit en fac-similé et publié sous la direction de M. Alfred Franklin, à Paris, en 1886, en un vol. in-4°.
(2) Ancienne porte de la ville qui se trouvait à l'entrée nord du faubourg qui porte encore ce nom.
(3) Erreur de l'écrivain, il faudrait Charles neuvième.
(4) Coutelier.
ville, et après roué au pont Valendres, Labouriane et le serviteur de M. de Grangia pendus le 28 desd. moys et an W" Guiral Tauriac prebtre feust descolé à la place de Gailhard. Le père de Pierre Salviac et lou fornier (1) Renoux fist amende honorayre le hart au col, la torche à la main en chemise sur l'échafaud. Led. Pierre Salviac print le livre de la taille on 1592 ayant été exacteur l'an 1591 à présent alivrateur au lieu (2) de Taulet.
Le 16 de aoust jour de dimanche feust prinse la ville de Lauzerte par les hérétiques conduits par Duras, où furent mis à mort environ deux ou troys centz catholiques. Le 27 septambre dudit an le chaste^u de Mercués (3), par Duras ayant demeuré troys jours devant, et feust brûlé ledit château, et prisonnier M. de Cahors, Camburat, Langle et aultres, et y feurent tués cinq serviteurs.
En l'an 1562 et 1563 y eust famine et se vendit en may et apvril la carte du bled cinq livres dix soulz la carte du froment.
En lad. année la veilhe de St-Luc, 17 octobre, feu mon père M. Pierre du Pouget licencié ez droitz et advocat au présidial, décéda aud. Caors dans sa mayson, dans la chambre haulte, où feurent présents M. Guillaume André notaire^ et Jehanrieu de Perle sérurier dud. Caors habitantz.
Durant ses troys années la guerre feust fort eschauffée entre les catholiques et hérétiques nommés Huguenotz ayants perdu desia le nom de Calvin et de Luter, lesquelz leur donnarent le commancemens en France, dont despuys ces perverses et mauldites pestes
(1) Fournier, ouvrier qui surveille et entretien le feu d'un four.
(2) A la place en remplacement.
(3) Ce château appartenait alors et appartient encore aux Evêques de Cahors. il est situé sur une hauteur de la commune dudit Mercués à 8 kilomètres de Cahors. — Il fut construit au xiii<= siècle sur l'emplacement d'un ancien fort romain, dédié à Mercure d'où vient son nom de Mercués.
d'hérétiques ont apporté beaucoup de maulx en la povre France, laquelle a esté dutout ruynée, sacagée et volée par ses vouleurs hérétiques n'ayantz layssé villes, bourgades, villages ny maysons à pillier et voler et principalement les esglises, soy dizantz réformateurs, gentil commancement de réformation, ains plustot difformation, ne layssant rien sur terre, ny hommes, ny bestes, qu'ilz ne volassent: combien qu'ilz n'en dussent avoir qu'un denier, ilz eussent faict prisonnier un povre homme, et plusieurs autres maulx faysoint-ils, dont il en sera perpétuelle memoyre par les esglizes et autres beaux édifices ruynés. Geste perverse secte d'hérétiques s'aydoit tousjours de traystres quy leur tenoint la main en toutes leurs entreprinses qu'ils faysoint quant vouloint surprandre quelque forteresse bien qu'elle feust imprenable, si est-ce pourtant qu'au moyen des traystres ils y entroint facillement et lorsqu'ils estoint dedans n'espargnoint personne qu'ils ne tuassent de sang froict, pilloint toutes les esglizes et maysons ne layssant coings à bien et deuement espelucher et pilhier, voilà quant à leur réformation.
En lad. année la guerre estoit aultant eschaufée en France qu'auparavant entre les catholiques et les hérétiques Huguenotz estant soubz la conduite de l'admirai Sainct André^ DancUloir;^ Monmorency, prince de Condé, roy de Navarre, du vicomte de Turenne et de plusieurs autres estantz de leur party, à cause de quoy la guerre estoit entretenue.
Du cousté des catholiques estoint le roy de France, Charles-Quint^ les Messieurs de Guize, M. de Monpensiers, et autres grands personnages,
Cy dura plus fort la guerre en ycelle année qu'auparavant entre les catholiques et les hérétiques.
De mesme y eust guerre en lad. année des catholiques et hérétiques.
Guerre semblable en lad. année des catholiques contre les Huguenots hérétiques.
En lad. année une place de M. de Clermont en Quercy, nommée le chasteau du Roc (1) feust prinze par les Huguenots par trahizon, où ils enmesnoint toutz ceulx qu'ils treuvoint prisoniers et fesoint plusieurs extorsions au peuple, et lesd. hérétiques de lad. garnizon en lad. année entrarent dans le Vigan (2) ou prindrent prisoniers toutz ceulx qu'ils trouvarent à leur dévotion, et feust la guerre aultant pernicieuse que les années précédantes.
Durant ycelle année tousiours accompaignée de guerre cruelle moureust de maladie l'admirai Sainct Antré^ lequel soustenoit le party des hérétiques, à la mort duquel feust veu un miracle à Paris d'un arbre mort qui avoit demeuré longtemps mort reverdit incontinent (3).
Après la mort dud. admirai, le roy en establit un autre en son lieu, qui feust catholique et vint en ceste ville de Caors et passa presque partout le pays de Quercy, où estant arrivé print par force et à grand coups de canons qu'il menoit beaucoup de forts occupés par les hérétiques entre lesquels print Flauniac (4) appartenant au
(1) Le Château du Roc, situé sur le territoire de la commune du Roc, canton de Payrac, arrondissement de Gourdon (Lot).
(2) Le Vigan, commune et arrondissement de Gourdon (Lot).
(3) Il est singulier que l'auteur ne dise pas un mot des massacres de la St- Barthélémy.
(4) Flaugnac, commune du canton de Castelnau-Montratier, arrondissement de Cahors.
■aron de Roquefeuil, le chasteau de Genié (1), Brengues (2), Carailhac (3), Gironde (4) et plusieurs autres et enmesna prisonnier n ceste ville (5) M. de Genié, lequel moureust en la prizon du hasteau^ de maladie, toutefoys on présumoit avoir esté estranglé lar le M"" de l'haute justice (6) dans lad. prison secrètement de Siuict, et après feust ensepvely en la grand esglize, auquel feurent jiictes les obsèques avec honneur funèbre comme sy quelque jiomme de bien feust mort.
i Estant en ced. pays led. admirai mist le sietge devant la ville de 'aussade (7) tenue par les hérétiques,, contre laquelle tirarent i»lu sieurs canonades et firent grand bresche, mais ils n'entrarent |)Ourtout dedans, occasion que les hérétiques se renforçarent plus i[ue auparavant parce quilz munirent la bresche qu'avoit esté faicte le coups de canon, dor et dargent et en getoint par les vizaiges les gendarmes qui se présentoint à lad. bresche, de sorte qu'ils en eurent presque toutz aveuglés, ensemble led. admirai, dont ils eurent contraintz s'en retourner sans rien fayre et ne resta rien le toute ceste belle entreprinze fors une grande famine, pestilance it guerre plus cruelle que devant dont moureurent au pays de }uercy un nombre inflny de peuple, mesmement à Caors, parce- [ue tout le peuple de l'entour (8) s'y estoit retiré, tellement que outz les jours les rues, carrefours, fumiers et autres lieux de lad. ille en estoint plaines de gens mortz. Jusques au nombre, jour [u'il y eut, de mille personnes et cella dura presque l'espace
(1) Genièz, château dans la commune de Sauliac, canton de Lauzès, rrondissement de Cahors.
(2) Brengues, château dans la commune de Brengues, canton de jivernon, arrondissement de Figeac (Lot).
(3) Cardaillac, château dans le canton de Lacapelle-Marival, arronissement de Figeac (Lot).
(4) Gironde, château dans la commune de Cours, canton de St-Géry, rrondissement de Cahors.
(5) Cahors.
(6) Le bourreau.
(7) Caussade, chef-lieu de canton, arrondissement de Montauban Farn-et-Garonne).
(8) D'alentour, des environs.
d'ycelle aminée ou davantaige, continuant tousiours telle mortalité famine et pestilance avec guerre.
Ayant demeuré led. admirai au pays de Quercy par l'espace d( deux ou troys ans, se retira en France avec sa gendarmerie faysan ce nombre lorsqu'il vint en ce pays de quinze mille hommes oi environ^ mais la plupart moureust desd. maladies et layssa ei ceste ville quand il s'en alla cinq pièces d'artilherie scavoir quatn canons et une coulouvrine et deux autres canons et y en estantz ei nombre sept pièces de baterie qu'il emmesna en ce pays lorsqu'il ^ arriva, mais la guerre ne print fin dycelle année nonobstant L retour dud. admirai, bien que le peuple feust beaucoup affligé po: lors comme dès maintenant des susd. fléaux de pestilance e famine, et se vandoit à Caors la carte du bled neuf a dix livres 1; carte et trente livres la pipe du vin, la carte du sel vingt livres.
En ceste année y eust aussy guerre et y eust un peu mélieu marché de vivres : le bled six à sept livres la carte, la pipe vin ving à vingt et sinq livres.
En cesty sinq années guerre comme devant, touteffoys melieu marché de vivres. En lanné 1580, premié jour de may, feurent créé pour consuls dud. Caors, M'" René Dadrain (1) licencié et advc cat, Pierre Astorc dit Pech-Calvel marchant, Jean Cayssac procureui Jean Tressange. Du cartier du pont vieulx, M. Jean Benac licenci et advocat, Jean Durand bourgeois, Cosme Capoulade marchani Icy commance la prinze et trahyson de Caors.
Au moys de may et le vingt et huictiesme d'ycelluy entre unz et doutze heures de nuict, jour de sapmedy, veilhie de la S'* Trinit«
(1) Dedrain.
a l'année susd. 1580, la ville de Caors feust prinze par trahizon à la iveur des thraystres de dedans et mesmes du premier consul ommé René Dadrain et de son gendre nommé Anthoyne du ousquet, quy avoit fermées les portes ce soir et en avoit envoyés i plus part de ceux qui estoint de garde ceste nuict, toutesfoys ce ue j'en dis est selon le commun bruit de tout le peuple, or pour lieulx jouer son rolle led. Dadrain ayant comploté avec le sg'' de abrayretz et avec le viconte de Gordon sg^ de Sénébières (1), fist enir de toutes partz, mesmes des lieux suspects, des gens en fasson e travalieurs quelques jours devant lad, prinze, soubz couleur de ouloir fère netoyer les fossés de la ville, et de faict commençarent )ut près des Carmes (2), et pourtant après y avoir travaillié par uatre ou sinq jours, estant venue led. jour de sapmedy les consuls Q lad. année firent publier à son de trompeté pour toute la ville la aix sainte et simulée ; après laquelle publication en disant le salut Il moustier. M' Jean Pioamil et Pierre de Bugis procureur, eurent ifférant ensemble et s'entrebatireut antre eux, et y eust aussy vec d'autres des querelles particulières.
A minuit de ced. jour la ville feust prinze par les hérétiques Dnduitz par le roy de Navarre, Cabreyretz, Sinibières et autres de îur party, toutefoys à l'antrée de lad. ville led. Dadrain feust tué 'un coup d'eppieux par les catholiques, feust blecé M. de Vezins, ouverneur et sénéchal du Quercy, tués et murtris : M. Gabriel de oulvet, licencié, collegiat de Pelégry et gendarme de M. de Veins ; A'P de Fosembat estant logé chez Mondayne hoste démenant près du pont Neuf; le cappitayne Lin guet ; le capporal Sarrasin ; .nthoyne Mayniel, soldat; Anthoyne Escalie, clerc, demeurant chez arrigues gréfier et procureur, demeurant près Tesglize S* Anré (3) ; Planavernhie, procureur, demeurant près la Daurade ;
(1) Cénevières, canton de Limogne, arrondissement de Cahors.
1 (2) Le couvent des Carmes était situé comme nous l'avons déjà indicé au bas du boulevard Gambetta, sur les rives du Lot, â l'endroit où
2 trouve le jardin de M. Cubaynes, pépiniériste.
(3) L'Eglise St-André dont il existe encore des restes, appartenant à 3s particuliers, était située environ au milieu de la rue de ce nom qui 5t parallèle à celle du Portail-Alban.
M. Sahuquet, licencié^ et plusieurs autres du party des hérétiques ;. S' Marty, Solinliiac, le sergent de Génies, et Durandy perditz un bras comme il pouza un pétard à la porte du pont neuf, par laquelle lesd. hérétiques firent leur entrée venant du cousté de Jacoupins (1), et entrarent par la première porte parceque estoit entre ouverte, comme on dit, et le rastelier (2) estoit lessé qui ne leur donna guières grand peine, parquoy ils entrarent facilement sans y avoir murtre de beaucoup de gens que de bien peu parceque les forces estoint oultre ce diminuées de la garde, lesquels feurent noyés, tués, ou prins prisonniers, entre lesquels feurent un nommé' M"" Pierre Ganil, basouchien, fort jeune, pour lors qui feust prins. Les tués feurent un nommé lou Bran serurier, Parec maréclial mary de Jane de la Col Longue cousine de M'' Ramelly qu'à despuys espouzé Pierre Gontau hoste et masson de Cahors. Et encore avoint ils les thraystres qui leur aydoint beaucoup à leur entre-' prinze, que feust cause que toutz les habitans, au moings la plus part d'yceulx, leur quitarent la place et se mirent en fuite et se retirarent à Luzech, au Bas et autres lieux circonvoysins. Et partant lesd. catholiques ne firent que bien peu de résistance pour garder: la ville combien que le secours venoit de toutes partz pour les secourir. Simon le cappitaine sy sarra avec quelques petit nombre de; gens à pied quy s'empara du collège de Pélegry (3) avec quelques; uns dud. collège, d'un nommé Messire Anthoyne Rochis, prebtre d'ycelluy, et du nommé Seguy de Martel et quelques autres quy se déffendirent par l'espace de deux ou troys jours, enfin se saulvarent par la porte de la barre, sauf dud. Rochis qui feust prins et détenu prisonnier, et après délivré avec ranson de cent V. S. La cause que lad. viile se quicta sitolt feust au moyen des thraystres qui ayant faict leurs efîortz dans ycelle partirent hors faysant semblant de fouyr, alloint sur les advenues de ceux qui venoint pour l£ secourir, pour les en fère retorner, dizant la ville estre quictée di
(1) Venant du côté du couvent des Jacobins, dont les ruines existent encore derrière l'Eglise de Cabessut, au faubourg de ce nom.
(2) Rastelier, Herse, laquelle parait-il n'aurait pas été baissée.
(3) Collège Pélegry, il était situé près du pont de Cabessut, dans h rue qui porte aujourd'hui le nom de Pélegry, qui commence au bas de la place au Bois et qui aboutit sur le Quai .
tout, bien qu'ilz tinrent deux ou troys jours et eussent tenu plus sy le secours feust arrivé. Pour crainte des canons qui estoint soulz l'obeyssance des hérétiques et desja les avoint mis devant la porte basse du collège (1) où il tira plus de vingt foys sans que pour cella se randissent jusqu'à ce quils virent n'avoir poinct de secours, estantz avertys que la ville estoit du tout prinze, et ce fust la dernière chose qui tint de lad. ville avec la porte de La Barre, car le restantz avoit quité à la volée, sans nulle résistance que du dernier, monstrant les pieds pour toute déffance, bien que le nombre des hérétiques ne feust que de sinq a six cens hommes de S' Géré (2) soubs la conduite du cappitaine Moustoulac, et finalement plusieurs catholiques conduitz par M'' de Langle se mirent avec eux pour pilhier estantz venus pour la déffance de la ville toutefoys se rangearent du contrayre party parce qu'estoit plus fort et firent plus de mal qe les autres, de sorte que trestouts ayant la ville à commandement destruirent les esglizes, pilharent tout, murtrirent, saccagearent et ne resta rien dans la ville que ne feust pilhié, ruiné et mis à bas et renversé, et prinrent prisonier ceux qui restearent de la foule sans estre tués, n'ayant peu fouyr comme les autres ; et plusieurs autres maulx firent yceulx hérétiques tant esd. esglizes que autres lieux de lad. ville ormies et réservé le couvent des Chartreux qui feust quelque peu soulaigé, sans estre mis par terre, à cause quils baillarent sinq cens escus pour la préservation dud. couvent et pour la rançon deux mesmes qui feurent destenus prisonier dans la mayson de M'' le conseiller Regourd, appartenant a l'archiacre (3J son frayre, par l'espace de deux moys et estants echapés de leurs mains s'en allarent a Tholouze où ils firent leur résidance une partie d'yceulx, toutesfoys il en y eut de novices qui quittarent à lad. prinze l'habit, et onques plus ne le prindrent et despuys se sont mariés, entre autres un nommé d'Ayga de Villefranche de Rouergue (4). Dans
(1) Collège Pélégri.
(2) St-Géré, chef-lieu de canton de l'arrondissement de Figeac.
(3) Archidiacre.
(4) Villefranche , chef-lieu d'arrondissement du département de l'Aveyron.
lesd. Chartreux (1) feust treuvé par un magicien de Villefranche, un grand thrésor caché, et en plusieurs maysons de la ville entre autres à celle de AP Roquet, conselier,de M"- Martin Delort advocat, à la mayson de Tule près S' Urcize (2) et en d'autres. A l'entrée que firent les hérétiques dans led. couvent des Chartreux, en jetarent un dans le puys, et un nommé Dumas devint foui et plus n'entra dans led. couvent, mais alla parmy le monde pour mandier, et plusieurs autres se retirarent layssantz lad. religion, bien quilz feussent en nombre lors de lad. prinze trante deux ou environ, mais sy bien firent lesd. hérétiques que les ungs jetarent dans l'eau, des ponts en bas, les autres du haut d'une lour à terre, les autres faysoint passer par les fenestres, les autres extorquaint et tourmentoint pour en avoir de rançon plus qu'ilz n'avoint de moyens, de sorte qu'ilz rendirent plusieurs à grande povreté et indigence, et plusieurs gens de faict néant (3) se firent riche pour avoir assisté au pilhage de lad. ville, pour avoir faict comme eux, et encore davantaige. Tant, firent les hérétiques quilz remuarent toute la ville de nouvelle religion^ de nouvelle fasçon de fère, de mœurs, et mesme changearent les consuls en lad. année qu'estoint led. Dadrain, licencie et advoucat, Astorc dict Puycalvel, marchant, Tressanges, procureur, Cayssac, procureur, du quartier de la barre, et du Cartier du pont vieulx estoint Benac, aussy licencie et advoucat, Cosme Capoulade, dit Ratet, sicut oviter clicam. Comme l'advertissement vint du cousté du pont vieulx, entre dix et unze heures, ce soir mesme de sapmedy que la ville feust prinze, du malheur qui vint à la ville, les susd. consuls receurent fort bien les lettres venantz de plusieurs partz, lesquelles mirent soulz le chevet du lict dizant que le lendemain en délibéreraient, mais ils eurent bien à délibérer d'autres choses, car la ville tost après feust prinze et toute la coulpe en est sur led. Ratet qui receut le paquet, toutesfoys Benat n'en doibt estre du tout exempt, parce qu'il luy feust premièrement présenté comme premier du
(1) Dans le couvent des Chartreux de Cahors.
(2) Nom d'une église parroissiale de Cahors, située à l'extrémité de la la rue Fénelon, du côté du Lot.
(3) Fainéant, paresseux, qui ne fait rien, qui vit dans l'oisiveté.
pont vieulx, mais il le renvoya aud. Ratet, dizant quil n'estoit poinct de sepmayne, mais que cétait led. Ratet lequel le print dessoulz son chevet, et les autres deux consuls estoint Lacoste, bourgeois fils du thrésorier, et Cieurac, cordonnier. Les consuls créés par les hérétiques après la prinze de la ville feurent Roupeyrous, médecin, Pons Fraiamot, hoste de la barre, Durand, Constans, dit Nonet, sirurgien, et M"" Francoy Dumas, notaire de Mercuès, du Cartier de la barre. Pour le cartier du pont vieulx feurent Le Franc de Lascayssines, licencié, Caulet, ayant la mayson près la plasse Luganiac^ dit Chaufecire, et David, argentier, toutz filz natifs dud. Caors, hérétiques de longtemps, lesquelz après estre esleus se saysirent des livres de la mayson consulayre, des livres des collèges, et de plusieurs autres communaultés, du revenu desquelles s'en vouloint j'ouir et desia avoint affectées certaines places desd. collèges à leurs enfans ; mais Dieu par sa grâce et miséricorde, qui tout voit et governe, ne layssa guière gouverner les meschantz, car advenant sur la fin de lad. année, la treuve feust publiée avec conclusion de randre les villes qu'on auroint prinzes despuis la dernière treuve et mesmement lad. ville de Caors. En lad. année les hérétiques après la prinze de Caors prindrent Belfort Cl), où ils tuarent de sang froict, sept ou huict vingtz soldatz, ausquels avoint promise la foy ; mais de tous ceux qui estoint dedans ne s'en saulvarent que sinq ou six et le cappitaine Dumas feust roué à Caors à la place de Gailhard, par les hérétiques qui tenoint encore lad. ville. En lad. année y eut grande maladie que feust générale partout, de laquelle mouroint plusieurs et on nommoit ycelle la miquelle autrèsment dit la coqueluche (2).
