‹ Le livre de Marco PoloChapitre 135 sur 357 · CHAPITRE CLE · texte numérisé non relu

CHAPITRE CLE

vérité ; si que ilz ont grant foy en eulx. Et sachiez qu’ilz sont bons maistres de cest art (i5).

Ilz font ardoir les corps des mors Et quant aucuns muert 3», si font, si 40 parent et si ami, moult grant dueil Et se vestent de chanvre, et vont tous derrière le corps atout pluseurs instrumens, et chantent oroisons de leurs ydoles Et quant ilz sont venus au lieu où le corps doit estre ars4', si ont fait entaillier en parchemin chevaulx sellés, armeures et draps à or, moult grant planté ; et les mettent tous avec le corps dedans le feu; si que tout art ensemble avec le corps mort“. Et dient que cellui corps aura toutes ces choses en l’autre siecle, à son commandement ; et que les instrumens qu’ilz font sonner, et le chant des ydoles, leur vendra43 à l’encontre en l’autre siecle". Et l'ydole11 meismes y vendra pour lui faire honneur (16).

**h Ms. B. « Les gens de cesle cité ardent les corps mors. • — •• Ms. B. • Ses parens font grant dueil. ■ — ii Ms. A. idles. — Id. — u Ms. B. monde, — ““ Ms. B. •venta.

*9 Meurt. — 4® Ses (forme picarde). — ■*» Brûlé, — 4» Brûle. — 43 J' tendra.

que le gouvernement de Kidng-tché , au cheflieu duquel nous sommes actuellement, était celui qui produisait le plus de ces revenus ou rentes au grant Sire, comme dit Marc Pol.

(15) Encore de nos jours, on publie un almanach dans lequel est indiqué f pour chaque jour du mois, ce qu’il est l>on du faire ou d’éviter. On y voit que le Ier jour de l’an on peut « mettre ses babils de fêtes » , « contracter mariage -, • visiter ses amis », - partir en voyage -, à faire des réparations à sa maison », « mettre « la voile », » régler ses comptes », etc. Le 2, on peut « enterrer ses morts » ; le 3, on peut » se baigner », « laver sa maisou » ; le 4, ou peut aussi • se baigner », « se raser la tête », a enterrer ses morts » ; le 5 on ne doit pas « se mettre en voyage » ou « planter ou semer -, etc., etc. (voir Milne, la Fie réelle en Chine , trad. fr., p. 1C3).

(16) Cette coutume de brûleries morts, dont il est si souvent fait menliou dans le Livre de Marc Pol, est confirmée par Ibn-Batoutah, voyageur arabe presque contemporain du voyageur véni-

tien (il se rendit en Chine en 1343), qui dit : « Les Chinois sont des infidèles, des adorateurs d'idoles, et ils brûlent leurs morts à la manière des Indiens. Leur roi est un Tartare de U postérité de Tenkis-khàn, ou Gengiskan. ■

Et ailleurs : « Les païens de l’Inde et de la Chine brûlent leurs morts ; les autres nations les enterrent. » ( Voyages «f Jbn Da tou ta h, publiés en arabe et trad. en français par MM. l)efrémery et Sanguinelti, t. IV, p. 257 et 302.)

1-e même voyageur rapporte (p. 300) la cérémonie des funérailles d’un souverain mongol, dont il dit avoir été témoin à Khin-bàlik (Péking), ce qui est peu probable, aucun souverain mongol de Chine n’étant mort à l'époque où il put séjourner dans cette capitale. « Peu de jours après notre arrivée à la capitale, dit-il, les nouvelles de la mort du Kin y parvinrent. Alors la ville fut ornée, l’on battit les tambours, on sonna les cors et les trompettes, on s’adonna aux jeux et aux divertissements l'espace d’un mois. Ensuite l'on amena le Kàn mort, ainsi qu'en viron cent hommes tués parmi ses cou-

