‹ Le livre de Marco PoloChapitre 118 sur 357 · CHAPITRE CXLVIt · texte numérisé non relu

CHAPITRE CXLVIt

ont mestier pour la court du grant Kaan . Et si vous dy que li gratis Sires a fait faire telles voies et telles ordonnances par yaues douces et par lacs, de ceste cité jusques à Cainbaluc, par grans fossés qui vont de lieu en aultre'; si que les grans nefs toutes chargées peuvent aler de ceste cité de Cucuy jusques à la grant cité de Cainbaluc (a). [Et aussi y peut aler par terre, car de ces

d Le ms, C. ajoute : et se porte par engin , et non par mer , par flums et par lacs. — e Id. le Seigneur a fait faire ces mies et ordonnées , de celle cité jusques à Cambalut ; car il y a grans fosses et larges et parfondes, de l’un flum à l'autre , et de l’un lac à l’autre ; si que Cyaue est parmy les fossez; si que il semblent grans flums.

(2) L'histoire officielle de la dynastie mongole (Yuen tse) donne (k. 61-06) les renseignements les plus étendus et les plus minutieux sur les grands travaux de canalisation exécutés snus le règne de cette dynastie ; un volume entier ne suffirait pas pour les reproduire. Il suffit d'ailleurs de savoir que ces grands travaux auxquels on avait employé forcémeut des millions d’Iiom mes, qui pour la plupart y périrent , furent entrepris en vue d’approvisionner de grains la capitale de l'Empire mongol, dont la population, comme encore aujourd'hui celle de Pé-king, tire presque tous scs moyeus de subsistance des provinces méridionales de la Chine. Voici comment les historiens de la dynastie mongole exposent le fait (Yuen sse, k. 93, fol. 11 et sq ) :

« La capitale des Yuen ayant été placée à Yen (Pé-king de nos jours), elle se trouvait extrêmement éloignée du Kiàng ndu (•• provinces situées au midi du cours inférieur du Kiang»), et cependant tous ceux qui, parleurs fonctions publiques, avaient 1a charge de pourvoir à la sultsistance des populations, n'attendaient leurs ressources que du Kidng-ndn. Mais, depuis que le ministre Pt-yèn (voiries notes du ch.cxxxvill) eut présenté le projet des - transports par mer « (hàt-yùn), et que lesprovinces du Kidng-ndn eti reut été partagées en « transports du printemps » et en - transports d'été «, il arriva, dans la capitale, en une seule année, jusqu'à trois millions et plus de mesures (*) de riz. »

Les mêmes historiens donnent ensuite les dé-

{•} ckl, mesure «le capacilr équivalant à I hectolitre

3 litre». Ce chiffre «le S.ooo.ooo e| pie» iThrctalitrc» Se jr>m* 4*p«a*e «le beaucoup la ijuaniil* iTUevloliire» de froment ton ■ tommée annuellement à Pari». Mai* If» troi» million* d'Iieetolltre* de grain» «e répandaient . un» aoenn doute, dan» toute la p ravine» de IW-ttÂi-li.

tails les plus circonstanciés sur les mesures qui furent prises alors pour organiser ce service de transports, non-seulement par la voie de mer, mais encore par les fleuves et canaux déjà construits, et qui le furent par la suite. La ville de Yang-te/ieou, dont Marc Pol fut trois ans gouverneur (voir ch. cxliii) , fut l’un des principaux centres de direction de ces mêmes transports (Yuen sset k. 96, fol. 15). L’ordre fut donné à trois provinces ou grands gouvernements (Sing) de construire deux mille navires ou bâtiments de transports qui pussent naviguer dans les fleuves et canaux pour pouvoir transporter par cette voie les provisions qui n’étaient pas confiées à la voie de la mer.

Voici un tableau de la quantité annuelle de mesures, ou hectolitres de riz, déclarée avoir été livrée aux bâtiments de transports, et de la quantité arrivée à sa destination.

A5KÉE5.

QÜAVmÉS DK clit OC nKCTOL.

livrés.

arrivé».

i82 LE LIVRE DE MARC POL. •

fossez est la terre haulte que l’en va dessus, laquelle fu traite des fossez 1 et est mise d’une part et d’autre '.]

Et sachiez que à l’encontre de ceste cité de Cucuy, enmy le Hun, a une isle de roche en laquelle il y a un moustier d’ydoles, où il y a bien deux cens frères idolastres*. Et est ceste abbaye chief de maint aultre moustier d 'idolastres " ainsi comme entre les crestiens un arelievechiez ' *.

[Or nous partirons de cy, et du flum, et vous dirons d’une cité qui a nom Chingliianfu.]

f Ms. C. — 8 Le même ms. ajoute : Et si y a aussi ou moustier grant quantité de y (foies. — - •* Id. y dotes. — ' Ms. C. archevesque.

CXLVII. — » La terre extraite des fossés a serx'i à former des chaussées des deux cô(ést sur lesquelles on circule . — * Archevêché.

Nous nous bornous ici aux aunécs du règne de Khoubilaï-Khaàn. On voit dans les Annales officielles (ib., fol. 18-20) que, sous le règne de scs successeurs, qui continuèrent à faire faire de grands travaux de canalisation, la quantité de riz et autres grains transportée par eau à la capitale, des provinces du Kiâng-nân, ne fait que s’accroître, comme sans doute aussi la population de la capitale. Ainsi,

En 1302, te chiiïre est de 1,383,883 beclol.

id.

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id.

On voit par là quel mouvement de cabotage le transport annuel de telles quantités de provisions devait produire, et comme Marc Pol était bien instruit des faits qu’il nous raconte.

Le mouvement actuel du cabotage sur le grand canal est beaucoup plus considérable encore que du temps de Marc Pol. « Il est prouve, dit Van u Braam ( f'oyage de l'ambassade , t. 1, p. 326), « que l’empereur a besoin de deux cent mille « hommes pour le transport du riz; et ces boni- “ mes, ainsi que leurs familles, sont entretenus « aux dépens de l’État. La quantité de riz en-

" voyée annuellement à Pé-king est de plus de « sept cent cinquante millions de livres françai- ■ se», quantité vraiment étonnante. C’est avec « ce riz qu’on paye la plus grande partie de ceux « qui servent dans l'armée et ceux qui sont atta- « chés à la cour. »

11 en était déjà de meme sous les Mongols , du temps de Marc Pol.

Van Braam ajoute : « Toutes les provinces ou

• l’on cultive du riz doivent délivrer leur con- « I ingrat, ou dîme des agriculteurs, vers la pro- « rince de Kiang-nan, où les bâtiments irnpé- « riaux viennent le charger. La province de

• Kouang-toung est la seule exempte de ce Iri- « but.

« C’est dans le Kiang-nan que sont construits « tous les navires destinés au transport du riz, « et principalement dans le district de Sou-tcheou « fou. Il en est beaucoup qui sont très-bien peints, n et ornés de dorures et de sculptures. Ils ont de « très-grandes voiles à leurs deux mâts. -

On voit par là de quelle utilité est le « grand Canal » ou « Canal impérial » de la Chine, construit ou restauré en grande partie par l’administration mongole , pour les approvisionnements de la capitale située à l’extrémité nord de ce vaste empire ; et quelle perturbation la révolte des Tai'-ping, qui occupeut les provinces les plus fertiles, et qui sont maîtres d’une partie du <■ grand Canal «, doit apporter dans le régime des provinces du nord.

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