En l'année dernière 1580, au moys d'aoust, ma sœur Catherine du
(1) Belfortj commune du canton de Lalbenque, arrondissement de Cahors.
(2) Coqueluche, nom donné dès le XV* siècle à une sorte de grippe, pour laquelle les malades se couvraient la tête d'une coqueluche ou capuchon. Ce terme s'est appliqué ensuite à une affection qui frappe plus habituellement les enfants, maladie complètement différente de la première.
Poget, se maria avec M'^ Jehan Hugonenc, praticien de Cliasteauneuf-des-Vaulx (1), estant fiancés avant la prinse de Caors.
En ceste année (1581), le huictiesme de febvrier premier jour de caresme, la ville de Caors feust rendue à l'obeyssance des catholiques et le mesme jour les hérétiques s'en allarent et sortirent de lad. ville par la porte du Pont Neuf (2) par laquelle ils estoint entrés, et tout ainsin comme ils sortoint par lad. porte les habitantz de la ville entrarent par le Pont Yieulx (3), avec des compaignies que le roy envoya en ce pays, de Suysses et de Gascons et de Françoys, chef desquelles estoit M^ de la Vernhie et cappitaine estoit M' de Badelast et M-- de Sainctes, lesquelles compaignies demeurarent environ troys moys dans lad. ville, après lequel temps se retirarent ormis la compagnie françoyse qui demeura conduicle par led. do Sainctes, lequel demeura avec sa compaignie aud. Caors, par lespace de troys ans ou environ, et après s'en alla à Bourdeaux et print plusieurs enfans de lad. ville, lesquels il enroula avec sa compaignie, sçavoir Jaques de Faiamot, Delac, le fils de Blaty, Carretier et d'autres qui onques despuys ne sont retournés ains les uns sont morts par delà de maladie, les autres de mort violente, et mesme lesd. de Sainctes et Faiamot, qui moureurent en combat singulier d'homme à homme aud. Bourdeaux. Et quanta la reddition de lad. ville de Caors elle feust randue miraculeusement sans occision de personne et sans fère aulcune résistance elle feust quitée et sans efforts quelconque, ormis quelque peu d'un pandard larron nommé le cappitaine Ste Catherine, qui s'estoit emparé de la citadelle que les hérétiques avoint faicte dans l'esglise de St Barthélémy (4) et entre les deux portes nommées l'une de l'admirai et l'autre del duc, toutes foys M'' de la Vernhie y entra par escalade ayant toutes ses compaignies dans lad. ville, mais pourtant le vouleur jamays ne se
(!' Castelnau-de-Montratier, chef-lieu de canton de l'arrondissement de Cahors.
(2) Cette porte était près du pont qui aboutit au faubourg de Cabessut de Cahors.
(3) Le Pont Vieux, aujourd'hui complètement disparu. Nous avons indiqué ailleurs où il se trouvait situé.
(4) Eglise paroissiale du quartier de Labarre. de Cahors, située près des restes de l'ancien palais du pape Jean XXII.
voulsit randre à son obeyssance que au préalable on ne luy flst promesse de cent escus, lesquels il receut avant quitter lad. ville. Et ayant esté ycelle du tout despétrée d'ycelle vermine et racalie, quelques heures après vindrent les nouvelles qu'à Douelle (1) on avoint prins M. de Vieule qui venoit en poste aportant un paquet de letres de la part du roy de Navarre, dressant (2) au vicomte de Gordon, dans lequel estoit escript entre autres choses qu'il n'eust à quiter la ville, dont ils en feurent fort marris par après et despuys ont faictz plusieurs effortz à la vouloir surprendre, et mesme sept ou huict jours après la reddition ayant dressé à lad. citadelle d'eschelles, mais Dieu l'a par sa grâce despuys gardée et n'ont eu plus de povoir les hérétiques, et en memoyre et souvenance perpétuelle de la grâce que Dieu nous fîst d'estre en nos biens et pays, chasque année on faict procession, le huictiesme de febvrier et on célèbre ycelluy jour comme un autre jour de feste solennelle, cessant toute œuvre en ced. iour.
Après que la ville feust rendue aux catholiques, les consulz hérétiques feurent démis de leur charge et ceulx de devant lad. prinse achevarent leur année jusqu'au premier may 1581, et finissant leur dit terme aud. jour, selon l'ancienne coustume, feurent esleus et créés de nouveaux consuls, en ayant este créés seitze pour un an comme est dict scavoir pour le cartier de La Barre M. Jehan Blagnié, Corbezie, licencié, Massip, procureur, Lafon, marchant. Pour
le cartier du Pont Vieulx (3)
lesquels finirent leur terme au commancement du moys de may de l'année susd. 1582. Et pour monstrer lesd. consuls qu'ils feurent les premiers esleus après le restablissement de lad. ville, se firent paindre dans la grand salle de la mayson consulayre et en firent ester les anciens qui y estoint au paravant, et feust faict par eux
(1) Douelle, commune du canton de Luzech, arrondissement de Cahors .
(2) Veut dire : qui portaient l'adresse, étaient adressées au vicomte de Gourdon.
(3) Les auteurs ont laissé deux lignes en blanc et n'ont pas indiqué les noms des autres consuls.
entre autres choses remarquables en lad. année : le pont levis du pont neuf, et feust dressé une citadelle à la tour prochaine de la ville, à laquelle feurent joincte les maysons de Regordet, bourgeois et de Miquel Lacam, dit Fi.jagou, bouchier, et autres maysons circonvoysines, et partant pour faire lesd. réparations feurent prinses les pierres des tombeaux du couvent des Jacoupins, tuilles et autres choses qu'ils peurent prandre de la despoulie dud. couvent, lequel avoit esté ruyné par les hérétiques, comme aussy bien feurent toutes les autres esglises de lad. ville. En ceste année fîst assez bon vivre, un peu mieulx que l'année précédante, parce que les hérétiques avoint affamé la ville et partant le bled estoit cher et le vin se vandoit un carolus la pauque, vint à un soûl sur la fin, et en caresme ne se trouvoit point de pesche, quant au sel, a esté toujours for chair à cause desd. troubles esmeus en France et se vandoit communément trante ou quarante soulz le carton, la chair du mouton sinq soulz et parfoys six soulz la livre, et troys soulz la livre du bœuf.
En cesd. années y eut aultant de guerre que devant ou davantaige, et oultre ce en lesd. années mesmement lesd. troys dernières y eult de grandes maladies contagieuses, mais pourtant on ne s'en donnoit de garde jusques sur les deux dernières parce que la peste se mist au fauxbourgz St Georges par deux ou troys foys, et puys à la maison de Couches, proche la Daurade, et après partout sur la dernière année, dont moureurent tant hommes que fammes que petitz enfants environ deux mille personnes.
En l'année 1586 Lafon et Durua estantz consulz, occasion de la contagion treuvarent moyen de ne laysser entrer la vendange qu'on n'eut payé la taille. En cesd. années dans la ville de Caors estoit ledit mal de contagion et de peste fort eschauffé par tous les environs de Caors, tellement qu'il ne demeura lieu ny bourgade où y ne feust tache dud. mal, et fist la ronde comme sy cella estoit une troupe de gendarmerie, et ne cessa pourtant la guerre à estre aultant pernicieuse que devant, que causa aussy cherté de vivres, dont nous pouvions dire avoir sur nous les troys fléaux que Dieu présanta à David. Auquel temps y eut recours d'ailheurs que de
l'ayde de Dieu par le moyen duquel avec les processions, prières et oraysons qu'on faisoit journellement, car jamays le divin service ne cessa dedans Caors, mesme dans la grande esgiize, et bien que dans ycelle y eut deux de ceux du cueur qui feurent atains dud. mal et en moureurent, Dieu retira un peu ses fléaux et appaysa son yre et courroux justement conceu contre nous, occasion des grands maulx que sans intermission nous commettons. Dieu nous veulie par sa saincte grâce amander et nous fère mélieurs que nous ne sommes. En ces années précédentes et un peu avant led. maleur et avant la prinse de Caors quelques années feurent veus plusieurs signes en l'air entre autres une estoyle chevelue qui dura par l'espace de quarante jours ou environ.
En lad. année la peste commença à cesser à Caors, toutesfoys en certains endroitz près lad. ville estoit led. mal, et mesmes sur la fin de lad. année à cause des entremeteurs qui la metoint se cuyda led. mal eschaufer et dura une partie de l'année 1589, sur la fin de laquelle feurent pendus deux hommes convainceux de mètre la peste, lun desquels feust pendu hors la barre, l'autre à la place, et une femme feust aussy défaicte a la place et pendue un jour de vendredy 24° novambre dud. an, uzant de mesmes traitz, à laquelle on fit souffrir la flambe du feu ayant accordé (1) avoir layssécheoir defebves et du filet quelle avoitdesrobé à Lauresse du Sahuc filhie de Sahuc procureur dud. Caors, morte de peste le 3 septembre.
Sur les vespres, un jour de dimanche, au cartier de la barre, feust veue une comète des lieux circonvoysins dud. Caors, traynant une longue queue, d'un bout sembloit la teste d'un homme et se perdit entre une petite nuée rouge après ovoir esté veue par l'espace dun cart d'heure, et comme s'esvanouit fit un bruit comme un tonnerre en l'air. Le 19 octobre les hérétiques s'estant assemblés à S* Géry, en grand nombre, par force de gens aportarent un grange contre la cruze, où ils mirent feu pour fère
(1) Ayant avoué.
brusler les catholiques qui y estoint dedans (1). Le 24 dud. moys et an M. Cousserans print le chasteau d'Anglars (2). Le 29 desd. moys et an se mist a plouvoir incessement despuis led. jour qu'estoit dimanche jusques au mardy matni, n'ayant pleut longtemps auparavant estant le temps froict. En ce mesme moys Gérome Dadine, bourgeois, M"- Pierre Debrua. licencié, messire Anthoyne Carbonel, archidiacre de tournoys au lieu de son honcle, Anthoyne Regourd, s'en allarent à Montauban pour accords de la trêve entres les catholiques et hérétiques, mais ils n'avançarent rien car le tout feust pour néant, sinon despance au pays comme il advient souvent. En cette sayson le duc du Mayne avoit assiégé le roy de Navarre a Diepe (3). En ce mesme moys courent le bruict que à Limoges (4) auroit esté pendus plusieurs catholiques pour avoir vouleu trahir la ville, la mètre entre les mains des catholiques, estantz lad. ville soulz l'obeyssance du roy de Navarre, laquelle s'estoit randue à luy librement, à cause de la division que se fist en France longtemps auparavant, toutesfoys plus malheureuse en lad. année que devant car il advint du commencement d'ycelle que à Bloys (5) se fist une assamblée générale pour tenir les estats, où se trouvarent des principaulx de toutes les villes de France et de lad. ville de Caors s'y treuva M. de Caors nommé Anthoyne d'Hébrard de S' Suplice (6), et députés M. Jehan de Reganhac et
(1) Voici l'explication que nous croyons devoir donner comme étant celle qui convient à ce passage. Les hérétiques s'étant assemblés à St-Géry, en grand nombre portèrent une grange^ c'est-à-dire la paille, le foin, les herbages qui s'y trouvaient, contre une cruse : une cavité de rocher, une grotte (il y en a beaucoup dans cette localité), et mirent feu à ces choses pour faire brûler les catholiques qui vraisemblablement s'étaient cachés dans quelqu'une de ces grottes.
(2) Il existait deux châteaux d§ ce nom, l'un dans la commune d'Anglars, canton de Lacapelle-Marival, arrondissement de Figeac (Lot) ; l'autre dans la commune d'Anglars-Juillac, canton de Luzech, arrondissement de Cahors (Lot).
(3) Dieppe, chef-lieu d'arrondissement de la' Seine-Inférieure.
(4) Limoges, chef-lieu du département de la Haute-Vienne.
(5) Blois, chef-lieu d'arrondiss. du département du Loir-et-Cher.
(6) Antoine IV d'Hébrard de St-Sulpice, Evêque de Cahors de 1576 à 1600.
Paul de Lacroix, syndic, licencié et advoucat. En laquelle assamblée se fist une coniuration fort détestable contre les messieurs de Guyse, parceque M'' de Guyse et son frère le cardinal de Lorrene feurent tués thraistrement et malheureusement, par le roy Henri de Valoys, dernier de ce nom, roy de France, bien que led. roy eust faictes ses pasques avec eux et receu le corps précieux de notre sauveur et rédempteur Jésus Christ, avec promesse de foy jurée de leur estre tousiours amy fîdelle La mort desquels veneue et entendeu par la rayne mère dud. roy, moreut incontinent de mort soubdaine, et il pensoit fère encore un mélieur coup car il pensoit aussy fère tuer le duc du Mené frère desd. Guyses qui n'estoit en lad assamblée, mais ayant envoyé homme à la part où estoit led. duc pour fère lad. exécution, toutesfoys il faulsit à se fère par le vouloir de Dieu qui le saulva de la main d'un tel tiran. Et après led. meurtre sensuyvirent en France plusieurs maulx car led. duc avec M. d'Aumale assambla de son cousté tant de forces qu'il peult ramasser tant du costé d'Espaignie que d'ailheurs et s'asseura des villes qu'il peult pour les ranger de son party, entre autres d'Orléans (1), de Lion (2), de Tholoze (3), de Caors (4), Gen (5) et Roudés (6;, et dautres, mais le roy de Navarre de son cousté n'en fîst pas moings d'assembler plusieurs forces tant de faux catholiques que hérétiques, se covrant du masque de royal à cause dud-. roy tiran qui tenoit la main à toutes ses entrefaictes, de sorte qu'il eut aussi beaucoup de villes à son obeyssance comme led. Limoges (7), Bordeaux (8^ oiX^éommandoit M. de Matinion, mareschal, ayant avec luy les quatre mareschalz de France et plusieurs grandz personnages des plus apparantz, et plusieurs autres villes, occasion de ce lesquelles deux armées après s'escarmouchèrent en divers lieux où il y eut morts de toutes partz, et entre autres batailles en
(1) Orléans, chef-lieu du département (ki Loiret,
(2, Lyon, chef-lieu du département du Rhône.
(3* Toulouse, chef-lieu du département de la Haute-Garonne.
(4) Cahors, chef-lieu du département du Lot.
(5) Agen, chef-lieu du département de Lot-et-Garonne.
(6) Rodez, chef-lieu du département de l'Aveyron.
(7) Limoges, chef-lieu du département de la Haute-Vienne.
(8) Bordeaux, chef-lieu du département de la Gironde.
y eut une contre le roy tyran et contre son mignon d'Espernon, la compaignie desquels feust desfaicte et eux mis en fuite à leur grande confusion et ruyne, avec honte aussy de leur parti. Dud. murtre advinrent plusieurs maulx en France, mais contre ledit tiran à bon droict et justement suyvant la permission divine, car ayant esté délayssé de Dieu et de ses subietz il devint foui, punition certes divine car aussy auparavant il sembloit qu'il se voulsit moquer de Dieu et de son esglize^ parce que une foys il prenoit l'habit de cordelier, une autre foys de Jacoupin, et une autre foys de quelques autres ordres, ce qui se peut manifester à touz ses autres actes n'ayant jamays rien faict qui vaulsit sinon par dissimulation. Mais enfin Dieu tout puyssant le guerdonna de toutz ses loyers et selon ses démérites, car au moys d'aoust de lad. année 1589 le thraystre feust tué d'un coup de traquet (1) dans son vautre, mis par frère Clément^ jacoupin. Mais le pauvre Clément feust aussy murtry par les gardes du tiran à coups d'halebardes, et après bruslé et mis en cendre, et les cendres jetées au vent, ainsin qu'a esté despuys imprimé à Paris, et voyez quant à la fin dud. tiran et de frère Clément qui eut bien le cueur d'exécuter un tel faict pour la délivrance du peuple ce qu'il n'eust eu si n'eust été par la divine puissance, qui ne laysse rien impuny, que en fin par sa justice il ne venge. Mais pour tout cela la guerre ne print poinct fin ains feust plus terrible que cy devant, occasion que les royalistes suyvirent le party du roy de Navarre et d'Espernon et firent de grands efïorts contre le duc du Mené et ceulx de son party, prétandant ledit roy de Navarre à la couronne de France, toutes foys le cardinal de Bourbon, son honcle, feust esleu pour roy de France, lequel à cause de sa grande vielliesse, ne vesquit guières, et demeura le roj-aulme sans roy par l'espace de (2; ans.
A Caors, le 3 décembre an susdit 1589, ches Gurre, hoste, Jehan Ségala dict la Teule, verguier, audiencier vieulx, tumba du degré de la mayson dud. hoste qui se tua.
En ced. moys dud. an à la métérie de M. Joseph Darnis, licencié et advoucat, dud. Caors, filz d'Anthoyne Darnis, mangonier (3), ma-
(i; Traquet, petit poignard.
12; Eq blanc dans le manuscrit.
(3) Mangonnier : regrattier, revendeur, frippier.
rié avec une filie de M. Géraiid Derua, aussi advocat, en premières nopces^ et après print une filie de Tressange, prévost du sénéchal dud. Caors, ayant esté mariée à un nommé La Combe de Vers (1), qui feust tué par les hérétiques. Feurent prins six soldats et mesnés aud. Caors convaincus de fère mille ravaiges et voleries nocturnes soustenus par led. Darnis, contre lesquelz firent le procès verbal de lad. convention^ et contre led. Darnis, toutes foys led. Darnis n'eust poinct de mal parce que se tint absent dud. Caors, vint à Douelle (2)^ où en passant se dizoit juge du Sgr dud. lieu, lequel à cause desd. novelles l'en desmit, au lieu duquel feust mis M. Jehan Derua, licencié et advoucat, dud. Caors. Et advenu le 9 décembre dud. an feurent pandus troys desd. soldatz, aud. Caors, à la place de la Lenhie (3), devant les boucheries, avec un qui feust accuzé de mètre la peste et lesd. autres troys condampnés aux galères pour certains temps.
En la présante année feust eleu M. Géraud Vaxis, docteur régent pour consul de lad. ville, lequel invanta la dace (4), avec les autres consuls de lad. année et conseil de lad. ville M. Jehan Canceris, licencié estant aussy consul en ycelle année.
En lad. année décéda Charles de Bourbon, cardinal et roy de France, n'ayant régné que sinq ou six mois ou environ. Le roy de Navarre dressa de nouvelles forces tant d'hérétiques que de royalistes avec lesquels s'en alla assiéger Paris, estant le duc du Meine dedans ; où estant arrivé avec ses troupes mit le feu aux faux bourgz, mais du premier coup il feust repoulsé ; toutesfoys il se renforça plus fort et feut le sietge longuement devant lad. ville, ayant contraintz desia ceux de dedans se randre à son obéissance, causant la grande famine qui y estoit et la grandissime cherté des vivres, estantz presque contraintz se manger l'un l'autre ; s'il eu vouleu
(1) Vers, commune du cantoii de St-Géry, arrondissement de Cahors.
(2) Douelle, commune du canton de Luzech, arrond. de Cahors.
(3) Place au Bois, autrefois place des Petites Boucheries et aussi place aux Changes.
(4) Dace, impôt que payaient les vendeurs de vin, hôtes, cabaretiers.
estre catholique, ce qu'il ne voulsit jamais fère, et par ainsin se résoleurent toutz plustot de mourir que serandreàun second tiran. Mais Dieu qui ne laysse jamays les siens, leur envoya le duc de Nemours avec des forces d'Espaignie apportant tant de munitions de guerre que vivres pour l'entretiènement des personnes, et au contrayre la peste se mitz au camp dud. tiran, et par ce moyen lad. ville feust délivrée, n'ayant pourtant prins fin la guerre en France dud. an, estant occasion d'ycelle les vivres aud. Caors assés chers: se vandoit la pippe vin 25 L, la carte du bled froment 6 1. et 7 1., enfin la carte du sel 8 1., la livre mouton 5 soulz, la livre du bœuf 3 s. et le restant à l'équipolant.
En l'année susd. escripte feurent esleu le premier iour et l'an qu'estoit un mardy, pour consuls de Cahors du cartier de la barre
M. Plnier, Honoré de Barnaud docteur en cannon. M-- Cor-
bezier, licencié, M"- de la Vayssière, bourgeois^ M""
Mostolac, procureur. Du pont vieulx, M. de Rives, bourgeois, cap-
pitaine M' Dominici , M'' Rastelly , marchand ,
M'f Baudus appotiquère, Vaurs filz de M' Pierre Vaurs aussy
appotiquère.
Au commencement de lad. année le bled s'est vendeu à 6 1. la carte, la pippe vin 15 à 16 L, le sel 6 1. 5 s. 4 deniers, la livre mouton 3 s., la livre du bœuf et le reste à l'équipolant. Pour regard du caresme fist asses mal vivre parceque causant la guerre ne vint point de pesche aud. Caors, et se vandoit la livre huile d'olif 8 s., la livre l'huile de noix 5 soulz, les harangs un soûl les blancs 15 deniers les noirs, 2 s. la livre de la molue, 5 s. la livre de la porcine ^1) et 5 s. la livre du saulmon salé et de la livre des prunes de S' Antonin, et 2 liards les communes.