Encore est en celle cité li palais du roy qui s’en fouy, qui Sires estoit du Mangy, qui est li plus grans (le palais) qui soit ou monde, si comme je vous deviseray (17). Sachiez qu’il est si grant qu’il

tins, ses proches parents et ses favoris. L'on creusa pour le Kân un grand naotts (du grec v&oc), qui est une maison souterraine ou caveau ; on y étendit de superbes lapis, et l’on y plaça le Kân avec ses armes. On y mit aussi toute la vaisselle d'or et d’argent de son palais, quatre jeunes filles esclaves et six mamloùks des plus notables, qui tenaient à la main des vases pleins de boisson. Puis l’on mura la porte du caveau, on le couvrit de terre, de sorte qu’il ressemblait à une haute colline. L’on fil s cuir quatre chevaux qu'on força de courir près de la tombe du sultan, jusqu'à ce qu’ils s’arrêtassent de fatigue. Alors ou dressa prés du sépulcre une grande pièce de bois, ou poutre, à laquelle l’on suspendit ces chevaux, après avoir introduit dans leur derrière une pièce de bois qu’on fil sortir par leur bouche. Les parents du Kân, dont il a été parié plus haut, furent mis dans des caveaux, avec leurs armes et la vaisselle de leurs maisons. Auprès des sépulcres des principaux d'entre eux, qui étaient au nombre de dix, l’on mit en croix trois chevaux pour chacun ; auprès tirs autres on empala uu cheval pour chaque tombe.

« Ce fut là un jour solennel ; tout le monde, soit hommes, soit femmes, musulmans ou infidèles, assistèrent à ce spectacle. Tous revêtirent des habits de deuil, c'est-à-dire de courts manteaux blancs pour les infidèles, et des robes blanches pour les musulmans. Les femmes du Kân et ses favoris restèrent sous des tentes, auprès de son tombeau, durant quaraute jours; plusieurs y restèrent davantage, et jusqu'à une année... Je ne sache ps qu’aucun autre peuple suive, dans notre siècle, de pareilles pratiques. »

Ces pratiques, en effet, étaient celles des Mongols et des anciens Scythes, mais non des Chinois. Celles décrites par Marc Pol ne sont pas non plus véritablement chinoises; c'est un mélange des unes et des autres que le bouddhisme indien, adapté aux superstitions mongoles, avait introduit en Chine.

(17) Le même voyageur arabe décrit ainsi la

ville de ’ — *«ô Khan ni ou Quinsar de Marc Pol, qu’il visita environ cinquante ans après notre voyageur (I. c.,p. 284 et suiv,): n Nous entrâmes dans ladite cité, qui se divise en six villes ; chacune a son mur séparé, et mie grande muraille les entoure toutes. Dans la première ville demeurent les gardiens de la cité avec leur commandant. J’ai su, par le Kàdlii et par d'autres, qu’ils soûl au nombre de douze mille, inscrits sur le rôle des soldats. Nous passâmes la nuit dans la maison de ce commandant. Le lendemain uous entrâmes dans la deuxième ville par une porte nommée la Porte des Juifs; cette ville est habitée par les Israélites , les Chrétiens , et les Turcs adorateurs du soleil; ils sont fort nombreux. L'Emir de cette ville est un Chinois, et nous passâmes la seconde nuit dans sa demeure. Le troisième jour, nous fîmes notre entrée dans la troisième ville, et celle-ci est occupée par les Musulmans. Elle est belle, les marchés y sont disposés comme dans les pays de l'islamisme; elle renferme les mosquées et les mueuins; uous enteudimes ces derniers appeler les fidèles à la prière de midi, lors de notre entrée dans La ville.

n Ici nous fûmes logés dans la maison des descendants d’Othmàn, fils d'ÀfTân ('Egyptien. C’était un des plus notables négociants, qui prit cette ville en affecliou et s’y domicilia ; elle porte même son nom (la ville d’Otbmàn, ou JT Othmaniynh)... Les musulmans sont très-nombreux dans cette ville... Lu jour, ils moulèrent à cheval avec moi, et nous entrâmes dans la quatrième ville, qui est celle où siège le gouvernement, et où se trouve le palais du grand Emir Korthai (il y a eu, sous les Mongol*, de grands fonctionnaires de ce nom).

« Lorsque uous eûmes franchi la porte de la ville, mes compagnons me quittèrent, et je fus reçu par le vizir, qui me conduisit au palais du grand Emir Korthai. Cette quatrième ville est uniquement destinée pour l'habitation des esclaves du sultan et de ses serviteurs; c’est la plus belle des six villes, et elle est traversée par trois cours d’eau. L’un est un canal qui sort

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