Le 8 mars dud. an feust blescé M. de Témines, beaufrére de M. de Caors, tenant le party des royalz, et par ce ennemy de Caors
(1) Porchine, espèce de bolet comestible. Le bolet est un cryptogame de la classe des champignons. Confit dans l'huile ou coupé par tranches et desséché, il est l'objet d'un commerce assez étendu dans les environs de Bordeaux.
ayant peu devant comploté luy et le sg-" de Cabrayretz lequel expressément se vint remetre à Rossilhiou (1) pour estre plus près de lad. ville, sçavoir est, avec Miquel la Planhie dict Pitou demeurant aux f^auxbourgz de La Barre, de surprandrelad. ville, ayant délibéré venir par eauedu costé delà rivière du Pal de nuict et se saysir après estre rentré de nuict dans la mayson dud. Pitou assés prés des muralies de lad. ville, des portes sur l'ouverture d'ycelles ; mais le mesme jour led. Pitou feust prins et le 13 mars dud. an à la place de la linhie (2) feust pandu luy ayant faict un peu soufrir la flambe du feu, et le lendemain du soir ensepvely au Trépadou, bien qu'il ait demandé d'être en terre saincte. Le 12 apvril dud. an entre 9 et 10 heures du soir jour de vendredy sainct, feust veue au ciel sur le milieu de la ville, une rougeur au milieu de laquelle y avoit une estoyle chevelue, et dura environ une heure.
Au moys de may an susd. feust publié à Caors certain règlement pour obvier au brigandage qui se fesoit sur les paysantz et bestail ne layssant aulcune beste en tout le pays qu'elle ne feust prinze et volée par force, nonobstant icelluy quelques uns feurent prins prisonniers y ayant du tout contrevenu et enmesné à Caors, le huictiesme feurent pandus ensemble à la place de la Conque en nombre sinq, estantz de Fontanes (3), Montdoumerc (4), ou de Laibenque (5), et feurent prins par le paysantz à Flaniac et par eux conduitz aud. Caors et poursuyvis jusques au gibet, soydizant toutesfoys catholiques, et de mesmes à Figeac (6), combien qu'ilz feussent hérétiques en firent pandre quatre de ceulx de leur party pour ne contrevenir aud. règlement.
Le 14 juing dud. an une fllhie de Charnier, lieutenant particulier au sietge présidial de Caors, mariée avec M^ Trassy procureur
(1) Au château de Roussillon, dans la commune de Maxou, canton de Catus, arrondissement de Cahors.
(2) Place au bois.
(3) Fontanes, commune du canton de Lalbenque, arrondissement de Cahors .
(4) Montdoumerc, commune du canton de Lalbenque, arrondissement de Cahors.
(5) Lalbenque, chef-lieu de canton, arrondissement de Cahors.
(6) Figeac, chef-lieu d'arrondissement du département du Lot.
pour le roy aud. Caors, natif de Figeac, décéda aud. Caors et feust ensepvelie aux Carmes ; femme fort lubrique et renommée pour telle entre celles de son temps, se prostituant avec grand et petit, estant aussy isseue de la tige de toute belle, mère de sa mère, concubine d'un nommé Bertrandy evesque lors dud. Caors, et en ced. temps led. Trassy achapta de M"" Ramond de Lesglize, prieur des Carmes, une mayson vis à vis dud. couvent laquelle il fist amplifier pour en fère sa residance.
Aud. moys de juing an susd. M. le Marquis fit battre, avec des canons qu'il avoit, Castelsagrat (1) tenant le parti des hérétiques et royalz mais il n'y entra point de ce coup.
Aud. moys se fit assemblée à St-Cirq (2) tant dun cousté que d'autre pour délibérer de la trêve, où se treuva M. de Caors lequel après icelle convenue vint aud. Caors le 28 dud. moys, au contentement du peuple ormis de quelques uns qui avoint mesdit de luy en son absence, occasion de quoy allarent devers M. le marquis de Vilars, lieutenant général en Guienne, lequel arriva aud. Caors en diligence le lundy premier .juillet dud. an ; à l'arrivée duquel se treuvarent plusieurs gentilshommes, entre lesquels M. de Cornisson sénéchal de Tolose, les messieurs de Roquefeuil, M. de Vertilhac et M. son frère sieur de Clermont, seigneurie de Quercy, ennemy capital de M. de Cahors, lequel avec plusieurs de la ville, se craignantz dud. sieur de Caors délibérarent de le fére morir ; mais luy estant adverty jeudy matin à deux heures après minuit du dict moys, accompaignié de vingt harquebusiers se retira a Mercués, n'ayant demeuré que six jours aud. Caors, pendant lesquels le jour de dimanche, troysiesme jour de son arrivée, bailla à plusieurs la confirmation, et le vendredy sinquiesme dud. moys led. sieur marquis, sans avoir voleu signer ni approuver lad. trêve ainsin que avoit esté arresté ains avec condition que se publieroit au nom du duc de Maine aud. Caors s'en retourna à Gen (3) ou pour lors faysoit sa principale retraite, et par ainsin la ville demeura
(1) Castelsagrat. —Arrondissement de Moissac. — (Tarn-et-Garonne).
(2) St-Cirq-Lapopie, commune du canton de St-Géry arrondissement de Cahors.
(3) A Agen.
en grande confusion. Le 6® iulliet an susdictz la trêve arrestée aud. St-Circ feust publiée dans Caors aux lieux accoustumés, et le lendemain 7 desd. moys et an les nouvelles vindrent aud. Caors que M. de IMatinion, mareschal de France royal, accompaignié des hérétiques somma les villes de Puylevesque (1) et Villefranche de Périgord (2), et le 8° iour augmentarent plus fort lesd. novelles et queled. Matinion enmesnoit sept pièces de canon pour batre lesd. villes, de sorte que les consuls de ladit. ville de Caors firent fermer toutes les boutiques aux artizans. Le unziesme iulliet an 1591 vindrent les nouvelles que led. Matinion avoit reculé mais ce ne feust que pour fère approcher ses forces estant le combat assigné à Domme (3), et advenant le unziesme iulliet dud. an M. le marquis arriva à Caors avec son train, où estant fit de la assembler toutes ses gens pour aller aud. Dôme trouver led. Matinion. EL led. iour le 14 iullet arrivarent deux pièces de canon avec une couleuvrine aud. Caors conduites par deux cens hommes à cheval et quatre cens hommes à pied, lesquels passarent du long de l'albarède et allarent entrer au pont neuf suyvant le chemin de l'isle à la Barre et à la Maladrerie et à Mercués faysant mille maulx par où ils passoint; ne layssoint rien sur terre de ce qu'il pouvoint piller mesme mirent feu à plusieurs gerbières de bled ; estant chef desd. troupes M. de Mauléon ; toutefoys M. le marquis ensemble les pièces demeurarent dans la ville sans sortir hors, et cependant M. de Matinion print la tour de Lentis (4), une place de Monsieur le sénéchal, le 16 juillet 1591, où feurent tués ou bruslés environ trente souldats par commandement dud. Matinion, et le 20 desd. moys et an sortit de bon matin M. de Mauléon dud. Caors pour aller treuver ledit Matinion estant à Domme. Le 20 iulliet M. de Castelnau de las Mirandes passa à Caors le long de l'albarède et et sortit par le pont neuf et alla coucher se soir à Boyssiéres (5) pour
(1) Puy-l'Evêque ch. 1. de cant. de l'arrondissement de Cahors.
(2) Villefranche-de-Belvès ch. 1. de cant du département de la Dordogne^ arrondissement de Sarlat.
(3) Domme, ch. 1. de cant. du département de la Dordogne arrondissement de Sarlat.
(4) Lantis, commune de Dégagnac.
(5) Boissières, commune du canton de Catus^ arrondissement de Cahors .
de là se iondre à l'armée de M. le marquis, emmenant deux centz maystres armés de toutes pièces et deux centz liargouletz (1). Le Le 26 desd. moys et an les nouvelles vindrent a Caors que St-Circ la Popie estoit prins de ceulx de la ligue,, le cliasteau qu'est du sieur de St-Suplice et l'esglise dud. St-Circ. Et le pénultièsme juillet après ceulx de la ligue quitarent le cliasteau et crestes (2) de Domme n'ayant de vivres dedans et le mirent entre les mains de M. de Matinion, ayantz leurs vies saulves sortirent hors couduitz par le cappitaine Giberzac de Périgord qui estoit dedans led. cliasteau, et tost après, led. Matinion s'en retorna et en enmesna toutes ses pièces avec la coulouvrine de Caors, qui feust prinze dans le cliasteau de DommC; layssant le gouvernement de lad. ville et chasteau au s'' de Messilhac comte de Rastinliiac qui tenoil le parti du roy et en tira Vivans avec grand rançon que pour certes avoit receue de Gordon, toutes foys avant s'en retorner print Montfaulcon et le cliasteau du Roc mais il ny fist aucun mal parceque quitarent librement du moingtz led. Montfaulcon sans y tirer aulcun coup de pièce, mais le Roc endura quarante coupz de canons paravant se randre et enfin se rendirent, occasion que le secours vint trop tard, ensemble la tour de Landis fust prinse par force à grandz coupz de canons estant icelle et led. Roc de M. de Clermont sénéchal de Quercy pour la ligue ; dans laquelle tour feurent enmesnés prisonniers 28 soldatz à Domme, desquels en feurent pandus de la main de bourreau 25, du nombre d'yceulx estoit un nommé Joantaud de Villesèque (3) de Caors, soldat. Toutz lesd. exploitz (4) et plusieurs
(1) Hargoulet, s'écrivait argoulet, arquebusier à cheval, sorte de chevaux-légers.
(2) Le haut des fortifications qui sont par crans ; crénaux.
(3) Villesèque, commune du canton de Luzech, arrondissement de Cahors.
(4) En 1592, une relation de tous ses combats et escarmouches, fut imprimée sous ce titre : Ce qui s'est passé en la deffaite de l'armée des sieurs Marquis de Villars, de Montpezat de Pompadour et autres gentilshommes tenans le party de la ligue faicte par M. le duc de Vantadour, pair de France, assisté du sieur de Thémine, de La Devèse, de Missillac, de Noailles, de Gourdou, de Baynat, de Vivans et autres gentilshommes serviteurs du Roy.
A Tours chez Jamet Mestayer, imprimeur ordinaire du Roy M.D.CXII,
aultres feurent faicts par led. Matinion ou ses gens à la veue de M. le marquis sans quil ozat donner dessus, ains fit la Cane (1) par tout ce pays auquel il fit grand dégâts de toutz vivres, de sorte que soubz le rant le bled se vandoit 4 1. la carte froment, et le cart du vin avant vandanges le bon 4 soubz, l'huyle de noix six soubz, riijie d'olif huict soubz, et ny eust guière de noix en lad. année 1591, ny de vin. Le 19 septembre le fort de St-Circ feust reprins par les hérétiques à l'appuy des Consulz dud. lieu, à laquelle prinse feust tué le cappi^aine Caveroc avec doutze de ses soldatz quil avoit dedans avec luy, sans que personne d'eux se mist en deffance ains se reposoint de tout à la sentinelle qui les trahit. Durant les vandanges aud. Caors les ennemys firent plusieurs courses jusques aux faux bourgz St-George, faysantz plusieurs maulx comme prenant prisonniers, en enmesnant ,beaucoup de bestial, renversant les charges par terre. Aux dicts moys et an le chasteau de Vailhiac (2) feust prins avec la dame dud. chasteau et aultres damoyselles. Au mesme moys dud. an les nouvelles vindrent aud. Caors que le prince de Nemours avoit prins Orlhac (3) ville capitale d'Auvernhie tenant pour les royalz, et sommée Villefranche de rouergue (4) tenant le party des royalz n'ayant fait aulcun mal a ceux qui se rendoint librement à son obeyssance, y laissant pourtant garnyzon de ses gens d'armes. M. le marquis par le pays de Montcuq (5) fit quiter quelques pettits fortz avec une petite pièce qu'il print de celles qu'il avait enmesnées de Toulouze à Cahors et avec une aultre qu'il en enmesna de Moyssac. En mesme temps on tint conseil a Caors de rappeler M. de Caors aud. Caors, mais quelques uns de lad. ville ne s'y accordarent point, dont ce tout le monde
— petit in-8°. La date a été mal imprimée, la véritable est 1592, — un X a été omis après le premier millésime M. D.
(1) Faire la canne. — Faire le poltron, se sauver précipitamment.
(2) Vaillac, commune du canton de Labastide-Murat, arrondissement de Gourdon. Les écuries seules du château de ce lieu pouvaient renfermer 500 chevaux.
(3, Aurillac, chef-liea du département du Cantal.
(4) VilUefranche du Rouergue, chef-lieu d'arrondissement du département de l'Aveyron.
(5) Montcuq, chef-lieu de canton de l'arrondissement de Cahors.
demeura en grande confusion et divorce. Durant ceste sayson courent le bruit que le roy de Navarre étoit mort. Le second octobre 1591 les deux pièces que M. le Marquis avoit layssées a Caors feurent enmesnées à Puylaroque (1) y estant les gens dud. Marquis devant pour le prendre, estant prinse la citadelle par ceux de son parti, et toute la ville, tenant l'esglise seulement les ennemys, laquelle feust bientôt prinse comme le restant et le tout randu à l'obeyssance dud. Marquis, le vendredy X^e octobre an susd. A laquelle prinze feurent tués M. de Vertilhac frère du sénéchal de Quercy nommé Guyon de Clermond, et un soldat nommé des Carriolz, notaire de Montpezat, et certains aultres tant tués que blessés, et du costé des ennemys en feurent aussy tués tant par le faict de la guerre que de la main du bourreau plusieurs, et plusieurs aultres rançonnés ou échappés par fuite ; mais la Vernede gouverneur de Puylaroque feust sauvé par le moyen des barons de Roquefeuil, quant à M. de Vertilhac son corps feust apporté a Caors à la mayson de Jérosme Dadine du pont neuf, où estant feust regreté de beaucoup de gens, ayant esté vailliant homme aux armes, et feust ensepvelly fort honorablement au moustier. Aultres exploitz de guerre ne feurent faictz pour lors par M. le marquis, ains s'en retourna à Cahors sesiourner layssant les pièces à Puylaroque. En ce temps coureu le bruit que le roy de Navarre avoit faict mourir le duc de Soyssons et levoit gens avec le vicomte ^ de Turenne. Le 19 octobre dudit an descéda messire Anthoyne de Regourd, archidiacre de Tournois et chanoyne au moustier de . Caors, ayant renoncé led. archidiaconat et chanoinie et ses biens à messire Anthoyne Carbonel son nepveu, fils d'une siesne sœur de Gigouzac [2), un an au paravant ou environ, et feust ensepvely le 'i 20 dud. moys au cimetière de la Daurade avec grand pompe funèbre et grande magnificence ; estant de l'âge de quatre-vingtz ans ou envyron lors de son décès. Le 25 novembre 1591 moureust Montbru, fort riche homme, ayant marié une sienne fille avec le
(1) Puylaroque, commune de Montpezat arrondissement de Montauban (Tarn-et-Garonne).
(2) Gigouzac. — Commune du canton de Catus, arrondissement de Cahors. j
filzdeM. Blanc conseillier, auquel il donna quinze mille livres, et resta encore vingt mille livres de vaillant pour un sien nepveu qu'il institua son héritier, parce que moureust sans enfans. Environ la fin du mois d'octobre dernier le marquis fist enmesner trois canons et une petite pièce de Puylaroque aud. Caors, ensemble un canon que les hérétiques dud. Puylaroque avoint fait fère lequel il donna avec lad. petite pièce à lad. ville de Cahors; et après avoir séjorné aud. Caors par l'espace de quinze jours s'en alla avec trois canons accompanié de mille à doutze cents hommes, tant de pied que de cheval, ioindre avec l'armée de M. de Montpezat, son frère, et M. de Ponpedou, et tira droict à Monfaulcon tenant le party du roy de Navarre ; toutes foys entre la Bastide Fortunière (1) et Gousdou (2) il feust escarmouche par les enbusches que M. de Thémines, Vivans, Laforce, et aultres chefs royalz luy firent, dont il perdiz tant de pied que de cheval environ cent hommes, sans qu'ilz eussent aulcun moyen de se deffandre et led. marquis se saulva à la fuite dans led. chasteau de Goudou, et en brief arrivarent lesd. Montpezat et Ponpedou que feust cause que toulz joinctz ensemble eurent Montfaucon et plusieurs autres forts ; mais enfin s'estant joinctz avec les susd. royalz le filz de M. Matinion, et Messilhiac, comte deRastinhac, tout près de Roque Amadour en une plaine dicte alz Alis (3), firent une grande despesche des gens dud. marquis ; environ six cens hommes demeurarent sur la place, de sorte que led. marquis se retira plus viste que le pas au chasteau de Clermon (4), ayant délessées ses pièces aud. Roquamadour, et son frère en son governement de Périgord, et quant à Ponpedou,-le bruit coureust qu'il estoit mort par poyson. Et ayant esté led. marquis mins en déroute s'achemina avec dix hommes à cheval aud. Caors le 28 novembre 1591, et ceulx qui se peurent saulver à la fuite vmdrent l'un après l'autre toutz dévarizés(5) dans
(1) Labastide-Fortunière^ aujourd'hui Labastide- Murât, chef-lieu de canton de l'arrondissement de Gourdon.
i2) Goudou. — Village de la commune de Labastide-Murat.
(3) Aux Alix. — Hameau commune de Rocamadopr.
^4) Situé probablement, près du hameau de Clairmont, commune de Concorès, canton de St-Germain (Lot)>
(5) Dévalisés.
Caors prenantz chascun le chemin de son paj's comme ils pouvoint, malcontans de leur voyage. Et quelques gentilshommes restantz de lad. defaicto se retirarent à Payrac (1) les Gordon, pour se sauver de la furie de leurs ennemys, et pour soy rafraîchir du travail passé ; mais ne tarda guière quilz fourent prins dans led. chasteau ; et en fin eschaparent par rançon. Et ce pendant M. le marquis alla de rechef donner ordre à recouvrer de nouvelles forces pour avoir sa revanche des ennemys. Pour ce fère engagea Aiguillion (2), une siesne place, à M. de Gastelnau des Mirandas, pour six vingtz mille livres, lequel si tost qu'il eust ramassé gens print un chasteau près
de Gen (3) nommé ( ) (4), et près de Moissac; Castelsagrat, la
Capello et autres fortz, toutesfoys par surprinze et sans canons. Pour lors aussy vindrent des novelles' à Caors que Carcassonne (5) avoit esté surprinz par ceulx de la ligue, à la faveur d'un prebtre renié (6) qui les avoit mis dedans. Après cela faict qu'estoit environ la fin de décembre dud. an y eut quelque entreprinze de ceulx de la ligue contre Bordeaux, et au contrayre des royalistes et hérétiques contre Paris ; mais rien ne vint a effaict. Et vindrent pourtant en mesme temps novelles assurées de la mort de la royne d'Angleterre, famme fort cruelle, ayant en son vivant faict descouler la royne d'Ecosse, crestiesne, et fesait mourir tout les jours beaucoup de crestiens ; et moureut sans lignée n'ayant esté mariée. A Cahors déslors les .vivres estoint chers : la carte de bled estoit de sinq livres ; la pippe du vin à vingt sinq ; la livre du mouton sinq soulz 4 deniers ; la livre du bœuf et du pourquet (7) 8 soulz ; la chair salée 4 soulz ; la livre l'huyle d'olif 8 soulz ; la livre huile de noix sinq soulz la livre et six soûls en aulcune boutiques ; 4 soulz le boysseau de chastaignies ; 8 soulz le boysseau du sel ; 3 livres la carte du milliet.
(1) Payrac, chef-lieu de canton de l'arrondissement de Gourdon.
(2) Aiguillon. — Chef-lieu de canton du département du Lot-et- Garonne arrondissement d'Agen.
(3) Près d'Agen.
(4) En blanc dans le manuscrit.
(5) Carcassonne, chef-lieu du département de l'Aude.
(6) Renié. — Trompeur, déloyal.
(7) Non patois du porc.
Quelques sept ou huict jours devant nouel fist un terrible vend estant le temps clair et serain, et mesmes le jour de nouel fît beau temps, clair, sans poinct de froict, accompaignie seulement dud. vend, et le second de mesmes. Le 3" jour questoit un vendredy feust beau et un peu plus froid que les autres, n'estant le vend si terrible. Le sapmedy matin y eut beaucoup d'aubière, occasion de quoy le temps se changea environ midi d'ycelluy jour et feut un peu nébuleux et obscur plus que les précédents^ accompaignie toutesfoys de froydure et verglas n'ayant le soleil aud. jour grand force ny vigueur. Le dimanche négea durant icelluy jour et feust le lundy la terre coverte de nôge et gelée par dessus, tellement qu'en ces d. jours fit aspre froict et vand froict, et feust clair sur le midy et un peu tempéré du froit, et la nuict ensuyvant négea et feust le mardy la terre toute coverte de nège et icelluy jour fit froit et feust obscur et nébuleux et gela. Le mercredy de mesme. Le jeudy feust plus tempéré du froict occasion de quoy la nége qu'avoit duré jusques aud. jour se fondit. Le vendredy feust froict et clair. Le sapmedy aussy. Le dimanche clair sur le matin mais après s'obscurcit,
« L'esté passé moreut la famme de M. Floyras, dict de Monclaro près de la rivière de Belaye (1), grande uzurière et moureut sans maladie, et feut treuvée après sa mort coverte de poulx pardessus le vizaige, accoustrement après estre ensepvelie ne feust treuvée au tombeau (2) . »
1592 an bissextil
Au commencement de janvier de l'an bissextil 1592 M. Jehan de Reganhiac, licencié et advoucat fameux de Caors, sindic du collège de Pélegry et de messieurs du chapitre dud. Caors, "et juge de la temporalité de M. Anthoyne d'Ebrard de St-Suplice, evesque et comte de Caors, décéda aud. Caors et feust ensepvely à St-Pierre, et lors feust la fin des troys frères estant mort l'ayné M. Anthoyne de Reganhiac, licentié et advoucat fameux, sindic du pays, quelque •
(1) Belaye, — commune du canton de Luzech, arrondissement de Cahors.
(2) Ce passage entre guillemets se trouve en note dans le manuscrit.
peu de temps après la reddition de la présante ville ; et M. Pierre Reganhiac, m*^, bourgeois, quelques ans ou environ avant led. M. Jehan ; ayant toutz troys esté souvent consulz dud. Caors en leur vivant^ et vescu en grande et superbe magnificence, fort riches, oppulentz durant leur vie, ayant layssé l'ai né un enfant qu'il eust de madame de Lafage dicte d'Arnaldy sa femme en seconde nopces et une fîlhie de sa première femme qu'avoit esté fllhie de Pâlot de Gordon ; maria sad. fîlhie long temps devant son décès avec M. Paul de La Croix, licencié et advoucat, auquel bailla Testât de scindic du pays. Mais parceque du commencement que les royalz commençarent se joindre avec les hérétiques led. de la Croix s'estant retiré avec M. Jehan de Reganhiac dernier, décéda, au Bas (1), où se tenoit led. sgr evesque. Vitalis Fabry, advocat du roy, usurpa led. estât de scindic. Led. M. Jehan Reganhiac eut une fîlhie de sa première femme qu'avait esté fîlhie du lieutenant principal Roldes, et de sa seconde femme fîlhie du trésorier Lacoste, en eut troys ou quatre ; quant à Pierre eust deux femmes.
En janvier, les Consuls de l'année présente feurent esleus a Caors, du cartier de la Barre: M. Pierre Bodosquier, bourgeoys, Durand, Carcavy, licencié, Ramond Bressanges notaire et procureur, Durand Massip procureur. Du Pont vieulx : Jehan Durand,
borgeoys, Louys Rastelly vieulx, marchand, Blanc
marchand, Roussel procureur.
Après la deffaicte du marquis il se retira a Gen, où estant recovra de nouvelles forces ; mais en brief feurent defifaites, dont il demeura longtemps après à en recovrer et ne se parla plus de choses qu'il eust faicte. Toutesfoys en ce d. temps coureut le bruit que quelque peuble s'estoit assemblé environ dix à doutze mille personnes conduitz par M. de Commanges et aultres chefz, ayant faictz certains articles quils envoyarent au parlement de Thoulouze par lesquelz entre autres poinctz ils ne vouloint recognoistre qu'un roy et payer à ycelluy la taillie, et leur seigneur seulement auquel vouloint payer la rante, pourveu qu'il les gardât de leurs ennemis, i:^e voulantz obtempérer à aultres seigneurs ny gentilshommes, ny payer tant de subcides ; et vouloint fére la guerre à leurs despens
(1) A Albas.
pour la liberté de leur pays désirantz aller contre ceulx qui les Youldroint empescher de ce fère.
Dès le commencement de febvrier dud. an le fils de syre Pierre Minard, bourgeoys dud. Caors, ayant desrobé un fort beau cheval de valeur de mille escus, s'ala randre avec les hérétiques et faysoit la guerre avec eux contre la ville de Caors. Pour lors M. de Joyeuse fît quelques exploitz d'armes au pays de Languedoc, et print un chasteau nommé Miramont, où il tua toutz les hérétiques de dedans,, et aultres fortz qu'il mit à son obeyssance.
Au commencement de décembre dernier, à Caors^ on commença fère un canon qui feust faict en febvrier ensemble un mousle pour fère une coulovrine.
En ycelluy temps on fit une cloche du pois de six a sept quintal pour l'esglise de St-Urcize, de laquelle feurent parrin et marrine M. Anthoyne Sournou, bourgeoys de Cahors, et Madame de Minard, à laquelle impousarent le nom clominus tecum et chasse peste, et commença à sonnerlepremier de mars, jour de dimanche.
En yceulx moys de janvier, febvrier et mars, fist assez bon vivre comme devant car n'augmentarent les vivres aulcunement que au pris que dessus; et feust le moys de janvier fort froict, et febvrier plus; mars inconstant tantost froict tantost vend pluyes et parfoys soleil; occasion de quoy feust un peu plus tempéré que les précédentz ; mais à cause que le 6 dud. moys de mars jour de vendredy à la place de la conque dud. Caors, avoit esté exécuté un murtrier et homicide qui avoit tué un gentilhomme nommé M. de la Treyne, et après le lendemain trayné par le M« exécuteur dans ia rivière, pleut beaucoup et dura assez long temps ; le peuple présuppozoit cella en estre cause de la pluye que faysoit pour lors.
Au commencement de mars feust faict bruit que le sietge des hérétiques estoit devant Rouan (1), et qu'il avoit esté levé par l'esfort et poursuite du duc du Mayne et du filz de M. de Guizes, chefs de la ligue, où le roy de Navarre et led. s"" de Guize avoint esté blécés, et le conte Pallatin mort, avec plusieurs aultres tant d'un parti que d'aultre. Toutesfoys la place estoit demeurée à ceux de la ligue^ occasion de la venue du duc de Parme, lieutenaat du
(1) Rouen, grande ville de France chef-lieu du département de la Seine Inférieure.
roy d'Espaignie. Le 10 mars an que dessus messire Jehan la Porte prebtre, fort vieulx, décéda et feust ensepvely à sa paroysse de St-Urcize de Caors.
Le 12 mars causant la grande abondance de pluye que tomboit incessamment^ la rivière de lolt sortit de rive et feust fort enflée et rouge comme sang.
Aud. commencement de mars M' de Thémines arriva à Montauban pour tenir les estatz des hérétiques, et firent trêve autour dud. Montauban touchant ceulx quy n'apportoint poinct d'armes, et pour le bestail à labouraige.
Le 13 mars an susdit 1592, entre 4 et 5 heures du soir, la lune estant retornée et novelle, led.jourma sœur Catherine du Pouget vesve de feu M. Jehan Hugonenc, s'accoucha d'une filhie, laquelle feust baptizée a St-Urcize, son parrin feust M. Jehan Canceris, licencié et advoucat, mon cousin germain, et marrine Benoiste de Vannelly, ma sœur utérine et ma filieule, mariée avec sire Anthoyne Buysson, marchant^ du nom de laquelle feust aussy appelée au baptesme lad. filhie.
Le 19 mars dud. an environ la minuict, les huguenotz hérétiques en nombre dix à doutze feurent aux faux bourgz St-George dud. Caors, où pousarent le pétard à la porte de la mayson de Joseph Jacot, vieulx hoste dud. St-Georges ; estant led. pétard de boys, joigniant lad. mayson avec le couvent dud. St-Georges et avec le pontet et ruysseau que passe par dessoubz, et vindrent led. hérétiques de la part (1) dud. ruysseau et misrent led. pétard à la petite porte de dernier (2) par laquelle on entroit dans un petit verger, et e.stantz entrés dedans, à force de pouldre ou feu mirent le feu au quatre coins de lad. mayson laquelle se brusla de fons en comble et ne y eult rien de dedans quy se peult .saulver, estantz fort pleine y ayant neuf à dix lictz, beaucoup de lard, force boys sec, et estant presque la plus grande partie d'ycelle bastie de boys, de sorte que feust bien tost arse et mize en cendre, orniis les murailhies qui sont demeurées pour indices. Et croy quilz eussent mis le feu à aultres maysons, sans la diligence de M. de Rives accompaignié de ses soldatz, ou de messieurs les consulz de Caors et des habitantz quy
(1) Du cùté.
(2) De derrière.
sortyrent et les misrent en fuyte. Occasion duquel tumulte toute la ville feust en alarme et sonnarent le toquesein avec la grande cloche du horologe du moustier (1) comme si la ville eut esté du tout prinze des hérétiques, entre lesquels on y recogneut un Limonhiet, un Laguinelle, un serviteur du Basquoul, le filz de Minard ; M. del Gros qui les conduisoit vouloit mal audit Jacot, parcequ'à la prinze de Puylaroque led. Jacot avoit achapté des lictz de plume appartenant aud. del Gros, d'où vint sa malice comme est dict.
Le 20 mars ceulx de Roussilhiou feurent jusques au près de la porte de la Barre, toutz armés de toutes pièces, pour prendre quelcun des habitantz de la ville ou aultres silz eussent peu, mais grâces a Dieu ilz ne peurent venire au but de leur déçaing et entreprinzes.
Le 22 mars M. Pierre de Ghomier, licencié, filz puysné de défunct Ghomier lieutenant particulier de Gaors, décéda aud. Gaors led. jour dimanche des rameaux et feust ensepvely à Soubirous, et fit héritier de sa légitime et des biens adventifz vaillantz cinq cens éscus ou environ, le filz ayné de M. Roquet conseillier général, aux biens paternels. M. Mafre de Ghomier, aussy licencié, son frère, luy succéda, parceque leur père les avoit subtitués l'un après l'aultre s'ilz mourroint sens enfans légitimes ce que advint dud. Pierre car il ne feust poinct marié et avoit esté mon compaignion d'estude.
Le mesme jour aud. Gaors le bruit coureust que deux colovrines et un canon estoit sorti de Montauban pour aller a la Françoyse (2^ avec grand nombre de gens, soubz la conduite de M' de Thémines estant pour lors aud. Montauban.
En ce mesme moys M. Adine bourgeois, et M. Derua advoucat, estantz allés à Montauban comme députés de la ville de Gaors pour traicter de la tresve, s'en retornarent sans rien fère.
Le 24 mars veille de nostre-Dame, seur l'heure de souper, les hérétiques de Roussilhou estant vingt de nombre ou envyron, vindrent jusques aux portes de la barre, traversantz par vignies et champs, tuantz et meurtrissantz toutz ceux quils rencontroint tant
(1) Moustier, église cathédrale.
(2) La Française, chef-lieu de canton de l'arrondissement de Montauban (Tarn-et-Garonne).
par lesd. vignies ou ailleurs, en venant aucl. Caors ou en s'en retornant par le chemin de la maladrerie (1) tirant à Mercués, tellement que dura led. massacre despuis lad. maladrerie jusques à la borde de Glandières (2), et y feurent tués tant de vignerons que aultres ou blécés en nombre quinze à seitze, entre lesquelz feust tué dans sa vignie qu'il avoit prés lad. maladrerie^ Géraud des Combetz, filz de Vidal, charpantier, faysant les cartons et boysseaux ; Jehan Broal dict de l'azé ; Anthoyne Faux dict l'espaigniol, vigneron ; un nommé St. Peyre, et un aultrc dict lou Rouge, soldatz. Et blécé Pierre Marty dit Chapt, de la main d'un sien nepveu de St-Géry, et plusieurs aultres tant tués que blécés; et à mesme heure feurent aussy d'aultres hérétiques du cousté du pont vieulx, jusques al trépadou, et ne se passoit guière jours qu'ilz no feussent d'un Cartier ou d'aultre de lad. ville.
Mais Dieu par sa bonté divine nous envoya comme par miracle le jour de feste nostre Dame, 25 mars, ce bon Sgr M. de Clermon de Loudève, filz de M. de Clermon, qu'avoist esté sénéchal et governeur du pays de Quercy en son vivant, lequel feust tué proditoyrement parce qu'il faysoit fort bien la guerre aux hérétiques. Lequelz Sgr. filz, venant en ses cartiers led. jour et feste entre le Vert (3) et Pelacoys (4), fist despéches d'un bon nombre de ses pandartz hérétiques de Roussilou, comme par vengence divine du meurtre des povres iunocentz qu'avoint esté tués le jour précédant par lesd. hérétiques dud. Roussilhou, et pour montrer que led. Sgr y aloit d'un bon zelle en vray chrestien et catholique : que pleust a Dieu qu'ainsin fissent tous les gentilshommes qui se dizent catholiques; poursuivit teste nue le plus meschant de toulz nommé la Guimelle, filz de Jehan Pinède, sergent verguier de Caors, lequel se sauiva ayant mis pied à terre en un costal (5) où y avoit
(1) La maladrerie était située au delà des fortifications. dans le voisinage du cimetière actuel de Cahors.
(2) Englandières, métairie située sur la rive droite du Lot presque vis à vis Pradines.
(3) Le Vert, hameau commune d'Ussel, canton de St-Germain arrondissement de Gourdon.
(4) Pelacoy, village, commune de Francoulès, canton de Catus arrondissement de Cahors.
(5) Penchant d'une montagne, d'une colline en patois coustal.
quelque vignie fort droicte et penchant en bas, où led. Sgr ne peult aller à cause que son cheval estoit lasse et ne se feusse peu tenir par led. costal en descendant.
Dès lors que M. de Themines estoit a Montauban il fît plusieurs exploitz de guerre a l'advantaige des hérétiques^ car il print plusieurs fortz détenus par les catholiques et en fît mourir plusieurs parcequ'ils les eut à grandz coups de canons, car ils ne se voulsirent jamays randre que se ne fust à grand force d'armes ; et estant sur les festes de pasques se retira pour quelques jours, causant la venue de M. de Cornisson qu'estoit pour la ligue, lequel avoit assemblé gens pour luy ester les pièces.
Le 26 mars, à Luzech, périt par eaue une pleine nacelle de gens povresallantscueiliirraumosneauchasteaudeCays(l)parcequeledjour le sieur dud. chasteau a accoustumé fère aumosne généralle à toutz les povres qui se présentent devant led. chasteau, et cest led. jeudy sainct qu'estoit led. jour en lad, année 1592.
Le 27« jour de mars, vandredi, sainct commença à plovoir et pleust pendant ycelluy jour, le sapmedy et le jour de pasques quelque pluye menue accompaignié d'un grand et terrible vent pendant lesd. jours ; mais le lundy flst beau soleil, toutesfoys la pluye des jours précédantz n'estoit guière malicieuse nonobstantz le dire d'aulcuns qui disent : quant pleust le jour de pasques le bien de la terre diminue. Et toute la nuict ensuyvante du lundy pleust aussy quelque pluye, non par trop véhémente accompaignié de vent. Presque la plupart du moys d'apvril (2), ormis quelques jours que fit soleil.
Apres les festes de pasques led. Themines feust plus furieux que devant contre ceulx de la ligue, ayant de rechef tirés les canons de Montauban pour batre les fortz des catholiques et en print dix à doutze fortz chasteaux ou villages du cartier dud. Montauban, après lequel exploit se retira à son gouvernement de Domme.
Au commencement d'apvril vindrent les noveiles que le roy de Navarre avoit de rechef assiétgé Rouan, sachant que le duc de
(1) Château de Caix, près du village de ce nom, commune de Luzech.
(2) Dans cette ligne qui se trouve intercallée entre deux autres l'auteur a omis de mettre après le mot avril ; il tomba aussi de la pluie.
Parmes estoit occupé en Flandres pour la révolte des Flammans lesquelz séstoint révoltés à luy.
Le 16 apvril an susd. vindrent à Caors des bouesmes(l) qui firent plusieurs affrontz, dont en feurentfaictz prisonniers certains d'yceulx et menés à l'officialat, et ne feurent guière bien venus en lad. ville, occasion de grandz troubles causés par la guerre, de sorte qu'ils feurent soubsonés de trahyson pour aultant que quelques jours avant la prinze de lad. ville, lesd. bouesmes entrarent et vagouaint autour d'ycelle par les villages circonvoysins, et en feurent recongnus à la prinze d'j-celle quelques unz ; par ainsi ne peult estre sans cause sy on s'en doute car l'astuce des ennemys est fort subtile lorsquilz veulent faire quelques meschanceté. Et mesme que peu auparavant on avoit cntandu que M. de Malleville, grand m* d'ostel de M. de Caors, se tenant au Bas (2), avoit dressées quelques trouppes tant de gens à pied que à cheval, ne sachant son deçain ni entreprinze se craigniant toutefoys qu'il eut quelque beau faict à exécuter avec l'ayde de M. de Thémines, beau frère dudit Sgr de Caors, estant led. Malleville homme fort ingénieux.
La pluye dura tout le moys d'apvril et jusques au 9«jour dumoys de may^ dont lolt s'enfla, mais pourtant le bled ne se vendit que 4 livres la carte froment pour lors ; et la mixiture 3 livres 10 soulz ; et le vin 10 deniers la pauque et un soûl le meilleur ; le sel 20 soulz le carton ; la chair de mouton 3 soulz 4 deniers la livre, et 3 s. 4 d. du bœuf; et le restant comme dessus : huile de noix 6 à 7 soulz la livre, et 5 à 6 soulz la livre huile d'olif ; 5 soulz la livre de fromage de forme (1^.
Au commencement de may courent quelque bruit de paix ou trêve généralle^ et en attendant feust à Caors publié quelque règlement touchant le laboriage et trafique et pour le bestial, mais cella ne tint guière car de chaque part feust prins bestail.
Le 13 dud. moys, M. Raymond de Montvert, conseillier, ayant obtenu du parlement de Thoulouse Testât de feu M. Jehan la Coste,
(1) Des Bohémiens.
(2) A Albas.
(3) Fromage d'Auvergne qui a conservé ce nom dans beaucoup de pays où il se vend.
lieutenant principal de Caors, fllz lecl. la Coste d'un hoste de Caors nommé Bégot, qu'avoit esté de Villefranche de Rouer-ge. Le mesme jour led. Montvert se présenta au chasteau et consistoyre d'ycelluy pour estre receu et installé aud. estât, mais toute la cour s'y opposa et ne le voulsirent recepvoir^ pour aultant qu'ilz avoint délibéré après le décès dud. la Coste, toutz ensemble, de laisser vacans toutz les estatz que vaqueroint durant l'nterrègne et jusques qu'il y auroit un roy catholique au lieu du dernier décédé Henry de Valloys ; à laquelle délibération avoit esté présents et obtempérant ycelluy Montvert. Toutesfoys quelques temps après en secret et au deceu des aultres, par ambition et sans estre nommé ny esleu, fist poursuite dud. estât combien que il ne feust pas le plus vieulx conseillier auquel led. estât debvoit appartenir, et pençoit led. Montvert jouyr dud. estât paysiblement et fère pourvoir du sien un nommé Sainct-Daunés de Chasteauneuf des vaux en Quercy ; mais il n'advança guière nonobstant toutes ses protestations, car il feust contrainct descendre du sietge et s'en retourna à sa maison. Auquel sietge personne ne luy acista tandis quil y demeura, ainz estoint toutz assemblés a la chambre du conseil d'où le mendarent venir par Rieusal, huchier, mais se craigniant de sa personne ne y alla poinct ains se retira tout seul.
Le 14 may 1592 M. Ramondy, dict des Arques, chanoyne officiai, archiprebtre de Luzech. evesque portatif de Loudève^ décéda dans Caors, ayant demeuré envyron un an malade dans son lict, de paralysie, et le 15 feust ensepvely au moustier dud. Caors. Le corps duquel les frères pénitentiers en vouloint apporter à St- Jacques, le voulant prendre du moustier, mais ne leur feust permis de ceux du cuœur du moustier, par ainsin s'en retornarent toutz masqués comme estoint venus.
Le 19 maj 1592 M. ( ) (1) Caulet, éagé de quatre vingtz ans
ou environ, et pour les festes de pentecoste, alivrateur des taillies et compaignion de Cosme Cappolade, décéda et feust ensepvely aux Cordeliers, et n'avoit guère qu'il avoit esté veu marcher par les rues lors qu'il décéda ainsin qu'on disoit. En son lieu d'alivrateur feust mis Géraud Durand, marchand chausatier, exacteur des
(1) En blanc dans le manuscrit.
deniers royaulx l'an 1591, lequel qiiicta led. office en l'an 1592 a Pierre Salviac.
Le 30 may 1592 le prébendier Devèse décéda et feust ensepvely au moustier, homme petit et gros, de quatre vingtz an eagé ou envyron.
Sur la fin de may, les hérétiques ayantz entreprins sur la ville de Thoulouze, en feurent deffaictz un gèand nombre par le duc de Joyeuse.
En mesmes temps en feurent deffaictz desd. hérétiques troys centz ou plus a Périgus (1), voulant surprendre la ville par trahyson laquelle feust découverte par le thraystre qui leur avoit promis quy avoit intelligence avec eux de lad. ville.
Peu auparavant le roy de Navarre avoit esté deffaict au sietge de Roan par le duc de Parmes^ son camp levé bien que longtemps le sietge eut demeuré devant sans rien fere et par plusieurs et diverses foys à la sollicitation de M. de Vivans son premier M« de camp, et luy mis en fuite a Diepe, ses canons prins et tout son bagaige, tellement qu'enfin la place demeura au duc de Parme ou à ses gens et feust combateu tant par mer que par terre.
Le 6 juingjour de sapmedy, de matin, an sud. 1592, les larrons hérétiques estantz sortis de Tournon (2), en grand nombre tant à pied que à cheval, ceux de cheval allarent courir la campaignie jusques près de Caors, et ceux de pied demeurarent par les villages en enmesnant tout le bestial qu'ils pouvoint rencontrer, de quoy advertis ceux de St-Vincens (3), Luzech (4), Trevays (5) et aultres lieux circonvoysins, les suyvirent jusques à Senac (6) où ils en prindrent en nombre vingt et un, lesquels vouloint conduire à Caors, mais sachant la venue de ceux de cheval les tuarent toutz près Sels et les jettarent danc un fossé près le pas des Badailhac
(1) Périgueux. — Chef-lieu du département de la Dordogne.
(2) Tournon, chef-lieu de canton de l'arrondissement de Villeneuvesur-Lot (Lot-et-Garonne).
(3) Luzech. — Chef-lieu de canton de l'arrondissement de Cahors.
(4) St-Vincent-Rive-d'Olt, commune du canton de Luzech.
(5) Trebaix. — Village, commune de Villesèque, canton de Luzech.
(6) Cénac. — Village, commune d'Albas, canton de Luzech.
près dud. village de Selz (1) en allant à Parnac (2), et près le bord de la rivière de lolt.
Le 10 juing dud. an, les hérétiques de Caussade vindrent jusques au pont de St-George de Caors fère une course, estantz 30 ou envyron à cheval, bien armés, lesquels en s'en retornant prindrent toutz ceux qu'ils rencontrarent et feurent suyvis tant des habitantz que soldatz de la ville, demy lieue de Caors, à pied n'ayantz eu loysir prendre monture, mais ils ne les peurent ataindre parceque ilz estoint montés et avoint l'advantaige.
M. le duc de Joyeuse pendant led. moys. fit sortir les canons de Thoulouze et print Montbequy (3), Mauzac (4) et aultres fortz et fit beaucoup de dégast aux bledz près de Montauban, et peu s'en faulsit qu'il ne print led. Montauban, ayant intelligence avec quelques uns de dedans et mesme avec le cappitaine de Montbequy quyestoitsorty dud. fortsoubz se prétexte, lequel debvoitjouer le feu, mais feust descouvert à son grand intérest de sa personne et aultres qui luy tenoint la main à sa d. entreprinse parcequilz feurent tués sur le champ une partie, etl'aultre partie par justice, dont il y eust un grand désordre.
Le 5 juillet dud. an M"- le marquis entra sur l'heure de six heures du soir jour de dimanche dans Caors avec 300 chevaux ou envyron et aultant de gens à pied qui tenoint la campanhie, mais bien tost après recularent pour retourner au camp dud. Sgr de Joyeuze, qui continuoit plus fort sa baterie contre les fortz des hérétiques.
A Caors, le 10 juillet 1592, la trêve générale feust publiée en audiance a 3 heures après mydy au chasteau royal assistantz M. le Marquis, M. le Juge-mage, conseilhiers, advoucat du roy et consulz, avec plusieurs aultres, où M^ Juge-mage triompha en l'arangue quil fist pour la louange de la trêve et dud. Sgr le marquis, ensemble M. l'advocat du roy Fabry. Laquelle avoit esté envoyée par M. de Mathinion, maréchal de France, estant y celle pour toute la Guienne et pour toutes sortes de gens, excepté gens de guerre ;
(1) Gels, village commune de Parnac, canton de Luzech.
(2) Parnac, commune du canton de Luzech.
(3) Montbequy, arrondissement de Castelsarrasin, Tarn-et-Garonne.
(4) Mauzac, arrondissement de Muret, Haute-Garonne.
mais ne feust de grande durée pour aultant que les gens d'armes ne se peurent contenir de desrober bestail à l'accoustumée.
Le 14 julliet dud. an led. Sgr marquis s'en retorna à Moyssac avec ses gens, sans fère aulcun exploict de guerre.
En ceste saison M. le duc de Jo\'euse, ayant assiégé Villemur (1) détenue par les hérétiques, M. de Thèmines donna dessus son armée de telle furie quil luy fist à toute force laysser une colovrine dans les fossés de lad. ville ; mais ne larda guiére que led. sieur de Joyeuse luy randit la pareilhie, lequel par fainctize ayant levé le camp de devant lad. ville s'en alla loing de là à dix lieues avec diligence, quoy voyant led. Thèmines assemblas à 4 mille hommes lesquels prins en partie de ceux des Pernon (2), non qu'il y feust, et le restant des aultres fortz hérétiques, avec lesquelz sortit 3 canons de Montauban por aller assalir quelques fortz des catholiques. De quoy adverty led. Sgr de Joyeuse, marcha toute '\a nuict avec plus grande diligence que devant, et vint droict au camp hérétique où il arriva à la pointe du jour, desquesls il deffit led. jour 19 julliet, envyron six cents et acquit sur eux les susd. canons, atalage et munition, vivres, armes, chevaux, et tout ce qu'ils avoint apporté pour cet exploict, à laquelle deffaicte estoint les soldats de Cahors conduictz par M. de Montbel vaillant capitaine, bien que à lad. entreprinze ne feussent que quinze cens hommes du costé de M. de Joyeuse, et envyron 4 mille des hérétiques. Led. Thèmines feust contrainct s'enfouyr avec honte tout en pourpoint, à pied, dans Montauban, avec plusieurs de ses gens, où il feust fort mal reccogneu des premiers hérétiques, du bien qu'il leur avoit faict auparavant, car ilz luy dirent plusieurs iniures, parceque dud. Montauban estoint demeurés sur la place, aud. conflict, cent ou plus, et envyron aultant de prisonniers. Et encore feurent deffaict par led. duc de Joyeuse des hérétiques conduitz par led. Thèmines, en s'en
(1) Villemur, chef-lieu de canton du département de la Haute- Garonne, arrondissement de Toulouse.
(2) Sans doute Epernon, bourg, commune de Maintenon arrondissement de Chartres (Eure-et-Loin à moins que l'écrivain n'ait voulu dire que ledit Thèmines, prit une partie des troupes que commandait le duc d'Epernon qui était à cette époque gouverneur de la Provence. Cette dernière supposition nous parait le plus probable.
allant vers Tholoze, environ quatre vingtz, lesquelz se pensoint revancher de leur première perte suyvirent led. duc à leur grand préjudice, et enfin led. duc avec led. sieur marquis, le 26 juillet arrivarent dans Tholoze sains et sauves.
En ses entrefaictes que M. de Joyeuse estoit auprès de Montauban, la garnison de Caors y estant allée comme est dict, et le lendemain que M. le marquis s'en fesut party, le Gros, hérétique larron, avec trois vingtz de ses complices vintjusquesau Trépadou, que estoit le 20 juillet dud. an, lequel en son chemin treuva plusieurs tant de Caors que d'autres lieux^ toutz lesquels il mesna prisonnier à Caussade, entre lesquelz M. Bernard Magny notaire, et son filz dud. Caors. Toutesfoys laissarent aller le filz, et le père se rançonna gratuytement, ayant donné charge à son filz luy vandre de ses biens jusques à 20 escus, à quoy il avoit pactizé. Ensemble à ce coup prindrent Pierre Gasc, lequel ne voulsit entandre à payer rançon se fiant de certains hérétiques ses parantz, lesquelz ne peurent empêcher qu'il ne feust mis en une basse fosse. En mesnarent avec eux plusieurs bestes entre aultres 150 moutons d'Anthoyne le bouchier, dict le Machou demeurant petites boucheries dud. 'Caors, dont personne ne fit compte de les suyvre pour aultant qu'il n'y avoit dans !ad ville que les habitantz d'ycelle seulement.
Le pénultiesme juillet dud. an, jour de jeudy, du soir après soupper, les fondeurs de pièces ayant treynés la colovrine neufve par eux faicte, pour essayer, jusques à la Croix tirant au pont de Valendres, chargée de 15 à 16 livres de poudre d'harquebuze, se creva et rompit par le bout, dont feust nécessayre ycelle sier et y aiouster le bout rompeu, ce qu'ilz firent et après l'essayèrent et alla fort bien et feust estimée très bonne, ensemble le canon feust trouvé bon après avoir esté essayé et ne bougea aulcunement ains demeura tousiours d'un estre tant la fin que le commencement.
Sur la fin dud. moys de juillet moureust M. de Viran et feust apporté à Viran et ensepvely au commencement d'aoust dud. an
M. Anthoyne d'Hugonis^ licentié et advoucat, et docteur en décret, décéda en lizant un livre dans sa mayson, sans qu'il eust failly un seul jour de sortir dehors sad. mayson et cheminer par les rues, ayant attaint l'eage de quatre vingtz ans ou envyron, homme de
bien, un jour de dimanche après disner, 4 jour d'octobre 1592, et le 5 octobre feust ensepvely et enhumé à St-Urcize, sa paroysse, qu'est devant sad. mayson en laqu'elle feurentffaictes ses obsèques et funéraillies n'ayant sur la fin de ses jours beaucoup de moyens.
Au lieu du Bas (1), le 7 8'^" 1592, M. de Caors fit pandre un homme quy avoit esté consent à la mort de M. Anglars, leur ayant tenu l'eschelle pour fère entrer dedans les meurtriers quy le tuarent.
Au moys de 7^""% envyron vendanges, moureust mademoyselle de Galecye (2), famme fort thrézorizante, ayant caché en la ville de Caors, dans une cheminée, dans la mayson de M. Estienne Foiras, licencié, beau filz de noble Jehan du Rieu, cappitaine, liuict à neuf mille livres que feurent descouvertes par un chambrière lors de la prinse d'ycelle ville, et baillées au vicomte de Gordon, parceque entre deux cappitaines hérétiques eurent débat et querelle ensemble du partage dud. argent, ausquelz premièrement lad. chambrière l'avoit descouvert, et n'en eurent chascun que cent livres, et succéda à lad. damoyselle M. de Bouziés (3) frère de son mary décédé avant ycelle.
Le 12 8^" 1592, moureust Brenguier Montaudier, marchand de Cahors, dans sa mayson de lad. ville et feust ensevely a Sainct Maurice (4), sa paroysse, lequel avoit esté consul deux ou troy foys dud. Caors, premier du quartier du pont vieulx, et jcelluy avoit demeuré longtemps malade ayant en susd. maladie, vandeu une grande partie de ses biens pour se fère servir ou s'entretenir, et mesme une boutique de dessoulz sa mayson que lui achepta Jehan Jullia, dict Garric, marchant, et une belle pièce de terre avec une vignie joignantz où il y avoit une mayson située près les faux bourgz St-George, devers main gauche en tirant au couvent, que lui achepta son beau filz nommé la Fon, marchand, demeurant près du pont neuf.
(1) Albas.
(2) Galessie est le nom d'un hameau de la commune d'Arcambal, canton de Cahors.
(3) Bouziès et le nom d'une commune du canton de St-Géry, arrondissement de Cahors.
(4) St-Maurice était une des nombreuses paroisses qui existaient alors dans la ville de Cahors, elle était située près de la halle actuelle de cette ville.
En la présente année, n'y a poinct eu guiére de vin en plusieurs endroictz, toutesfoys assez compétement en d'aultres. Tout ainsin que l'année précédante se vandant le vieulx pour lors sinq liardz la pauque et le nouveau 8 deniers tournois, que revient à 20 livres la pippe. De bled y eut compétement, se vendant après la récolte 3 pvres la carte et 4 livres, après vendanges ; mais ne s'en trouvoint en lad, année qui ne feussent chargés d'iiyvroye à cause des grandes pluyes précédentes sur la sayson printanière que feurent cause toutesfoys que en ycelle année y eut grande abondance de milhiet (1) partout.
Le 11 octobre an susd. le fîlz de M. Genin, grand momeux (2), print en mariage la fîlhie aynée de feu Picamil, licencié; espozarent à St-Urcisse led. jour de dimanche mais parceque led. Genin avoit eus les escus de Ducung de Figeac il fit grand train d'hostellerie à Caors et bailla à sond. fîlz beaucoup d'argent pour liquider les biens dud. Picamil duquel argent feust mariée la grande fllhie dud. Picamil à un nommé Recordet ; au moyen de quoy, led. Genin feust avecsad. famme héritier en seul des biens dud. Picamil lequel estoit décédé quelques ans auparavant, ensemble sa famme ne ayant délayssé aslcun enfant masle sinon lesd. deux fîlhies, estant la famme dud. filz de M. Genin enseinte de ses œuvres lorqu'il l'espouza.
Aud. moys d'octobre M. le duc de Joyeuse tenant assietgée Villemur, occupée des hérétiques, ayant tenu le camp longtemps, devant avec grandes forces de gens et d'artileries, feust occis avec plusieurs de ses gens et noyé dans la rivière de tar (3) par M, de Messilhiac dict le comte Rastinhiac et M. de Thémines chefz des trouppes hérétiques, et le camp levé de devant Villemur et sinq pièces de canons ostées, deux desquelles feurent conduictes a Montauban par ceulx de lad. ville, et les aultres deux à Dôme par led. Thémines, et l'aultre en enmesna à Orlhiac (4) qu'est en son gouvernement led. Rastinhiac.
(1) Maïs ou blé de Turquie.
(2) Momeux par môme qui signirîait moqueur.
(3) Tarn, rivière qui prend sa source dans les monts de la Lozère, passe dans le département du Tarn et dans celui de Tarnet-Garonne et se jette dans la Garonne.
(4) Aurillac. — Cantal.
Sur la fin dud. moys vindrent les nouvelles à Cahors que le filz plus jeune de M. Jehan de la Molayrete (1) sirurgien avoit tué son frère l'ayné proditoyrement, estant sorty de dernier un degrés de sa mayson ayant eu différant seulement d'une charretée de fians (2).
An susd. moys d'octobre décéda la femme de M. Vaxis, docteur régent, à Gordon, y estant allée visiter ses parantz, duquel lieu elle était issue, et feust fort regretée de sond. mary, ayant délayssé plusieurs enfants ou fîlhies et estoit à regreter parce qu'estoit belle famme, sage, vertueuse et mesnagère.
Le 22 novembre 1592, jour de dimanche, à Caors, la famme et parantz de M. Jehan de Reganhiac licencié dernier décédé fit le bout de l'an dud. Reganhiac, bien qu'il n'eust pas atteint l'an de son décès, lequel estoit en janvier, mais feust avancé parcequ'on dizoit qu'elle se vouloit remarier estant fort jeusne encore.
Le 15 décembre décéda à Caors M. Michel Bressanges, prebtre perpétuel du collège de Roudès (3), recteur de la Chapelle de Caors et de St-Maurice dud. Caors, homme de grands moyens, ayant bruit d'avoir beaucoup d'argent; au bien duquel succédarent M. Michel Bressanges licencié, et Ramond Bressanges procureur, ses nepveus, et feust ensepvely à Soubirous, parceque moureut à sa mayson qu'est près lad. églize ; auquel feurent faictes grand pompes funèbres, accompagniées ses obsèques de deux ou troys consulz, estantz lors led. Raymond, consul de lad. ville, et du cartier de la Barre, et de plusieurs aultres personnages tant hommes que fammes tant de sa parenté que aultres.
Après le décès dud. Bressanges, Vidal des Combets, secrétaire de M. de Caors, obtint de pur don, dud. Sgr, le bénéfice de la Chapelle, bien qu'il feust marié avec la filhie de la vesve de feu Durand Tauran, procureur, nonobstant la renonciation faicte par led. Bressanges in caria romaiia.
Le 22 décembre 1592, à Cciors, du soir entre 8 et 9 heures quelques uns vindrent heurter la porte de M. Paul de la Croix docteur et advocat, dizant son beau frère M. Bellud, estre tombé du degrect
(1) Lamolayrette, village, commune de Flaugnac canton de Castelnau Montratier.
(2) Charelte de fumier.
(3) De RodèSj un des collèges qui existaient alors â Cahors.
ds samayson, lequel s'étoit rompu une jambe, auxd quelles parole?, bien que feussent vaynes, adjoutant foy, led. la Croix descendit et ouvrit la porte de sa maison dans laquelleaussy tost qu'il eust ouvert entrarent quelques uns incognus bouchés (1) de leurs manteaux, quy esteignirent la lumière qu'il portoit et l'envelopparent de leurs manteaux, le traynant par force hors de sa mayson avec grandz coups de basions et d'éspées, tellement que s'il n'eust eschappé de leur mains, comme il fit. et après se cacha dans le porche de Frau qu'il treuva ouvert, on l'eut tué ; auquel laict accoureurent gens de toutes partz pour prendre ceux qui l'avoint entreprins, et feust prins un povrc valet qui apportoit le falot pour leur fere lumière, et feust toute la ville en alarme ; dont le lendemain coureut le bruit que c'estoit Cassan, Florens, et Pons filz, de M. Pons dict Valenty, conseiller de lad. ville estantz en nombre sept ou environ, occasion que led. la Croix n'auroit vouleu consentir au mariage dud. Cassan avec la filhie de feu M. Reganhiac, licencié, dernier décédé, ayant la dite filhie d'adot (2) neuf mille livres, estant toutesfoys ycelle affiancée avec led. Cassan.
Le iour de noël, 25 décembre 1592, estoitun vendredy, iour obscur estant nébuleux et la terre couverte de nège ayant négé auparavant et fit un bon froit. Estoint les vivres un peu chers, se vandant 5 livres la carte du froment ; 20 livres lapippe du bon vin, qu'estoit à raison de 8 deniers la pauque, le meilheur, à pot et à pinte ; 3 soulz la livre du bœufs, 5 soulz quatre deniers la livre du monton ; 10 soulz la livre de l'huyle d'olif, et 6 soulz celluy de noix.
Mutation donnée et accordée l'an 1593.
Le premier iour de lan 1593, feurent esleus consulz de Caors, de la Barre : M. Géraud Vaxis, docteur régent; Jehan Delom, licencié ; Pierre Pons, et Faiamot recepveur des décimes ; (en blanc) Dablanc, gendre de (en blanc) de Fabry, quant vivoit dud. Caors, led. Dablanc procureur et greffier. Du pont vieulx : Michel Bressanges,
(1) Pour cachés par leur manteaux.
{2} De dot.
licencié; Pierre Gasc, licencié, fils du premier ; François Bismes, procureur; Bertrand Béraldy, bourgeoys.
Le 2 dud. an, moureust à Caors, madame de Rams, fort riche^ paroisse de la Daurade, et feust ensepvelie aud. couvent.
Le 4 janvier an susd. les sud. consuls arrantarent les esmolumentz de lad. ville.
En la présent année vindrent à Caors, et en janvier, les novelles de la mort du duc de Parmes, ayant l'aigle pour ses armoyries, dont Nostredamus grand astrologue, parlant de luy pour la délivrance de Paris assiégé par le roy de Navarre dit : l'aigle viendra pour Paris désoler.
Au mesme temps aussy, feust dict que M. de Lissan, cappitaine de Blaye (1), fit morir six cens angloys et mit en fuite le demeurant ayant entreprins d'assiéger lad. ville, devant laquelle s'estoint desia campés sous l'ayde et faveur de M. de Matinion, cappitaine de Bordeaux et gouverneur pour les royalistes ; après laquelle deffaicte se retira de rechef dans Bourdeaux.
Le 16 janvier 1593, un bonhomme vieulx, nommé Marachou, eagé de cent ans ou plus, iour de sapmedy sur le vespre décéda, aud. Caors, ayant demeuré dans son lit malade par l'espace de six a sept sepmaines ; homme povre, mendiant son pain .sa vie durant, n'ayant qu'une maysonnette un peu mubléeet une vignie, desquels biens feust héritière sa filhie unique nommée Tounielle, laquelle l'avoit servy toute sa vie sans qu'elle se voulsit jamais marier, estant lors dud. décès eagée de 45 ans ou plus, et feust ensepvely au cimetière de St-Urcize.
Le 17 ianvier 1593, feste St-Anthoyne, entre 10 et 11 heures du soir, la vesve ae Jacques Dellong, frère de Anthonin argentier de Caors, grande putain, s'estant accouchée d'une filhie qu'elle avoit eue dun filz de M. Bernard Magny notaire, quy demeuroit serviteur avec elle, luy faysant valoir sa botique despuys le décès desond. mary, et supposant led. Magny la vouloir espouser luy fit longtemps après grandes caresses, mais voyant qu'elle n'avançait rien en fiança un autre nommé le fils de Darde charpentier, avec l'intelli-
(1) Blaye, ville maritime de France, chef-lieu d'arrondissement et de canton dd département de la Gironde.
gence duquel led. jour an et heure que dessus ayant faict venir led. fîlz de Magnj- pour coucher avec elle dans sa mayson, feust blécé d'un coup d'espée à travers les cuisses par sond. fiancé quy les treuva sur le faict et elle feust blécée sur une épaule d'un coup déspée, quoy nonobstant elle feust mesnée en prison chés Trompeté et sond. fiancé s'enfouyt hors lad. ville et ne tarda guiêre que led. Magny décéda (ce mot a été effacé).
Le 22 desd. moys et an, feste de St-Vincentz, le fils de M. Gasc conseilher, le plus petit, blessa d'une arquebusade chargée de drageons sa cousine de Chomier, famme de M. Pierre Pons de Fageamot, ne pensant que la saluer seulement en faysant son tour par la ville avec les aultres enfants de la ville comme est la coutume de fère tel iour, par la Jeunesse, après leurs mestres et pédagogues.
A Caors, en lad. sayson, je ne sçay par quel désastre ou malheur, à cause de la guerre que permet toute sorte de larrecin, le monde se licentia en telle sorte qu'il ne passoit jour ou nuict que quelqu'un ne fict plaincte d'avoir esté desrobé, pilhié ou sacaigé, ne craigniantz rien de ce fère. Ains de iour, un nommé Rouel desroba a la bladerie^ le lendemain de St-Anthoyne jour de foire, une carte d'avoyne que feust treuvée en sa mayson, et luy mesné à l'officialat ; mais ne se faysoit justice que par argent, dont grandz maulx en ensuyvoint et estoint fréquentz lesd. larrecins dans lad. ville, plus que jamays ne feurent en paix parmy les grandes foretz, non sans cause sommes punis de la main de Dieu justement.
Au commencement de ianvier dud. an Belaye (1) et Floyras ^2) feurent prises à la foys par M. de la Lande, et del Volve hérétique.
Le 25 ianvier an susd., M. Montpezat arriva à Caors pour fère de nouvelles impositions, quel bruit qu'on fit de fère tresve ou accord avec ceux de party contraire, mais ne demeura guiôre aud. Caors ains s'en retorna n'ayant vouleu obtempérer à ses decoins, et feust la tresve conclue et arrestée avant fère aulcune imposition, et
(1) Bélaye, commune du canton de Luzech, arrondissement de Caliors .
(2) Floyras château situé dans la commune de Bélaye.
nonobstant le refus qu'en faysoint aulcuns de lad. ville dont la teneur est selon les articles suyvantz (1).
1. Articles de la tresve et cessation d'armes par les dépputés du pays de Quercy, pour tous led. pays et séneschaussée soubz l'autorité des chefz et gouverneurs d'ycellc d'un party et d'autre, que sobz le bon playsir de messieurs les lieutenantz principaulx dud. pays de Guyenne.
2. Estât de le tresve avec suspention d'armes, cessation de toute hostilité, pour tout led. pays et séneschaussée, pour un an entier despuys le 15 du présent moys jusqu'au 14 dud. moys de febvrier de l'année prochaine 1591 inclusivement. Pendant lequel temps ne sera rien attempté ny entreprins sur aulcunes villes places et lieux dud. pays soit par force ouverte, entreprinzes ou aultres menées, ne sera permis aux susd. villes, lieulx, chasteaux et villaiges, prendre aultre party que celluy quilz tiennent à présant.
3. Est permis par lad. tresve à toutes personnes de quelque qualité qu'ilz soint indéferrament d'aller, venir, sesiouner librement, négocier leurs affayres, où bon leur semblera, alieurs toutesfoys qu'en villes et lieux clos du contrayre party, sy ce n'est par la permission et voulonté des chefs^ consulz, administrateurs, et aultres, ayantz charges dans lesd. ville et lieux.
4. Pareillement est arresté que ne porront fère ny prandre aulcunz prisonniers de quelque qualité qu'ilz soint, ny courir sur aulcun bestial gros ny menu, en quelque sorte que ce soit.
5. Toutes personnes indifférament tant ecclésiastiques, nobles et aultres, jouyront paisiblement leurs fruictz, rantes, debtes et revenus où ils les ayent, estantz en lieux ouvertz et plats pays, et par leurs fermiers recepveurs et procureurs seulement, esd. villes et fortz, en porront disposer et contracter tant en propriété que fruitz ainsin que parle droict commun en toutes fassons en manières qui leur plaira, et transporter lesd. fruitz ou bon leur semblera, encora qu'ilz passent par les lieux du party contraire, sans que pour quelque cause ou prétexte que soit ne puissent estre troublés ny empcscliés, en payant toutefoys les décimes, taillies, rantes et
(Ij Cet accord est une pièce très importante pour notre histoire locale.
aultres ordinaires droictz et debvoirs aiixquelz lesd. biens porront estre subjectz ou cotisés, délayssant au cas qu'ils treuveroint leurs terres semées, le droict de culture et semance accoustumée à ceulx qui l'auront faicte et fornie.
6. Est la trafique et le commerce librement permise tant par eaue que par terre soit en montant et en descendant, et ne sera possible d'empescher le passage es lieux du contrayre party ny pour la commerce imposer et exiger d'aultres subsides que les aultres péages et leudes.
7. Toutz prisonniers faictz d'un party et d'autre et toute prinze de bestail de quelle nature que ce soit^ et de tout aultre chose, faicte despuys le premier du présant moys de febvrier, le tout s'il est en nature sera eslargi et randu et sinon la légitime valeur ; n'estant permis en rien exiger sobz quelque prétexte, cause, ny occasion que ce soit, que pour la despance et la nourriture seulement, la taxe et modération de laquelle sera faicte par le juge et consulz des lieux où lesd. prisonniers et bestail sera détenu.
8. Et pour toutz aultres prisonniers faitz auparavant led. jour premier febvrier, contre les règlements militaires, comme prebtres, religieux et aultres hommes ecclesiatiques, paysantz, laboreurs, artisantz, enfans au dessoubz de 14 ans, et aultres comprins aud. rèlgement comme toute prinze de bestail faicte auparavant led. iour premier de febvrier, se treuvant en nature, sera le tout eslargi et n'en pourra estre rien exigé pour leur prinze ou détention soit par voie de ranson, garde, ny aultrement fors que la despence taxée et modérée comme dessus.
9. Et où il seroit rien faict au contraire, soit pour le regard des personnes, villes, chasteaux, lieux et bestail de quelque nature que ce soit, et liberté du commerce, sera le tout réparé et remys, les infracteurs punis et châtiés prévotalement et sans rémission ny connivence, sans qu'on puysse user de revanche, représaillie, voye de faict ny d'authorité privée.
10. Et pour faciliter d'aultant plus les conventions dud. article, punition desd. infracteurs et contreveneurs, seront par les seigneurs des Etatz du pays, ordonnés deux magistratz ou prévotz un pour chascun party, pour procéder à la capture et punition desd. infrac teurSj pour yceulx admesner et conduire es main de la justice du party intéressé, pour estre avec les commissères estantz esleus
pour l'observation des présantz articles, ou l'un deux, procédé à lad. condamnation et punition, et ne porront yceulx infracteurs esire retirés ny favorizés par aulcunes villes ny fortz du party contraire, ains seront saysis par les gouverneurs, cappitaines, magistratz et consulz d'ycelles, pour estre mis es mains desd. magistratz et prévotz, à peine en cas de connivence d'en répondre en leur propre et privé nom.
11. Répondront aussy en leur nom, tant les consulz que aultres ayantz commandement des villes et lieux dont lesd. infracteurs seront sortis et où ilz se retireront, des prinzes de personnes, bestail, marchandizes, valeur d'ycelle et aultres intéretz souffertz en cas quils conivene et prene, remettront lesd. infracteurs es mains desd. magistratz et prévostz incontinent après la première sommation à eux ou un d'eux demeurera faicte, et en indemniseront les intéresseurs, voire pour le regard desd. prisonniers, répondront l'un envers l'aultre du retournement d'yceulx à lad. première sommation.
12. Pour éviter les inconvénientzqu'adviennent ordinèrement sur la levée et payement des taillies et aultres impositions, et pour aultant soulager le peuple, le béluage d) dud. pays a esté également et par moytié party et divisé selon le despartement sur ce faicl, suyvant lequel seront les impositions faictespar les seigneurs des estatz sans que aulcunes communes mandes prétexte ny occasion aulcune le despartement de l'un soit chargé ny cotizé pour aultre, le tout prendront lad* tresve et sans conséquence ny approbation pour plus longtemps de lad. division et partage.
13. La levée de toutz les arreyrages et restes des deniers respectivement imposés aud. pays auparavant le premier de l'an 1592, sursoyera durant le temps de lad. tresve comme les deniers que ont esté despuys le premier de ianvier 1590, que font deux années baillées par descharges par les recepveurs en acquitz et payement
(1) Autrefoys les communes étaient divisées en feu bellugue. Le feu était une certaine étendue de terre ou de maisons, et il était divisé en cent belugucs, mot qui veut dire étincelle.
Il y avait certain impôt par feu ou belugue, et cet impôt était nommé bclaagc.
aux assignés pour les sommes à eux cleues et ordonnées pourlesd. 2 années et charges d'ycelles et non d'aultres, dontlesd. recepveurs ont desia compte aud. pays que leur a alloué lesd. payementz, lesquels deniers ainsin deschargé pourront estre levés par lesd. parties assignées sur ce belluage, baillée par le despartement du party dont les assignés sont, et en ce qui concerne les impositions faictes en lad. année 1592 sera la levé d'ycelle continuée par lesd. recepveurs au plus grand soulagement du peuple que fere se porra sur lesd. feus du despartement à eux baillié tant seulement et où se trouveront que les gens que demeureront par led. despartement à chacun desd. parties, il en y eust qu'eussent payé sa cote imposition à un seul desd. parties afin de ne charger led. bien de double pretation, et ne payer que un seul sera payé, lesd. recepveurs faict estatz et choix d'aultres lieux du nombre de ceulx qui n'auront encore fait payement à l'un ny àl'aultre desd. parties, pour sur yceulx estre levée lad. cote deue du reste, au profit dud. parti que n'aura receu payement. Pour fere la vérification et choix desquels lieux les susd. recepveurs respectivement s'assembleront dans et au cas ne se trouveront y avoir aulcun desd. lieux pour en estre faict led. clioix sera lad. cote estaincte et ouverte pour ycelluy à qui auroit esté bailliée.
14. Les règlementz anciens faictz par les seigneurs des Estatz sur la levée des impositions et exécution des contrainctes, seront observés et entretenus par interdit aux recepveurs du pays fére exécuter lesd. contrainctes sur le bestail de labouraige, utylz aratoyres, ny contre aultre personne que les juratz, consulz et exacteurs des villes, paroysses et communaultées cotizées ; sera aussy interdit auxd. recepveurs descrivantz baillier payement aulcun en papier ou descharges, ains se fére lesd. payementz en deniers à mesure de la levée desd. impositions et suyvant toutesfoys l'ordre prescrit et ordonné par lesd. seigneurs des Estatz ausd. payementz, et por le regard des deschanges desia baillées, seront les parties arrestées pour ycelle eslargir de l'arrest où ils sont à présent détenues, sauf aux assignés la poursuite contre les consulz ou exacteurs en la forme susd.
15. Est accordé un moys avant le terme de lad, tresve escheu d'un party et d'aultre se donneront avis de la rupture ou prorogation d'ycelle.
16. Et pour observation plus grande des présents articles et punition des infracteurs d'yceulx, seront esleusdépputés et commissères du party et d'aultre de qualité requise dans huictaine, et avec yceulx ou l'un d'eux estre procédé à lad. vérification desd. contravention, réprobation dycelles et punition des coulpables par la justice du ressort où ils seront ou auront délinqué.
17. Et où les commissères magistratz ou prevotz, par l'ordre de iustice, ne poront faire remettre au premier estât les villes et lieux contre lesquelz auroit esté attempté, et fère réparer toutes aultres contreventions aux présentz articles, a esté accordé qu'en dict et faict les gouverneurs desd. parties employèrent les forces dud. pays et ycelles s'y besoing est ioindront ensemble pour la réparation et remize.
18. Promettent et s'obligent les dépputés desd. parties de porsuyvre les seigneurs et governeurs dud. pays, l'approbation et authorisation des présentz articles, et à c'est effaict délégueront devers lesd. seigneurs pour les en supplier et rapporteront lad. authorisation dans pour estre lesd. articles leus publiés en toutes les villes et lieux dud. pays affin que nul n'en prétende ignorance.
19. S'obligent aussy lesd. partis respectivement, de procurer effectuellement envers leurs chefz governeurs et supérieurs, de fère en sorte que les governeurs des provinces et sénéchaussées comme du Languedoc, Agenoys, Rouergue, Périgort et aultres, ne permetront qu'en leurs governementz et séneschaussées soint faictes courses en ce pays ny aultrement contreveneutz à l'observation de ses présentz articles, et en retireront à cest effect promesse et asseurancerequizeet nécessayrepour l'entretenemunt d'yceulx.
Faict et arresté en la ville de Chasteau neuf des Vaulx (1) le 18 de febvrier 1593.
Le pénultiesme febvrier iourde sapmedy dud. an feust publiée a Caors la tresve selon les susd. articles.
Le 7 mars an susd. Villefranche de Périgord (2) feust prinze par
(1) Castelnau-de-Montratier^ autrefois nommé Castelnau des Vaux.
(2) Villefranche-de-Belvès.
ceulx de la ligue, conduitz des cappitaines Gibersac et Calvayrac, avec lesquelz s'alla ioindre M. de Montpezat estant por lors aud. Caors, ayant pris dud. Caors 4 centz hommes tant à pied qu'à cheval ou envyron, lesquelz il avoit ramassés pour aller quérir les pièces à Roquemadour, mais leur voyage feust diverty (1) pour ceste foys et feust Villefranche razée, la pluspart par feu. Et de là s'en retorna à Cahors led. Sgr de Montpezat avec ses gens qui firent beaucoup de maulx aux environs de lad. ville, après lequel retour tindrent les Estatz aud. Caors pour fère les impositions accoutumées, où estoint les dépputés d'un party et d'aultre.
Le 28 mars 1593 feust faict le bout d'an à St-Maurice de feu M. Picamil licencié et advoucat.
Le 29, iour de lundy^ desd. moys et an, feurent pandûs à la place commune troys larrons de la terre et juridiction de St-Pol (2), estantz treuvés à desrober certain bestail à la borde de Rau (3j près la Bastide-Marnhac^ où estant auroint tué un petit enfant. A la porsuyte dud. Rau, l'un nommé le Pauras, conducteur des aultres larrons, l'aultre Péchaudie lequel en se pensant garantir d'estre prins par la justice eust une cuysse couppée^ l'aultre Méric dict lou Soysse, filz de Guilhaume Méric dict Bastine, qui feust tué par les hérétiques quelque an au paravant.
Au mesme temps M. de Montpezat estoit a la Bastide-Fortunière (4) où fit brusler plusieurs maysons ensemble tuer quelques uns dud. lieu, et pillier led. village en vengence de la deffaicte de M. le marquis son frère.
Le 4 apvril 1593 à Cahors, une famme demeurant au pont neuf à la mayson de M. Ramelly, ayant caché un enfant ou filhie, feust descouverte par un chien qui descovrit le lieu où l'avoit mis et en mangea une partie, et feust prinze par la justice, et la créature
(1) Diverti, détourné, changé.
(2) St-Paul-Labouffie, commune du canton de Castelnau de-Montratier, arrondissement de Cahors.
(3) Raux, hameau, commune de Labastide-Marnhac.
(4) Labastide-Fortunière, ou plus exactement FoHanière était le nom de Labastide, avant qu'on ne lui ait donné celui de Labastide- Murat. C'est un chef-lieu de canton de l'arrondissement de Gourdon.
treuvée soubz le degrés de lad. mayson, et après questionée accorda l'avoir faicte de son filiastre.
Ce 16 apvril 1593 M« Guilhaume Ferrier, bachelier éagé de 90 ans ou environ, décéda à Caors, jour de vendredy St, feust ensepvely à la Daurade, ayant vescu en homme de bien, ayant exercé l'office de mestre d'escolle en son jeusne eage, et après demeura long temps avec M. de Balaguier compte et evesque de Caors, luy servant de secrélayre; après la mort duquel vesquit de son bien sans s'apliquer à aultre labeur ny exercice, parce qu'estoit viel et caduque, et moureust sans enfans, auquel succédarent ses nepveux de Rouergue dont il avoit esté, sçavoir de Monsalés (1) qu'est de l'évesché de Cahors juridiction de Quercy territoyre de Rouergue.
En lad. année aud. Caors prescha un augustin, prieur du couvent de Caors, nommé Pélaprat du lieu de Réliac (2) en Quercy, homme docte et docteur en théologie, lequel print son degred de doctorat aud. Caors.
L'année précédante avoit presché le prieur des cordelier dud. Caors, nommé Estremalius, en lad. ville, homme docte et sçavant, sçavoir le caresme et advent comme fit bien aussy en lad. année 1593 led. Pélaprat.
L'année susd. 1593 le iour de pasques feust le 18 apvril et se passa led. iour sans pluye, toutesfoys le temps estoit un peu froid, et le lendemain pleust quelque peu et fesoit grand vend. Les vivres estoint chers estant la pauque du vin à un carolus ; la carte de bled froment à 5 livre; la livre du mouton 5 s. 8 d tournois, et le bœuf 4 solz tournois; l'huyle de noix 7 solz et 6 solz l'olive et autres choses à l'équipolent.
Le 23 May 1593 M. Gasc, conseilhier et magistrat plus ancien de Cahors, décéda et feust ensepvely a St Urcize, et là mesme luy feurent faictes grand pompes funèbres.
Au mesme moys et an feust confirmée la tresve à St-Cirq la Popie, et prolongée pour aultres 3 années consécutives, toutesfoys pour
(1) Montsalès, arrondissement de Villefranche, département de l'Aveyron. Au xvi» siècle il faisait partie de l'Evèché de Cahors, archiprêtré de Cajarc, et c'était un des bénéfices de l'abbaye de Marcilhac.
(2) Reilhac ou Rilhac, commune du canton de Livernon, arrondissement de Figeac.
cella n'arrestoint en Périgort de se batre, et feust assiégé par M. d'Aubbeterre, seneschal dud. Périgort, Carlus (1)^ et prins avec l'ayde de M. de Tliémines, et aultrefoys reprins par M. de Montpezat, et despuis lors Anbeterre feust tué d'un coup de falcouneau et toutes ses gens mises en déroute par M. de Montpezat.
Le 21 août 1593 iour de sapmedi, feust publiée à Caors la tresve généralle por toute la France, affln que les passages feussent libres por toutz les princes et gentilhommes qui se debvoint treuver au couronnement du Roy de Navarre à Paris; ayant desia ycelluy faict profession de la religion catliolique.
Le 22 aoust 1593 iour de dimanche, Pierre Ysar, praticien, filz de Jehan, vigneron deCahors, espouza a St-Urcize, Cécillie de Jougla courdonnier, dict Parizot, de lad. ville.
De ce temps contre l'espérence des usuriers, le vin vint à (bon) marché nonobstant la tempeste qui avoit saysi quelques endroictz à l'environ de Cahors : comme St-Circ (2), Limonie (3), Galecie, St-Géry, Bouziès et aultres lieux circonvoysins, et sans prendre culliete ne se vendoit le meillieur que deux liardz la pauque ; le froment 4 livres la carte et le plus beau 4 livres 5 solz.
Le 2 septembre 1593 décéda Jehan Dellong dict Tonin, orfebvre de Caors, feust ensepvely a St-Urcize, estant de l'ordre des pénitents ; la cloche de St-Jacques sona le jour de l'enterrement.
M. Lovatius chanoyne théologal, homme docte et sçavant éagé de 80 ans ou plus, décéda le 14 1^'"' 1593 iour de feste St-Croix; feust sépulture au moustiers de Cahors ; au lieu duquel succéda M. Anthoyne Carbonel, archidiacre tournoys et chanoyne dud. Caors, aussy fort docte et sçavant néangmoingz un peu serviteur de ses proches.
Arnal Malliebue, dict Astorg, nautonier de Caors demeurant al Port Villie (4), décéda un mardy après mydy, cinquiesme iour du moys d'octobre ; feust ensepvely à Soubyrous le lendemain 6 dud. moys ; estoit gendre de Jacques Bru, aussy nautonier, demeurant
(1) Carlux, arrondissement de Sarlat, département de la Dordogne.
(2) St-Cirq-la-Popie.
(3) Liraogne, chef-lieu de canton de l'arrondissement de Cahors.
(4) C'était le nom du quartier qui avoisine le Pont-Neuf, pont de Cabessut.
sur la douguG (1) du fossé du pont vieulx, lequel Bru craigniant mourir dune maladie quil eust l'an 1592 se donna aux chartreux avec son bien ; de laquelle portant me moureut ains sa femme.
Le 16 octobre an susd. un nommé Cambayrac moureust sur un noyer de Faiamot, près la fontaine de fon Carboniére, en couppant du boys dud. noyer, parceque une branche estant couppée à demy, se fendit et tumba en terre, et ne peut dutout le bout couppé attaindre en terre et révogua sur le corps dud. Cambayrac et le creva, dont faulsit le descendre avec des cordes en terre.
Anthoyne Regourd dit Regourdet, bougeoys de Caors, décéda dans Caors à la mayson de Balmette, prés la porte neufve, luy ayant esté bailliée, causant les guerres civiles, en contre eschange de celle qu'il avoit au pont neuf, qu'estoit la plus prochaine dud. pont vers mains droicte en y allant, dans laquelle firent après la garde de nuict, servant de citadelle de deffance pour la tuition de lad. ville, aud. temps de guerre; sçavoir est au mois de décembre un peu avant la feste St-Thomas de devant Nouel an 1593, lequel avoit esté longtemps au paravant vexé de la goûte, et feust ensepvely à la Daurade dud. Caors, y ayant son tumbeau.
Quelque peu devant nouel dud. an, la tresve feust corroborée pour une aultre année seulement, attendant la paix généralle laquelle prie Dieu nous octroyer.
La susd. année feust assez fertile en bled, vin, huile, fructaige, et aultres cho.ses mesmement par les rivières ; toutesfoys le causse feust un peu défaillant de bledz, milietz, légumages, causant la grande sécheresse que feust au moys de may et aultres consécutifs j ce nonobstant le bled ne se vandit le plus beau que 4 livres 10 soubz la carte et 4 livre 5 soubz sur la fin de lad. année ; la pauque du vin 4 deniers 5 d. et 6 deniers le meillieur, à pot et pinte; l'huile de noix 3 solz ; les sarneaux (2) un escu la carte, que font 3 livres.
M. de Thémines pour lors passa les festes de Noël au Bas (3), où
[\] Du patois dougo — s. f. Dogua — douve douelle fossé d'un mur de ville ou d'un château, talus de ce fossé ; chemin qui le borde autour d'une ville ; berge, quai.
(2) Les noix.
(3) A Albas.
estoit M. de Cahors son beau frère, dellà alla treuver le roy de Navarre n'estant encores couronné roy de France ; se fâchant led. Thémines de ce que led. roy l'avoit démis de son gouvernement de Figeac, y ayant mis en son lieu Vivans, hérétique, de quoy il luy alla fère plainte.
En l'année présente feurent esleus pour conzulz de Caors : M. Jehan Tenese, licentié et advoucat, pour premier du cartier de la barre ; Pierre Lafage, licentié (blanc); Guarrigues notaire et greffier ; (blanc), Olive notaire et procureur aussy de la barre. Au cartier du pont vieulx : M. Jehan du Rieu, borgeoys; Fournou borgeyos, borcier; Jehan Bisme, bourgeois ; Blayse Caucal, homme de maulvays renom, séditieux meurtrier ayant tué un homme par un pertuis de porte, concubinaire publique, bien quil feust marié et eatgé de 60 ans ou plus, contre lequel plusieurs enquestes luy feurent opposées après avoir esté esleu, et feust tout le peuble mal contant de son élection ; toutesfoys il passa comme les aultres quoy qu'on dict, avec de l'argent. Et led. Bismes avoit tué aussy un soldat de la compaignie de M. de Sainctes, de jour, au milieu de la place publique de Caors.
Le iour St-Anthoyne 17 ianvier 1594 moureust le provendier La Motte nommé Pélicier, éagé de 80 ans ou environ.
Le 18 desd. moys et an la tresve feust publiée pour une aultre année aud. Caors, ascitantz les consulz avec leurs chapperons, et juge mage, par toutz les lieux de lad. publication. Dieu la veuille maintenir et nous donner la paix.
Et despuis la tresve générale a esté faicte par toute la France pour venir a une élection de roy, toutesfoys ne se peurent accorder parceque les uns en vouloint le roy de Navarre les aultres non, de sorte que quelques villes, comme Lion, pour avoir vengeance du tort que leur avoit faict le prince de Nemours et aultres se rendirent à son obeyssance.
Le 10 febvrier 1594, décéda M. Michel Bressanges, licentié, homme de bien, et feust ensepvely à Soubirous, ayant esté consul de Caors quatre ou sinq foys, du cartier de pont vieulx, parcequ'il s'y tenoit, délayssant un enfant et une fllhie, estant de l'eage de 65 ans ou environ.
Le 4 mars an susd. moureiist frère Jean St-Pierre, augustin, bon confesseur et homme de bien et feust ensepvcly aud. couvent, à l'enterrement duquel y eust plusieurs gens de toutz estatz, il estoit de l'cage de 70 ans.
En lad. année révérant père M. Pierre Pélaprat, quercinoys, du lieu de Reliaguet [1], prieur des augustins de Caors, prescha deux années consécutives aud. Caors, l'année précédante et présante, ayant aussy les deux années de devant le prieur des cordeliers de Cahors nommé Strenalius presché en lad. ville, des presches duquel se fascha enfin M. de Caors parcequ'il l'escandalizoit sur la chère, que feust cause que le lieu feust après baillié aud. augustin ne preschant que sincèrement la Ste escripture sans intéresser personne en particulier ny en général ; toutesfoys enfin se dispensa en général en motz couvertz et intelligibles sans nommer personne.
Au moys de mars, feust couronné du tout entièrement pour roy de France, Henry de Bourbon roy de Navarre, du consentement de la noblesse de France, au moingz de la pluspart d'ycelle, et des villes principales que leur adhérarent, à quoy obeyt facilement la ville de Caors mais Toulouse et Grenade (2) feurent àcecontrayres en soutenant la ligue. Et entra dans Paris le 16 dud. moys, du consentement des eschevins et habitantz nonobstant les Espaigniols qu'estoint entrés s'estantz saysis del'arsenacet bastillie dud. Parys, pour l'enpescher, sobz la conduicte de M. de Montpezat, beau fîlz du duc du Maine, lesquelz à l'instant firent place et se retirarent, ayantz pourtant faict parler d'eux dans Parys par le violement d'une fillie d'un bourgeois, qu'ilz prindrent par force d'auprès de son espous le soir mesme des nopces, qu'est un cas indigne.
Led, an feust le jour de pasqucs le dixiesme d'apvril et feust ycelluy clair et luysant, régnant aquilon vend de septentrion. Toùtz vivres estantz assez à bon marché : le froment à 4 livres 8 s. la carte ; le vin à pot et pinte 2 liardz lepauque le meilleur, et par conséquent le restant à l'équipolant ; les chevreaux à huict à dix soubz pièce,
(1) Reilhaguet, commune dii canton de Payrac, arrondissement de Gourdon.
(2) Grenade-sur-Garonne, chef-lieu de canton de l'arrondissement de Toulouse (Haute-GaronneJ.
se vandantz à la guerre vingt a vingt cinq solz; dix solz la père des poules, et toute aultre venayson à mesure de ce dessus, comme lièvres, perdrix, pigeons^ et aultres.
A l'advénement duquel roy feurent un peu troublé les Tolozains, esmeus par M. de Joyeuse, dont on présumoit quelque sinistre avènement de sédition accoustumée et souvent usitée en lad. ville, que causa que la ville de Cahors leur envoya de gens notables entre aultres M. Pierre de Lafage, consul, pour prendre conseil d'eux, ne sachantz à quel sainct se vouer en ce temps périlhieux et inopiné mesmes sy souddainement advenu, se voulantz pourtant ranger pour lad. ville de Toulouze comme dépendant d'ycelle et de leur gouvernement, luy ayant tousiours obtempéré tant en temps de guerre que de paix, poarquoy en ce temps dangereux pour éviter un plus grand dangier feust expédiant d'avoir recours à eux comme plus fortz et advisés,, car suyvant l'ancien proverbe : en temps de danger on a besoing de prompt et advisé conseil, lesquelz pourtant sans aulcun bruict ny tumulte envoyarent au roy certains articles, à cause qu'il avoit faicte profession de la foy et religion catholique et en faysoit estât toutz les jours en présance de toutz y assistants tant la noblesse de France que habitantz dud. Paris, gens de diverses nations, provinces, et de plusieurs aultres contrées et régions qu'estoint veneus de toute partz ; desquels articles le roy leur accorda le toutz sans aulcune réservation, ormis que le gouvernement de Toulouse seroit osté à Joyeuse, religieux, et baillé à M. Banville, sur lequel refus feurent lesd. Tolozains rebelles et lad. ville de Cahors print en seule le party du roy sans avoir esgard à lad. ville de Toulouse, comme est dict cy devant ; toutesfoys lad. Toulouse demeura en bransle.
Le 26 apvril 1594 M. de Caors entra dans la ville de Cahors, accompaignié de plusieurs habitantz tant consuls que aultres de lad. ville, au grand contentement presque de toutz, l'estant allé treuver quelques jours au paravant, pour le y faire venir; lequel après, fît sa résidance paysiblement, ayant eu à son entrée grand triomphe de canon et aultres salutations accoutumées.
Le premier may environ onze heures de matin, en conduysant à la Barre une pièce d'artillerie, près des petites bocheries feust meurtry un homme de la Béraudie (1), estant lad. pièce reculée en
(1) La Béraudie, village de la commune de Pradines, près Cahors.
arriére, de la pesanteur de la roue qui lui passa par dessus ; feust ensepvely a St-Géry dud. Caors (1). Désirant fére venir lad. pièce à la Barre pour estre mieux entendue, à cause de quoy demeura près lesd. bocheries et feust de rechef conduite au pont Valentré, pour le feu de joyc qui se fît à la place pour la novelle de la réception du noveau roy de Navarre, faict entre cinq et six heures du soir, assistantz M. de Caors, Consulz et, aultres Cytoyens, où feust faict grand bruict et tintamarre desd. pièces de canons, pour lad. salutation et feu de joye. Mais au contraire les Toulouzains s'entrebatirent ensemble comme coustumier de ce fére, toutesfoys enfin s'accordarent et firent feu de joye comme les aultres villes.
Le 4 may dud. an s'entrebattirent plusieurs querelles particulières aud. Caors, entre aultres le filz de la Coste le trésorier avec Roaldés et Cassan près l'esglize St-Pierre. Et le mesme jour moureust un filz de Guinot Fréieville, mareschal, du coup que luy avoit baillé avec une barre, dans la mayson de Rodet, hoste de Caors, quelques jours au paravant, Marsal Faure, masçon, dud. Caors, lequel feust amesné au chasteau du roy prisonnier à cause de ce.
Le 8 may jour de dimanche a 4 h. du matin M. .lean de La Coste, docteur et advocat épouza la filhie de la Fon, marchant, de laquelle receut en doyre en argent, dix mille livres, et pour les vestementz et aultres frais nuptiaux mille livres. Aud. temps on faysoit grand bruit aud. Caors de quelque secte de gens qu'on nommoit les croquans aultrement tard venus ou tard advizés, lesquelz faysoint nomméement guerre contre les gentilshommes et s'attribuoint le nom d'enfans de Dieu, dizantz ne vouloir que seulement une taillie suyvant l'ancienne coustume du temps du roy S' Louis unziesme (2): une rante de froment et d'advoyne et de mesme du disme, estant grand honte des extorsions dont le peuple souffroit des taillies présantes et impositions que metoit sur un chascun, voyre jusques à 40 et 50 taillies rantes de toutz bledz, disme, de mesme manuvres, et plusieurs aultres charges. Estantz les gentilshommes, seigneurs,
(1) Une des paroisse55 de Cahors, qui se trouvait située au bout des allées Fénelon, là où se trouve actuellement le magasin des tabacs. Il reste encore une partie de cette église dans laquelle on emmagasine des tabacs.
(2) L'auteur a par erreur, écrit onzième pour neuvième.
governeneurs, recteurs, et roys en leurs terres, faysantz tous les jours de novelles impositions à playsir, dont feust dict le roy les soutenir et leur avoir donné faveur, permission et licence, pour ce que toutz lesd. gentilshommes luy avoint esté traystres.
Le 18 mai tumba Jeame Batut fornier du four de Verront de Caors en la susd. année 1594, malade de mal de plurésie duquel moreut le 24 au soir dud. moys et feust ensepvely dans l'esgiise St-André près du benestier (1) de lad. esglize, le 25 entre 9 et 10 heures du matin, et feust célébrée la messe par M. Desclesia^ prieur des Carmes, et feust regreté de plusieurs.
Le 4 juing, sapmedy veillie de la Ste-Trinité, dud. an Florens mesna de Chastean Sarrasin (2), sa femme dans Caors accompaignié d'une bonne troppe de gens à cheval, ayant prins en dot suyvant le commun bruit quinze cens escus revenant à 4 mille cinq cens livres.
Le 9 desd. moys et an arriva dans Caors M, de Thémines, beaufrère de M. de Caors, du soir environ vespres, jour de la feste Dieu, à la veneue duquel, personne ne murmura poinct et n'en fit aulcun semblant, ains feust le tout passé soubz silence.
Le bruit des mal advisés couroit encore partout, sans se vouloir divertir de leur entreprinze ains plus fort que jamays poursuyvoint ycelle, ayant de noveau recovré passe port du roy comme ilz dizoint.
Tholouze percistoit en son opinion sans fère aulcun semblant de rien, attendant la veneue de l'Espanhol. M. de Thémines s'en retourna le unziesme du soir, ayant beaucoup de gens à cheval avec luy.
Le lundy matin sixiesme jour du moys de juing 1594, dans la ville de Caors nasquit Jean de Canceris, fils de M. Jean Canceris licentié, et 'advoucat au sietge principal de lad. ville, mon cousin germain du costé de sa mère, laquelle estoit seur de feu mon père, La mère dud. enfant estoit Jane de Fraysse de Limonie (3) famme dud. M. Jean Canceris et feust baptizé ycelluy enfant le sapmedy
(1) Près du bénitier.
(2) Castelsarrasin, chef-lieu d'arrondissement du département de Tarn-et-Garronne.
(3) De Limogne, chef-lieu de canton de l'arrondissement de Cahors.
unziesme dud. moys et an en l'esglize parochelle (1) de St-Pierre dud. Caors, entre 4 et 5 heures du soir, et feurent ses parrin : moy Jean du Pouget, et marrine Marguerite du Fau, filliie de M. de Fabre, licentié, de St-Cirq, laquelle estoit sœur de feu mon père.
Les Toulouzains s'estantz du tout déclayrés de ne vouloir obeyr au roy de Navarre recourent M. de Monpezat et son frère le marquis pour leurs gouverneurs, et au contraire à Caors receurent M. de Thémines, et feust receu le 9 aoust 1594 pour séneschal et gouverneur nonobstant l'opposition desd. Tholozains, lesquelz pour empescher lad. réception envoyarent un huchier de la court de parlement avec lettres de teneur, Charles, que feust à l'instant appréhendé et mis en prison avec lesd. lettres, et ycelles déclayrées faulses.
MM. Christophe d'Ebrard, abbé de Marcilhac, archidiacre majeur de Cahors, décéda a Marcilhac envyron la my aoust, auquel succéda M. du Vigan son frère germain, en ses biens temporelz, et son fils a l'archidiaconat, et monseigneur de Cahors à l'abbaye, lequel y alla si tost qu'il eut entendeues les nouvelles de son décès, pour pourvoir aux religieux de lad. abbaye. Ce feust grand perte car cestoit un bon homme fort sçavant, ayant composés plusieurs beaux livres et en traduictz d'aultres (2). Toutesfoys décéda de la gravelle, laquelle l'avoit vexé longuement sa vie durant bien qu'il n'eust le plus liault de soixante ans; et luy feurent faictes grandz pompes funèbres tant à Caors que aud. Marcilhac ; et ce feust en l'année présente 1594. (3).
Le recteur de Goujounac (4) décéda le dernier d'aoust, dans Caors, et feust ensepvely le premier 7^'''= 1594 au couvent des Car-
(1) Paroissiale.
(2) Nous ne connaissons pas tous les ouvrages composés par cet écrivain, mais nous sommes possesseur du suivant : Les sermons de Sainct Basile le grand, archevesque de Césarée. Traduiets du grec en françois par Christophe Hébrard de Saint-Sulpice, abbé de Marcilhac, et chancelier en l'Eglise Cathédrale et Unniversité de Cahors en Quercy. Paris 1580, in-8^ de VIII ff. préliminaires et 158 ff.
(3) D'après la pagination du manuscrit il y manquerait 2 feuillets, cette pagination passant du n» 129 verso au n'' 132 recto ; mais la suite de la narration nous fait supposer qu'il a été par erreur mal paginé.
(4; Goujounac, commune du canton de Gazais, arrondissement de Cahors.
mes dud. Caors ; ayant esté longuement malade dans sa mayson qu'il avoit dans lad. ville à la rue de Pierre Gasc^ prieur de la Daurade; estant de l'éage de cent ans ou envyron ; laquelle rectorie feust donnée à M. Paul de la Croix, advocat, par M. de Caors.
Le 17 octobre 1694, veillie S. Luc, feust apporté de Belfort (1) M. Jean Le Franc, licentié, gendre Dadine, bourgeoys de Caors, à lad. ville, mort^ pour estre enhumé au tumbeau de ses prédécesseurs, qu'est dans l'esglize St-Pierre dud. Caors, dans laquelle feust ensepvely le lendemain jour de feste de St-Luc.
En lad. année y eust compètement de bled et vin et sans la sécheresse y eust eu année de vinat (2) que print de quelque meschante brume que tumba le jour S. Pierre d'aoust, que fust cause que le vin ne se vandant le meilleur que 4 deniers la pauque, se vandit après et despuys durant lad. année 6 à 7 ou 8 deniers la pauque ; la carte du bled froment 3 livres 10 soubz à 12 soubz tournois, et les aultres grains à l'équipolant ; les serneaux 3 livres 15 soubz tournois la carte^ n'en ayant esté abondance en lad. année 1594.
Le 27 décembre, an susd. 1594, un escolier ayant demeuré avec les Jésuites, feust par eux induict à tuer le roy et de faict le mesme jour du soir le frapa sur la joue droicte d'un coup de cousteau, duquel coup luy enfonça une dant, le pancent atteindre plus bas et le tuer, mes il eschappa. Et feust led. escolier tenaillié vif et après traîné à la eue de 4 chevaulx dans Paris. Y estant arrivé le roy, ce soir mesme^ et lesd. Jésuites banis du royaulme de France avec leurs couventz et adhérentz. Et estant arrivées les novelles à Caors de la reconvalescence du roy chantarent Te deum laudamus en présence de M. de Caors, et'firent feu de joye.
Le premier janvier an susd. M. Jean Blaynie, Florens, Popy, advoucatz, et del Bru, procureur, du cartier de la Barre ; Dominicy marchant, Estienne Foiras advoucat, Martini beauflls de madame de Minart, serviteur de M. de Caors^ et Arnaud Rey, notaire et
(1) Belfort, commune du canton de Lalbenque, arrondissement de Caors.
(2) Année de vin, abondante récolte de raisins.
procureur, du cartier du pont vieulx, feurent esleus consul/, dud. Caors,
En lad. année la célébration de la feste de la reddition de la ville tumba le premier jour de caresme comme en l'année que feust randeue, et feust différé le jeusne jusques aud. jour de caresme, à cause du mardy gras, par le commandement de M. de Caors.
Et led. jour premier de caresme feust rasé le puys qu'est hors les muraillies de la Barre, parceque plusieurs gens y cuidoint tumber do nuict allant aud. Caors, estant led. puys près l'entrée de lad. porte de la Barre.
En lad. année le froict feust fort aspre et dura longuement car il commença avant Noël, toutesfoys pendant les festes et presque tout le moys de janvier le soleil reluysoit tout le jour^ par la vigueur duquel le peuple estoit eschauffé sans gaster beaucoup de bois. Mais sur la fin dud. moys et pa tout le long de febvrier ceux qui avoint faicte provision de boys eurent bien loysir de le brusler, causant le froict véhément qu'il faysoit en ced. temps, provenant en partie d'un vent septentrional, lequel sans cesse souffïoit, faysant par son impétuosité une foys pleuvoir gresle, une aultre foys nége, et rendoit le temps obscur et nébuleux, et le soleil n'apparoyssoit guières, et bien qu'il se montrât s'y estoit il sans grande fores ny vigueur pour eschauffer, luy estant ostée par la froydure du vent, lequel vent succéda au vent du midy qui avoit régné au commencement, dud. febvrier, nous ayant par son entrée enmesné abondance de pluye mesme le 3^ jour et feste St Blayse qui pleust incessement, et ce ne feust sans grand besoing car le laboraige sessoit, et les eaux s'estoint perdeues en plusieurs endroitcz par la sécheresse grande de la froydure hybernale, que feurent remises tout à coup et retorna on au laboraige comme devant jusques à la veneue dud. vent septentrional, lequel fît fère tresve aud. laboraige et à toute aultre besognie champestre par sa malice impétueuse, et dura tout le moys de mars et avril, que causa une grande froidure meslée de gelée, aubière et grande quantité de nége, mesme sur le commencement d'ap^ril jusques à demy moys, et après se convertit en gresle, pluye et tempeste jusques à la fin d'yceiluy, souflant led. vaut d'un costé et le vaut du midy d'aultre. La malice du(|uol temps gasta les bleds, bourgeons des vignies en partie, et non du tout, et les noix aussy par lad. gelée.
Le pays de Périgord feust tempesté en l'année précédante 1594, par troys foys, tant bled vin que chataignies, de sorte que les povres habitantz dud. pays, du moingz la plus grande part, feurent contraintz aller mandier es aultres pays, mesmes au pays de Quercy, que feust cause qu'en Tannée 1595 le bled froment se vandit sing à six livres la carte, tant pour la pénurie et indigence dud. Périgord que voiture fréquente que se faysoit dud. bled de Cahors aud. Périgord, et toutes aultres denrées à l'équipolant dud. froment, ormis le vin qui demeura au prix commun, ne se vendant que 6 deniers la pauque le meillieur.
Sur la fin dud. moys de febvrier de l'année présente, se fit une assemblée de gendarmes, par le commandement du roy, pour aller devant la ville de Grenade que luy estoit rebelle,, mais causant le maulvays temps le voyage feust interrompeu pour lors.
Despuys le commencement de la présante année le roy a fally deux à troys foys d'estre tué par la trahison de ses adversaires, luy faysant beau semblant et tachoint de le tuer por toute récompence.
Le quatrièsme jour de mars 1595, nasquit un enfant à M. Anthoyne de Peyruce, juge mage de Quercy, et feust tenu aux fons du St baptesme par des povres, comme on dit.
Sy longtemps il y a qu'on aye veue année maulvayseporle povre peuple cest ceste cy 1595, estant le jour de Noël dernier le dimanche, car Ihyver a esté fort long, froit, sec, et stéril, et à causé grande chairté de vivres, en partie par la longue froidure n'apparoyssant les bledz de la terre que bien peu jusques à l'entrée de may, et en ayant par la gelée faict perdre une partie d'yceulx, que aussy par la grande famine qu'estoit lors en Périgord, cause de la grande tempesté ou maulvayse mesnagerie de certaine secte de gens dicts tard advisés, qui avomt foussoyés les bledz, predz, et arrachés les vignies en leur pays, et mis le feu en plusieurs boys, faysantz la guerre contre les gentilshommes, les voulantz du tout exterminer. Mais les premiers qu'ont endurés se sont lesd. mal advizés, car ils prenent le salaire mérité de leur peine estantz contrainctz vagabonder en pays estranger et quiter le leur propre à cause de la famine, car incessamment de toutes partz s'acheminent vers le Quercy et aultres lieux mandier leur pain. Dieu les pourvoie et nous aussy, car nous en avons bien besoing. De sorte que le bled de
Caors ou des environs a esté presque du tout espuyzé par les voicturiers pour l'apporter aud. Périgord.
L'ayant randou sy cher dans Caors qu'on n'en ose guière bien parler, scavoir : à dix à unze livres la carte froment ; 9 à 10 livres lamisture;4 livres l'advoyne ; 6 livres le milhiet ; 32 deniers le cart du vin ; 10 soubz le quintal de la paille ; 25 à 30 soubz le quintal foin ; 5 soubz 4 deniers la livre du moton ; 3 soubz 4 deniers le bœuf; 5 soubz le lard ; 5 soubz l'huyle de noix ; à 8 soubz l'olive, et le restanz à l'équipolant ; et me crains qu'encore le tout vienne plus cher sy Dieu n'y pourvoit, lequel prie le fère par sa bonté infinie et miséricorde rabaysser de pris et ressazier très toutz. Et demeura encore le tout à tel pris jusques au jour de Pentecoste 14 may an susd.
Le pénultiesme apvril an susd. à Caors vindrent pour tenir les Estatz, messieurs de Caors, de Thémines, Cabrayretz, le viconte de Gordon et aultres gentilshommes tant de Quercy, Rouergue, que d'ailheurs, pour accorder et arrester touchant les taillies dud. pays de Quercy.
Le premier de may estant un lundy, feust ouy un coup de tonnerre en l'air seulement, qui nous enmesna une pluye doulce et feust converty le temps en sérénité par le vant d'orient qui commença à soufler le 3* jour d'ycelluy, aultrement appelle le vant d'autan; et feust clair led. jour avec chaleur modérée, s'estantz tout à coup les nuées esgarées et perdeues jusques au lendemain 4, feste de l'Ascension, auquel jour pleut sur le vespre, sofïïantz le vant de midy^ et eusmes pluye jusques au jour 13 veillie de Pantecoste, par intervalle de temps modéré. Après lequel temps revint la chaleur et vant d'autan et creut le bien de la terre pour lors au contentement de toutz. Sur la fin dud. moys n'y eust poinct de pluye que feust cause que les bledz feurent avancés tout soudain, mais les bledz derniers ne s'en treuvarent pas bien.
En ce temps, la ville de Thoulouze se déclaira du tout rebelle au roy et firent procession, le crucifix marchant devant, et les habitantz suyvantz ayantz la teste piedz et bras nudz, tenantz le coutelas au poing, ccioint vive la ligue. Quoy voyantz les parlementz et gens de justice se retirarent hors lad. ville et allarent tenir leur sietge à Castel Sarrasy, de permission du roy quy sur ce fist un édict
lequel feust imprimé à Caliors par Jacques Rousseau (1), et feust antidaté de l'année 1594, avant que cela fevst advenu jusques aud. temps, et feust prohibé d'aller par appel aud. Tlioulouze.
Le 5 juing 1595^ jour de lundy^ un nommé Jantillio dict Canillie, cordonnier de Caors, estant allé à une siesne vignie qu'il avoii au terroir des Vallobrières, tumba dun cerisier sur lequel estoit monté .avec les soliers aux piedz por amasser de cerises, de laquelle cheute se rompit le col à ce qu'on dict, et en moreust environ vespres dud. jour.
Le 21 desd. moys et an, Régis, procureur eatgé de quatre vingts ans ou environ, ayant sa maison prèslechasteau royal dud. Caors décéda, ensemble un nommé Trapes, mangonnier. En lad. année y eut beaucoup de maladies contagieuses aud. Caors, dontmoureurent plusieurs^ mesme en juing sur la fin.
Le 18 juing 1595, quelque peu avant midy, s'accoucha Ramonde de Badel famme de Dorde Pons météier de madame de Bressanges, vesve à feu M. Michel Bressanges, licentié^ d'un enfant masle, lequel feust baptizé le lendemain, jour de lundy, à St-Barthélemy dud- Caors, environ une heure après midy, par M. Jean Pautel prebtre et vicaire. Les parrin et marrine feurent M. Jean du Pouget licenlié, et lad. madame appelée de son nom (en blanc) de Fabry, vesve aud feu Bressanges, et eut nom led. enfant Jean comme le parrin.
En lad. année aux moys de juing, juillet et aoust, à Caors y eust de grandes maladies desquelles moreurent grandz personaiges et de basse qualité aussy, entre autres moreust M. de Maleville, chanoyne dud. Caors, sur la fin de juillet, lequel feust ensepvely aux Chartreux de lad. ville, et le 8 aoust moureust M'Honore Barnaud, docteur canoniste en l'Université de Cahors, et feust ensepvely aux Carmes le lendemain 9 aoust; demeurant lors à la mayson de Roaldès (2), près la porte des Augustins, située au bout de la rue qui
(1) D'après notre chronique l'imprimeur de Cahors aurait commis une faute d'impression en mettant 1594 pour 1595.
(2) Cette indication de l'endroit où était située la maison Roaldès : près la porte des Augustins, laquelle se trouvait entre les n<" 27 et 29 du boulevard Gambetta actuel, nous amène à faire les observations suivantes :
va droit le chasteau du roj'. Il estoit natif de Normandie; homme scavant en jusrisprudence et mesme en la langue latine ; fort coppieux et dizert en langaige cicéronnien ; ayant exercé Testât de régence l'espace de trente ans ou environ ; estant de l'eage de 60 ans lors de son décès ; s'estant marié avec une filhie de la maison de Montamel les Peyrillie, en l'eage de 50 ans, avec laquelle
Y avait-il deux familles Roaldès, L'une habitait-elle la maison du quai Champollion, qui appartient à M. Valette, chef d'Institution, et serait-ce dans cette maison qu'aurait logé, dit-on, le roi de Navarre, après la prise de Cahors en 1580 ?
Chacune de ces deux familles possédait-elle une maison située dans des quartiers différents?
N'y avait-il qu'une famille Roaldès et avait-elle quitté la maison du quai pour aller demeurer dans celle près de la porte des Augustins ? Nous avons fait des recherches pour élucider cette question et voici ce que nous avons trouvé ',ai.
Dans le cadastre de 1592, quartier de la Barre, f" 294 : « Lalivramen de mo"" mestre Francès Roaldès loctenens au siège principal de Chaours fach per Jame Gisbert lo XXVIII de setembre l'an V°LV1. » (pour 1556).
« Et primo te ungna mayzo en la perroqua de Sobiros, et en la cariera de lafonduda et en la vota de M"" Malholi et de lautre costat en vota de Grangia en la m.ayso et verdie de Peyre Bargayro. »
Cela confirme absolument ce que dit notre chroniqueur que la maison Roaldès où mourut M. Barnaud, était située près la porte des Augustins, et indique qu'elle appartenait à la famille depuis Tan 1556, au moins. Dans le même cadastre on trouve que Roaldès possédait d'autres maisons également situées, dans la paroisse de Soubirous, qui confrontaient avec celle désignée ci-dessus, laquelle était sans douta la maison d'habitation de cette famille Roaldès.
Dans le cadastre de 1606. — Quartier de la Barre.
« M*" Jean Roaldès licencié tient une grande maison à la rue de la Fondude confronte avec la rue appelée Degrangia et dautre coustéavec la rue appelée de Flourens et du dernier 'du derrière) avec maison des hoirs de M^ Jehan Bessac licence; val. son dreg LXL. »
« Plus une maison à la dite rue de Florens confronte avec maison de M. Dadine conseiller et avec maison de M. Florens borgeois... L livre.»
ill n'avait pas d'autres maisons'.
Dans le cadastre de 1650. — Quartie de la Barre.
^a) M. CaiigiiiLitil, l'iiimablc et ob.igeiint bibliotlîécaire a eu !a buiitc de nous dcniicM' la copie des articles dos c daslres que nous allons citer.
demeura l'espace de dix ans ou environ. Au lieu duquel a esté mis M« Jean de la Coste, licentié, filz d'aultre la Coste très vieux dud. Caors.
Le 21 desd. moys et an, décéda M. de Péchagut, chanoj'ne et chantre de Caors au lieu de M. Grifol chancelier son honcle, au
« M" Jehan Roaldès avocat en la cour tient maison et jardin à la rue de la Fondude confronte du devant avec ladite rue d'un côté botte de Grange d'autre botte de Florens et de M* Jean du Bos. »
(Il n'avait pas d'autre maison).
Ainsi toutes les maisons que possédaient les Roaldès étaient situées dans la rue Fondue haute et confrontaient avec les deux rues ci-dessus mentionnées qui aujourd'hui ont changé de noms.
Nous n'avons pas pu, pour le cadastre de 1592^ faire des recherches dans la partie concernant le quartier du Pont-Vieux^ les archives communales ne le possédant pas.
Mais dans le cadastre de 1600, se trouve l'article suivant. Année 1606. — Quartier du Pont vieux. — fol. 411. Verso.
« Les héritiers de feu M"" M« Arnauld de Domergue, jadis président prézidial tiennent une grande maison près la place de Sainct Jacques contenant autres maisons, jardin, estable, le tout joignant, confronte du devant avec la rue qui va avec la rivière de lolt du dernier avec la muraille de la ville et avec la rue qui va au molin de St~Jacme et dung cousté avec |raaison de Barthélémy Barrière et Jehan Lauricesque et avec l'église de St-Jacques. »
Cette description dit bien, croyons-nous, comment devait être la maison dite de Henri IV, au commencement du xvu^ siècle. Mais comme on vient de le lire elle appartenait aux héritiers de Domergue et non pas aux Roaldès.
Ce fou Domergue avait du mourir à un âge assez avancé puisqu'il avait été président présidial, et, il n'est pas déraisonable de supposer qu'il était propriétaire de cet immeuble lors du siège de Cahors (1580), ce que malheureusement, ne nous permet pas d'affirmer la disparition de la partie du Pont vieux du cadastre de 1592 ; mais il est certain qu'en 1606 aucun Roaldès ne possédait d'immeubles dans ce quartier.
En 1650 de même, et la maison qui avait appartenu à Domergue avait à cette date pour propriétaire Gabriel Leblanc, comme l'indique l'article suivant du cadastre de cette année 1650, quartier du Pont Vieux.
« Maistre Gabriel Leblanc chanoine, chantre an chapitre de Caors tient maizon a rue Sainct Jammcs. jardin et estables, confronte d'un costé rue de service et botte allant au moulin Sainct-Jammes d'autre part maison de M. Jean Plane Vergne et de M. Pierre Helies d'autre
lieu duquel feust mis par M. de Caors M. Pechforcat dict St-Vincentz natif de Lalbenque, à présent demeurant aud. Caors.
Le moys d'aoust feust assés tempéré tant en chaleur que humidité, car à chasque cartier de lune pleuvoit assés compètement durant le long d'ycelluy, ce que estoit fort bon pour réparer les vendanges de la tempeste qu'estoit tumbée pour la Magdeleine (1).
Le commencement de septembre feust fort chault et flst plus de chaleur que n'avoit faict de tout le moys d'aoust, et partant les maladies n'estoint sy grandes à Caors. Durant led. temps, le bled froment après la récolte se vandoit 5 livres 10 soubz la carte, à cause que ceulx qui avoint vuydés les greniers les vouloint remplir, et ne permetoint que à force, de les descharger à la bladerie, sans aulcune police ny règlement de ceulx qui en avoint la charge ; mais toutz ceulx qui avoint argent sy folroint ^2) et s'y entremetoint à l'achepter comme moches en laict, que feust la cause de lad. chairté ; la seigle 4 livres 10 soubz ; la misture 5 livres ; Tadvoyne 50 soubz ; le vin vieulx six deniers la pauque le meillieur. En lad. année y eus| peu de bled aux causses mais la rivière feust fort abondante en tout, et y eust assés de milietz et raves par toutz le pais, et de chastaignies assez compètement.
Octobre, novembre, et décembre, feurent tempérés quant au froict mais un peu humides et vanteux, et ne fist poinct de froict durant les festes de Noël, ains demeura le temps couvert ; toutesfoys sur le midy le soleiJ apparoyssoit et sur la fin desd. festes, environ le vendredy, le temps se convertit en brouliartz et en rozée, non qu'il fit grand pluye ains ressembloit à la rosée de may, et mesmes sur le commencement de janvier commancent le lundy, non que pour-
costé place de l'église Sainct-James contient maison^ etc. Il n'a pas d'autre maison.
Voici, selon nous, ce que l'on doit conclure de ce qui prédède. Si le roi de Navarre a réellement habité pendant son séjour à Cahors une maison du quartier du Pont Vieux, il était logé dans la maison Domergne, et non pas dans la maison Roaldès.
S'il a logé à la maison Roaldès, il a habité dans la rue de la Fondue près le portail des Augustins et non pas sur le quai.
(1) C'est-à-dire le jour de la fête de Ste-Madeleine,qui est le 22juillet.
(2) S'y introduisaient, s'y précipitaient.
tant y eust jour que le soleil ne se monstrast peu ou prou sans grand froit.
En lan susd. et premier janvier feurent esleus pour consulz de Caors M. Jean Canceris, licentié et advoucat, mon cousin germain, bourgeois ; Astorc, dict Puycalvel, et Cassan et Rouch, greffier du Cartier de la barre ; et Pierre Foureau, marchant, Jean Fabry, licentié ; Bernard Loubaudy, marchant; Alardy, le jeusne appoticayre, du Cartier du pont vieulx.
Janvier feust tem'péré en froict. Febvrier feust pire. Mars fort vanteux avec quelque pluye menue. Apvril pluvieux et froict. May humide et froict au commencement, et sur la fin feust chault et humide et vanteux, faisant souvent bruit en l'air sçavoir tonnerres, sans fere aultre mal, Dieu mercy. Juing humide, faisant quelque pluye, môme avec vantz qui randoit le temps frais non guieres à propos pour moyssoner les orges bien qu'ilz feussent parvenus à maturité. Nonobstant la pluye et sescheresse faisant quelque heure du jour chault.
En caresme prenant questoit sur la fin de febvrier, arrivarent dans Cahors M. de Mathinion, y estant aussy venu en apvril ; mais ne s'y arresta pas pour lors; ensemble M. de Caors, M. de Thémines, M. de Cabrairetz, M. de Noalies et aultres pour tenir les Etatz, et y demeurarent à six jours et après s'en retorna led. Mathinion, avec la borce bien garnye de mille escuz ou plus, comme on dizoit, avec les aultres ormis de M. de Caors et de Thémines que demeurarent aud. Caors durant le caresme
En ce temps Thoulouze feust réduicte à l'obéissance du roy.
Le premier dimanche de caresme, 3 febvrier, un marchant venant de Gordon accompaignié d'une famme dud. Gordon sœur de la famme du bourreau de Caors, ayant demeuré ycelluy bourreau aud. Gordon y exercent plustot led. mestier avant venir aud. Caors. Voyla pour monstrer qu'il s'y estoit marié et que la femme qu'accompaigna le susd. marchant en estoit. Et pour revenir à mon propos, led. marchant l'avoit frayée par les chemins et mesme à Mercués, avoit pour toutz deux payés cinq soubz d'escot, et de la prindrent le chemin de Cahors; mais environ midy, estantz arrivés au lieu quon nomme droict roc de Mingau aultrement dict le roc
rouge qu'est sur la rivière de lolt entre Glandières et la chappelle de Roque pissouze, près le pont de Campaignie, le dict marchant voulsit aller fère, àquoy nature le portoit, tout prés dud. rocher, sur laquelle entrefaicte la meschante famme luy jeta un grand cailliou ou pierre par la teste, duquel feust tout estourd\', mais non contante se rua sur luj^ avec un cousteau et luy persa le gosier en plusieurs endroitz et luy osta son argent, et après le geta du haut dud. rocher en bas dans l'eau ; mais par l'ayde de Dieu, feust arresté au bort de la rivière sur un buysson, et feust ce mesme jour apporté aud. Boriage de Glandières, et le lendemain 4 dud. moys aud. Caors, où lad. putain s'estoit aussy acheminée sans-soy destourner son chemin, et feust prinze à la mayson dud. bourreau, et après mize es prisons de lad. ville. Toutesfoys entr^ M. de Caors et les consulz feurent en dispute de la juridiction dud. rocher et à c'est effaict pour M. de Caors, «"jimbal, Cayssac, Vidal et aultres, et pour lesd. consulz Rouch consul, Blanc leur greffier, avec d'aultres le unziesme dud. moys y allarent pour faire lad. vîzite ; mais il n'y treuvèrent aulcunes bornes pour pouvoir discerner de lad. juridiction et le tout demeura pour lors en suspans. et lad. putain se faysoit ensainte, dizant que led. marchant la voloit forcer voulant jouyr d'elle bien qu'il feust désia vieulx. Par ainsin ne peult estre vraysemblable si est ce portant, que le commun bruit estoit, que led. marchant d'aultres foys s'estoit aydé d'elle en sa jeunesse, et lorsqu'ilz allarent fère lad. vizite led, marchant y alla avec eux monté sur un asne et leur montra les traces du .sang que estoint encores apparantes ; mais en fin lad. famme ayant demeuré dans la prison de Trompette, qu'est dernier la Daurade, l'espace de 7 à 8 moys ou environ, elle feust condampnée par les consulz dud. Caors a estre pendeue sur le lieu du forfaict. De laquelle .sentance feust appellante, en la court du parlement de Thoulouze par laquelle feust délivrée après avoir eu seulement la question, ayant cognu estre vray ce qu'elle dizoit que ce marchant Tavoit vouleue forcer, estant led. marchant homme de maulvaise vie, qui avoit eu le foet dans Thoulouze ; mesme par ainsin ilz n'eurent esgard à la sentance desd. consulz. Et senommoit lad. famme Pierrette (papier déchiré) famme d'un filz de l'espinglier de Caors qui sollicita fort pour sad. famme.
Au bas de la pa^e écrit de bas en haut se trouve ce qui suit : « Dire d'Hypocras
» Hypocras dict touchant la conformation de l'enfant que peult » estre dans un moys, dizant en ceste manière que trante soleil » c'est-à-dire trante jours naturel le forment, soixante le remuent, » deux cens et dix le parfons. »
Le 28 mars 1596, un jour de jeudy, en temps de caresme six religieux du couvent des chartreux s'allarent pourmener hors la ville de Caors par manière- d'esbat jusques à Arquie (1) et passant par la coste despuys Campaignaie jusques à Sarrut (2) prindrent le chemin devers le domayne de Paria grand, alortz droict le mazaige de Dery en s'en retornani aud. Caors, et despuys on faict led. passaige par lad. coste d'Arquie (3).
Au moys de may an que dessus, Calais (4) feust prins par les Espainhiolz. lesquels l'avoint assietgé au paravant et bastoint de 60 à 70 canons ordinerement, toutesfoj^s il y eust trahison à ce qu'on dict selon le bruict commun que courroit partout, parcequilz faisoint semblant d'aller lever le sietge de devant la ville de la Fère (5) qui estoit assietgée par le roy de France, par ainsin le roy^ ny ses gens, ny ceulx qui estoint dedans, lesquelz estoint en petit nombre, ne se doubtantz de rien feurent surprins par lesd. Espanhiolz, non que le roy pourtant quitast led. sietge de la Fère ains feust assietgé comme devant.
Le roy fit assemblée de la noblesse de France en lad. année pour délibérer de Testât et affayres du royaulme estant le tout réduit en paix et sobz son obeyssance.
A Caors feurent esleus lad. année pour consulz : M Corbezie,
licentié et advoucat ; .- Valet, licentié ; Vignaulx, et Lacombe
(1) Les Arquies, hameau commune de Cahors.
(2) Les Sarruts, hameau, commune de Cahors.
(3) Ce passage indique, croyons-nous, que l'on fit un chemin passant par les lieux qu'avaient suivis les chartreux.
(4) Calais, chef-lieu de canton du département du Pas de Calais arrondissement de Boulogne.
(5) La Fère, chef-lieu de canton du département de l'Aisne, arrondissement de Laon.
hérétier de feu la Combe, marchant, pour bourcier; et Pierre Contival, notaire du cartier de la Barre. Bernard Durand, marchant,
bourgeoys ; Jaffrau dict Tandou, licentié ; Benay,
procureur ; Hélias Barre, sirurgien, du cartier du pont vieulx.
En lannée 1598, premier jour de janvier, feurent esleus pour consulz de Caors : M. Géraud Vaxis docteur régent en civil, de lad.
ville; Pierre La Fage, licentié et advoucat; Vayssières,
bourgeoys ; Dablanc, procureur, du cartier de la Barre. Et
pour le cartier du pont vieulx : M. Jean du Rieu, cappitaine de lad. ville ; Pierre Martini, bourgeoys ; Guilhaume Vaurs, le jeusne, appotiquere, bourcier ; Jean Soulié, et la Marche, fornier, le dernier dud. nombre.
Le manuscrit des du Pougets, finit par ces brefs détails sur les années 1Ç97 et 1^98. Ils occupent seulement la moitié du verso du feuillet 140 et dernier du petit registre que nous avons décrit page
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